{"id":4893,"date":"2011-06-06T16:56:30","date_gmt":"2011-06-06T14:56:30","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/des-refugies-tunisiens-occupent-un4893\/"},"modified":"2023-06-23T23:08:41","modified_gmt":"2023-06-23T21:08:41","slug":"des-refugies-tunisiens-occupent-un4893","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4893","title":{"rendered":"Des r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens occupent un ancien immeuble du RCD \u00e0 Paris"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">L&#8217;extraterritorialit\u00e9 prot\u00e8ge pour le moment la trentaine de r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens sans-papiers qui occupe depuis le 31 mai un ancien immeuble du RCD, le parti de Ben Ali, d\u00e9sormais sous l&#8217;autorit\u00e9 du gouvernement transitoire tunisien, au 36, rue Botzaris \u00e0 Paris. Entre lutte pour leur r\u00e9gularisation et regards critiques sur l&#8217;actualit\u00e9 tunisienne, ils s&#8217;organisent, mais leur situation ne tient qu&#8217;\u00e0 un fil. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Leur domicile, c&#8217;\u00e9tait les parcs<\/em>\u00a0\u00bb, affirme un soutien cette apr\u00e8s-midi du 3 juin dans la cour du b\u00e2timent occup\u00e9 depuis quatre jours par une trentaine de r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens, au 36 rue Botzaris \u00e0 Paris. La plupart ont entre 20 et 30 ans et viennent de Zarzis, une r\u00e9gion pauvre, particuli\u00e8rement touch\u00e9e par les remous r\u00e9volutionnaires en Tunisie et la guerre en Libye. Ils ont pay\u00e9 1000 euros pour traverser la Mediterran\u00e9e jusqu&#8217;\u00e0 Lampedusa, et ont trouv\u00e9 un refuge pr\u00e9caire \u00e0 Paris, o\u00f9 ils s&#8217;organisent pour construire leur avenir. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Un bus entier de CRS, pour dix-sept personnes\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb s&#8217;exclame un r\u00e9fugi\u00e9, encore sous le choc. C&#8217;est ce qu&#8217;ont mobilis\u00e9 les forces de l&#8217;ordre alert\u00e9es par le gardien du b\u00e2timent, alors que dix-sept r\u00e9fugi\u00e9s p\u00e9n\u00e9traient dans son enceinte, le 31 mai. L&#8217;immeuble appartenait \u00e0 une association culturelle g\u00e9r\u00e9e par Ben Ali, et proche du RCD \u2013 le parti dissout du dictateur. Il en reste des traces: en r\u00e9action aux insultes prof\u00e9r\u00e9es par les r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 l&#8217;encontre de Ben Ali, le visage du gardien s&#8217;est durci, \u00ab\u00a0<em>comme si c&#8217;\u00e9tait son p\u00e8re\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb assure l&#8217;un d&#8217;entre eux. <\/p>\n<p>Trente minutes plus tard, ils \u00e9taient encercl\u00e9s. Ceux qu&#8217;ils d\u00e9crivent d&#8217;un air encore effray\u00e9 comme des \u00ab\u00a0<em>robocops<\/em>\u00a0\u00bb auraient proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des man\u0153uvres d&#8217;intimidation avant de lancer des bombes lacrymog\u00e8nes, \u00ab<em>\u00a0sans se pr\u00e9occuper de conna\u00eetre l&#8217;\u00e9tat de sant\u00e9 des personnes pr\u00e9sentes<\/em>\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise un soutien. Par peur, certains r\u00e9fugi\u00e9s se seraient enfuis \u00e0 ce moment-l\u00e0. Les CRS auraient ensuite tent\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher les ravitaillements, mettant les Tunisiens en \u00e9tat de si\u00e8ge.