{"id":4811,"date":"2011-05-04T11:48:56","date_gmt":"2011-05-04T09:48:56","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/faut-il-imposer-les-soins4811\/"},"modified":"2011-05-04T11:48:56","modified_gmt":"2011-05-04T09:48:56","slug":"faut-il-imposer-les-soins4811","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4811","title":{"rendered":"Faut-il imposer les soins psychiatriques ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">En mai, le S\u00e9nat doit se prononcer sur un projet de loi en psychiatrie<br \/>\nqui institue notamment le soin sans consentement en ambulatoire<br \/>\n(hors hospitalisation). Deux psychiatres, Paul Machto et Gilles Verdon,<br \/>\nd\u00e9battent sur la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019imposer un traitement m\u00e9dical.<\/p>\n<p><strong> <em>Le projet de loi sur la psychiatrie<br \/>\nintroduit le soin sans<br \/>\nconsentement en \u00ab ambulatoire<br \/>\n\u00bb (hors h\u00f4pital), avec<br \/>\nla menace pour les malades<br \/>\npsychiques d\u2019\u00eatre intern\u00e9s s\u2019ils ne se<br \/>\nsoignent pas, qu\u2019est-ce que \u00e7a signifie ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: Pour commencer, il faut rappeler<br \/>\nqu\u2019en France les soins obligatoires existent d\u00e9j\u00e0 :<br \/>\nles vaccinations sont obligatoires et cela a permis<br \/>\nd\u2019\u00e9radiquer certaines maladies comme les<br \/>\npoliomy\u00e9lites, la variole, etc. Les libert\u00e9s individuelles<br \/>\ndoivent savoir s\u2019effacer devant la sant\u00e9<br \/>\npublique. Pourquoi cette loi alors ? Depuis les<br \/>\nann\u00e9es 1950-1960 nous avons une nouvelle<br \/>\ngamme de m\u00e9dicaments consid\u00e9rable, ils ont<br \/>\ncompl\u00e8tement modifi\u00e9 la psychiatrie et l\u2019\u00e9volution<br \/>\ndes maladies mentales. Autrefois les malades<br \/>\nrestaient parfois dix, vingt ans \u00e0 l\u2019h\u00f4pital psychiatrique,<br \/>\nils \u00e9taient intern\u00e9s parce qu\u2019il n\u2019y avait pas<br \/>\nde m\u00e9dicaments ou de soins appropri\u00e9s pour<br \/>\nleur permettre de vivre \u00e0 peu pr\u00e8s normalement.<br \/>\nOn a invent\u00e9 ces m\u00e9dicaments et on a alors assist\u00e9<br \/>\n\u00e0 la fermeture de nombreux h\u00f4pitaux psychiatriques.<br \/>\nAujourd\u2019hui, on ne se r\u00e9f\u00e8re pas \u00e0 la<br \/>\nnotion de lieu, ni d\u2019internement mais \u00e0 la notion<br \/>\nde maladie. \u00ab Monsieur, Madame, vous avez une<br \/>\nmaladie, il vous faut des soins, c\u2019est obligatoire.<br \/>\nSi vous ne les prenez pas, dit la loi, on peut requ\u00e9rir<br \/>\n\u00e0 une hospitalisation pour d\u00e9buter un traitement.<br \/>\n\u00bb C\u2019est \u00e7a l\u2019esprit de la loi \u00e0 venir.<\/p>\n<p><strong>Paul Machto<\/strong>: Il existe d\u00e9j\u00e0 des obligations de<br \/>\nsoins en France, c\u2019est vrai, pour les maladies<br \/>\ninfectieuses et pour la tuberculose il y a une<br \/>\nd\u00e9claration obligatoire, etc. Mais si la personne<br \/>\nrefuse, on ne la met pas de force \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Il y<br \/>\na une contradiction fondamentale compl\u00e8tement<br \/>\noccult\u00e9e : d\u2019un c\u00f4t\u00e9 on dit \u00ab vous avez une<br \/>\nmaladie mentale, c\u2019est quasiment une maladie<br \/>\ncomme une autre \u00bb, et de l\u2019autre on se comporte<br \/>\nvis-\u00e0-vis de ces malades d\u2019une fa\u00e7on radicalement<br \/>\noppos\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> <em>En cas de soins sans consentement, qui<br \/>\nd\u00e9ciderait de les imposer ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: C\u2019est \u00e7a le vrai probl\u00e8me. Actuellement<br \/>\nc\u2019est le pr\u00e9fet qui est le seul ma\u00eetre dans<br \/>\nles Hospitalisations d\u2019office (HO), et ce sont<br \/>\nles autorit\u00e9s familiale et m\u00e9dicale qui d\u00e9cident<br \/>\ndans les Hospitalisations \u00e0 la demande d\u2019un<br \/>\ntiers (HDT), alors que dans tous les pays civilis\u00e9s<br \/>\nle seul d\u00e9tenteur du pouvoir, c\u2019est le juge.<br \/>\nEn Belgique, le juge vient trois fois par semaine<br \/>\n\u00e0 l\u2019h\u00f4pital et dicte les d\u00e9cisions au vu des expertises<br \/>\net apr\u00e8s avoir entendu le malade. Pareil<br \/>\nen Hollande, aux Etats-Unis, au Canada\u2026<br \/>\nEn France, l\u2019article 66 de la Constitution dit que<br \/>\nseul le juge est garant de la s\u00e9questration et de<br \/>\nl\u2019incarc\u00e9ration des personnes. Je pense qu\u2019il faut<br \/>\nque ce soit la m\u00eame chose en psychiatrie.<br \/>\nNous les m\u00e9decins nous faisons notre travail,<br \/>\nnous soignons les malades, nous r\u00e9digeons<br \/>\n\u00e9ventuellement des certificats pour d\u00e9crire l\u2019\u00e9tat<br \/>\nclinique mais nous n\u2019avons pas \u00e0 intervenir dans<br \/>\nce type de d\u00e9cision. Quant au pr\u00e9fet, il interpelle<br \/>\nles gens qui troublent l\u2019ordre public, il les<br \/>\nconfie aux juges et c\u2019est le juge qui prend les<br \/>\nd\u00e9cisions. Voil\u00e0 le syst\u00e8me auquel on arriverait si<br \/>\nles s\u00e9nateurs \u00e9taient suffisamment sages pour<br \/>\nsuivre cette logique lors de l\u2019examen de la loi,<br \/>\nle 11 mai. Cela r\u00e9soudrait \u00e0 peu pr\u00e8s tous les<br \/>\nprobl\u00e8mes de la loi.<\/p>\n<p><strong> <em>Ne pensez-vous pas que cette contrainte<br \/>\nde soins risque de court-circuiter le lien<br \/>\nth\u00e9rapeutique, en for\u00e7ant les malades \u00e0<br \/>\nprendre des m\u00e9dicaments alors qu\u2019ils ne<br \/>\nsont plus hospitalis\u00e9s ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: Les outils en psychiatrie ont compl\u00e8tement<br \/>\nchang\u00e9 entre le XXe et le XXIe si\u00e8cle :<br \/>\nil y a des techniques psychoth\u00e9rapiques, des<br \/>\ntechniques de groupe, etc. tout \u00e0 fait int\u00e9ressantes,<br \/>\nmais sans m\u00e9dicaments on ne peut pas<br \/>\nles appliquer.<\/p>\n<p><strong>Paul Machto<\/strong>: Sur la gamme des m\u00e9dicaments, il<br \/>\ny a une immense mystification dont vous venez<br \/>\nde nous faire entendre une des illustrations. Ce<br \/>\nque vous appelez les \u00ab m\u00e9dicaments nouveaux \u00bb<br \/>\nont apport\u00e9 une am\u00e9lioration sur le \u00ab confort \u00bb de<br \/>\nvie, c\u2019est-\u00e0-dire que certains effets secondaires<br \/>\nont \u00e9t\u00e9 att\u00e9nu\u00e9s. Mais rien de nouveau sur le<br \/>\nfond, sur les id\u00e9es d\u00e9lirantes, sur les hallucinations,<br \/>\nsur les troubles de l\u2019humeur, aucun apport Il y a une v\u00e9ritable fascination vis-\u00e0-vis<br \/>\nde la m\u00e9decine, et partant de l\u00e0 pour le m\u00e9dicament.