{"id":4639,"date":"2010-12-20T00:00:00","date_gmt":"2010-12-19T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-compagnie-sin-ou-l-art-du4639\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:49","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:49","slug":"la-compagnie-sin-ou-l-art-du4639","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4639","title":{"rendered":"La compagnie S\u00een ou l&#8217;art du th\u00e9\u00e2tre de terrain"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> N\u00e9e en 1996 sous le nom d&#8217;Act&#8217;libre, la compagnie d&#8217;Emilien Urbach base son travail sur l&#8217;enqu\u00eate de terrain. A Nice, au Petit Bard \u00e0 Montpellier, comme en Palestine, son but est d&#8217;aller \u00e0 la rencontre des habitants <\/p>\n<p>.<\/p>\n<p>Emilien Urbach dirige la compagnie S\u00een, bas\u00e9e \u00e0 Nice, mais d\u00e9veloppant depuis quelques ann\u00e9es une partie de ces travaux dans l&#8217;H\u00e9rault. S\u00een est le prolongement de Act&#8217;libre, compagnie de th\u00e9\u00e2tre compos\u00e9e d&#8217;\u00e9tudiants et de jeunes travailleurs, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Nice dans les ann\u00e9es 1990, active sur le site de Saint-Jean-d&#8217;Angely, un squat important dans une magnifique caserne de pompiers d\u00e9saffect\u00e9e, ras\u00e9e en 2004 par la mairie. S\u00een prolonge et approfondit les directions de travail des premi\u00e8res ann\u00e9es ni\u00e7oises, pour un th\u00e9\u00e2tre en prise directe avec un environnement politique et social choisi pour sa valeur de lutte. Cet entretien avec Emilien Urbach est une fa\u00e7on pour ces pages Cr\u00e9ations de continuer \u00e0 explorer, parmi les territoires du th\u00e9\u00e2tre qui se fonde sur un principe de mission politique, ceux qui d\u00e9veloppent des dispositifs originaux et qui affrontent de plain-pied les r\u00e9alit\u00e9s qu&#8217;ils travaillent. Propos recueillis.<\/p>\n<p>* *<\/p>\n<p>\u00ab Nous sommes partis en 2002 en Palestine : c&#8217;\u00e9tait une sale p\u00e9riode, apr\u00e8s l&#8217;invasion de J\u00e9nine. J&#8217;y \u00e9tais all\u00e9 une premi\u00e8re fois en 1994, avec les Jeunesses communistes. Cette fois, nous partions y faire un \u00e9tat des lieux des compagnies professionnelles. Nous \u00e9tions int\u00e9ress\u00e9s par le th\u00e9\u00e2tre d&#8217;intervention, le th\u00e9\u00e2tre politique. Par la suite, j&#8217;ai m\u00eame fait ma ma\u00eetrise sur le th\u00e9\u00e2tre en Palestine. Puis, en janvier 2003, nous avons organis\u00e9 \u00e0 Nice les premi\u00e8res Journ\u00e9es th\u00e9\u00e2trales de rencontres, qui ont notamment accueilli une compagnie de Beit Jala (banlieue de Bethl\u00e9em), l&#8217;Inad th\u00e9\u00e2tre, qui travaillait sur des t\u00e9moignages. C&#8217;est en Palestine que nous avons inaugur\u00e9 notre m\u00e9thode de travail : l&#8217;enqu\u00eate de terrain, comme des ethnologues. Nous avons continu\u00e9 ce travail sur d&#8217;autres terrains, les usines Well au Vigan (Gard) par exemple, ou aujourd&#8217;hui au Petit Bard, \u00e0 Montpellier.<\/p>\n<p>* *<\/p>\n<p>Le Petit Bard est un quartier qui est au centre des probl\u00e9matiques du logement \u00e0 Montpellier. C&#8217;est un endroit priv\u00e9, la plus grosse copropri\u00e9t\u00e9 de France. Cr\u00e9\u00e9 par les pieds-noirs au retour d&#8217;Alg\u00e9rie, le Petit Bard a longtemps \u00e9t\u00e9 un lieu de mixit\u00e9 ethnique. Aujourd&#8217;hui, pour 95 %, ce sont des Berb\u00e8res qui y habitent, des gens qui payent des charges faramineuses pour des logements qui datent des ann\u00e9es 1960. Des marchands de sommeil louent ces appartements, mais il est pr\u00e9vu de r\u00e9sidentialiser la zone. L&#8217;image m\u00e9diatique du quartier est horrible, bien que le tissu associatif y soit consistant et actif. <\/p>\n<p>Nous y avons fait du porte-\u00e0-porte. On a fait circuler, sur une