{"id":468,"date":"1997-05-01T00:00:00","date_gmt":"1997-04-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-intellectuels-et-la-gauche468\/"},"modified":"1997-05-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-04-30T22:00:00","slug":"les-intellectuels-et-la-gauche468","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=468","title":{"rendered":"LES INTELLECTUELS ET LA GAUCHE"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Entretien avec Murielle Rebillon <\/p>\n<p>C&#8217;est notre attachement \u00e0 cette entreprise, au travail que nous y effectuons, qui nous a permis d&#8217;aller chercher en nous, en notre collectif, des ressources fantastiques pour refuser ce qui \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 comme l&#8217;in\u00e9luctable. Il \u00e9tait question de d\u00e9montrer \u00e0 ceux qui nous tuaient, qu&#8217;ils se trompaient, qu&#8217;ils nous faisaient un mauvais proc\u00e8s. Les difficult\u00e9s du Cr\u00e9dit foncier ont \u00e9t\u00e9 comptabilis\u00e9es en 1995: apr\u00e8s 150 ans de r\u00e9sultats positifs, une seule ann\u00e9e de d\u00e9ficit majeur&#8230; Voil\u00e0 pourquoi je dis qu&#8217;on nous assassine. Cette accumulation de pertes est certainement due \u00e0 des erreurs internes mais aussi \u00e0 des op\u00e9rations hasardeuses. Or, la gestion du Cr\u00e9dit foncier est le fait de hauts fonctionnaires et en cela, de l&#8217;Etat qui est le premier responsable de ce qui se passe. Responsable parce qu&#8217;il est pr\u00e9sent en tant qu&#8217;organe de contr\u00f4le, parce qu&#8217;il est dirigeant de fait &#8211; le gouverneur est nomm\u00e9 par d\u00e9cret. Il n&#8217;\u00e9tait donc pas envisageable que l&#8217;entreprise se lance dans des activit\u00e9s qui n&#8217;auraient pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9es par l&#8217;Etat. Le Cr\u00e9dit foncier a toujours \u00e9t\u00e9 le principal dispensateur de l&#8217;aide de l&#8217;Etat en mati\u00e8re de logement social, auxiliaire fid\u00e8le des pouvoirs publics. Mais en 1995, la crise immobili\u00e8re nous plonge dans une situation catastrophique et, l&#8217;inversion, par le gouvernement, de sa politique en mati\u00e8re de logement aid\u00e9 (suppression des PAP, banalisation des r\u00e9seaux de distribution, fin du monopole du Cr\u00e9dit foncier, mise en place du pr\u00eat \u00e0 taux z\u00e9ro), nous place dans le rouge.<\/p>\n<p> <strong> Quand le personnel devient un moteur fantastique pour refuser l&#8217;in\u00e9luctable <\/strong><\/p>\n<p>Brutalement, des dizaines de milliards de productions nous sont enlev\u00e9es sans d\u00e9lais. L&#8217;Etat nous met \u00e0 genoux. Un tournant historique est pris sans aucune mesure permettant d&#8217;\u00e9viter des licenciements. A ce moment-l\u00e0, le sentiment d&#8217;injustice est profond parmi le personnel. Il va devenir un moteur fantastique pour refuser l&#8217;in\u00e9luctable. Quand vous consid\u00e9rez qu&#8217;on vous charge de tous les maux de la terre, quand les plus hauts responsables de l&#8217;Etat se permettent de consid\u00e9rer &#8211; publiquement &#8211; qu&#8217;ils n&#8217;ont aucune responsabilit\u00e9 dans ce qui arrive, que leurs seuls propos consistent \u00e0 permettre \u00e0 l&#8217;Etat de se d\u00e9fausser dans un dossier comme le n\u00f4tre, on mesure tout le m\u00e9pris dont on est l&#8217;objet. Le sentiment que notre employeur ne joue plus franc-jeu avec nous est tellement fort que l&#8217;on entre en r\u00e9sistance. Nous croyons alors profond\u00e9ment que le cours des choses peut \u00eatre chang\u00e9. J&#8217;ai un souvenir tr\u00e8s pr\u00e9cis. A partir du 26 juillet 1996, pendant des jours et des jours, j&#8217;ai lu et relu le communiqu\u00e9 du minist\u00e8re des Finances qui d\u00e9montrait, paragraphe apr\u00e8s paragraphe, que tout ce qui nous arrivait \u00e9tait in\u00e9vitable. A la premi\u00e8re lecture, en comit\u00e9 central d&#8217;entreprise, je n&#8217;ai pas bien compris. On a tout pris en pleine figure: \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e la cr\u00e9ation d&#8217;une sorte de &#8221; caisse nationale &#8220;, l&#8217;enseigne Cr\u00e9dit foncier allait dispara\u00eetre&#8230; Pourtant, depuis un an, nous nous trouvions en pleine crise et personne ne nous avait aid\u00e9s \u00e0 trouver un repreneur. Et le diktat du ministre tombe: non seulement le Cr\u00e9dit foncier a vocation \u00e0 ne plus produire, mais encore il va transf\u00e9rer une partie de ses encours au Cr\u00e9dit immobilier de France, un concurrent. On a d\u00fb \u00e9prouver le m\u00eame choc chez Thomson et Renault, \u00e0Vilvorde. Personne ne va l&#8217;admettre.