{"id":47,"date":"1995-07-01T00:00:00","date_gmt":"1995-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-russie-ou-les-echos-contrastes047\/"},"modified":"1995-07-01T00:00:00","modified_gmt":"1995-06-30T22:00:00","slug":"la-russie-ou-les-echos-contrastes047","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=47","title":{"rendered":"La Russie ou les \u00e9chos contrast\u00e9s du pass\u00e9"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9bat entre Marie Lavigne, Lilly Marcou et Rapha\u00ebl Vah\u00e9 anim\u00e9 par Myriam Barbera <\/p>\n<p><strong>  Que devient la Russie apr\u00e8s le rejet du r\u00e9gime bureaucratique pr\u00e9c\u00e9dent ? Le mirage de l&#8217;Ouest s&#8217;estompe un peu, tandis que des solutions nationales apparaissent. Cependant, le changement politique qu&#8217;elles impliquent reste hypoth\u00e9tique. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>  Pauvret\u00e9, drogue, crimes, guerre, manque de d\u00e9mocratie, forces dangereuses semblent \u00eatre le lot quotidien en Russie. Qu&#8217;en pensez-vous ?  <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Marie Lavigne : <\/strong> J&#8217;observe l&#8217;\u00e9conomie, ses structures &#8211; non la vie quotidienne &#8211; et ma vision de la situation n&#8217;est pas celle de la plupart des observateurs fran\u00e7ais. Je trouve que les choses ne vont pas si mal que \u00e7a dans le sens o\u00f9 la catastrophe imminente, celle que l&#8217;on nous pr\u00e9dit depuis au moins deux ans en Russie ne s&#8217;est pas produite. Si des gr\u00e8ves, des mouvements sociaux ont lieu, ils n&#8217;ont pas l&#8217;ampleur annonc\u00e9e. La machine \u00e9conomique devait s&#8217;arr\u00eater rapidement de fonctionner; une hyperinflation devait r\u00e9gner. Il n&#8217;en est pas ainsi. La production, apr\u00e8s un fl\u00e9chissement l&#8217;an dernier, donne des signes de redressement. Malgr\u00e9 le bouleversement auquel a \u00e9t\u00e9 soumis ce pays et les politiques qui l&#8217;ont aggrav\u00e9, on remarque que quelque chose a r\u00e9sist\u00e9. Sa tr\u00e8s grande richesse, ses nombreuses ressources peuvent l&#8217;expliquer, en partie. Le p\u00e9trole est une des raisons pour lesquelles la Russie tient. Il y a les ressources du peuple lui-m\u00eame; il y a le savoir-faire, l&#8217;adaptabilit\u00e9 des d\u00e9cideurs. C&#8217;est \u00e9vident dans les r\u00e9gions et dans les entreprises o\u00f9, face \u00e0 une situation incoh\u00e9rente, ceux qui les dirigent ont su trouver des moyens de se maintenir \u00e0 flot. Au total, \u00e7a ne va pas tr\u00e8s bien mais \u00e7a aurait pu \u00eatre bien pire.<\/p>\n<p> <strong> Rapha\u00ebl Vah\u00e9 : <\/strong> Tant d&#8217;espoir et de d\u00e9ceptions sont attach\u00e9s \u00e0 ce pays qu&#8217;il convient de prendre du recul pour regarder la Russie telle qu&#8217;elle est, telle qu&#8217;elle \u00e9volue, dans la continuit\u00e9 de son histoire. On ne peut transposer m\u00e9caniquement des notions qui ont, l\u00e0-bas, une signification sp\u00e9cifique.