remorque, un studio mobile d&#8217;enregistrement vid\u00e9o o\u00f9 les gens pouvaient entrer. On les a fait travailler sur des textes d&#8217;Edward Bond. Les financeurs nous l&#8217;ont reproch\u00e9, nous sugg\u00e9rant plut\u00f4t de choisir des auteurs comme Kateb Yacine ! Depuis quelque temps, nous partons \u00e0 la recherche de h\u00e9ros mythiques : nous racontons l&#8217;histoire d&#8217;Antigone et d\u00e9battons avec les habitants des enjeux de la trag\u00e9die. Parall\u00e8lement au travail de r\u00e9colte documentaire, nous avons continu\u00e9 \u00e0 utiliser des textes de \u00ab r\u00e9pertoire \u00bb : Bond, et aussi Arrabal, Genet, Darwich&#8230; Les prochaines cr\u00e9ations de la compagnie seront le fruit de ces deux explorations, en Palestine et au Petit Bard.<\/p>\n<p>* *<\/p>\n<p>On a aussi install\u00e9 dans le quartier le \u00ab Chap&#8217;au th\u00e9\u00e2tre \u00bb, une structure mobile qu&#8217;on a mise en place pour diffuser notre travail dans les zones rurales et les quartiers non \u00e9quip\u00e9s. C&#8217;est un vieux bal mont\u00e9, qu&#8217;on balade dans les zones qui n&#8217;ont pas acc\u00e8s aux \u00e9critures contemporaines. Notre pr\u00e9sence en continu au Petit Bard nous pr\u00e9serve de la violence que peuvent rencontrer les \u00e9v\u00e9nements culturels organis\u00e9s l\u00e0-bas, et les vieux montent eux-m\u00eames la garde la nuit autour du Chap&#8217;au th\u00e9\u00e2tre! D\u00e9sormais on fait partie du quartier. On nous avait beaucoup parl\u00e9 du clivage entre le public captif des associations et le public non captif, mais l&#8217;exp\u00e9rience th\u00e9\u00e2trale que nous y faisons bouleverse ces cat\u00e9gories.<\/p>\n<p>* *<\/p>\n<p>Nous ne sommes plus Act&#8217;libre depuis 2003, cette troupe, cette \u00ab secte \u00bb ! Aujourd&#8217;hui nous cadrons au syst\u00e8me de la professionnalisation et de l&#8217;intermittence dans lequel les com\u00e9diens veulent gagner leur vie avec ce qu&#8217;ils aiment mais papillonnent sans faire de choix exigeants. Nous sommes ainsi devenus une structure avec un directeur artistique, une \u00e9quipe administrative, et lesprojets qui se montent autour. Mais avec le Chap&#8217;au th\u00e9\u00e2tre, quelque chose est en train de rena\u00eetre de l&#8217;ordre du collectif : la structure mobile ne nous appartient pas, la r\u00e9ception des spectateurs est g\u00e9r\u00e9e par une autre compagnie, etc.<\/p>\n<p>C&#8217;est le principe de la troupe qui nous manque, pouvoir \u00eatre un groupe assidu qui s&#8217;attarde sur un sujet, avec des temps d&#8217;immersion, de training, de travail \u00e0 la table. Le syst\u00e8me de production tel que les institutionnels nous obligent \u00e0 le penser ne correspond pas \u00e0 notre mode de travail : le carcan syst\u00e9matique qui consiste \u00e0 aligner dossier, texte, r\u00e9sidence, cr\u00e9ation et les dix dates qui suivent, n&#8217;est pas ajust\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de notre travail. Quand on construit avec un territoire, le travail ne suit pas cette \u00e9conomie de l&#8217;offre et de la demande. Nous ne vendons pas nos spectacles comme dans la diffusion habituelle, le travail doit \u00eatre pris dans un cycle de rencontre plus global, o\u00f9 notamment dossiers \u00e9ducatif et artistique sont m\u00eal\u00e9s.<\/p>\n<p>* *<\/p>\n<p>Nous sommes aid\u00e9s de fa\u00e7on p\u00e9renne par la r\u00e9gion PACA, mais en revanche pas par la r\u00e9gion Languedoc-Roussillon, probablement \u00e0 cause de la question palestinienne. L&#8217;arriv\u00e9e dans cette r\u00e9gion a \u00e9t\u00e9 terrible pour nous. A Nice, c&#8217;est facile de comprendre l&#8217;\u00e9chiquier politique, il y a l&#8217;extr\u00eame droite majoritaire et, en face d&#8217;elle, le reste du monde ! Donc m\u00eame si, d&#8217;une compagnie \u00e0 l&#8217;autre, on faisait des choses diff\u00e9rentes, on trouvait des possibilit\u00e9s d&#8217;assemblage dans le travail. En Languedoc-Roussillon, la gauche est majoritaire, avec des syst\u00e8mes quasi mafieux d&#8217;implantation clanique ; les gens ne sont pas organis\u00e9s en fonction de convictions ni de projets, mais de familles. Des projets sont sap\u00e9s uniquement parce qu&#8217;ils sont port\u00e9s par une \u00e9quipe politique adverse.