<br \/>\nJ\u2019\u00e9vacue tout de suite l\u2019opposition qui<br \/>\nva m\u2019\u00eatre faite : je ne suis pas anti-m\u00e9dicament,<br \/>\nje prescris quotidiennement des neuroleptiques,<br \/>\ndes antid\u00e9presseurs, des psychotropes ; je<br \/>\npense en effet que ces m\u00e9dicaments peuvent<br \/>\napporter un soutien. Mais c\u2019est une mystification<br \/>\nde dire que ce sont les m\u00e9dicaments qui<br \/>\nont r\u00e9volutionn\u00e9 la psychiatrie, non, c\u2019est faux !<br \/>\nLes m\u00e9dicaments ont apport\u00e9 un grand soulagement<br \/>\npar rapport \u00e0 certains \u00e9tats aigus mais le<br \/>\ntraitement de fond, le changement de la pratique<br \/>\nquotidienne dans les h\u00f4pitaux psychiatrique, le<br \/>\nd\u00e9veloppement des alternatives, ce n\u2019est pas<br \/>\nli\u00e9 aux m\u00e9dicaments, ce sont les hommes. Plus<br \/>\nexactement, c\u2019est le fruit du croisement entre<br \/>\nl\u2019apport de la psychanalyse, de la psychoth\u00e9rapie<br \/>\ninstitutionnelle, de la formation, des m\u00e9dicaments<br \/>\net de la biologie\u2026<\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: On parle des d\u00e9rives possibles<br \/>\ndes soins sans consentement en ambulatoire,<br \/>\ncomme si on allait mettre tout le monde \u00e0 ce r\u00e9gime.<br \/>\nActuellement, un membre d\u2019une famille et<br \/>\nun m\u00e9decin peuvent interner quelqu\u2019un en h\u00f4pital<br \/>\npsychiatrique pendant six mois, un an, trois<br \/>\nans et parfois en chambre d\u2019isolement. C\u2019est un<br \/>\npouvoir bien plus fort qu\u2019un soin obligatoire. Et<br \/>\nalors, est-ce qu\u2019il y a eu des d\u00e9rives ? Bien s\u00fbr<br \/>\nque non.<\/p>\n<p><strong>Paul Machto<\/strong>: C\u2019est faux ! Les sorties d\u2019essai<br \/>\n\u00e9taient pr\u00e9vues par la loi de 1990 pour permettre<br \/>\n\u00e0 une personne hospitalis\u00e9e sous contrainte de sortir un certain temps pour voir comment \u00e7a se passe et se r\u00e9ins\u00e9rer tout doucement<br \/>\navec un accompagnement assez serr\u00e9<br \/>\nde l\u2019\u00e9quipe soignante de secteur. Les sorties<br \/>\nd\u2019essai sont pr\u00e9vues pour trois mois reconductibles<br \/>\net c\u2019est l\u00e0 que commencent les d\u00e9rives,<br \/>\nparce que certains psychiatres, utilisent les sorties<br \/>\nd\u2019essai de fa\u00e7on inconsid\u00e9r\u00e9e et compl\u00e8tement<br \/>\naberrante.<\/p>\n<p><strong> <em>Il y a aujourd\u2019hui trop de sorties d\u2019essai ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Paul Machto<\/strong>: Effectivement, la sortie d\u2019essai<br \/>\nc\u2019est pour am\u00e9nager la sortie\u2026 La d\u00e9rive, c\u2019est<br \/>\nla multiplication inconsid\u00e9r\u00e9e de ces sorties.<br \/>\nC\u2019est \u00e7a le probl\u00e8me. Il y a les lois et il y a les<br \/>\npratiques, comme l\u2019a soulign\u00e9 dans son dernier<br \/>\nrapport, le Contr\u00f4leur g\u00e9n\u00e9ral des lieux de privation<br \/>\nde libert\u00e9, Jean-Marie Delarue\u2026<\/p>\n<p><strong> <em>Est-ce que les psychiatres laissent sortir<br \/>\nles malades juste pour lib\u00e9rer des lits ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Paul Machto<\/strong>: C\u2019est \u00e0 la fois pour lib\u00e9rer des<br \/>\nlits et puis pour d\u2019autres consid\u00e9rations. Je<br \/>\ncrois que les carences de la formation des<br \/>\npsychiatres comptent pour beaucoup. Vous<br \/>\nsavez, \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 la folie, \u00e0 la psychose, \u00e0<br \/>\nla maladie mentale, c\u2019est difficile : vous \u00ab absorbez<br \/>\n\u00bb l\u2019angoisse de l\u2019autre, l\u2019angoisse