<\/p>\n<p> <strong> Tout ne peut se r\u00e9soudre en termes de profitabilit\u00e9 ou de rentabilit\u00e9  <\/strong><\/p>\n<p>On lit, relit le communiqu\u00e9. Qui dit aussi que 1 500 personnes devront aller travailler au Cr\u00e9dit immobilier &#8211; nous sommes environ 3 500. On d\u00e9cortique le texte. On cherche \u00e0 savoir s&#8217;il comporte un aspect positif. On s&#8217;aper\u00e7oit qu&#8217;il n&#8217;y en a strictement aucun. On ne trouve que poudre aux yeux, mortif\u00e8re pour nous tous. Et on d\u00e9cide que \u00e7a ne se passera pas comme \u00e7a. C&#8217;\u00e9tait tellement impossible, nous \u00e9tions tellement autre chose ! Il y avait certainement d&#8217;autres voies pour s&#8217;en sortir qui ne menaceraient pas notre patrimoine de savoir-faire: nous nous sommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 entrer dans une lutte farouche. A partir de l\u00e0, un rapport de forces s&#8217;\u00e9tablit. Des coll\u00e8gues continuent \u00e0 travailler pendant la gr\u00e8ve, se cr\u00e9e une intersyndicale \u00e0 six, le combat se construit. Il est commun parce que nous consid\u00e9rons tous que le logement n&#8217;est pas un simple produit marchand. C&#8217;\u00e9tait une erreur politique majeure de consid\u00e9rer que nous allions nous laisser faire.<\/p>\n<p>Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 malade dont nous ne pouvons nous satisfaire. La notion de lib\u00e9ralisme est mise \u00e0 toutes les sauces, install\u00e9e, renforc\u00e9e, faute d&#8217;avoir d&#8217;autres id\u00e9es, faute de cr\u00e9ativit\u00e9: on ne r\u00e9fl\u00e9chit plus, une calculette nous tient lieu de cerveau. Quelle soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9parons-nous pour demain ? C&#8217;est vrai \u00e9galement dans le monde du travail: tout ne peut se r\u00e9soudre en termes de profitabilit\u00e9 ou de rentabilit\u00e9. Des id\u00e9es diff\u00e9rentes peuvent avoir cours sur le lib\u00e9ralisme. Il peut avoir ses qualit\u00e9s mais la d\u00e9rive o\u00f9 il nous conduit est inadmissible.<\/p>\n<p>Je fr\u00e9quente un peu le monde politique depuis le conflit. Je suis frapp\u00e9e par une certaine uniformit\u00e9 de pens\u00e9e. La plupart des parlementaires rencontr\u00e9s accepte l&#8217;in\u00e9luctable. J&#8217;en ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9\u00e7ue. J&#8217;ai trouv\u00e9, en g\u00e9n\u00e9ral bien s\u00fbr, des \u00e9lus qui ne mettent pas l&#8217;am\u00e9lioration des conditions de vie au premier plan mais qui g\u00e8rent l&#8217;avanc\u00e9e du fleuve vers la mer, \u00e0 telle date&#8230; J&#8217;avais confiance, je ne suis plus persuad\u00e9e que la d\u00e9mocratie joue un r\u00f4le \u00e0 ces niveaux-l\u00e0. Il \u00e9tait tout \u00e0 l&#8217;honneur de la France que l&#8217;administration fran\u00e7aise et l&#8217;Etat r\u00e9gulent la vie du pays. Mais quand la technique pr\u00e9vaut, et sur quels objectifs ! il n&#8217;y a plus r\u00e9gulation.<\/p>\n<p>La d\u00e9mocratie est en cause. Il faudrait reconna\u00eetre qu&#8217;au moins la discussion est possible. Effectivement, en ce moment, des conflits majeurs sont n\u00e9cessaires pour que la machine s&#8217;arr\u00eate. Car peut-on imposer \u00e0 un corps social dans son ensemble d&#8217;aller \u00e0 la guillotine s&#8217;il s&#8217;y oppose ? Je ne le crois pas.<\/p>\n<p>* juriste, secr\u00e9taire du syndicat CGC du Cr\u00e9dit foncier de Paris<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Entretien avec Murielle Rebillon <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-468","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/468","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=468"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/468\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=468"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=468"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}