{"id":472,"date":"1997-05-01T00:00:00","date_gmt":"1997-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/immigration-integration472\/"},"modified":"1997-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-04-30T22:00:00","slug":"immigration-integration472","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=472","title":{"rendered":"IMMIGRATION,INTEGRATION"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Jean Ziegler <\/p>\n<p><strong> Quel a \u00e9t\u00e9 l&#8217;impact du soutien logistique financier apport\u00e9 par les banquiers helv\u00e9tiques \u00e0 l&#8217;\u00e9conomie du IIIe Reich ? Jean Ziegler vient de publier le r\u00e9sultat d&#8217;une enqu\u00eate de grande port\u00e9e sur la question (1). <\/strong><\/p>\n<p> <strong> En quoi \u00eates-vous amen\u00e9 \u00e0 constater que le troisi\u00e8me Reich \u00e9tait, entre autre, une immense affaire de \u00ab criminalit\u00e9 \u00e9conomique \u00bb, ainsi que vous le d\u00e9veloppez dans votre livre ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Jean Ziegler : <\/strong> Au moment o\u00f9 Hitler a commenc\u00e9 la guerre, l&#8217;Allemagne \u00e9tait en faillite du fait du r\u00e9armement du IIIe Reich. En septembre 1939, il part pour sa premi\u00e8re guerre de conqu\u00eate d&#8217;abord vers la Pologne puis vers l&#8217;ouest et, partout o\u00f9 il passe, s&#8217;organise le pillage, d&#8217;une mani\u00e8re syst\u00e8matique. M\u00eame jusque dans les camps de concentration, les ghettos o\u00f9 l&#8217;on arrache les dents en or, les alliances des victimes, des d\u00e9port\u00e9s. Les banques centrales de onze pays occup\u00e9s sont litt\u00e9ralement pill\u00e9es. Second \u00e9l\u00e9ment: Hitler, au fa\u00eete de sa gloire, \u00e9tait d\u00e9pendant du march\u00e9 mondial. Il devait acheter \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur de son empire les mati\u00e8res premi\u00e8res strat\u00e9giques dont il avait besoin, le chrome, le wolfram, le p\u00e9trole, le diamant industriel, etc. L&#8217;or vol\u00e9 ne lui servait \u00e0 rien, \u00e0 moins qu&#8217;un banquier ne le recycle: des receleurs lui \u00e9taient n\u00e9cessaires et ces t\u00e2ches ont \u00e9t\u00e9 accomplies, avec conviction, contre des r\u00e9mun\u00e9rations astronomiques, par les banquiers suisses qui ont \u00ab lav\u00e9 \u00bb cet or, m\u00eame l&#8217;or des morts, celui des camps de concentration. Les camions allemands franchissaient la fronti\u00e8re \u00e0 B\u00e2le, Berne, pour d\u00e9charger les lingots refondus auparavant \u00e0 Berlin. Le tamponnage de la croix suisse s&#8217;effectuait alors, dans les banques suisses. Le banquier suisse \u00e9tait absolument essentiel \u00e0 Hitler. Il lui renvoyait des milliards de francs suisses, ce qui permettait \u00e0 Hitler de continuer la guerre. J&#8217;ai consult\u00e9 des documents du IIIe Reich, par exemple, qui se trouvent aux archives de Bonn, \u00e9manant du cabinet de Ribbentrop et dat\u00e9s de juin 1943, au moment o\u00f9 Hitler mobilise pour la guerre totale, c&#8217;est en effet le moment o\u00f9 la guerre tourne: il a perdu \u00e0 Stalingrad, \u00e0 El Alamein, les alli\u00e9s ont d\u00e9barqu\u00e9 en Sicile et l&#8217;Arm\u00e9e rouge avance, \u00e0 l&#8217;est. Hitler s&#8217;adresse \u00e0 ses banquiers suisses \u00e0 qui il demande d&#8217;augmenter leurs fournitures de devises, d&#8217;armement, d&#8217;instruments optiques, etc. Ce document que je reproduis est un inventaire, minist\u00e8re par minist\u00e8re des besoins allemands, pour n\u00e9gociation avec les banques suisses. Et le pr\u00e9sident de la banque du Reich, Walter Funk, dit textuellement: \u00ab sans les Suisses, nous ne pourrions pas tenir deux mois \u00bb. Si les banquiers avaient refus\u00e9 de laver l&#8217;or vol\u00e9, le Reich aurait donc probablement \u00e9t\u00e9 incapable de continuer la guerre tr\u00e8s longtemps.