<br \/>\nL&#8217;endroit \u00e9tant sous l&#8217;autorit\u00e9 du gouvernement transitoire tunisien depuis la chute de Ben Ali, les CRS n&#8217;ont cependant pas pu entrer de force dans le b\u00e2timent. Pr\u00e9venue, l&#8217;ambassade de Tunisie n&#8217;a pas donn\u00e9 d&#8217;autorisation \u00e0 la police fran\u00e7aise pour intervenir, et les CRS ont donc lev\u00e9 le camp. <\/p>\n<h2>Tensions, vigilance et discipline<\/h2>\n<p>Depuis, les r\u00e9fugi\u00e9s restent vigilants\u00a0: une chaise est post\u00e9e sur un toit au-dessus du portail pavois\u00e9 de drapeaux tunisiens, pour surveiller la rue. Des soutiens affirment que les \u00ab<em>awacs<\/em>\u00bb \u2013 c&#8217;est ainsi qu&#8217;ils d\u00e9signent les RG \u2013 ne sont pas loin, et brouillent les connexions \u00e0 internet. Un soutien, \u00ab<em>proche du parti pirate<\/em>\u00a0\u00bb, agit sur Twitter pour informer de la situation au jour le jour et tente de maintenir la connexion, qui permet aux r\u00e9fugi\u00e9s de rester en contact avec leurs proches. L&#8217;un d&#8217;entre-eux consulte son Facebook pendant qu&#8217;un autre communique via Skype, sur fond de musique tunisienne. <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Ils sont \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre argument pour nous d\u00e9loger\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, d\u00e9plore un r\u00e9fugi\u00e9. Alors ils veillent \u00e0 ce que leur attitude soit irr\u00e9prochable. \u00ab\u00a0<em>Pas de violence SVP, ici on dialogue<\/em>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0<em>Pas d&#8217;alcool ici, merci<\/em>\u00a0\u00bb peut-on lire sur des affiches \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e, en fran\u00e7ais et en arabe. \u00ab\u00a0<em>On n&#8217;est pas contre, on ne veut pas cr\u00e9er de racisme entre nous. Mais l&#8217;alcool est interdit ici, parce que nous ne voulons pas d&#8217;affrontements<\/em>\u00a0\u00bb, explique un r\u00e9fugi\u00e9. La mairie de Paris avait argu\u00e9 des d\u00e9gradations et des actes de violence pour expulser le 2 juin une partie des Tunisiens qui occupaient le gymnase de la rue de la Fontaine-au-roi.  <\/p>\n<p>A Botzaris, les r\u00e9fugi\u00e9s font preuve de discipline, et s&#8217;arrangent pour que l&#8217;ambiance soit aussi d\u00e9tendue que possible. Ils n&#8217;admettent \u00ab\u00a0<em>que les gens biens, qui ne foutaient pas le bordel au gymnase<\/em>\u00a0\u00bb, affirme l&#8217;un d&#8217;eux. Chacun met la main \u00e0 la p\u00e2te pour pr\u00e9parer \u00e0 manger, mettre la table, faire la vaisselle et garder les locaux propres. Dans la petite cour int\u00e9rieure, entre trois voitures, ils jouent au foot ou au tennis avec des raquettes de ping-pong. Mais la violence des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents, l&#8217;accumulation de fatigue, l&#8217;angoisse permanente jouent sur les nerfs:  il arrive que certains haussent le ton et la tension est palpable. Au portail, les r\u00e9fugi\u00e9s se relaient pour fermer la porte, contr\u00f4ler les entr\u00e9es et pr\u00e9venir les autres en cas de probl\u00e8me. Vers 17h30, des soutiens entrent <em>in extremis<\/em> alors que des policiers les talonnaient. Ils racontent que le gardien a fait entrer deux policiers en civil par le jardin situ\u00e9 derri\u00e8re l&#8217;immeuble. Une fen\u00eatre situ\u00e9e au troisi\u00e8me \u00e9tage,  donnant sur la cour, a \u00e9t\u00e9 ouverte, ce qui les laisse penser que les r\u00e9fugi\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 discr\u00e8tement observ\u00e9s et compt\u00e9s. <\/p>\n<p>Dans ces conditions, les manifestations de soutien et de solidarit\u00e9 se multiplient. Un \u00e9tudiant en g\u00e9ographie \u2013 un lambeau de drapeau tunisien nou\u00e9 autour du poignet \u2013 s&#8217;active et discute avec eux; un \u00e9lectricien venu avec ses outils s&#8217;enquiert des besoins techniques; une avocate famili\u00e8re de la d\u00e9fense des sans-papiers apporte ses comp\u00e9tences; des militants du NPA d\u00e9posent des sacs remplis de fruits et l\u00e9gumes issus d&#8217;une AMAP et donn\u00e9s par solidarit\u00e9, tandis que les voisines promettent d&#8217;amener des paquets de p\u00e2tes. Chacun y va de son geste et de sa parole pour entretenir le moral des r\u00e9fugi\u00e9s, jouer le r\u00f4le d&#8217;interpr\u00e8te lorsqu&#8217;ils ne parlent pas fran\u00e7ais, ou les informer des recours possibles.