{"id":4630,"date":"2010-12-16T00:00:00","date_gmt":"2010-12-15T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/en-tous-genres4630\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:48","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:48","slug":"en-tous-genres4630","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4630","title":{"rendered":"En tous genres"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> En ce mois de d\u00e9cembre, quatre films tr\u00e8s diff\u00e9rents qui travaillent sur les codes et les  genres, en cherchant \u00e0 d\u00e9jouer les assignations :<em> Holiday, Memory Lane, Le nom des gens <\/em> et<em> Fix Me <\/em> <\/p>\n<p>.<\/p>\n<p><strong> Pas de c\u00f4t\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est sous le signe de l&#8217;\u00e9cart que le nouveau film de Guillaume Nicloux se pr\u00e9sente. Sur l&#8217;affiche d<em> Holiday <\/em>, au graphisme noir et rose, figure une biffure : la d\u00e9signation g\u00e9n\u00e9rique \u00ab une com\u00e9die polici\u00e8re \u00bb, barr\u00e9e, devient \u00ab une com\u00e9die polisexe \u00bb&#8230; Auteur de polars sombres, le r\u00e9alisateur fait un pas de c\u00f4t\u00e9 s&#8217;emparant cette fois-ci des codes d&#8217;un sous-genre, le huis clos Cluedo, qu&#8217;il sexualise all\u00e8grement : \u00ab<em> Apr\u00e8s <\/em> La clef (2007),<em> dernier \u00e9l\u00e9ment d&#8217;une trilogie non pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e et entam\u00e9e avec <\/em> Une affaire priv\u00e9e<em> et <\/em> Cette femme-l\u00e0,<em> je me suis mis \u00e0 imaginer un film qui respecterait les principes d&#8217;un r\u00e9cit en huis clos jouant avec les codes d&#8217;un Agatha Christie vaudevillien : un h\u00f4tel, une \u00e9nigme, des personnages insolites pris dans l&#8217;engrenage d&#8217;un crescendo comico-criminel. J&#8217;avais \u00e0 la fois envie d&#8217;un univers inspir\u00e9 du Cluedo et d&#8217;une histoire \u00e9voquant les traumas sexuels d&#8217;un couple dont les rapports amoureux et physiques seraient d\u00e9terminants <\/em> \u00bb, pr\u00e9vient le cin\u00e9aste, \u00e9paul\u00e9 durant la phase d&#8217;\u00e9criture par l&#8217;\u00e9crivain Jean-Bernard Pouy, connu pour ses romans noirs et son go\u00fbt pour l&#8217;Oulipo. Le couple en question : Nadine et Michel Tr\u00e9mois interpr\u00e9t\u00e9s par les excellents Judith Godr\u00e8che et Jean-Pierre Darroussin : s&#8217;offre quelques jours dans un h\u00f4tel de charme, en compagnie de la belle m\u00e8re (Josiane Balasko, une habitu\u00e9e des films de Nicloux). Le but des deux tourtereaux : reconstruire leur sexualit\u00e9, en panne depuis des ann\u00e9es. Rien n&#8217;est gagn\u00e9 pourtant : seize heures avant le crime, l&#8217;h\u00f4tel s&#8217;av\u00e8re d\u00e9j\u00e0 sordide, peupl\u00e9 de personnages d\u00e9jant\u00e9s : un gyn\u00e9cologue d\u00e9pressif, une nymphomane agressive, une terrifiante femme de chambre (la tr\u00e8s dr\u00f4le Fran\u00e7oise Lebrun \u00e0 contre-emploi), un nain en couple avec une femme qui \u00e9crit un livre sur l&#8217;\u00e9changisme animalier, un peintre repris de justice et prox\u00e9n\u00e8te, et surtout la fantomatique Eva Lopez, propri\u00e9taire des lieux tr\u00e8s<em> gender <\/em>. \u00ab<em> C&#8217;est quoi votre client\u00e8le en ce moment <\/em> ? \u00bb demande avec inqui\u00e9tude Michel Tr\u00e9mois au barman. \u00ab<em> Du hors saison, comme vous <\/em> \u00bb&#8230; Sa femme, quelques instants avant, lib\u00e9r\u00e9e par les vapeurs d&#8217;un sauna, lui avait fait cette optimiste confidence : \u00ab<em> Le sexe, c&#8217;est comme un enterrement vers le bas, vers la pourriture <\/em>. \u00bb Bouscul\u00e9 par l&#8217;environnement f\u00eal\u00e9 de l&#8217;h\u00f4tel, le couple se laissera aller \u00e0 une nuit orgiaque lib\u00e9ratrice. Mais qui a donc tu\u00e9 Eva Lopez ? Est-elle un homme ou une femme ? S&#8217;agit-il d&#8217;un suicide ou d&#8217;un meurtre ?