<\/p>\n<p> <strong> Vos accusations contre les banquiers suisses pour leurs responsabilit\u00e9s dans la poursuite de la guerre, apr\u00e8s 1943, sont donc formelles. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. Z.: <\/strong> Sans l&#8217;apport des banques suisses, la derni\u00e8re guerre mondiale aurait probablement pu \u00eatre termin\u00e9e, une ann\u00e9e, une ann\u00e9e et demie plus t\u00f4t. Et les banquiers suisses, qui sont devenus infiniment riches, par le biais de cette complicit\u00e9 avec Hitler, ont sur la conscience la mort de centaines de milliers de femmes, d&#8217;hommes et d&#8217;enfants.<\/p>\n<p> <strong> Pourquoi avoir abord\u00e9 ce travail de mise au point maintenant alors que cette complicit\u00e9 avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e lors du proc\u00e8s de Nuremberg ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. Z.: <\/strong> En mars 1946, les Alli\u00e9s ont convoqu\u00e9 les banquiers suisses \u00e0 Washington pour qu&#8217;ils fassent \u00ab r\u00e9paration \u00bb. Ils \u00e9taient effectivement trait\u00e9s comme les receleurs de Hitler. Il leur \u00e9tait fait injonction de rendre l&#8217;or allemand. Les banquiers suisses ont menti, tergivers\u00e9, pendant soixante-huit jours, finalement ont vers\u00e9 250 millions de francs suisses, le dixi\u00e8me du butin, le reste est encore l\u00e0. A ce moment, les Alli\u00e9s ont sold\u00e9 la n\u00e9gociation. Vous avez raison de rappeler qu&#8217;il y a cinquante ans d\u00e9j\u00e0 \u00e9tait avanc\u00e9e la th\u00e8se centrale selon laquelle la guerre aurait pu cesser plus t\u00f4t, sans la participation des banques suisses \u00e0 l&#8217;effort de guerre allemand. C&#8217;est un reproche dont on trouve trace dans la presse am\u00e9ricaine, au printemps 1946, sous des formes violentes. Il a ensuite disparu. C&#8217;est aussi \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que les services secrets am\u00e9ricains ont commenc\u00e9 \u00e0 recruter des agents de la Gestapo, \u00e0 les sortir des prisons. La guerre froide commen\u00e7ait. Truman \u00e9tait au pouvoir, menant une politique anti-communiste agressive et estimait que les banques suisses pourraient \u00eatre importantes. La lib\u00e9ration, l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, des derniers documents am\u00e9ricains sur la question, notamment ceux de l&#8217;Organization for strategic services (Oss) et des services secrets du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain, dirig\u00e9 par Henry J. Morgenthau, charg\u00e9 de mener la guerre \u00e9conomique contre le Reich, m&#8217;a permis de reprendre ces investigations.<\/p>\n<p> <strong> Pour un travail sur la m\u00e9moire collective, l&#8217;ouverture d&#8217;archives jusque l\u00e0 inaccessibles permet d&#8217;avancer de nouvelles hypoth\u00e8ses. Non sans \u00e9clat&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. Z.: <\/strong> Depuis la fin de la guerre, des organisation juives de survivants ou de descendants des victimes de la Shoah, qui cherchent les comptes dits en \u00ab d\u00e9sh\u00e9rence \u00bb, ont exerc\u00e9 une pression certaine sur les banques suisses, mais en vain. Une partie, en effet, de ces personnes avaient mis, avant 1939, leur fortune \u00e0 l&#8217;abri en Suisse, parce que le monstre nazi \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 l&#8217;horizon. Jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, les banquiers suisses, \u00e0 chaque fois qu&#8217;un descendant des victimes de l&#8217;Holocauste se pr\u00e9sentait \u00e0 leur guichet, imposaient la pr\u00e9sentation d&#8217;un certificat de d\u00e9c\u00e8s. Chose impossible \u00e0 produire dans les circonstances&#8230; Le demandeur \u00e9tait donc \u00e9conduit. Comment