{"id":4642,"date":"2011-01-03T00:00:00","date_gmt":"2011-01-02T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-passif-de-trente-ans4642\/"},"modified":"2011-01-03T00:00:00","modified_gmt":"2011-01-02T23:00:00","slug":"un-passif-de-trente-ans4642","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4642","title":{"rendered":"Un passif de trente ans"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Un \u00e9conomiste parfois mieux inspir\u00e9 \u00e9crivait en ao\u00fbt 2008 que \u00ab<em> l&#8217;affaire des subprimes est maintenant bel et bien dans le r\u00e9troviseur <\/em> \u00bb <\/p>\n<p> (1). Jeter un coup d&#8217;oeil dans le r\u00e9troviseur est cependant une bonne id\u00e9e car on ne comprendrait rien des ressorts de la crise actuelle sans la mettre en perspective. Le point de d\u00e9part, c&#8217;est une autre crise : celle du milieu des ann\u00e9es 1970 : qui marque la fin des \u00ab Trente glorieuses \u00bb. Les politiques habituelles ne r\u00e9ussissant plus \u00e0 relancer la machine, c&#8217;est le grand tournant lib\u00e9ral du d\u00e9but des ann\u00e9es 1980, nous vivons donc depuis trente ans (les \u00ab Trente piteuses \u00bb) sous un r\u00e9gime de capitalisme n\u00e9olib\u00e9ral.<\/p>\n<p>La crise d&#8217;aujourd&#8217;hui doit \u00eatre comprise comme la crise des solutions apport\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9c\u00e9dente. Elles reposaient, pour simplifier, sur deux \u00e9l\u00e9ments : la compression salariale et la financiarisation. La croissance : et surtout le profit : ont pu reprendre dans un environnement de r\u00e9gression sociale rampante. Le moteur de la croissance n&#8217;\u00e9tait plus la demande salariale mais la consommation des riches et le cr\u00e9dit. Ce dernier permettait aux pauvres de consommer au-del\u00e0 de leurs revenus, et aux pays : en premier lieu les Etats-Unis : de financer leur d\u00e9ficit.<\/p>\n<p>La croissance, d&#8217;ailleurs inf\u00e9rieure \u00e0 celle de la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente, \u00e9tait in\u00e9galitaire, fragile, d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9e et en partie fictive. Mais elle avait, aux yeux des dominants, l&#8217;avantage de leur permettre de capter une part croissante des richesses produites. S&#8217;il n&#8217;y avait pas eu de croissance aux Etats-Unis, la situation de 90 % de la population aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s inchang\u00e9e. Tout cela s&#8217;est construit sur une montagne de dettes qui s&#8217;est \u00e9croul\u00e9e et les produits financiers sophistiqu\u00e9s ont permis qu&#8217;une crise a priori limit\u00e9e se r\u00e9pande \u00e0 l&#8217;ensemble du syst\u00e8me bancaire.<\/p>\n<p>On l&#8217;a sauv\u00e9. Et chacun de saluer la sagesse des gouvernements qui n&#8217;ont pas reproduit les m\u00eames erreurs qu&#8217;en 1929, quand son ministre des Finances, Andrew Mellon, recommandait au pr\u00e9sident Hoover de \u00ab liquider le travail, liquider les actions, liquider les fermiers, liquider l&#8217;immobilier \u00bb afin d&#8217;\u00e9liminer \u00ab la pourriture du syst\u00e8me \u00bb. Des sommes consid\u00e9rables ont \u00e9t\u00e9 inject\u00e9es pour sauver les banques. Mais, \u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s, sans y mettre quelque condition que ce soit. L&#8217;occasion \u00e9tait pourtant belle de le faire \u00e0 chaud et les j\u00e9r\u00e9miades ult\u00e9rieures sur la n\u00e9cessit\u00e9 de mieux r\u00e9guler les banques ne sont donc que de la poudre aux yeux.<\/p>\n<p>Toujours pour simplifier, la \u00ab patate chaude \u00bb que repr\u00e9sentait cet amoncellement de cr\u00e9ances et de titres tous aussi pourris les uns que les autres est pass\u00e9 des banques priv\u00e9es aux finances publiques. La question se posait alors de choisir le bon timing pour r\u00e9sorber cette dette. Il y avait un relatif accord pour dire qu&#8217;il fallait attendre que la \u00ab reprise \u00bb soit suffisamment install\u00e9e pour basculer vers la rigueur budg\u00e9taire. Mais la pr\u00e9tendue sagesse des gouvernements a \u00e9t\u00e9 rapidement oubli\u00e9e et tous, en Europe du moins, ont effectu\u00e9 un brusque tournant vers des plans d&#8217;aust\u00e9rit\u00e9 proprement d\u00e9mentiels, semblables \u00e0 ceux de Br\u00fcning en Allemagne en 1931 ou de Laval en France en 1935.<\/p>\n<p>Cela revient \u00e0 repasser la patate chaude \u00e0 la majorit\u00e9 de la population, qui n&#8217;est \u00e9videmment pas responsable de la crise, et sur le dos de laquelle s&#8217;\u00e9tait construite depuis trente ans la prosp\u00e9rit\u00e9 des riches qu&#8217;il s&#8217;agit aujourd&#8217;hui de pr\u00e9server. Que le socialiste Zapatero soit capable de supprimer l&#8217;allocation pour les ch\u00f4meurs en fin de droits montre \u00e0 quel point les gouvernements, qu&#8217;ils soient de gauche ou de droite, se soumettent aux exigences des \u00ab march\u00e9s \u00bb. Or, \u00ab<em> ces march\u00e9s qui d\u00e9stabilisent l&#8217;Irlande, le Portugal ou la Gr\u00e8ce sont, la plupart du temps, des \u00e9tablissements financiers install\u00e9s dans des Etats membres de l&#8217;union mon\u00e9taire <\/em> \u00bb (2). C&#8217;est donc une grande alliance (\u00e9ventuellement conflictuelle) entre la finance et le patronat qui dicte \u00e0 des gouvernements consentants ces politiques d&#8217;une violence socialement cibl\u00e9e auxquelles sont soumis les peuples europ\u00e9ens. Il s&#8217;agit ni plus ni moins d&#8217;un r\u00e8glement de comptes qui porte sur un passif de trente ans et qui n\u00e9cessite une riposte sociale proportionn\u00e9e. <\/p>\n<p>Michel Husson<\/p>\n<p>[[(1) Patrick Artus, cit\u00e9 dans \u00ab Mais oui, la crise est finie ! \u00bb, Challenges n\u00b0 28, cf. les archives d&#8217;ao\u00fbt 2008 sur bourse.blogs.challenges.fr<br \/>\n]](2) \u00ab Dettes : la zone euro rong\u00e9e de l&#8217;int\u00e9rieur \u00bb, de Jean Quatremer, Lib\u00e9ration, 27 novembre 2010, liberation.fr<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Un \u00e9conomiste parfois mieux inspir\u00e9 \u00e9crivait en ao\u00fbt 2008 que \u00ab<em> l&#8217;affaire des subprimes est maintenant bel et bien dans le r\u00e9troviseur <\/em> \u00bb <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-4642","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4642","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4642"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4642\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4642"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4642"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4642"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}