{"id":470,"date":"1997-05-01T00:00:00","date_gmt":"1997-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/polemiques470\/"},"modified":"1997-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-04-30T22:00:00","slug":"polemiques470","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=470","title":{"rendered":"Polemiques"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voil\u00e0 deux mille ans que l&#8217;id\u00e9e d&#8217;Europe devrait nous hanter. Il est aujourd&#8217;hui question d&#8217;en faire le fondement d&#8217;une identit\u00e9 commune. Encore convient-il d&#8217;en cerner les champs et les valeurs. <\/p>\n<p>Faut-il construire l&#8217;Europe et si oui laquelle ? Les arguments d&#8217;opportunit\u00e9 sont l\u00e9gions. Ils portent sur les cons\u00e9quences \u00e9conomiques et sociales des politiques europ\u00e9ennes, mais aussi sur le besoin de changer d&#8217;\u00e9chelle dans le cadre d&#8217;une mondialisation des \u00e9changes, sur la pertinence du cadre national. Dans ce d\u00e9bat, les &#8221; Europ\u00e9ens convaincus &#8221; &#8211; au sens o\u00f9 on le dit de Jacques Delors ou de Maurice Schumann &#8211; admettent nombre de tares \u00e0 l&#8217;actuelle construction, et parfois m\u00eame \u00e0 en refuser certains aspects, sans que ces tares ne remettent en question le projet, trop grandiose pour \u00eatre mesur\u00e9 \u00e0 l&#8217;aune de dysfonctionnements in\u00e9vitables quand il s&#8217;agit d&#8217;une telle R\u00e9volution. Construire l&#8217;Europe unie est pour beaucoup le moteur de tout positionnement politique. Ainsi du Parti socialiste aujourd&#8217;hui, pr\u00e8s de reconna\u00eetre les m\u00e9faits de la monnaie unique, mais h\u00e9sitant \u00e0 le dire, de peur de faire capoter la r\u00e9alisation d&#8217;une aussi noble Id\u00e9e dans la derni\u00e8re ligne droite. On comprend que les d\u00e9sagr\u00e9ments qu&#8217;entra\u00eene l&#8217;application des trait\u00e9s soit de peu de poids face \u00e0 la grandeur d&#8217;une ambition sans pr\u00e9c\u00e9dent et qu&#8217;il faut prendre au s\u00e9rieux: fonder une nouvelle collectivit\u00e9, ni locale, ni nationale mais r\u00e9gionale. Discuter ce point de vue ne peut se faire sur le terrain de l&#8217;analyse des tendances lourdes \u00e0 l&#8217;internationalisation et des besoins nouveaux, ni sur celui, concret, de la construction europ\u00e9enne, puisque par avance les errances comme les avanc\u00e9es seront mises sur le compte des oeufs sans lesquels il n&#8217;y a pas d&#8217;omelette possible. Remontons donc \u00e0 la source de l&#8217;argument: l&#8217;Id\u00e9al europ\u00e9en, fondateur d&#8217;une identit\u00e9 nouvelle. En quoi consiste cette Id\u00e9e d&#8217;Europe, et vraiment m\u00e9rite-t-elle qu&#8217;on meure pour elle ? L&#8217;Id\u00e9e Europe existe. Depuis le livre pr\u00e9curseur de Denis de Rougemont, Vingt-huit si\u00e8cles d&#8217;Europe (1), les \u00e9tudes se sont multipli\u00e9es pour lui donner corps (2). Une sorte de genre litt\u00e9raire, l&#8217;histoire de l&#8217;Id\u00e9e europ\u00e9enne s&#8217;est ainsi constitu\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;Id\u00e9e par les origines ? <\/strong><\/p>\n<p>Or, quand on examine cette pr\u00e9tention dans des livres qui la d\u00e9fendent, on est surpris: au lieu de la trouver explicit\u00e9e en un slogan, simple et fort comme tous les slogans fondateurs, on tombe le plus souvent sur une histoire &#8211; parfois laborieuse et \u00e9rudite &#8211; de l&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe, destin\u00e9e \u00e0 nous convaincre que celle-ci pr\u00e9c\u00e8de toutes les divisions nationales et \u00e9tatiques (3). Comme si pour \u00eatre bonne une Id\u00e9e devait \u00eatre vieille&#8230;<\/p>\n<p>Si l&#8217;Europe doit \u00eatre volontairement construite autour de l&#8217;id\u00e9al qu&#8217;elle incarne, la question de savoir si le mot existait en Gr\u00e8ce ou si les mythes bibliques font r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un Ouest paradisiaque importe peu. Non plus que la r\u00e9alit\u00e9 historique du lien invoqu\u00e9. Ce qui importe, ce sont les valeurs qu&#8217;on y associe.