prouver que l&#8217;on est unique h\u00e9ritier ? Quatorze millions de personnes, dont six millions de Juifs ont \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9s. Des milliards de fonds sont donc dits \u00ab en d\u00e9sh\u00e9rence \u00bb. Le Congr\u00e8s juif mondial s&#8217;est finalement empar\u00e9 de ces probl\u00e8mes, sur une d\u00e9cision de la Knesset de 1992 et, l&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, des repr\u00e9sentants du Congr\u00e8s ont rencontr\u00e9 le Pr\u00e9sident-candidat Clinton, en pleine p\u00e9riode \u00e9lectorale. Ils ont r\u00e9clam\u00e9 les archives en vue de les utiliser comme armes contre les banques suisses, estimant que, jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, il y avait manifestement d\u00e9ni de droit. Il n&#8217;est pas \u00e0 exclure \u00e9galement que les march\u00e9s financiers soient quelque peu int\u00e9ress\u00e9s par cette masse d&#8217;argent qui dort dans les coffres suisses. Clinton a donc d\u00e9classifi\u00e9 les archives de l&#8217;OSS. Elles ont \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9es au National Archives, o\u00f9 elles sont accessibles. Les services secrets de Morgenthau eux aussi ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s actifs dans cette guerre \u00e9conomique secr\u00e8te et leur documentation est \u00e9galement tr\u00e8s pr\u00e9cise sur le jeu jou\u00e9 par les banques suisses.<\/p>\n<p> <strong> Nous sommes donc au tout d\u00e9but de la connaissance sur cet aspect de la guerre de 1939-1945&#8230; <\/strong><\/p>\n<p> <strong> J. Z.: <\/strong> Vraisemblablement. Et ce ne sont pas des marginaux, ou des intellectuels d&#8217;extr\u00eame gauche qui mettent les banquiers helv\u00e9tiques dans les cordes aujourd&#8217;hui. Ces informations proviennent du cerveau du capitalisme mondial. C&#8217;est, par exemple, le pr\u00e9sident de la commission des banques du S\u00e9nat am\u00e9ricain D&#8217;Amato de New York qui porte ces accusations. Pour les capitalistes, c&#8217;est imparable. Ce qui explique sans doute les menaces sur ma personne, les attaques contre la cr\u00e9dibilit\u00e9 de mon travail &#8211; ou la censure de mon livre \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision suisse romande. En f\u00e9vrier dernier, une loi a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e, par le conseil municipal de Manhattan, mena\u00e7ant les banquiers suisses d&#8217;un retrait de leur licence \u00e0 New York. En \u00ab \u00e9piciers \u00bb qu&#8217;ils sont, ceux-ci ont tout de suite accept\u00e9 de remettre plusieurs centaines de millions de francs. Pour acheter le silence. Alors qu&#8217;il faudrait aller jusqu&#8217;au bout de la d\u00e9marche de remboursement des familles. On se trouve \u00e0 la veille d&#8217;autres r\u00e9v\u00e9lations sur cette guerre \u00e9conomique encore mal connue et dont un des ressorts a \u00e9t\u00e9, en Europe ou en Suisse, en France dans une moindre mesure, la spoliation des victimes, essentiellement des victimes juives.<\/p>\n<p>* Professeur de sociologie \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Gen\u00e8ve et conseiller national au Parlement conf\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<p>1. Jean Ziegler, la Suisse, l&#8217;or et les morts, aux Editions du Seuil.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Jean Ziegler <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-472","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/472","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=472"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/472\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=472"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=472"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=472"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}