&#8221; La Russie, c&#8217;est la Russie &#8220;, a coutume de dire Francis Cohen, un de ses fins connaisseurs. Marie Lavigne a rappel\u00e9 ses immenses ressources mat\u00e9rielles et humaines. Son potentiel productif, bien que tr\u00e8s menac\u00e9, reste consid\u00e9rable, tout comme son capital de mati\u00e8re grise, de grande qualit\u00e9, malgr\u00e9 une fuite des cerveaux qu&#8217;il ne faut pas exag\u00e9rer. Tout \u00e7a fait que la Russie compte et comptera en Europe et dans le monde. Je suis un peu plus inquiet pour la vie quotidienne de la majorit\u00e9 des Russes car j&#8217;ai constat\u00e9 r\u00e9cemment combien elle est dure. L&#8217;Institut des hautes \u00e9tudes de Vienne estime que 9 millions d&#8217;entre eux se trouvaient officiellement sans emploi en 1994, soit 6% de la population active. Le taux de ch\u00f4mage serait en fait de 9% (25% dans certaines r\u00e9gions). La pauvret\u00e9 toucherait trente millions de Russes, soit 30 \u00e0 40% des habitants, vivant au dessous du minimum vital. Appr\u00e9ciations confirm\u00e9es le mois dernier par le minist\u00e8re du Travail. Cela donne la dimension de la question sociale.<\/p>\n<p> <strong> Marie Lavigne : <\/strong> Mes amis russes consid\u00e8rent la pauvret\u00e9 de fa\u00e7on totalement divergente. Voici deux versions, contradictoires. Une amie se d\u00e9solait et nous parlait de l&#8217;aide qu&#8217;elle apporte \u00e0 la veuve d&#8217;un acad\u00e9micien dont la faible pension, une fois retir\u00e9es les charges de son appartement, assure \u00e0 peine l&#8217;achat d&#8217; une demi-miche de pain et un litre de lait. Cette situation &#8211; qui touche peut-\u00eatre plus de trente millions de personnes &#8211; \u00e9tait ressentie ainsi par une autre amie: &#8221; Si elle veut, cette femme peut sous-louer l&#8217;appartement qu&#8217;elle occupe, elle peut faire du commerce, comme toutes les petites vieilles. De plus, elle a bien quelques dollars \u00e0 placer pour faire sa petite pelote. Bien entendu, si elle reste assise sur sa chaise, \u00e0 se lamenter, elle n&#8217;aura rien.&#8221;<\/p>\n<p> <strong>  Tout de m\u00eame, c&#8217;est un signe de la force qu&#8217;ont prise, en Russie, des id\u00e9es du lib\u00e9ralisme \u00e9conomique qui dominent dans les pays capitalistes. <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Lilly Marcou : <\/strong> Il y a des \u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s contradictoires. Je me rends en Russie au moins deux fois par an, j&#8217;y ai beaucoup d&#8217;amis, de contacts, je fl\u00e2ne souvent dans la rue. Malgr\u00e9 la chute d&#8217;un r\u00e9gime qui assurait une grande s\u00e9curit\u00e9, bien que l&#8217;appauvrissement soit massif, les Russes appr\u00e9cient deux choses. D&#8217;abord, la libert\u00e9. Ils n&#8217;ont plus peur. Ensuite, la libre entreprise. M\u00eame si on n&#8217;entreprend pas on sait qu&#8217;on peut le faire. Ils sont heureux de l&#8217;abondance \u00e9tal\u00e9e &#8211; qui contraste tant avec la p\u00e9nurie du temps de la perestro\u00efka &#8211; m\u00eame lorsqu&#8217;ils n&#8217;ont pas les moyens d&#8217;y acc\u00e9der. Mes coll\u00e8gues historiens sont parmi les plus pauvres: &#8221; Avant, j&#8217;\u00e9tais quelqu&#8217;un comme tout le monde. A pr\u00e9sent, je suis parmi les plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s de la soci\u00e9t\u00e9 &#8220;, m&#8217;a dit un ami de trente-sept ans. Sa m\u00e8re, paysanne, produit trois carottes et cinq pommes de terre qu&#8217;elle vend. Elle vit mieux que l&#8217;historien. Vous savez, les Russes passent d&#8217;un extr\u00eame \u00e0 l&#8217;autre. Il y a encore un an, on enseignait la p\u00e9riode stalinienne en la diabolisant totalement, les polycopi\u00e9s \u00e9taient ahurissants. Ils ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par un manuel, tr\u00e8s honn\u00eate, de Nicolas Werth, excellent historien fran\u00e7ais de la Russie . D&#8217;autres aspects