{"id":4634,"date":"2010-12-22T00:00:00","date_gmt":"2010-12-21T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/penser-l-afrique-postcoloniale4634\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:48","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:48","slug":"penser-l-afrique-postcoloniale4634","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4634","title":{"rendered":"Penser l&#8217;Afrique postcoloniale"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em>Alors que l&#8217;intervention fran\u00e7aise au Mali r\u00e9ouvre les d\u00e9bats sur les relations entre l&#8217;Afrique et le reste du monde en g\u00e9n\u00e9ral et ses ex-colonisateurs en particulier<\/em>, Regards <em>vous propose un pas de c\u00f4t\u00e9. En 2010, ann\u00e9e du cinquantenaire des ind\u00e9pendances africaines, deux essais avaient paru &#8211; dont un qui a fait date d&#8217;Achille Mbembe -, qui interrogeaient ces relations. Historiques, politiques, litt\u00e9raires aussi. Voici la recension que nous en avions fait alors.<\/em> <\/p>\n<p>Quelle Afrique au XXIe si\u00e8cle ? Dans un essai qui fera date, Achille Mbembe explore les issues d&#8217;une \u00e8re postcoloniale violente mais porteuse de puissants bouleversements. Anthony Mangeon, lui, r\u00e9habilite l&#8217;apport majeur des textes de la \u00ab pens\u00e9e noire \u00bb <\/p>\n<p>Des itin\u00e9rances, de la circulation, de la mobilit\u00e9&#8230;<em> Sortir de la grande nuit <\/em>, le dernier ouvrage d&#8217;Achille Mbembe est un livre qui d\u00e9place, remet \u00e0 sa place, d\u00e9sorganise et dessine des trajectoires. D&#8217;embl\u00e9e, le refus d&#8217;une s\u00e9pulture  pour le \u00ab<em> cr\u00e2ne d&#8217;un parent mort <\/em> \u00bb, opposant au r\u00e9gime camerounais n\u00e9 de l&#8217;ind\u00e9pendance, sacrifie \u00ab<em> l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une libert\u00e9 pour laquelle on a lutt\u00e9 \u00e0 celle d&#8217;une ind\u00e9pendance que le ma\u00eetre, dans sa magnanimit\u00e9, a bien voulu octroyer \u00e0 son ex-exclave <\/em> \u00bb. Cette courte \u00e9vocation autobiographique nous plonge au coeur de la grande nuit africaine, ses plantations, ses fabriques, ses colonies, termes qui habitent la premi\u00e8re partie du livre.<\/p>\n<p>Professeur d&#8217;histoire et de sciences politiques \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 du Witwatersrand de Johannesburg (Afrique du Sud), Achille Mbembe poursuit ici son exploration de la postcolonie, titre de l&#8217;un de ses pr\u00e9c\u00e9dents ouvrages. \u00ab<em> La pseudo-lib\u00e9ration consiste \u00e0 croire qu&#8217;il suffit de tuer le colon et de prendre sa place pour que le rapport de r\u00e9ciprocit\u00e9 soit install\u00e9 <\/em> \u00bb, pr\u00e9vient-il en plaidant pour un travail bien plus profond de \u00ab<em> d\u00e9closion du monde <\/em> \u00bb visant \u00e0 permettre \u00ab<em> la mont\u00e9e en humanit\u00e9 <\/em> \u00bb. Frantz Fanon, bien s\u00fbr, est convoqu\u00e9. Comme le seront plus tard Edward Said \u00ab<em> et son oeuvre ma\u00eetresse <\/em> L&#8217;Orientalisme \u00bb, au moment d&#8217;\u00e9voquer le d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e postcoloniale que l&#8217;auteur inscrit dans la \u00ab<em> naissance d&#8217;une pens\u00e9e monde <\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Une pens\u00e9e qui tarde \u00e0 s&#8217;affirmer en France, pays dont Achille Mbembe &#8211; qui est pass\u00e9 par les Etats-Unis o\u00f9 il continue d&#8217;enseigner le fran\u00e7ais \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 &#8211; \u00e9gratigne, c&#8217;est peu de le dire, l&#8217;universalisme et le mod\u00e8le r\u00e9publicain. L&#8217;un ayant, plus souvent qu&#8217;\u00e0 son tour, servi de caution au projet colonial, l&#8217;autre \u00e9tant parfois sollicit\u00e9 pour justifier certains aspects d&#8217;une politique migratoire discriminatoire. \u00ab<em> Aujourd&#8217;hui, la plantation et la colonie se sont d\u00e9plac\u00e9es et ont plant\u00e9 leurs tentes ici m\u00eame, hors les murs de la Cit\u00e9 (en banlieue) <\/em> \u00bb, consid\u00e8re Achille Mbembe.