{"id":4657,"date":"2011-01-14T00:00:00","date_gmt":"2011-01-13T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/anywhere-in-the-world4657\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:53","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:53","slug":"anywhere-in-the-world4657","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4657","title":{"rendered":"Anywhere, in the world"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;ann\u00e9e 2011 sera-t-elle aussi riche en films que ce mois de janvier inaugural ? Tour d&#8217;horizon des sorties en salles, en forme de petit voyage en pays cin\u00e9matographique. Aux quatre coins de la plan\u00e8te&#8230; <\/p>\n<p><strong> De Los Angeles <\/strong>&#8230;<br \/>\n<em> Somewhere <\/em>. Quelque part. Tel est le titre qui localise le nouveau film de Sofia Coppola. En trois longs-m\u00e9trages seulement, la r\u00e9alisatrice n\u00e9e en 1971 : symboliquement baptis\u00e9e dans Le Parrain I et enterr\u00e9e dans Le Parrain III&#8230; : s&#8217;est taill\u00e9e une place de choix au sein du pays cin\u00e9matographique paternel. Apr\u00e8s<em> Virgin Suicides <\/em> (1999),<em> Lost in Translation <\/em> (2003) et<em> Marie-Antoinette <\/em> (2006), Sofia Coppola abandonne la banlieue puritaine am\u00e9ricaine, l&#8217;\u00e9tranget\u00e9 imp\u00e9n\u00e9trable du Japon et la guillotine de Versailles pour \u00e9lire domicile en plein coeur d&#8217;Hollywood : dans le confort tautologique de l&#8217;h\u00f4tel Ch\u00e2teau Marmont, o\u00f9 r\u00e9side le com\u00e9dien Johnny Marco, point de mire de<em> Somewhere <\/em>. Interpr\u00e9t\u00e9 par le tr\u00e8s sexy Stephen Dorff, Johnny Marco est une star qui roule en Ferrari, qui s&#8217;endort, tr\u00e8s alcoolis\u00e9, sur le corps des filles et qui commande, en chambre, des spectacles de lap dance, ex\u00e9cut\u00e9s par deux soeurs jumelles, Cindy et Bambi. \u00ab<em> I am the other one <\/em> \u00bb, lance l&#8217;une d&#8217;elles, alors que le goujat les confond&#8230;<\/p>\n<p>Ici ou ailleurs, c&#8217;est toujours nulle part. Menac\u00e9e par d&#8217;angoissants SMS sans \u00e9metteur, sa vie vide de sens : qui tourne en rond, litt\u00e9ralement, et dans laquelle un poignet cass\u00e9 fait figure d&#8217;\u00e9v\u00e9nement :, se remplit le jour o\u00f9 d\u00e9barque sa fille de 11 ans, Cleo. Il l&#8217;emm\u00e8ne \u00e0 Milan, o\u00f9 il doit assurer la promotion d&#8217;un film. Mix entre l&#8217;univers narcissique de Vincent Gallo et la po\u00e9sie d<em> Alice dans les villes <\/em> de Wim Wenders,<em> Somewhere <\/em>, qui a<\/p>\n<p>obtenu le Lion d&#8217;Or \u00e0 Venise, exasp\u00e8re autant qu&#8217;il s\u00e9duit. Servi par le talent du chef op\u00e9rateur Harris Savides, qui a notamment travaill\u00e9 avec Gus Van Sant et David Fincher, le film agit en tout cas puissamment, imposant le pouvoir de son rythme et de sa dur\u00e9e dilat\u00e9s, pour infuser encore longtemps apr\u00e8s.<\/p>\n<p>&#8230; <strong> \u00e0 Mouthe <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab<em> I&#8217;ll be safe and warm if I was in LA <\/em> \u00bb, chantaient the Mamas and the Papas dans \u00ab California Dreamin&#8217; \u00bb. C&#8217;est dans le miroir de ce r\u00eave am\u00e9ricain que se construit<em> Poupoupidou <\/em> de Gerald Hustache-Mathieu. Mais \u00ab<em> on n&#8217;est pas en Am\u00e9rique ici, on est \u00e0 Mouthe ! <\/em> \u00bb C&#8217;est-\u00e0-dire en Franche-Comt\u00e9, dans la ville la plus froide de France&#8230; Hant\u00e9 par la figure de Marilyn Monroe,<em> Poupoupidou <\/em> est un thriller d\u00e9cal\u00e9 et assez glauque : David Rousseau (Jean-Paul Rouve), auteur de polars en panne d&#8217;inspiration, enqu\u00eate sur la mort myst\u00e9rieuse d&#8217;une starlette locale, Candice Lecoeur (Sophie Quinton), effigie du fromage Belle de Jura, dont le cadavre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert dans une zone de no man&#8217;s land, entre la France et la Suisse. Si les ficelles et les rebondissements de l&#8217;enqu\u00eate autant que les saillies pittoresques s&#8217;av\u00e8rent faibles, le film surprend par les liens \u00e9tranges qu&#8217;il noue avec le fant\u00f4me de Marilyn et par cette voix f\u00e9minine d&#8217;outre-tombe qu&#8217;il parvient \u00e0 faire r\u00e9sonner. A vous glacer le sang.