m&#8217;apparaissent comme n\u00e9gatifs. Mais c&#8217;est l&#8217;avis de quelqu&#8217;un qui vit en Occident et qui aimait beaucoup l&#8217;Union sovi\u00e9tique. La petite in-dustrie locale a disparu tandis que les produits standardis\u00e9s, plus chers, envahissaient le march\u00e9. Je regrette la disparition des produits alimentaires russes, des jouets de bois, remplac\u00e9s par des produits de supermarch\u00e9. Pareil pour la culture. A la t\u00e9l\u00e9vision, ce n&#8217;est plus la langue de bois, mais ce n&#8217;est plus russe non plus. On peut voir tous les feuilletons am\u00e9ricains, les pires, et le dimanche, les messes am\u00e9ricaines. Pour trouver un peu de culture russe, il faut vraiment beaucoup chercher. M\u00eame chose pour les livres. L&#8217;histoire de pr\u00e8s d&#8217;un si\u00e8cle, de 1917 jusqu&#8217;\u00e0 1991, avec tout ce qu&#8217;elle a engendr\u00e9: id\u00e9ologie, moeurs, mode de vie, tout \u00e7a est effac\u00e9. Dans la rue, on trouve surtout des livres sur le myst\u00e8re, l&#8217;angoisse, des romans policiers. Des historiens qui participent \u00e0 d&#8217;importants travaux, non publi\u00e9s, sur les archives, m&#8217;ont dit: &#8221; Il n&#8217;y a pas de censure politique mais on a beaucoup de peine \u00e0 publier. L&#8217;\u00e9diteur estime que nos recherches sur l&#8217;\u00e9poque stalinienne ne se vendront pas si elles ne comportent pas beaucoup de sang et de morts.&#8221;<\/p>\n<p> <strong> Face \u00e0 ces situations, le m\u00e9contentement est-il majoritaire ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Lilly Marcou : <\/strong> Je me suis souvent demand\u00e9 pourquoi il n&#8217;y a pas, par exemple, d&#8217;\u00e9meutes de la faim. Guennadi Ziouganov, dirigeant du Parti communiste de Russie qui recueille 12% des voix, estime que le pouvoir fait tout pour qu&#8217;il n&#8217;y ait pas de climat insurrectionnel car une guerre civile en Russie serait atroce. Au del\u00e0 de leurs divergences, tous les dirigeants communistes m&#8217;ont dit des choses similaires. De plus, \u00e0 cause de la grande ins\u00e9curit\u00e9 d&#8217;emploi et de la duret\u00e9 extr\u00eame de la vie, les gens sont mobilis\u00e9s pour survivre. Face \u00e0 cela, on constate une atomisation politique: une myriade d&#8217;organisations, mais, on ne peut penser, pour l&#8217;instant, que le peuple va agir pour que \u00e7a change. On y verra peut-\u00eatre plus clair avec les \u00e9lections l\u00e9gislatives de d\u00e9cembre prochain, puis la pr\u00e9sidentielle, en juin 1996.<\/p>\n<p> <strong> Rapha\u00ebl Vah\u00e9 : <\/strong> La p\u00e9riode o\u00f9 l&#8217;alternative au syst\u00e8me ant\u00e9rieur, cat\u00e9goriquement rejet\u00e9, n&#8217;\u00e9tait recherch\u00e9e que dans une imitation de l&#8217;Ouest, un Ouest id\u00e9alis\u00e9, me para\u00eet termin\u00e9e. Au total, les gens se sentent assez frustr\u00e9s. Ils attendaient autre chose. Je pense au pouvoir d&#8217;achat, aux prix des marchandises, inaccessibles pour la majorit\u00e9 de la population, aux tr\u00e8s grandes disparit\u00e9s de revenus, etc. Pour moi, les r\u00e9sistances oppos\u00e9es \u00e0 la d\u00e9gradation de la situation proviennent des syst\u00e8mes de l&#8217;ancien r\u00e9gime qui continuent \u00e0 prot\u00e9ger les gens. Par exemple, les entreprises d&#8217;Etat assurent toujours certains besoins sociaux \u00e0 leurs salari\u00e9s, le logement, la sant\u00e9, etc. Sinon, on ne comprendrait pas que certains ouvriers continuent \u00e0 travailler dans une usine qui ne les paye plus depuis plusieurs mois. D&#8217;autre part, on voit pointer l&#8217;id\u00e9e que des solutions doivent \u00eatre trouv\u00e9es par le pays lui m\u00eame. Certains experts recommandent une \u00e9volution de la Russie ne reposant plus sur la politique mon\u00e9tariste conduite depuis les bouleversements de 1990-1991, mais sur un d\u00e9veloppement de la production nationale, avec un important volet social. Ces id\u00e9es apparaissent au moment o\u00f9 d&#8217;autres solutions atteignent leurs limites. Comme le cr\u00e9dit de 6,5 milliards de dollars du fonds mon\u00e9taire international (FMI), conditionn\u00e9 par des coupes drastiques dans le domaine social. D&#8217;ailleurs, quelle viabilit\u00e9 a le budget de la Russie, qui comprend ce pr\u00eat, quand les rentr\u00e9es fiscales ne d\u00e9passent pas 50% \u00e0 60% ?<\/p>\n<p> <strong> Marie Lavigne : <\/strong> En effet, un groupe de chercheurs de l&#8217;Institut de pr\u00e9visions macro-\u00e9conomi-ques de l&#8217;Acad\u00e9mie russe des sciences a pr\u00e9sent\u00e9 trois sc\u00e9narios. L&#8217;un reproduit ce qui a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 avec ses vacillations. Le second reprend les positions du FMI: une politique restrictive \u00e0 tout crin. Les chercheurs montrent qu&#8217;il conduirait le pays \u00e0 la catastrophe. Le troisi\u00e8me, celui qui vient d&#8217;\u00eatre \u00e9voqu\u00e9, suppose un Etat interventionniste sur les structures: la politique industrielle, la politique sociale, etc. Pour les auteurs, si cette option \u00e9tait appliqu\u00e9e elle permettrait de r\u00e9duire le ch\u00f4mage, d&#8217;accro\u00eetre la production et de satisfaire aux crit\u00e8res du FMI parce que l&#8217;assiette de l&#8217;imp\u00f4t \u00e9largie augmenterait les recettes. Mais, ils pr\u00e9cisent bien que la condition d\u00e9cisive de viabilit\u00e9 de ce programme est &#8221; la formation d&#8217;une nouvelle configuration r\u00e9aliste d&#8217;\u00e9quilibre des forces politiques &#8220;.<\/p>\n<p> <strong> Lilly Marcou : <\/strong> Parmi les obstacles \u00e0 lever, je veux \u00e9voquer la criminalit\u00e9. Rappelons-nous la nouvelle politique \u00e9conomique (NEP) dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de la r\u00e9volution de 1917. Il y eut alors de nouveaux riches. On a vu en Chine et ailleurs des formes de d\u00e9mocratisation de la vie \u00e9conomique sous le contr\u00f4le du Parti communiste au pouvoir. En Russie, de nos jours, il s&#8217;agit d&#8217;autre chose. Deux cat\u00e9gories d&#8217;enrichissement sont tr\u00e8s douteuses. D&#8217;une part, il y a la maffia. Connaissant la corruption r\u00e9gnant pr\u00e9c\u00e9demment dans l&#8217;appareil du parti, je ne pouvais cependant imaginer qu&#8217;elle produirait une telle proportion de maffiosi. L&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 est particuli\u00e8rement ressentie par les intellectuels. L&#8217;un d&#8217;eux, pourtant tr\u00e8s critique du pass\u00e9, m&#8217;a dit: &#8221; A l&#8217;\u00e9poque de Brejnev, on connaissait la r\u00e8gle du jeu. Si on se faisait arr\u00eater, au pire on allait en exil. Aujourd&#8217;hui, on risque la mort.