<\/p>\n<p><strong> Autres vacances <\/strong><br \/>\n<em> Memory Lane <\/em>, le premier long-m\u00e9trage de Mikha\u00ebl Hers : laur\u00e9at en 2009 du prix Jean Vigo du courtm\u00e9trage pour<em> Montparnasse <\/em> :, est construit sur un flash-back. Une voix off masculine se souvient de cet \u00e9t\u00e9 durant lequel lui et plusieurs de ses amis, \u00e2g\u00e9s d&#8217;une vingtaine d&#8217;ann\u00e9es, s&#8217;\u00e9taient retrouv\u00e9s dans la ville de leur enfance, dans la banlieue ouest de Paris. Un moment de vacance propice \u00e0 l&#8217;exacerbation de la sensibilit\u00e9 et des petits riens, travers\u00e9 par une inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, par une menace diffuse (ici, la maladie, l\u00e0, la folie)&#8230; Servi par de jeunes acteurs (Thibault Vin\u00e7on, Dounia Sichov, Lolita Chammah, St\u00e9phanie D\u00e9hel, Thomas Blanchard), nouvelles t\u00eates pour la plupart, ce film de bande se pr\u00e9sente comme l&#8217;anti-<em> Petits mouchoirs <\/em> de Guillaume Canet.<em> Memory Lane <\/em> est une lente chronique (qui va \u00e0 l&#8217;encontre de ce \u00ab Vite \u00bb inscrit sur le tee-shirt de l&#8217;un des personnages), nimb\u00e9e d&#8217;un halo vaporeux, \u00e0 la subtile ind\u00e9cidabilit\u00e9. Accroch\u00e9 \u00e0 un fil t\u00e9nu, ce film \u00e9quilibriste joue sur l&#8217;attente et la suspension. Cet \u00e9t\u00e9 a-t-il vraiment exist\u00e9 ? Quel est son statut ? Est-ce le souvenir qui lui donne sa texture irr\u00e9elle ? A qui s&#8217;adresse-t-il ? La pr\u00e9sence des com\u00e9diens Didier Sandre et Marie Rivi\u00e8re, l&#8217;inscription des personnages dans la ville, les escapades urbaines aux fronti\u00e8res de la nature, ne peuvent manquer d&#8217;\u00e9voquer l&#8217;univers d&#8217;Eric Rohmer, mais sur un mode lointain, diffus, diffract\u00e9. Celui d&#8217;un conte d&#8217;\u00e9t\u00e9 qui serait devenu conte d&#8217;automne.<\/p>\n<p><strong> Papiers d&#8217;identit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9jouer les assignations et les identifications, montrer en quoi les apparences sont trompeuses, tel \u00e9tait sans doute le projet du premier film de Michel Leclerc, une com\u00e9die qui avait fait l&#8217;ouverture de la Semaine de la critique lors du dernier festival de Cannes.<em> Le nom des gens <\/em> met en sc\u00e8ne la rencontre tonitruante entre Arthur Martin (Jacques Gamblin) et Bahia Benmahmoud (Sara Forestier, r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par<em> L&#8217;esquive <\/em> d&#8217;Abdellatif Kechiche). Il est d&#8217;origine juive, fils d&#8217;une d\u00e9port\u00e9e ; elle est d&#8217;origine musulmane, fille d&#8217;un Alg\u00e9rien et d&#8217;une Fran\u00e7aise. Il est ornithologue pour l&#8217;Office fran\u00e7ais des \u00e9pizooties ; elle encha\u00eene les petits boulots. Il a un air coinc\u00e9 de droite, mais est en fait jospiniste (Jospin himself lui rendra visite le jour de son anniversaire) ; elle, exub\u00e9rante, les seins toujours \u00e0 l&#8217;air, traque tout ce qui a l&#8217;air facho et, \u00ab<em> pute politique <\/em> \u00bb, couche avec les mecs de droite pour les rendre de gauche, pour les \u00ab<em> niquer <\/em> \u00bb donc. Sous sa bonne volont\u00e9 apparente, le film crispe, en venant lui-m\u00eame \u00e0 produire ce qu&#8217;il veut renverser : des clich\u00e9s, ass\u00e9n\u00e9s sur un mode d\u00e9complex\u00e9, et tr\u00e8s sarkozyste finalement : le film en accouche d&#8217;ailleurs litt\u00e9ralement&#8230; A force de vouloir tout extravertir : les silences, les tabous, les non-dits, l&#8217;Occupation, la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie, la p\u00e9dophilie, etc. :,<em> Le nom des gens <\/em> se change en bouillie