{"id":4749,"date":"2011-03-23T10:29:55","date_gmt":"2011-03-23T09:29:55","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/histoires-de-luttes-des-corps-et4749\/"},"modified":"2023-06-23T23:08:12","modified_gmt":"2023-06-23T21:08:12","slug":"histoires-de-luttes-des-corps-et4749","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4749","title":{"rendered":"Histoires de luttes des corps et des classes"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Des histoires de vengeance, \u00e0 travers des portraits de filles r\u00e9habilitant<br \/>\nla m\u00e9moire de leur p\u00e8re disparu (<em>True Grit, Winter\u2019s Bone<\/em>),<br \/>\nde violence, de corps et de combats (<em>Boxing Gym, Ma part du g\u00e2teau<\/em>).<\/p>\n<h2>Fronti\u00e8re<\/h2>\n<p>Alice est pass\u00e9e de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du miroir, au pays des merveilles.<br \/>\nMattie Ross, elle, s\u2019est \u00e9chou\u00e9e dans les terres arides<br \/>\ndu western. Un territoire peu am\u00e8ne envers ces \u00e9trang\u00e8res<br \/>\nque sont les petites filles hautes comme trois pommes et<br \/>\npas plus grosses qu\u2019un \u00e9pi de ma\u00efs\u2026 \u00ab<em> Les gens ne croient<br \/>\npas qu\u2019une fille de 14 ans puisse aller venger la mort de<br \/>\nson p\u00e8re en plein hiver.<\/em> \u00bb C\u2019est sur ces mots prononc\u00e9s en<br \/>\nvoix off que s\u2019ouvre le nouveau film des fr\u00e8res Coen. Mis\u00e9rieuse,<br \/>\nmi-parodique, leur premi\u00e8re incursion dans le western<br \/>\nse fait \u00e0 l\u2019ombre de <em>True Grit<\/em>, livre culte de Charles Portis<br \/>\n(\u00e9d. Le serpent \u00e0 plumes), d\u2019abord publi\u00e9 en feuilleton par<br \/>\nle <em>Saturday Evening Post<\/em> en 1968 et port\u00e9 par l\u2019\u00e9cran en<br \/>\n1969 par Henry Hathaway \u2013 le film valut \u00e0 John Wayne son<br \/>\nunique Oscar. Nous sommes dans les ann\u00e9es 1870, juste<br \/>\napr\u00e8s la guerre de S\u00e9cession : la jeune Mattie Ross se met<br \/>\nen t\u00eate de retrouver la trace de Tom Chaney, le meurtrier de<br \/>\nson p\u00e8re. Souvent compar\u00e9e \u00e0 l\u2019Huckleberry Finn de Mark<br \/>\nTwain, l\u2019h\u00e9ro\u00efne se rend sur les lieux du crime, \u00e0 Fort Smith, en<br \/>\nArkansas. C\u2019est l\u00e0 sur l\u2019ultime fronti\u00e8re de l\u2019Ouest am\u00e9ricain,<br \/>\njuste avant les territoires indiens, que la petite fille engage un<br \/>\nmarshal alcoolique et borgne, Rooster Cogburn, interpr\u00e9t\u00e9<br \/>\npar Jeff Bridges, pour traquer le criminel. Leur route croise<br \/>\ncelle de LaBoeuf, camp\u00e9 par l\u2019excellent Matt Damon, un ranger<br \/>\ntexan qui recherche le m\u00eame homme, qu\u2019il doit ramener<br \/>\nau Texas, o\u00f9 celui-ci a abattu un s\u00e9nateur. Une bien \u00e9trange<br \/>\n\u00e9quipe se forme alors, men\u00e9e d\u2019une main de fer par la petite<br \/>\nfille opini\u00e2tre, qui combine sens inn\u00e9 des affaires, go\u00fbt pour la<br \/>\nloi et foi dans la force publique. En route pour une impitoyable<br \/>\net truculente chasse \u00e0 l\u2019homme\u2026 Le film narre le passage du<br \/>\nXIXe au XXe si\u00e8cle et la fin d\u2019un monde, symbolis\u00e9e par cette<br \/>\nmagnifique chevauch\u00e9e nocturne lors de laquelle le marshal<br \/>\ntente de sauver la vie de l\u2019enfant piqu\u00e9e par un serpent. Trente<br \/>\nans plus tard, la petite Mattie Ross,<br \/>\ndevenue une vieille fille amput\u00e9e<br \/>\nd\u2019un bras, cherche \u00e0 revoir le marshal<br \/>\n: le monde du western a disparu,<br \/>\nla l\u00e9gende \u00e9tant devenue la p\u00e2ture<br \/>\nd\u2019un show, d\u2019un cirque. C\u2019est une<br \/>\ntombe qui sert ici d\u2019image finale.<\/p>\n<h2>La maison des bois<\/h2>\n<p>C\u2019est sur cette m\u00eame confrontation entre le monde de l\u2019enfance<br \/>\net celui de la force que repose <em>Winter\u2019s Bone<\/em> de Debra<br \/>\nGranik. Ree Dolly (Jennifer Lawrence) a 17 ans. Douce<br \/>\nRosetta am\u00e9ricaine, elle vit dans la for\u00eat des Ozarks, au coeur<br \/>\ndu Missouri, o\u00f9 elle assure seule la subsistance de sa m\u00e8re<br \/>\nmalade, de son fr\u00e8re et de sa soeur, \u00e2g\u00e9s de 12 et 6 ans.