<\/p>\n<p><strong> Le tour du monde des femmes <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab<em> La condition des femmes illustre souvent bien la condition d&#8217;un pays <\/em>. \u00bb Autre territoire arpent\u00e9 par le cin\u00e9ma ce mois-ci : celui que composent d&#8217;immenses visages de femmes anonymes, portraits grand format affich\u00e9s aux quatre coins de la plan\u00e8te, entre le Br\u00e9sil, le Cambodge, l&#8217;Inde et le Kenya. En donnant la parole \u00e0 plusieurs habitantes des favelas ou des bidonvilles,<em> Women are Heroes <\/em> cr\u00e9e une galerie de portraits attachants  et solidaires, en d\u00e9pit du c\u00f4t\u00e9 souvent clipesque de la mise en sc\u00e8ne, de ses acc\u00e9l\u00e9rations inutiles. Film\u00e9es en tr\u00e8s gros plan, les femmes, elles, savent prendre le temps de raconter leur vie, leur combat, leurs peurs, leurs joies. Le t\u00e9moignage de l&#8217;une d&#8217;elles, au Kenya, s&#8217;av\u00e8re particuli\u00e8rement bouleversant. Le film est sign\u00e9 par JR, qui s&#8217;est fait conna\u00eetre en 2007 avec son projet \u00ab Face 2 Face \u00bb. Ce Fran\u00e7ais de 27 ans avait alors photographi\u00e9 des Isra\u00e9liens et<\/p>\n<p>des Palestiniens regroup\u00e9s par deux, et placard\u00e9s de part et d&#8217;autre du mur de s\u00e9paration. Celui qui se d\u00e9finit comme un \u00ab artiviste \u00bb, mix entre l&#8217;artiste et l&#8217;activiste, expose aujourd&#8217;hui \u00e0 Shangha\u00ef un nouveau projet, \u00ab Les sillons de la ville \u00bb.<\/p>\n<p><strong> Shangha\u00ef Gesture <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est, l\u00e0, \u00e0 Shangha\u00ef, ville en plein bouleversement, que se d\u00e9roule un autre documentaire : le dernier film du cin\u00e9aste chinois Jia Zhang Ke : auteur notamment de<em> Platform <\/em> (2000),<em> Unknown Pleasure <\/em> (2002),<em> The World <\/em> (2004),<em> Still Life <\/em> (2006) et<em> 24 City <\/em> (2008) : qui, de film en film, saisit la contemporan\u00e9it\u00e9 de son pays.<em> I Wish I Knew, histoires de Shangha\u00ef <\/em> retrace, \u00e0 la lumi\u00e8re de dix-huit t\u00e9moignages, la vie de la m\u00e9galopole. Depuis l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 elle fut ouverte au commerce international et divis\u00e9e entre les concessions \u00e9trang\u00e8res, jusqu&#8217;\u00e0 la p\u00e9riode contemporaine, marqu\u00e9e notamment par la tenue de l&#8217;Exposition universelle, en passant par les ann\u00e9es 1930 et 1940, d\u00e9chir\u00e9es par la guerre civile entre communistes et nationalistes. \u00ab<em> L&#8217;histoire de Shangha\u00ef est \u00e9maill\u00e9e d&#8217;un lexique de termes historiques compliqu\u00e9s <\/em>, explique le r\u00e9alisateur.<em> De \u00abcolonie\u00bb au XIXe si\u00e8cle \u00e0 \u00abr\u00e9volution\u00bb au XXe ; de la \u00ablib\u00e9ration\u00bb de 1949 \u00e0 la \u00abr\u00e9volution culturelle\u00bb de 1966 puis \u00e0 la \u00abr\u00e9forme\u00bb de 1978 et l&#8217; \u00abouverture\u00bb de Pudong en 1990. Ce qui m&#8217;int\u00e9resse principalement, ce sont les significations cach\u00e9es derri\u00e8re ces termes abstraits, au travers des individus qui ont \u00e9t\u00e9 les victimes des diverses politiques. Ce sont les d\u00e9tails oubli\u00e9s de leurs vies <\/em>. \u00bb Aussi m\u00e9lancolique que la chanson \u00ab<em> I Wish I Knew <\/em> \u00bb, \u00e9chapp\u00e9e d&#8217;un th\u00e9 dansant, le film invente des images urbaines prodigieuses et parvient, au gr\u00e9 d&#8217;embard\u00e9es fictionnelles et de plans d&#8217;une intensit\u00e9 rare, \u00e0 tracer des ponts entre le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent. Cette histoire-g\u00e9ographie shangha\u00efenne est ins\u00e9parable de la vie m\u00eame du cin\u00e9ma qui l&#8217;a repr\u00e9sent\u00e9e, que l&#8217;on pense \u00e0 Fei Mu, Hou Hsiao Hsien, Wong Kar-Wai. Ou Antonioni, dont le documentaire, Chung Kuo.