&#8221; Il y a une telle imbrication entre le pouvoir et la maffia ! Comme dans le hold-up de la banque Most qu&#8217;avaient organis\u00e9 les gens de la pr\u00e9sidence. Deuxi\u00e8mement, il y a l&#8217;enrichissement de certains anciens du KGB, du Comit\u00e9 central ou de l&#8217;arm\u00e9e. Tous les anciens responsables ne sont pas devenus riches, loin s&#8217;en faut, ils sont m\u00eame dans une situation terriblement modeste sinon pr\u00e9caire. Mais, ceux qui ont eu des positions cl\u00e9s, se sont terriblement enrichis, tels Tchernomyrdine ou Arkadi Volski, par ailleurs homme de gauche tr\u00e8s sympathique. Cela dit, je partage l&#8217;appr\u00e9ciation selon laquelle, globalement, si la situation n&#8217;est pas aussi catastrophique qu&#8217;elle pourrait l&#8217;\u00eatre, cela provient du fait que les structures de l&#8217;ancien r\u00e9gime ne sont pas vraiment d\u00e9mantel\u00e9es. Ce que je continue \u00e0 appeler l&#8217;acquis a \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9 mais pas encore annul\u00e9.<\/p>\n<p> <strong> Vous avez \u00e9voqu\u00e9 des recherches russes visant \u00e0 orienter autrement le pays, au moins sur le plan \u00e9conomique. Quelle intervention utile peut avoir la France et que peut-elle proposer aux organismes internationaux auxquels elle appartient ? <\/strong><\/p>\n<p> <strong> Marie Lavigne : <\/strong> Pour la France, dans ses relations internationales, je consid\u00e8re que la situation est verrouill\u00e9e. L&#8217;Union europ\u00e9enne a suspendu l&#8217;accord de partenariat sign\u00e9 l&#8217;an dernier avec la Russie \u00e0 une solution acceptable de la crise tch\u00e9tch\u00e8ne. D&#8217;autre part, l&#8217;assistance du FMI est plus limit\u00e9e que promis, elle est conditionn\u00e9e par des crit\u00e8res restrictifs connus mais pas par des indicateurs li\u00e9s \u00e0 la production ou de nature sociale. D&#8217;ailleurs, la Russie n&#8217;a pas be-soin, au sens \u00e9conomique du terme, de cette &#8221; aide ext\u00e9rieure &#8220;, mal dirig\u00e9e et beaucoup trop fai-ble. Elle souhaite plut\u00f4t la restauration d&#8217;un climat de confiance pour que les investissements \u00e9trangers reviennent &#8211; en 1994 ils furent inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux de la Hongrie ! Ce qui importe \u00e0 Eltsine, c&#8217;est surtout ce que les 6 milliards du FMI vont d\u00e9clencher et l&#8217;utilisation politique qu&#8217;il peut en faire, disant: voyez comme mon gouvernement est cr\u00e9dible puisque j&#8217;ai le soutien de la communaut\u00e9 internationale. Le probl\u00e8me est de savoir si Eltsine m\u00e9rite \u00e7a. Lilly Marcou: Pour moi, la premi\u00e8re chose \u00e0 faire est de ne pas aider Eltsine et son proche entourage, compte tenu de ce qu&#8217;ils sont. Je pense surtout au pr\u00e9sident am\u00e9ricain qui continue de le soutenir de mani\u00e8re aberrante. L&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il est capable d&#8217;alternative est absolument erron\u00e9e. Des alternatives existent, mais elles ne passent pas par lui. Je pense qu&#8217;une forme d&#8217;aide peut \u00eatre l&#8217;envoi d&#8217;\u00e9quipes occidentales pour surveiller les \u00e9lections. Car le pays n&#8217;est vraiment pas d\u00e9mocratique. On se souvient des probl\u00e8mes lors de celles de 1993, qu&#8217;Eltsine avait perdues. Ensuite, sur le plan individuel, nous pouvons aider nos coll\u00e8gues intellectuels russes \u00e0 publier les travaux s\u00e9rieux qui n&#8217;ont aucune chance de para\u00eetre l\u00e0-bas.