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re &#8221; origine &#8221; invoqu\u00e9e est la Gr\u00e8ce dont l&#8217;Europe aurait h\u00e9rit\u00e9 du Logos, comme le dit \u00e0 peu pr\u00e8s Val\u00e9ry (4). L&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe est donc celle de la philosophie et des sciences, du d\u00e9sir de savoir et de l&#8217;interrogation critique. On peut consid\u00e9rer les Grecs comme inventeurs de la d\u00e9mocratie. Bel id\u00e9al dont on a du mal \u00e0 se demander en quoi il serait particuli\u00e8rement europ\u00e9en: qui pourrait dire, sans rire, que seule l&#8217;Europe est d\u00e9mocratique ou qu&#8217;il n&#8217;y a de philosophie qu&#8217;europ\u00e9enne ?<\/p>\n<p>La seconde terre natale de l&#8217;Europe serait Rome (5) et son legs serait le Droit compris tout \u00e0 la fois dans ses proc\u00e9dures et ses m\u00e9thodes, pr\u00e9cises et \u00e9crites, comme dans sa puissance &#8211; celle du glaive. Y a-t-il l\u00e0 de quoi fonder un Id\u00e9al sp\u00e9cifique \u00e0 l&#8217;Europe ? L&#8217;Id\u00e9al romain est loin de faire l&#8217;unanimit\u00e9 parmi ses descendants. On peut y voir le plus r\u00e9aliste et le plus pratique des syst\u00e8mes de cantonnement de la violence sous le r\u00e8gne du droit. A ce titre, la R\u00e9publique romaine fait vibrer le coeur de tous les nostalgiques d&#8217;un r\u00e9gime politique o\u00f9 le n\u00e9potisme et la corruption sont jugul\u00e9s. On peut aussi y voir la source de toutes les apologies de la force (6). Si Rome invente l&#8217;\u00e9largissement de la citoyennet\u00e9 \u00e0 tous les habitants de l&#8217;Empire, on lui doit aussi quelques belles aventures militaires, intarissable source de symboles pour tous les dictateurs du continent.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me pilier de l&#8217;identit\u00e9 europ\u00e9enne devrait \u00eatre le christianisme. Mais le christianisme, parce qu&#8217;il se veut universel, ne peut \u00eatre la religion d&#8217;une r\u00e9gion du monde. Si les hasards de l&#8217;histoire ont concentr\u00e9 les fid\u00e8les \u00e0 l&#8217;ouest du continent eurasiatique, c&#8217;est un hasard justement. L&#8217;Id\u00e9e chr\u00e9tienne (et m\u00eame son versant la\u00efcis\u00e9 qui ne retiendrait du christianisme que les &#8221; valeurs occidentales &#8220;), a vocation \u00e0 \u00eatre mondiale, c&#8217;est-\u00e0-dire missionnaire, et l&#8217;on peut s&#8217;inqui\u00e9ter d&#8217;une Europe qui se penserait missionnaire&#8230; De toute fa\u00e7on, il y a bien longtemps que le christianisme n&#8217;est pas seulement europ\u00e9en. L&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe ne peut donc \u00eatre ni grecque, ni romaine, ni chr\u00e9tienne, sauf \u00e0 partir dans des abstractions telles qu&#8217;on peut tout dire. Il n&#8217;est d&#8217;ailleurs pas question de faire la g\u00e9n\u00e9alogie de l&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe mais de la cerner pour pouvoir l&#8217;\u00e9noncer clairement.