<em> La Chine <\/em>, tourn\u00e9 en 1972, fut \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, comme le rappelle le film, qualifi\u00e9 par Mao d&#8217;herbe v\u00e9n\u00e9neuse anti-communiste, anti-chinoise et contre-r\u00e9volutionnaire&#8230;<\/p>\n<p><strong> Destination Calabre <\/strong><\/p>\n<p>Mais, ce mois-ci, ind\u00e9niablement, le plus beau pays de cin\u00e9ma est celui que Michelangelo Frammartino invente dans<em> Le Quattro Volte <\/em>. Le cin\u00e9aste, n\u00e9 \u00e0 Milan en 1968, r\u00e9invente les contours existentiels, po\u00e9tiques et m\u00e9taphysiques d&#8217;un petit village m\u00e9di\u00e9val de Calabre, perch\u00e9 dans les montagnes du sud de l&#8217;Italie. Selon une tradition ancestrale, les charbonniers y transforment le bois en charbon, faisant fumer la terre vers le ciel. D\u00e9pourvu de dialogues mais peupl\u00e9 par les sons de la nature, par le souffle du cycle de la vie et des saisons, et rythm\u00e9 par la circulation de la mati\u00e8re : humaine, animale, v\u00e9g\u00e9tale, min\u00e9rale :, le film est tout entier construit sur des espaces, des cadrages, des lieux qui reviennent.<em> Le Quattro Volte <\/em> suit d&#8217;abord le quotidien d&#8217;un vieux berger malade qui vit ses derniers instants. Ses b\u00eates le devancent d\u00e9sormais sur le chemin de l&#8217;existence. Son visage burin\u00e9 par les ans se fond dans l&#8217;\u00e9corce d&#8217;un vieil arbre. Une fourmi chatouilleuse se trace un chemin dans le sillon de ses rides. C&#8217;est la mise en sc\u00e8ne qui est ici principe de vie, principe actif s&#8217;il en est. A cet \u00e9gard, la mort du berger restera grav\u00e9e dans nos m\u00e9moires comme l&#8217;un des plus grands moments cin\u00e9matographiques de l&#8217;ann\u00e9e. Les ch\u00e8vres, \u00e9chapp\u00e9es de leur enclos suite au d\u00e9valement d&#8217;un camion, se rendent chez leur berger. Elles montent sur la table de sa cuisine, envahissent le petit espace o\u00f9 il vit, p\u00e9n\u00e8trent dans sa chambre. L&#8217;homme est \u00e9tendu sur son lit. Il para\u00eet dormir. Suit un plan flou sur une ch\u00e8vre. Un plan en cam\u00e9ra subjective, qui traduit la vision brouill\u00e9e de l&#8217;homme. Son r\u00e2le se fait bient\u00f4t entendre, il est \u00e0 l&#8217;agonie. S\u00e9cheresse de la forme : son cercueil sort de chez lui. Vie et mort d&#8217;un personnage de cin\u00e9ma. Naissance d&#8217;un grand cin\u00e9aste.<\/p>\n<p>Juliette Cerf<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4657 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/somewhere-3d1.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/somewhere-3d1-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"somewhere.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/somewhere_bandeau-f51.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/somewhere_bandeau-f51-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Anywhere, in the world\" aria-describedby=\"gallery-1-14595\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14595'>\n\t\t\t\tAnywhere, in the world\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;ann\u00e9e 2011 sera-t-elle aussi riche en films que ce mois de janvier inaugural ? 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