folle. \u00c7a<br \/>\nfout les jetons et \u00e7a vous touche jusque dans<br \/>\nvotre corps. Le probl\u00e8me c\u2019est que depuis une<br \/>\nquinzaine d\u2019ann\u00e9es les psychiatres n\u2019ont plus de<br \/>\nformation ad\u00e9quate, et la folie fait peur, alors ils<br \/>\nse retranchent derri\u00e8re une posture m\u00e9dicale. Et<br \/>\npuis, les jeunes infirmiers, qui ont une formation indigente en psychiatrie \u2013 trois mois sur trois<br \/>\nans d\u2019\u00e9tudes ! \u2013, se retrouvent \u00e0 deux ou trois<br \/>\navec 25 ou 30 malades aux prises \u00e0 des crises<br \/>\nsouvent aigu\u00ebs. Evidemment, c\u2019est angoissant,<br \/>\nc\u2019est tr\u00e8s dur. Exc\u00e9d\u00e9s, stress\u00e9s, ils ne peuvent<br \/>\npas faire face \u00e0 certaines situations et pour se<br \/>\nprot\u00e9ger ils demandent \u00e0 mettre les malades<br \/>\nen chambre d\u2019isolement ou \u00e0 les attacher, etc.<br \/>\nEt souvent les psychiatres sont totalement<br \/>\nd\u2019accord. C\u2019est comme \u00e7a que l\u2019on arrive \u00e0 des<br \/>\nd\u00e9rives insupportables qui me font honte.<\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: En France, il y a environ 2 \u00e0 3 %<br \/>\nhospitalis\u00e9s d\u2019office et 12 \u00e0 13 % \u00e0 la demande<br \/>\nd\u2019un tiers, donc tous les autres entrent volontairement<br \/>\ndans les services de psychiatrie et je<br \/>\nm\u2019inscris totalement en faux quand vous dites<br \/>\nqu\u2019il y a des pratiques indignes dans 70 % des<br \/>\nservices. On ne peut pas dire des choses de<br \/>\nce genre ! Si dans votre pavillon il se passe des<br \/>\nchoses qui vous font honte, je me demande<br \/>\npourquoi vous continuez \u00e0 travailler et pourquoi<br \/>\nvous ne donnez pas votre d\u00e9mission.<\/p>\n<p><strong>Paul Machto<\/strong>: Parce que j\u2019aime ce m\u00e9tier, parce<br \/>\nque je suis engag\u00e9 depuis quarante ans en psychiatrie,<br \/>\nparce que je fais tout ce que je peux<br \/>\npour des pratiques humaines et dignes, parce<br \/>\nque je ne veux pas abandonner les malades !<\/p>\n<p><strong> <em>Est-ce que les soins sans consentement<br \/>\nen ambulatoire sont une fa\u00e7on de se d\u00e9barrasser<br \/>\ndes gens que l\u2019on ne sait plus g\u00e9rer ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: Bien s\u00fbr que non ! La diminution des lits en psychiatrie et de l\u2019hospitalisation<br \/>\nest intervenue parce qu\u2019on arrive sinon \u00e0 gu\u00e9rir,<br \/>\ndu moins \u00e0 am\u00e9liorer beaucoup l\u2019\u00e9tat des<br \/>\npatients gr\u00e2ce aux m\u00e9dicaments et \u00e0 nos techniques<br \/>\nde psychoth\u00e9rapie. On arrive \u00e0 les stabiliser.<br \/>\nLe probl\u00e8me c\u2019est qu\u2019au bout d\u2019un moment<br \/>\nbeaucoup de ces patients \u00e9chappent aux soins :<br \/>\nils les arr\u00eatent, ils rechutent et ils reviennent \u00e0<br \/>\nl\u2019h\u00f4pital en plus mauvais \u00e9tat encore. C\u2019est pour<br \/>\nces malades-l\u00e0 que des soins sans consentement<br \/>\npourraient \u00eatre envisag\u00e9s.