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;Id\u00e9e par le territoire ? <\/strong><\/p>\n<p>On a beaucoup discut\u00e9 de savoir si l&#8217;Europe incluait le Russe et le Turc. Tout d\u00e9pend \u00e9videmment de l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;on s&#8217;en fait&#8230;(7). Que l&#8217;on associe Lumi\u00e8res et Europe, et il reste \u00e0 d\u00e9terminer si Russes et Turcs sont dignes de figurer parmi les \u00e9clair\u00e9s. La question divise Montesquieu (8) et Rousseau (9). Elle est reprise par Marx&#8230;(10) Un commentaire s&#8217;impose cependant, celui de Denis de Rougemont: &#8221; la plupart des projets de pacification, et par suite d&#8217;union de l&#8217;Europe, se trouveront organiquement li\u00e9s jusqu&#8217;au XVIIIe si\u00e8cle \u00e0 des projets de reconqu\u00eate des lieux saints, puis de coalition d\u00e9fensive contre les Turcs.&#8221; On aurait envie de dire que l&#8217;int\u00e9gration de la Turquie et de quelques pays arabes est souhaitable, pour finir de convaincre les sceptiques que l&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe n&#8217;est pas une resuc\u00e9e de la Sainte Alliance contre les Infid\u00e8les. Mais ajoutons qu&#8217;il n&#8217;est pas certain que ces derniers, non plus que les Russes, aient \u00e0 gagner dans l&#8217;int\u00e9gration \u00e0 l&#8217;Union europ\u00e9enne. Toute la slavophilie russe est l\u00e0 pour t\u00e9moigner des dangers de l&#8217;importation de mod\u00e8les de d\u00e9veloppement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Plus que de territoire, c&#8217;est d&#8217;id\u00e9ologie dont il est question, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment de projet de paix.<\/p>\n<p> <strong> L&#8217;Id\u00e9e par la paix ? <\/strong><\/p>\n<p>La paix est l&#8217;Id\u00e9e fondatrice de l&#8217;Id\u00e9al europ\u00e9en. La Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne s&#8217;est construite sur la volont\u00e9 franco-allemande de ne pas recommencer, tout le monde le sait. Peut-\u00eatre faut-il alors se demander de quelle paix il s&#8217;agit. Parce qu&#8217;il y a beaucoup de mani\u00e8res de faire la paix, dans des buts tr\u00e8s diff\u00e9rents. On peut faire la paix pour faire la guerre. C&#8217;est le mod\u00e8le le plus fr\u00e9quent des projets d&#8217;union europ\u00e9enne, l&#8217;actuel compris. Il faut s&#8217;unir, politiquement et militairement et aujourd&#8217;hui \u00e9conomiquement. Pour bien faire la guerre \u00e0 l&#8217;infid\u00e8le ou au Turc, devenus aujourd&#8217;hui le Japon ou les Etats-Unis. La v\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;argument est imparable: l&#8217;Europe est faible quant elle est divis\u00e9e par des guerres int\u00e9rieures. Simplement il dit plus qu&#8217;il ne voudrait en laissant entendre que le but de l&#8217;Union est la force entendue comme volont\u00e9 de puissance. M\u00eame les plus humanistes y succombent, sur le mode r\u00e9sign\u00e9 (11).<\/p>\n<p>Mais prenons un instant la question de l&#8217;affrontement civilisationnel au s\u00e9rieux. Apr\u00e8s tout, les Turcs sont arriv\u00e9s \u00e0 Vienne et l&#8217;on peut avoir voulu les arr\u00eater au nom de la diversit\u00e9 des civilisations humaines et de la sauvegarde des populations. Peut-\u00eatre sommes-nous \u00e0 la veille de la disparition de l&#8217;Europe prise entre la mont\u00e9e de l&#8217;Islam, la domination am\u00e9ricaine et l&#8217;\u00e9mergence de l&#8217;Asie. Le projet d&#8217;Europ\u00e9en serait donc de s&#8217;unir pour faire la guerre, non pas offensive mais seulement d\u00e9fensive. Sauver sa peau, en quelque sorte. C&#8217;est \u00e0 peu pr\u00e8s le discours actuel du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Si tel est le cas, l&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe manque vraiment d&#8217;attrait et c&#8217;est peu de dire que la seule volont\u00e9 de se conserver n&#8217;a jamais sauv\u00e9 une civilisation qui n&#8217;a rien d&#8217;autre \u00e0 proposer que sa seule existence. L&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe fond\u00e9e sur la survie peut \u00e0 la rigueur