<\/p>\n<p>* *<\/p>\n<p>En Palestine, o\u00f9 nous allons r\u00e9guli\u00e8rement, et encore cette ann\u00e9e, nous avons surtout travaill\u00e9 \u00e0 Bethl\u00e9em. Mais les premi\u00e8res an\u00e9es nous avons beaucoup boug\u00e9, \u00e0 Ramallah, J\u00e9rusalem, J\u00e9nine, H\u00e9bron. Th\u00e9\u00e2tralement, en Palestine, beaucoup de choses sont n\u00e9es de Fran\u00e7ais partis s&#8217;installer l\u00e0-bas. Fran\u00e7ois Abou Salem, par exemple, un Franco-Palestinien, faisait partie d&#8217;El Akawati qui a \u00e9t\u00e9 un des noyaux th\u00e9\u00e2traux importants dans les ann\u00e9es 1970 et d&#8217;o\u00f9 sont sortis les gens qui aujourd&#8217;hui essaiment sur les territoires occup\u00e9s. Le r\u00e9pertoire \u00e9tait surtout compos\u00e9 de textes fran\u00e7ais et anglais.<\/p>\n<p>Faire de l&#8217;art pendant la premi\u00e8re Intifada \u00e9tait assez mal vu, ce n&#8217;\u00e9tait pas la priorit\u00e9. Les choses ont chang\u00e9. Je pense \u00e0 un documentaire r\u00e9alis\u00e9 par Juliano Mer Khamis qui montre l&#8217;\u00e9volution, en dix ans, d&#8217;un groupe de jeunes d&#8217;un atelier de th\u00e9\u00e2tre dans le camp de J\u00e9nine : aujourd&#8217;hui les jeunes gens sont pour la plupart morts dans des attentats-suicides ou des attaques isra\u00e9liennes, ou membres de groupes arm\u00e9s. Depuis, Juliano a fond\u00e9 le Th\u00e9\u00e2tre de la Libert\u00e9 avec beaucoup d&#8217;\u00e9nergie palestinienne et des soutiens \u00e9trangers, nordiques, fran\u00e7ais et anglais. Mais il y a aussi tout un c\u00f4t\u00e9 de la Palestine qui r\u00eave de Duba\u00ef, tr\u00e8s clinquant, comme le Palais de la culture de Ramallah. J&#8217;y ai assist\u00e9 \u00e0 un spectacle de danse qui ressemblait peut-\u00eatre au r\u00e9alisme sovi\u00e9tique le plus affreux ! Une sorte d&#8217;animation satur\u00e9e, m\u00eame si cela peut cr\u00e9er une forme de liesse, de chose commune.<\/p>\n<p>* *<\/p>\n<p>Comment porter un t\u00e9moignage ? Au d\u00e9part on travaillait beaucoup sur l&#8217;incarnation, en \u00e9tant travers\u00e9s par les \u00e9motions des personnes dont nous rapportions les paroles. Puis nous avons travaill\u00e9 autrement, \u00e0 partir des \u00e9motions de l&#8217;artiste &#8211; t\u00e9moin et non plus de la personne. R\u00e9cemment, on s&#8217;est mis \u00e0 \u00e9crire sur nos exp\u00e9riences en Palestine, quelque chose de plus intime, o\u00f9 l&#8217;on identifie moins l&#8217;auteur. C&#8217;est un \u00ab je \u00bb plus pluriel, plus complexe, comme si nous disions : nous sommes tous les morts entass\u00e9s devant les camps. On est tous dans les maisons d\u00e9truites en Palestine, m\u00eame le bidasse isra\u00e9lien dans son tractopelle. \u00bb<\/p>\n<p>Propos recueillis par Diane Scott<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4639 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/sin_crop-9ef.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/sin_crop-9ef.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"La compagnie S\u00een ou l&#039;art du th\u00e9\u00e2tre de terrain\" aria-describedby=\"gallery-1-14562\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14562'>\n\t\t\t\tLa compagnie S\u00een ou l&#8217;art du th\u00e9\u00e2tre de terrain\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> N\u00e9e en 1996 sous le nom d&#8217;Act&#8217;libre, la compagnie d&#8217;Emilien Urbach base son travail sur l&#8217;enqu\u00eate de terrain. 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