{"id":4666,"date":"2011-01-21T00:00:00","date_gmt":"2011-01-20T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/20144666-2\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:55","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:55","slug":"20144666-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4666","title":{"rendered":"2014"},"content":{"rendered":"<h2>2014<\/h2>\n<p>On commence l&#8217;ann\u00e9e avec un chef-d&#8217;oeuvre du Rimbaud am\u00e9ricain, voyant pathog\u00e8ne, William Burroughs.<em> Le porte-lame <\/em> (en V.O.<em> The Blade Runner <\/em>, mais rien \u00e0 voir avec le film) est un court roman \u00e9crit en 1974, in\u00e9dit jusqu&#8217;\u00e0 ce jour en fran\u00e7ais, se situant en 2014. C&#8217;est une parabole sarcastique sur le syst\u00e8me de sant\u00e9 am\u00e9ricain, o\u00f9 Burroughs imagine que, dans un New York devenu \u00ab une Venise souterraine \u00bb, le m\u00e9tro d\u00e9saffect\u00e9 s&#8217;\u00e9tant empli d&#8217;eau infest\u00e9e d&#8217;alligators, la ville soit devenue une capitale de la m\u00e9decine parall\u00e8le dans une Am\u00e9rique o\u00f9 les classes moyennes n&#8217;ont plus les moyens de se faire soigner.<\/p>\n<p>\u00ab<em> La surpopulation a conduit \u00e0 un contr\u00f4le croissant des citoyens par le gouvernement, non pas sur le mod\u00e8le \u00e0 l&#8217;ancienne de l&#8217;oppression et de la terreur typique des \u00e9tats policiers, mais en termes d&#8217;emploi, de cr\u00e9dit, de logement, de pension de retraite et de couverture m\u00e9dicale : des services qui peuvent \u00eatre suspendus. Ces services sont informatis\u00e9s. Sans num\u00e9ro, pas de prestations <\/em>. \u00bb C&#8217;est beau comme du M\u00e9lenchon au scalpel ! Et Burroughs continue : \u00ab<em> Cela n&#8217;a toutefois pas produit les modules humains standardis\u00e9s et d\u00e9cervel\u00e9s postul\u00e9s par les proph\u00e8tes lin\u00e9aires tels que George Orwell <\/em>. \u00bb Et pan sur la tranche de 1984 en 1974 ! \u00ab<em> Au lieu de quoi un important pourcentage de la population a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de passer dans la clandestinit\u00e9. Personne ne sait la valeur exacte de ce pourcentage. Ces gens sont innombrables parce que non num\u00e9rot\u00e9s <\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>Ce que raconte Burroughs, c&#8217;est une triple dialectique. Premier acte : en 1980, l&#8217;h\u00e9ro\u00efne est l\u00e9galis\u00e9e et les imp\u00f4ts des classes moyennes servent \u00e0 soigner les \u00ab assist\u00e9s \u00bb qui cherchent (ou pas) \u00e0 d\u00e9crocher. Les classes moyennes sont du coup paup\u00e9ris\u00e9es et ne peuvent plus se soigner. Deuxi\u00e8me acte : Cette situation d\u00e9bouche sur une r\u00e9volution en 1984 qui donne l&#8217;impression que New York a subi une attaque nucl\u00e9aire. Le Pr\u00e9sident signe en 1999 le National Health Act qui \u00e9tend la gratuit\u00e9 des soins m\u00e9dicaux \u00e0 tous les citoyens et habitants des USA. Vive la gratuit\u00e9 ! Mais la loi sur la S\u00e9curit\u00e9 sociale pose bient\u00f4t plus de probl\u00e8mes qu&#8217;elle n&#8217;en r\u00e9sout. L&#8217;esp\u00e9rance de vie grimpe jusqu&#8217;\u00e0 125 ans, et en m\u00eame temps la population \u00ab imbib\u00e9e d&#8217;antibiotiques \u00e0 l&#8217;efficacit\u00e9 croissante \u00bb redevient vuln\u00e9rable \u00e0 des infections qui avaient disparu&#8230; La m\u00e9decine passe alors dans la clandestinit\u00e9. Entendez, la vraie m\u00e9decine, celle qui soigne et gu\u00e9rit. \u00ab<em> Le modeste entrepreneur, l&#8217;innovateur, l&#8217;aventurier bannis depuis longtemps aux limbes de l&#8217;\u00e9conomie par la coalition des grands laboratoires pharmaceutiques et de la FDA <\/em> (Food and Drug Administration, ndlr)<em> refont surface <\/em>. \u00bb Un roman que Burroughs a certainement \u00e9crit en pensant beaucoup \u00e0 Wilhelm Reich, plusieurs fois cit\u00e9, dont les \u00e9crits sur l&#8217;orgone ont \u00e9t\u00e9 f\u00e2cheusement br\u00fbl\u00e9s par la CIA&#8230;<\/p>\n<h2>Le Beethoven du polar<\/h2>\n<p>Un autre grand fou am\u00e9ricain, mais de droite cette fois, m\u00eame s&#8217;il tombe le plus souvent amoureux de \u00ab<em> gauchistes <\/em> \u00bb, comme il le raconte plaisamment dans ce livre. Un an apr\u00e8s le puissant Underworld USA, James Ellroy revient avec une autobiographie sexuelle et sentimentale, grand d\u00e9ballage pathologique de son \u00ab<em> obsession des femmes <\/em> \u00bb, depuis le meurtre de sa m\u00e8re, Geneva Hilliker, trois mois apr\u00e8s qu&#8217;il eut souhait\u00e9 sa mort (il avait 10 ans). Puis drogue, errance, reniflage de petites culottes, voyeurisme, liaisons timides avec des filles qui s&#8217;int\u00e9ressent surtout \u00e0 son acn\u00e9 (\u00ab<em> mes trois premi\u00e8res ma\u00eetresses m&#8217;ont trait\u00e9 comme un rat de laboratoire <\/em> \u00bb), fantasme de lavomatic, mariage nul et non avenu, grand amour compl\u00e8tement d\u00e9truit par une autre obsession, celle de la litt\u00e9rature, puis second grand amour, tout \u00e7a sur fond de Beethoven et de Rachmaninov&#8230; Un r\u00e9cit souvent hilarant, bien barr\u00e9, super tordu, \u00e9crit de fa\u00e7on plus \u00e9pileptique qu&#8217;elliptique. \u00ab<em> Mon id\u00e9e ma\u00eetresse, c&#8217;\u00e9tait : les femmes en tant que muses. Je faisais subir \u00e0 la gent f\u00e9minine toute enti\u00e8re une v\u00e9ritable course d&#8217;obstacles. Les rares \u00e9lues franchisssaient fi\u00e8rement la derni\u00e8re haie <\/em>. \u00bb<em> La Mal\u00e9diction <\/em> transforme les femmes en Images, qui donnent acc\u00e8s \u00e0 la Litt\u00e9rature comme conjuration de la Mort.<\/p>\n<h2>Balzac ou Flaubert?<\/h2>\n<p>Kim aurait pu \u00eatre une muse, elle aussi. Son p\u00e8re l&#8217;a pr\u00e9nomm\u00e9e ainsi en l&#8217;honneur de Kim Novak, \u00ab<em> la plus belle au monde selon lui, la plus sexy aussi <\/em> \u00bb. Mal\u00e9diction, cette fois, d&#8217;un pr\u00e9nom&#8230; Dans ce deuxi\u00e8me roman on ne peut plus balzacien, la romanci\u00e8re Angie David concurrence \u00e0 son tour l&#8217;Etat civil, en faisant le portrait en pied d&#8217;une jeune com\u00e9dienne rat\u00e9e. R\u00e9flexion sur le paradoxal m\u00e9tier d&#8217;acteur et sur l&#8217;actuel bovarysme culturel qui fait que tous les livres qu&#8217;on a lus, tous les films qu&#8217;on a vus finissent parfois par se substituer \u00e0 la vie r\u00e9elle, Kim est un roman tragi-comique sur la procrastination des \u00eatres d&#8217;aujourd&#8217;hui et, \u00e0 rebours de toutes les success stories que nous d\u00e9versent les m\u00e9dias, un grand roman de l&#8217;\u00e9chec comme accomplissement de toute une vie.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4666 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/william-burroughs-london-1988-164.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/william-burroughs-london-1988-164-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"william-burroughs-london-1988.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/william-burroughs_crop-897.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/01\/william-burroughs_crop-897.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"2014\" aria-describedby=\"gallery-1-14618\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14618'>\n\t\t\t\t2014\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>2014 On commence l&#8217;ann\u00e9e avec un chef-d&#8217;oeuvre du Rimbaud am\u00e9ricain, voyant pathog\u00e8ne, William Burroughs. 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