<\/p>\n<p><strong> Afropolitanisme <\/strong><\/p>\n<p>Si les pages consacr\u00e9es au \u00ab<em>long hiver imp\u00e9rial fran\u00e7ais<\/em> \u00bb sont passionnantes et ouvrent de nombreux d\u00e9bats, c&#8217;est le regard port\u00e9 par l&#8217;auteur sur le dernier quart du XXe si\u00e8cle en Afrique qui constitue cependant le principal int\u00e9r\u00eat de cet ouvrage. Une s\u00e9quence historique sur laquelle p\u00e8sent trois \u00e9v\u00e9nements majeurs selon lui : \u00ab<em> le durcissement de la contrainte mon\u00e9taire et ses effets de revivification des imaginaires du lointain (&#8230;) ; la concomitance de la d\u00e9mocratisation, de l&#8217;informalisation de l&#8217;\u00e9conomie et des structures \u00e9tatiques ; la diffraction de la soci\u00e9t\u00e9 et l&#8217;\u00e9tat de guerre <\/em> \u00bb. Trois \u00e9v\u00e9nements surgissant sur un continent o\u00f9 la colonisation a, en \u00e9tablissant des fronti\u00e8res, non pas mis fin \u00e0 des \u00ab<em>entit\u00e9s autrefois r\u00e9unies<\/em> \u00bb mais plut\u00f4t ab\u00eem\u00e9 \u00ab<em> ce qui, fondamentalement, \u00e9tait une f\u00e9d\u00e9ration de r\u00e9seaux, un espace multinational, constitu\u00e9 non de \u00abpeuples\u00bb ou de nations\u00bb en tant que telles mais de r\u00e9seaux <\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Ces circulations transnationales, ces r\u00e9seaux, ce cosmopolitisme africain, pour l&#8217;heure dissous dans une transition  violente, Achille Mbembe pense qu&#8217;ils peuvent, doivent, retrouver leur place dans l&#8217;\u00ab afropolitanisme \u00bb : \u00ab<em> une stylistique et une politique, une esth\u00e9tique et une certaine po\u00e9tique du monde. C&#8217;est une mani\u00e8re d&#8217;\u00eatre au monde qui refuse, par principe, toute forme d&#8217;identit\u00e9 victimaire <\/em> \u00bb et peut envisager de prendre forme \u00ab<em> \u00e0 partir du moment o\u00f9 l&#8217;Afrique contemporaine s&#8217;\u00e9veille aux figures du multiple (&#8230;) constitutives de ses histoires particuli\u00e8res <\/em> \u00bb.<\/p>\n<p><strong> La \u00ab biblioth\u00e8que coloniale \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9mergence d&#8217;un afropolitanisme endog\u00e8ne en lieu et place du panafricanisme ou de la n\u00e9gritude, ces id\u00e9ologies africaines n\u00e9es du rapport de force colonial ? L&#8217;id\u00e9e est stimulante. Et renforc\u00e9e par le fait que ce rapport de force n&#8217;a pas pes\u00e9 que dans un sens. C&#8217;est ce que rappelle fort \u00e9ruditement Anthony Mangeon dans un travail sur l&#8217;apport des textes de la \u00ab pens\u00e9e noire \u00bb \u00e0 celle de l&#8217;Occident. On y retrouve la circulation Afrique &#8211; monde &#8211; omnipr\u00e9sente chez Mbembe &#8211; mais il s&#8217;agit ici sp\u00e9cifiquement de celles des id\u00e9es, des pens\u00e9es, des cultures.<\/p>\n<p>Normalien agr\u00e9g\u00e9 de lettres modernes, enseignant \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 de Montpellier, l&#8217;auteur cite les nombreux agents actifs (les Africains Alexis Kagame, Cheikh Anta Diop, Cheikh Hamidou Kane, mais aussi les penseurs antillais, afroam\u00e9ricains&#8230;) du \u00ab philosopher en Afrique \u00bb.<\/p>\n<p>Leur vari\u00e9t\u00e9 et la richesse de leurs \u0153uvres suffit \u00e0 fissurer les piliers de la \u00ab biblioth\u00e8que coloniale \u00bb, truff\u00e9e de repr\u00e9sentations iniques, que s&#8217;est constitu\u00e9 le monde occidental. N&#8217;en d\u00e9plaise \u00e0 beaucoup, la surface de porosit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 et reste forte et l&#8217;\u00e9change, le passage entre les deux, a eu lieu.<\/p>\n<p><em>S&#8217;il est une histoire occidentale de l&#8217;Afrique et de sa diaspora, c&#8217;est-\u00e0-dire une incidence des politiques, des cultures, des pens\u00e9es occidentales sur celles du monde noir, il existe inversement une histoire africaine de  l&#8217;Occident<\/em> \u00bb, \u00e9crit Mangeon.<\/p>\n<p>Au terme de cette ann\u00e9e du cinquantenaire de l&#8217;ind\u00e9pendance de nombreux Etats africains, ces deux ouvrages donnent l&#8217;occasion de porter un autre regard sur le moment postcolonial. Un moment inachev\u00e9 mais potentiellement f\u00e9cond d&#8217;une nouvelle universalit\u00e9, \u00e0 la fois bien \u00e9tay\u00e9e et mobile, dans laquelle l&#8217;Afrique aurait toute sa place. <\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4634 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/cononie-961.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/cononie-961-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"cononie.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em>Alors que l&#8217;intervention fran\u00e7aise au Mali r\u00e9ouvre les d\u00e9bats sur les relations entre l&#8217;Afrique et le reste du monde en g\u00e9n\u00e9ral et ses ex-colonisateurs en particulier<\/em>, Regards <em>vous propose un pas de c\u00f4t\u00e9. En 2010, ann\u00e9e du cinquantenaire des ind\u00e9pendances africaines, deux essais avaient paru &#8211; dont un qui a fait date d&#8217;Achille Mbembe -, qui interrogeaient ces relations. Historiques, politiques, litt\u00e9raires aussi. Voici la recension que nous en avions fait alors.<\/em> <\/p>\n<p>Quelle Afrique au XXIe si\u00e8cle ? Dans un essai qui fera date, Achille Mbembe explore les issues d&#8217;une \u00e8re postcoloniale violente mais porteuse de puissants bouleversements. 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