dramatiser un r\u00e9f\u00e9rendum, en aucun cas constituer le fondement d&#8217;une identit\u00e9 collective. Un ultime sens peut \u00eatre trouv\u00e9 \u00e0 l&#8217;id\u00e9al pacifiste. Non pas constitutif d&#8217;une coalition politique et militaire, qu&#8217;elle soit offensive ou d\u00e9fensive, mais d&#8217;un projet de paix perp\u00e9tuel. L&#8217;astuce des d\u00e9fenseurs de l&#8217;Europe actuelle est de confondre cette utopie de philosophe avec la mise en place d&#8217;une politique de d\u00e9fense commune, faute peut-\u00eatre de la prendre au s\u00e9rieux, et au pied de la lettre. De quoi s&#8217;agit-il ?<\/p>\n<p>Aux diff\u00e9rences de doctrine et d&#8217;\u00e9poque pr\u00e8s, on retrouve la trame suivante: un engagement solennel pris par tous les Etats contractants de ne pas faire la guerre et de soumettre leurs conflits \u00e0 la n\u00e9gociation et l&#8217;arbitrage d&#8217;une autorit\u00e9 ind\u00e9pendante. De plus, rares sont ceux qui limitent cette alliance \u00e0 l&#8217;Europe, vue comme la premi\u00e8re \u00e9tape d&#8217;un \u00e9largissement progressif au monde entier (12). Si Id\u00e9e il y a, ne serait-ce plut\u00f4t celle de la Charte des Nations unies ? Peut-elle fonder l&#8217;Europe ? Il faudrait penser l&#8217;Europe comme un moment transitoire dans la r\u00e9alisation du Monde&#8230;et l&#8217;Europe unie ne devrait avoir d&#8217;autre pr\u00e9occupation que de faire vivre l&#8217;ONU et ses principes pacifistes. La piste m\u00e9riterait d&#8217;\u00eatre suivie. Il faut souligner que la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 de ces projets ne touchent pas aux souverainet\u00e9s des Etats contractants (13). Le projet de paix, perp\u00e9tuel chez les auteurs pr\u00e9cit\u00e9s, suppose une conf\u00e9d\u00e9ration en ce qu&#8217;il est la n\u00e9gation, le contraire absolu de la tentative d&#8217;unification de l&#8217;Europe en un seul Etat, d\u00e9marche associ\u00e9e \u00e0 l&#8217;aventure n\u00e9cessairement d\u00e9raisonnable d&#8217;un Dictateur (14). Certes, Kant parle d&#8217;Etats unis d&#8217;Europe, mais \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les Etats-Unis ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme un Etat unique. Il est malhonn\u00eate de l&#8217;oublier quand toute la d\u00e9marche du philosophe r\u00e9publicain est de concilier droit international public et souverainet\u00e9 nationale. Ajoutons enfin que le projet europ\u00e9en de ces pacifistes est juridique, et non politique, ce qui est par ailleurs discutable, mais interdit de s&#8217;en r\u00e9clamer pour construire l&#8217;Europe politique (15).<\/p>\n<p>Si donc Id\u00e9al europ\u00e9en il y a, il faut aller le chercher dans la paix perp\u00e9tuelle et les avantages multiples qu&#8217;elle procure. Le plaisir d&#8217;aller et venir en toute libert\u00e9, celui de se consacrer \u00e0 la sp\u00e9culation philosophique, l&#8217;utilisation des budgets militaires \u00e0 des fins sociales sont des bienfaits qui d\u00e9coulent de l&#8217;\u00e9tat de paix qui, on le voit, est un peu plus que l&#8217;absence de guerre. Ce projet suffit-il \u00e0 fonder une identit\u00e9 commune autour d&#8217;un Id\u00e9al ? Le d\u00e9bat n&#8217;est pas clos mais pourra-t-on en vouloir \u00e0 ceux qui pensent que c&#8217;est peu court, que l&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe ne peut pr\u00e9tendre fonder une identit\u00e9 nouvelle comme celle de R\u00e9publique constitua la Nation fran\u00e7aise moderne, parce que trop abstraite, et trop contradictoire aussi ? Dire cela ne signifie pas qu&#8217;il est ill\u00e9gitime de construire l&#8217;Europe, mais qu&#8217;il n&#8217;est pas possible de tout accepter en son nom. Quant \u00e0 son avenir, il