<br \/>\nSon monde pr\u00e9caire s\u2019\u00e9croule le jour o\u00f9 elle apprend que<br \/>\nson p\u00e8re, pour sortir de prison, a hypoth\u00e9qu\u00e9 leur maison<br \/>\ndes bois. La jeune fille cherche \u00e0 retrouver la trace de son<br \/>\ng\u00e9niteur. Puissant et envo\u00fbtant, le film est toutefois un peu<br \/>\nmonocorde dans sa restitution de la sauvagerie pittoresque<br \/>\nqui s\u00e9vit alentour. Une bande d\u2019hommes d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s et patibulaires<br \/>\nfait r\u00e9gner une dure loi du silence que la fr\u00eale h\u00e9ro\u00efne<br \/>\ncherche, seule, \u00e0 briser. S\u00e9questr\u00e9e et battue, lucide sur son<br \/>\nsort, Ree s\u2019entend dire : \u00ab <em>Qu\u2019est-ce qu\u2019on va faire de toi ? \u00bb<br \/>\n\u00ab Me tuer, je suppose<\/em>, r\u00e9pond-elle. <em>Ou m\u2019aider\u2026 <\/em> \u00bb Cet appel<br \/>\nau secours s\u2019incarne dans une tr\u00e8s belle s\u00e9quence qui sort<br \/>\nle film de ses sentiers battus : pour gagner de l\u2019argent, Ree<br \/>\npense un temps \u00e0 s\u2019engager dans l\u2019arm\u00e9e. Elle rencontre un<br \/>\nrecruteur militaire qui lit sa d\u00e9tresse et la convainc que sa<br \/>\nplace est pour l\u2019instant aupr\u00e8s de sa famille.<\/p>\n<h2>Sur le ring<\/h2>\n<p>\u00ab<em> Si tu joues au dur ici, tu ne fais pas long feu\u2026<\/em> \u00bb La canalisation<br \/>\nde la violence, \u00e0 travers le rituel de l\u2019entra\u00eenement plut\u00f4t<br \/>\nque l\u2019explosion du combat, est au coeur de <em>Boxing Gym<\/em> de Frederick<br \/>\nWiseman, son trente-huiti\u00e8me film, aimant\u00e9 par un lieu<br \/>\nunique : un club de boxe nomm\u00e9 Lord\u2019s Gym et situ\u00e9 \u00e0 Austin,<br \/>\nTexas. Depuis <em>Titicut Follies<\/em> (1967), le documentariste am\u00e9ricain<br \/>\noctog\u00e9naire ne cesse d\u2019explorer les grandes institutions<br \/>\nde son pays \u2013 \u00e9coles, cours de justice, h\u00f4pitaux, etc. Son<br \/>\ndernier film, La danse, \u00e9tait une plong\u00e9e dans les coulisses<br \/>\nde l\u2019Op\u00e9ra de Paris. De la danse \u00e0 la boxe, il n\u2019y a qu\u2019un pas\u2026<br \/>\ncomme en t\u00e9moigne cette longue et obs\u00e9dante sc\u00e8ne sur le<br \/>\nring, toute en jambes et en croisements, entra\u00eenement c\u00f4te \u00e0<br \/>\nc\u00f4te d\u2019un homme et d\u2019une femme. Ce sont les courbes des<br \/>\ncorps qui chor\u00e9graphient le film, qui lui donnent son rythme<br \/>\net son souffle. Dans les recoins de cette salle d\u2019entra\u00eenement,<br \/>\nun vrai bric-\u00e0-brac rafistol\u00e9 de toutes parts, Frederick Wiseman<br \/>\nparvient \u00e0 saisir l\u2019Am\u00e9rique enti\u00e8re, la profondeur du melting-<br \/>\npot. Hommes, femmes, jeunes, vieux, de toutes origines<br \/>\net de tous les milieux sociaux, anim\u00e9s par des motivations<br \/>\ndiverses, se croisent ici : un ouvrier dans le b\u00e2timent inscrit<br \/>\npar sa femme, un enfant \u00e9pileptique, etc. Le cin\u00e9ma est un art de l\u2019espace : sous la cam\u00e9ra de Wiseman, la contenance humaine<br \/>\nde ce lieu \u00e9troit s\u2019\u00e9tire \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n<h2>Partager le g\u00e2teau ?<\/h2>\n<p>C\u2019est sur une opposition sociale marqu\u00e9e que repose le<br \/>\nlong-m\u00e9trage de C\u00e9dric Klapisch <em>Ma part du g\u00e2teau<\/em>. Apr\u00e8s<br \/>\nses com\u00e9dies ado-Erasmus,<em> L\u2019auberge espagnole<\/em> (2001) et<br \/>\n<em>Les poup\u00e9es russes<\/em> (2004), apr\u00e8s <em>Paris<\/em> (2008), le spectateur<br \/>\npourra \u00eatre surpris de retrouver le r\u00e9alisateur dans une<br \/>\nveine plus sociale et politique, avec un film aux couleurs postcrise<br \/>\n: \u00ab <em>Le point de d\u00e9part, c\u2019est l\u2019actualit\u00e9. J\u2019avais l\u2019impression<br \/>\nqu\u2019il fallait d\u00e9noncer quelque