<br \/>\nDes associations (France Terre d&#8217;asile, la F\u00e9d\u00e9ration internationale des ligues des droits de l&#8217;homme, \u2026), des syndicats (CGT, Sud \u00c9tudiant, \u2026), des partis (NPA, PG) et des ind\u00e9pendants am\u00e8nent des vivres et organisent des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8rement pour trouver des solutions. Logements et emplois sont les priorit\u00e9s pour les r\u00e9fugi\u00e9s. L&#8217;un d&#8217;eux affirme avoir envoy\u00e9 \u00ab\u00a0<em>1000 CV\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb, mais le probl\u00e8me des papiers est r\u00e9current, et les contr\u00f4les fr\u00e9quents. <\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Le royaume de Carthage\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>En d\u00e9pit de ces difficult\u00e9s, les r\u00e9fugi\u00e9s n&#8217;en demeurent pas moins fiers d&#8217;avoir investi cet endroit dans lequel \u00ab<em>\u00a0les gens ne sont pas rentr\u00e9s depuis trente ans<\/em>\u00a0\u00bb, affirme l&#8217;un d&#8217;entre-eux, et qui restait comme un ultime sanctuaire de la dictature de Ben Ali. Conscients de leur nouvelle libert\u00e9, il semblerait qu&#8217;ils aient d\u00e9cid\u00e9 de reprendre leurs droits sur ce qu&#8217;ils ont convenu d&#8217;appeler plaisamment \u00ab\u00a0<em>le royaume de Carthage<\/em>\u00a0\u00bb \u2013 les richesses accumul\u00e9es par le clan Ben Ali jusqu&#8217;en France. Un r\u00e9fugi\u00e9 brandit une affiche de propagande du Fond de solidarit\u00e9 nationale tunisien (FSN) trouv\u00e9e dans le local\u00a0: le visage tatou\u00e9 d&#8217;une femme berb\u00e8re y est photographi\u00e9, avec le logo du FSN imprim\u00e9 en haut \u00e0 droite. Il explique les pratiques client\u00e9listes de Ben Ali, qui faisait croire en sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 aux populations les plus pauvres, alors qu&#8217;il gardait l&#8217;argent \u2013 pr\u00e9lev\u00e9 par un imp\u00f4t discr\u00e9tionnaire sur la population. <\/p>\n<p>Les Tunisiens n&#8217;en finissent pas de savourer leur r\u00e9volution, mais ils ne perdent pas de vue qu&#8217; \u00ab<em>\u00a0il n&#8217;y a que Ben Ali et sa famille qui sont tomb\u00e9s. Le syst\u00e8me de Ben Ali est toujours l\u00e0\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb. Ils en veulent pour preuve la cl\u00e9mence de la justice envers le fils de Leila Trabelsi, la femme de Ben Ali, jug\u00e9 pour consommation de drogue alors qu&#8217;il est connu pour \u00eatre un gros trafiquant. Ce n&#8217;est qu&#8217;une fois la situation stabilis\u00e9e que certains envisagent de retourner en Tunisie. En attendant, ils ne sont pas dupes des intentions de l&#8217;Italie, qui leur a d\u00e9livr\u00e9 des cartes de 6 mois \u00ab\u00a0<em>pour se d\u00e9barrasser\u00a0<\/em>\u00a0\u00bb d&#8217;eux. Et ils esp\u00e9raient un accueil plus chaleureux de la part de la France. Le message \u00e9crit en rouge sur le mur de la grande salle \u00e0 manger du 36, rue Botzaris laisse planer l&#8217;\u00e9quivoque\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Cet endroit est un symbole pour les Tunisiens comme pour les Fran\u00e7ais<\/em>\u00a0\u00bb&#8230;<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4893 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/paysage-3-110.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/06\/paysage-3-110-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Des r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens occupent un ancien immeuble du RCD \u00e0 Paris\" aria-describedby=\"gallery-1-15110\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-15110'>\n\t\t\t\tDes r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens occupent un ancien immeuble du RCD \u00e0 Paris\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&#8217;extraterritorialit\u00e9 prot\u00e8ge pour le moment la trentaine de r\u00e9fugi\u00e9s tunisiens sans-papiers qui occupe depuis le 31 mai un ancien immeuble du RCD, le parti de Ben Ali, d\u00e9sormais sous l&#8217;autorit\u00e9 du gouvernement transitoire tunisien, au 36, rue Botzaris \u00e0 Paris. 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