<\/p>\n<p><strong> <em>Savez-vous pourquoi certains malades<br \/>\narr\u00eatent leurs soins ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: Pour des raisons multiples : dans<br \/>\ntoutes les maladies chroniques, que ce soit le<br \/>\ndiab\u00e8te, les maladies cardiaques, l\u2019hypertension,<br \/>\nau bout d\u2019un certain temps les gens arr\u00eatent<br \/>\nle traitement. Ils se disent \u00ab maintenant je<br \/>\nvais bien, donc j\u2019arr\u00eate de prendre mes m\u00e9dicaments<br \/>\n\u00bb. Mais comme ce sont des maladies<br \/>\nchroniques \u00e7a r\u00e9appara\u00eet. Et bien c\u2019est pareil<br \/>\npour les maladies mentales. Il y a aussi le d\u00e9ni<br \/>\nde la pathologie, ils disent \u00ab non non, je ne suis<br \/>\npas malade, je suis comme les autres \u00bb et ils ne<br \/>\nveulent pas continuer leur traitement. On ne<br \/>\npeut pas laisser sortir les malades mentaux des<br \/>\nh\u00f4pitaux psychiatriques quand ils ont des pathologies<br \/>\ns\u00e9v\u00e8res et les laisser vivre dans la rue,<br \/>\ndonc il faut assurer un suivi. C\u2019est pourquoi il<br \/>\nfaut d\u00e9velopper des soins dans la communaut\u00e9,<br \/>\non est tous d\u2019accord l\u00e0-dessus.<\/p>\n<p><strong> <em>Pensez-vous que le projet de loi donne<br \/>\nsuffisamment de garanties pour qu\u2019il y<br \/>\nait ce maillage autour du malade une fois<br \/>\nsorti de l\u2019h\u00f4pital ?<\/em> <\/strong><\/p>\n<p><strong>Gilles Vidon<\/strong>: La France a d\u00e9velopp\u00e9 la politique<br \/>\nde sectorisation de fa\u00e7on admirable, \u00e0 partir des<br \/>\nann\u00e9es 1960-1970. Dans chaque territoire, il y<br \/>\na une \u00e9quipe psychiatrique charg\u00e9e de l\u2019hospitalisation<br \/>\net du soin externe, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a<br \/>\n\u00e9norm\u00e9ment de structures associatives extrahospitali\u00e8res<br \/>\nse sont d\u00e9velopp\u00e9es et maintenant<br \/>\non assiste \u00e0 la cr\u00e9ation de beaucoup de lieux<br \/>\nde soins pilot\u00e9s par l\u2019Unafam (Union des amis<br \/>\net familles de malades psychiques), les repr\u00e9sentants<br \/>\ndes familles et m\u00eame \u00e9ventuellement<br \/>\ndes usagers. On est sans doute un des pays les<br \/>\nplus pourvus en structures extra-hospitali\u00e8res<br \/>\nd\u2019accompagnement. Je ne pense pas que ce<br \/>\nsoit suffisant, certains endroits ne sont pas assez<br \/>\nd\u00e9velopp\u00e9s, il y a des in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement<br \/>\nselon les moyens. Mais il faut savoir<br \/>\nn\u00e9anmoins que nous vivons \u00e0 l\u2019heure actuelle la<br \/>\nmeilleure p\u00e9riode pour les soins psychiatriques<br \/>\ndans l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, nous avons les<br \/>\nmeilleurs m\u00e9dicaments, nous avons en France<br \/>\nplus de soignants psychiatres que partout ailleurs<br \/>\ndans le monde en proportion. Il ne faut pas<br \/>\nse plaindre, m\u00eame s\u2019il faut continuer \u00e0 dire qu\u2019on<br \/>\nn\u2019en a pas assez parce qu\u2019il y a des d\u00e9partements<br \/>\no\u00f9 ce n\u2019est pas assez d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Paul Machto<\/strong>: Mais alors, tout va bien ! C\u2019est hallucinant<br \/>\nd\u2019entendre que tout est au mieux quand<br \/>\non sait qu\u2019il y a une p\u00e9nurie inou\u00efe d\u2019infirmiers\u2026<br \/>\nLorsque l\u2019on conna\u00eet la destruction \u00e0 l\u2019oeuvre en<br \/>\npsychiatrie, l\u2019envahissement de la gestion, les<br \/>\nproc\u00e9dures, la folie bureaucratique qui b\u00eatifie<br \/>\nles soignants, qui les d\u00e9tourne de ce qui est le coeur du m\u00e9tier : \u00e9couter, parler, avoir des activit\u00e9s<br \/>\navec les patients, favoriser la cr\u00e9ativit\u00e9 !