chose de notre \u00e9poque,<br \/>\nqu\u2019il fallait r\u00e9agir, et vite, sur la situation sociale actuelle. (\u2026)<br \/>\nGrosso modo, le monde fabrique de plus en plus de profit,<br \/>\net de moins en moins de gens en profitent ! (\u2026) Y a-t-il une<br \/>\nrelation quelconque entre le malaise du monde du travail et<br \/>\nles fluctuations r\u00e9centes de la finance ? \u00e7a m\u2019obnubilait, et<br \/>\nj\u2019ai eu besoin d\u2019en parler<\/em> \u00bb, raconte le cin\u00e9aste. Il a orchestr\u00e9<br \/>\nune rencontre improbable entre France (Karin Viard) et Steve<br \/>\n(Gilles Lellouche). Elle est ouvri\u00e8re \u00e0 Dunkerque ; il est trader<br \/>\n\u00e0 Londres. Quand elle se retrouve au ch\u00f4mage suite \u00e0 la fermeture<br \/>\nde son usine, elle devient femme de m\u00e9nage \u00e0 Paris\u2026<br \/>\ndans le somptueux appartement de Steve, fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9<br \/>\ndans la capitale. <em>Ma part du g\u00e2teau <\/em> oppose leurs univers,<br \/>\nmettant en r\u00e9cit la fracture sociale. Les r\u00e9pliques fusent : \u00e0<br \/>\nun trader trop gentil : \u00ab <em>Tu sais comment on t\u2019appelle ? L\u2019humaniste<br \/>\n!<\/em> \u00bb ; un ouvrier en lutte : \u00ab<em> Nous, les faibles, on n\u2019est<br \/>\nrien sans la force collective.<\/em> \u00bb ; Ahmed (Zinedine Soualem)<br \/>\n\u00e0 France : \u00ab<em> Avec les d\u00e9localisations, vous \u00eates comme une<br \/>\nfemme immigr\u00e9e dans votre pays. <\/em> \u00bb, etc. Travers\u00e9 par des<br \/>\nsc\u00e8nes \u00e0 la lucidit\u00e9 cruelle<br \/>\n\u2013 le plus glauque week-end<br \/>\nde riches \u00e0 Venise qui soit ;<br \/>\nle s\u00e9jour d\u2019un petit gar\u00e7on<br \/>\nchez un p\u00e8re indiff\u00e9rent \u2013, le<br \/>\nfilm parvient \u00e0 d\u00e9jouer le clich\u00e9<br \/>\nde l\u2019amour plus fort que<br \/>\nles fronti\u00e8res sociales. Il redonne<br \/>\ndes accents de col\u00e8re<br \/>\nfinale \u00e0 l\u2019adoucissement et<br \/>\n\u00e0 l\u2019\u00e9dulcoration du personnage<br \/>\nmasculin, lisible dans le<br \/>\npassage du \u00ab I\u2019m bad \u00bb ou \u00ab Je<br \/>\nsuis un gros connard \u00bb \u00e0 \u00ab J\u2019ai<br \/>\nvraiment une vie de merde \u00bb.<br \/>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4749 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/boxe_bandeau-98e.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/boxe_bandeau-98e-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Histoires de luttes des corps et des classes\" aria-describedby=\"gallery-1-14822\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14822'>\n\t\t\t\tHistoires de luttes des corps et des classes\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/boxe_crop-5a5.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/boxe_crop-5a5.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Histoires de luttes des corps et des classes\" aria-describedby=\"gallery-1-14823\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14823'>\n\t\t\t\tHistoires de luttes des corps et des classes\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des histoires de vengeance, \u00e0 travers des portraits de filles r\u00e9habilitant<br \/>\nla m\u00e9moire de leur p\u00e8re disparu (<em>True Grit, Winter\u2019s Bone<\/em>),<br \/>\nde violence, de corps et de combats (<em>Boxing Gym, Ma part du g\u00e2teau<\/em>).<\/p>\n","protected":false},"author":572,"featured_media":14822,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-4749","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4749","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/572"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4749"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4749\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14822"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4749"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4749"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4749"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}