est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 celui de l&#8217;Europe politique dont on voudrait qu&#8217;elle soit la justification. Sans elle, l&#8217;Id\u00e9e d&#8217;Europe restera ce qu&#8217;elle est, un peu fascinante, et passablement vague, mais une acc\u00e9l\u00e9ration du processus d&#8217;int\u00e9gration conduirait \u00e0 faire de son contenu un axe fondamental du d\u00e9bat id\u00e9ologique. Il sera urgent alors d&#8217;en faire l&#8217;utopie qu&#8217;elle n&#8217;est pas aujourd&#8217;hui, concr\u00e8te et r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>1. R\u00e9\u00e9dition: Christian de Bartillat Ed, 1990.<\/p>\n<p>2. On peut citer la r\u00e9\u00e9dition de l&#8217;ouvrage classique de Duroselle, Europe, 1990 ou de l&#8217;historien J.Le Goff, la Vieille Europe et la n\u00f4tre, 1994.Les citations qui suivent sont pour la plupart tir\u00e9es de ces livres, ainsi que de celui d&#8217;Yves Salesse, Propositions pour une autre Europe, 1996, o\u00f9 l&#8217;on trouve une bibliographie accessible sur le sujet.<\/p>\n<p>3. Dans ces ouvrages, le premier chapitre se doit de porter sur les mythes grecs, d&#8217;Europe et de Cadmus, et bibliques, de Japhet voire de Babel&#8230;<\/p>\n<p>4. &#8221; La Gr\u00e8ce est peut-\u00eatre ce qui nous distingue le plus profond\u00e9ment du reste de l&#8217;humanit\u00e9.Nous lui devons la discipline de l&#8217;esprit, l&#8217;exemple extraordinaire de la perfection dans tous les ordres (&#8230;) nous lui devons une m\u00e9thode de pens\u00e9e (&#8230;) l&#8217;homme se devient \u00e0 soi-m\u00eame le syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rences auquel toutes choses doivent pouvoir s&#8217;appliquer.&#8221;<\/p>\n<p>5. Encore Val\u00e9ry, \u00e0 propos de Rome, &#8221; mod\u00e8le \u00e9ternel de la puissance organis\u00e9e et stable &#8220;.&#8221; Partout o\u00f9 l&#8217;empire romain a domin\u00e9 (&#8230;) partout o\u00f9 le poids du glaive romain s&#8217;est fait sentir, o\u00f9 l&#8217;appareil et la dignit\u00e9 de la magistrature ont \u00e9t\u00e9 reconnus, copi\u00e9s, parfois m\u00eame bizarrement sing\u00e9s &#8211; l\u00e0 est quelque chose d&#8217;europ\u00e9en &#8220;.<\/p>\n<p>6. Ainsi, Simone Weil: &#8221; Les Romains sont des gangsters et bien pire: ils ont souill\u00e9 la vraie religion en l&#8217;adoptant.&#8221;<\/p>\n<p>7. Par exemple: Podiebrad (1420-1471) fait un projet d&#8217;alliance de la chr\u00e9tient\u00e9, &#8221; \u00e0 la gloire et \u00e0 l&#8217;honneur de la divine majest\u00e9 de la sainte Eglise romaine (&#8230;) (pour) d\u00e9fendre et prot\u00e9ger la religion chr\u00e9tienne (&#8230;) contre l&#8217;immonde prince des Turcs &#8220;.<\/p>\n<p>8. &#8221; La facilit\u00e9 et la promptitude avec laquelle cette nation s&#8217;est polic\u00e9e a bien montr\u00e9 que ce Prince (Pierre) avait une bien trop mauvaise opinion d&#8217;elle, et que ces peuples n&#8217;\u00e9taient pas des b\u00eates comme il disait.(&#8230;) Pierre le Grand donnant les moeurs et les mani\u00e8res d&#8217;Europe \u00e0 une nation d&#8217;Europe, trouva des facilit\u00e9s qu&#8217;il n&#8217;attendait pas lui-m\u00eame &#8221; (l&#8217;Esprit des lois, XIX, 14).<\/p>\n<p>9. &#8221; Les Russes ne seront jamais polic\u00e9s, parce qu&#8217;ils l&#8217;ont \u00e9t\u00e9 trop t\u00f4t (&#8230;) (Pierre) a vu que son peuple \u00e9tait barbare, il n&#8217;a point vu qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait point m\u00fbr pour la police.(&#8230;) Il a emp\u00each\u00e9 ses sujets de devenir jamais ce qu&#8217;ils pourraient \u00eatre, en les persuadant d&#8217;\u00eatre ce qu&#8217;ils ne sont pas &#8221; (Contrat Social, II, 8).