<br \/>\nLorsque l\u2019on sait les entraves au d\u00e9veloppement<br \/>\ndes structures de soins dans l\u2019extra-hospitalier<br \/>\net m\u00eame la fermeture de certaines dans la cit\u00e9.<br \/>\nJe suis sid\u00e9r\u00e9 de vous entendre tenir ce discours<br \/>\n! On voit bien l\u00e0 la collusion d\u2019un certain<br \/>\nnombre de psychiatres avec le gouvernement.<br \/>\nAlors pourquoi les patients arr\u00eatent leur traitement<br \/>\n? Les psychiatres ne pourraient-ils pas<br \/>\ns\u2019interroger d\u2019abord sur leur relation avec le patient<br \/>\n? \u00ab Pourquoi a t il arr\u00eat\u00e9 son traitement ? Y<br \/>\na-t-il quelque chose que je n\u2019ai pas entendu ? \u00bb Il<br \/>\ny a certes le d\u00e9ni, d\u2019accord. Il y a parfois la lassitude<br \/>\nde prendre des m\u00e9dicaments. Le fait de<br \/>\nse sentir mieux. Mais il y a aussi la n\u00e9cessit\u00e9 de<br \/>\nse remettre en question en tant que th\u00e9rapeute.<br \/>\nCar s\u2019il y a un authentique travail relationnel, et<br \/>\nqu\u2019il s\u2019av\u00e8re n\u00e9cessaire que ce traitement soit<br \/>\ncontinu\u00e9, alors tout repose sur la capacit\u00e9 du<br \/>\npsychiatre et de l\u2019\u00e9quipe soignante d\u2019essayer<br \/>\nd\u2019analyser avec celui qui est malade les raisons<br \/>\nde son interruption de traitement et de \u00ab travailler<br \/>\n\u00bb avec lui pour parvenir \u00e0 le convaincre. Vous<br \/>\nmesurez-l\u00e0 un \u00e9l\u00e9ment qui m\u2019appara\u00eet fondamental,<br \/>\nessentiel pour un psychiatre, pour un<br \/>\nsoignant quelque soit son statut, c\u2019est l\u2019engagement.<br \/>\nL\u2019engagement dans la relation. La prise en<br \/>\ncompte de ce qu\u2019on appelle la dimension transf\u00e9rentielle.<br \/>\nVous \u00eates aveugl\u00e9 par votre conception<br \/>\nr\u00e9ductrice de la folie, calqu\u00e9e sur la maladie<br \/>\nsomatique. Pour ma part, j\u2019ai une conception<br \/>\ndiversifi\u00e9e et plurielle de la folie, de la maladie<br \/>\nmentale. Etre fou c\u2019est aussi une fa\u00e7on d\u2019\u00eatre<br \/>\nau monde, de vivre le monde, et de ressentir le<br \/>\nmonde. Et puis je pense que ce n\u2019est pas parce<br \/>\nqu\u2019on est malade mental qu\u2019on ne doit pas avoir<br \/>\nson mot \u00e0 dire dans la cit\u00e9. La folie a toujours<br \/>\nexist\u00e9, et le fou exprime une v\u00e9rit\u00e9 ou des v\u00e9rit\u00e9s<br \/>\nsur le monde et c\u2019est cette v\u00e9rit\u00e9 qui est insupportable<br \/>\n\u00e0 entendre pour certains psychiatres.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En mai, le S\u00e9nat doit se prononcer sur un projet de loi en psychiatrie<br \/>\nqui institue notamment le soin sans consentement en ambulatoire<br \/>\n(hors hospitalisation). Deux psychiatres, Paul Machto et Gilles Verdon,<br \/>\nd\u00e9battent sur la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019imposer un traitement m\u00e9dical.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[307],"class_list":["post-4811","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-sante"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4811","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4811"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4811\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4811"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4811"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4811"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}