<\/p>\n<p> <strong> Rapha\u00ebl Vah\u00e9 : <\/strong> C&#8217;est de coop\u00e9rations nouvelles que nous devrions parler plus que d&#8217;aide. Il y a n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9tablir un climat de confiance et de faire sentir que ce grand pays fait partie de l&#8217;Europe. La place de la Russie dans cet ensemble pose le probl\u00e8me d&#8217;une nouvelle logique \u00e0 amorcer si on veut r\u00e9pondre aux nouveaux d\u00e9fis, tel celui de la s\u00e9curit\u00e9. Certes, les menaces anciennes ont disparu mais il en est de nouvelles qui ne reculeront pas par la reconstitution de blocs militaires. Ne peut-on travailler \u00e0 constituer un forum des nations d&#8217;Europe, avec la Russie, l&#8217;Ukraine, la Bi\u00e9lorussie, les r\u00e9publiques Baltes, etc.? Ce forum, le P C F le propose dans la perspective d&#8217;une Organisation des nations d&#8217;Europe, comme d&#8217;autres formes r\u00e9gionales de l&#8217;ONU qui existent dans d&#8217;autres parties de la plan\u00e8te. Instance de concertation, de coop\u00e9ration, \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle du continent, ce forum examinerait les grands probl\u00e8mes communs: \u00e9conomiques, culturels, sociaux, environnementaux, politiques, s\u00e9curitaires. Quant \u00e0 la France, elle a au moins la possibilit\u00e9 d&#8217;examiner les coop\u00e9rations nouvelles avec la Russie. Elle pourrait s&#8217;\u00e9largir dans le domaine spatial o\u00f9 existe d\u00e9j\u00e0 une solide tradition. Les \u00e9changes entre facult\u00e9s, \u00e9coles, lyc\u00e9es actuels sont tr\u00e8s en dessous de ce qu&#8217;ils peuvent devenir. Ne pourrait-on faire des propositions d&#8217;une autre nature que celles impos\u00e9es par le FMI dans tous les organismes dont la France est membre ?<\/p>\n<p> <strong> Marie Lavigne : <\/strong> Franchement, le r\u00f4le de la France a beaucoup d\u00e9clin\u00e9 \u00e0 la faveur des changements en Russie. Et le fait que ces changements se soient produits au moment o\u00f9 nous avions un gouvernement et une pr\u00e9sidence socialiste, n&#8217;a pas arrang\u00e9 les choses. Il ne pouvait y avoir qu&#8217;une grande m\u00e9fiance du point de vue politique. La force de la France en URSS tenait \u00e0 un petit nombre de tr\u00e8s grandes entreprises, surtout publiques, tr\u00e8s bien implant\u00e9es. Ces positions perdues sont tr\u00e8s difficiles \u00e0 reconqu\u00e9rir. Si la France a encore une image l\u00e0-bas elle est intellectuelle et culturelle, et c&#8217;est l\u00e0-dessus qu&#8217;on peut jouer valablement.<\/p>\n<p>1. Une &#8221; domination &#8221; sociale de type f\u00e9odo-monarchique de pasteurs (minoritaires) sur des cultivateurs (majoritaires) a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la colonisation.Selon certains historiens, plusieurs r\u00e9gions furent administr\u00e9es par les Hutus, d&#8217;autres par les Tutsis.<\/p>\n<p>2. &#8221; La France se veut une puissance mondiale (&#8230;) dont le premier champ d&#8217;intervention est l&#8217;Afrique &#8220;, proclamait encore Edouard Balladur le 27 juin 1994.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9bat entre Marie Lavigne, Lilly Marcou et Rapha\u00ebl Vah\u00e9 anim\u00e9 par Myriam Barbera <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-47","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/47","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=47"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/47\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=47"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=47"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=47"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}