<\/p>\n<p><strong> 10. <\/strong> &#8221; La Russie est une nation conqu\u00e9rante et l&#8217;a \u00e9t\u00e9 pendant un si\u00e8cle, jusqu&#8217;\u00e0 ce que le grand mouvement de 1789 lui ait oppos\u00e9 un puissant adversaire.Nous entendons la r\u00e9volution europ\u00e9enne, la force explosive de ses id\u00e9es d\u00e9mocratiques et la soif inn\u00e9e de libert\u00e9 &#8221; (articles du New York Herald Tribune).<\/p>\n<p><strong> 11. <\/strong> C&#8217;est Erasme qui \u00e9crit en 1515: &#8221; Si (la guerre) est \u00e0 ce point inh\u00e9rente \u00e0 la nature humaine que nul ne peut subsister sans elle, pourquoi les chr\u00e9tiens ne d\u00e9cha\u00eenent-ils pas ce mal contre les Turcs ? (&#8230;) Si l&#8217;amour r\u00e9ciproque n&#8217;est pas de nature \u00e0 unir (les chr\u00e9tiens) que du moins ils soient unis contre l&#8217;ennemi commun.&#8221;<\/p>\n<p><strong> 12. <\/strong> Emeric Cruc\u00e9, en 1623, y incluait: &#8221; Les rois de Perse, de la Chine, le Pr\u00eatre-Jean, le Pr\u00e9cop de Tartarie et le Grand Duc de Meschouie (&#8230;), les rois de la Grande-Bretagne et de la Pologne, de Danemark, de Su\u00e8de, du Japon, du Maroc, le Grand Mogol et autres monarques tant des Indes que d&#8217;Afrique&#8230;&#8221;<\/p>\n<p><strong> 13. <\/strong> Chez Wiliam Penn: &#8221; Les Etats resteront chez eux aussi puissants qu&#8217;ils l&#8217;\u00e9taient auparavant.Ni leur souverainet\u00e9 ni leurs revenus ne seront diminu\u00e9s &#8221; d\u00e8s 1694, dans son Essai pour la paix pr\u00e9sente et future.Chez Bernardin de Saint Pierre: &#8221; La soci\u00e9t\u00e9 europ\u00e9enne ne se m\u00ealera point du gouvernement de chaque Etat, si ce n&#8217;est pour en conserver la forme fondamentale &#8221; (Projet de paix perp\u00e9tuelle).Chez Rousseau aussi: &#8221; Quant \u00e0 la d\u00e9pendance o\u00f9 chacun sera du Tribunal commun, il est tr\u00e8s clair qu&#8217;elle ne diminuera rien des droits de la souverainet\u00e9, mais les affermira au contraire.&#8221;<\/p>\n<p><strong> 14. <\/strong> Pierre Du Bois, en 1308: &#8221; Je ne crois pas qu&#8217;un homme sens\u00e9 puisse estimer possible (&#8230;) que tout le monde soit gouvern\u00e9 quant aux choses temporelles par un seul monarque qui dirigerait tout, et \u00e0 qui tous ob\u00e9iraient comme \u00e0 leur sup\u00e9rieur; car si l&#8217;\u00e9volution tendait de ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, il y aurait des guerres, des s\u00e9ditions, des dissensions sans fin.&#8221; Chez Rousseau: &#8221; Si les Princes qu&#8217;on accusait d&#8217;aspirer \u00e0 la monarchie universelle y ont r\u00e9ellement aspir\u00e9s, ils montraient en cela plus d&#8217;ambition que de g\u00e9nie, car comment envisager un moment ce projet sans en voir le ridicule ? Comment ne pas sentir qu&#8217;il n&#8217;y a point de potentat en Europe assez sup\u00e9rieur aux autres pour pouvoir jamais en devenir le ma\u00eetre ? &#8221;<\/p>\n<p><strong> 15. <\/strong> Kant est explicite: &#8221; Cela serait une alliance des peuples, mais ce ne devrait pas \u00eatre pour autant un Etat des peuples (&#8230;) il faut qu&#8217;il y ait une alliance d&#8217;une esp\u00e8ce particuli\u00e8re, qu&#8217;on peut nommer alliance de paix, (qui) chercherait \u00e0 terminer pour toujours toutes les guerres.Cette alliance ne vise pas \u00e0 acqu\u00e9rir une quelconque puissance politique, mais seulement \u00e0 assurer et conserver la libert\u00e9 d&#8217;un Etat pour lui-m\u00eame et en m\u00eame temps celle des autres Etats alli\u00e9s, sans pour autant que ces Etats puissent se soumettre (&#8230;) \u00e0 des lois publiques et \u00e0 leurscontraintes &#8221; (Vers la paix perp\u00e9tuelle, II, 2).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voil\u00e0 deux mille ans que l&#8217;id\u00e9e d&#8217;Europe devrait nous hanter. 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