indigeste, glorifiant sur un mode na\u00eff et on ne peut plus caricatural, la \u00ab<em> vitalit\u00e9 hybride <\/em> \u00bb des b\u00e2tards, promise \u00e0 assurer l&#8217;avenir de l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Un homme coup\u00e9 en deux <\/strong><\/p>\n<p>A ce film qui donne mal \u00e0 la t\u00eate, on pr\u00e9f\u00e9rera<em> Fix Me <\/em>&#8230; une oeuvre sur les migraines de son r\u00e9alisateur ! Raed Andoni est n\u00e9 en Cisjordanie en 1967, l&#8217;ann\u00e9e o\u00f9 \u00e9clata la guerre des Six Jours. Situ\u00e9 entre documentaire et fiction, son premier film, dont il est aussi le protagoniste principal, n&#8217;est pas sans rappeler la veine autobiographique du r\u00e9alisateur palestinien Elia Suleiman <em> Intervention divine <\/em>) ou celle de l&#8217;Isra\u00e9lien Avi Mograbi <em> Pour un seul de mes deux yeux <\/em>). Le film s&#8217;ouvre sur un examen m\u00e9dical : le personnage souffre d&#8217;atroces migraines mais son m\u00e9decin de famille lui annonce qu&#8217;il est en bonne sant\u00e9. \u00ab<em> Demande \u00e0 notre Pr\u00e9sident ou \u00e0 celui d&#8217;en face <\/em> \u00bb&#8230; Un pays occup\u00e9, et une t\u00eate coup\u00e9e en deux, le spectateur a vite compris le parall\u00e8le. L&#8217;artiste ne tarde pourtant pas \u00e0 confier ce qu&#8217;il d\u00e9teste justement par-dessus tout : \u00ab<em> je p\u00e8te les plombs quand les gens essaient de me coller une \u00e9tiquette <\/em> \u00bb ; \u00ab<em> je refuse qu&#8217;on mette mon film dans une case <\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Renfrogn\u00e9, d\u00e9sabus\u00e9, le regard sombre, le cin\u00e9aste dont la vie s&#8217;est progressivement vid\u00e9e ne croit plus \u00e0 grand-chose. Ses r\u00eaves, ses enthousiasmes et ses certitudes l&#8217;ont abandonn\u00e9. Il cherche aujourd&#8217;hui modestement \u00e0 poser quelques questions, et avoue avoir du respect pour ceux qui disent \u00ab<em> peut-\u00eatre <\/em> \u00bb. Mal \u00e0 l&#8217;aise en famille, peinant \u00e0 trouver sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, Raed Andoni d\u00e9cide d&#8217;entreprendre une th\u00e9rapie, film\u00e9e par une \u00e9quipe \u00e9trang\u00e8re derri\u00e8re une vitre sans tain. Il revient sur son pass\u00e9, en partie occult\u00e9, notamment sur l&#8217;ann\u00e9e 1986 qu&#8217;il a pass\u00e9e dans la prison d&#8217;H\u00e9bron alors qu&#8217;il \u00e9tait militant, engag\u00e9 pour la cause palestinienne. Cette qu\u00eate, durant laquelle il interroge ses proches : qui se moquent volontiers de lui, de son film et de ses migraines :, est entrecoup\u00e9e par de tr\u00e8s belles s\u00e9quences musicales (sign\u00e9es par le DJ fran\u00e7ais Erik Rug) qui accompagnent le cin\u00e9aste au volant, dans les rues de Ramallah. Pour se hisser progressivement jusqu&#8217;au niveau de la mer et proposer, mi ironique, mi-affectueux, un portrait de l&#8217;artiste en chameau.<\/p>\n<p>Juliette Cerf<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4630 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/holiday-b09.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/holiday-b09-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"holiday.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/holiday_crop-22c.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/holiday_crop-22c.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"En tous genres\" aria-describedby=\"gallery-1-14552\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14552'>\n\t\t\t\tEn tous genres\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> En ce mois de d\u00e9cembre, quatre films tr\u00e8s diff\u00e9rents qui travaillent sur les codes et les  genres, en cherchant \u00e0 d\u00e9jouer les assignations :<em> Holiday, Memory Lane, Le nom des gens <\/em> et<em> Fix Me <\/em> <\/p>\n","protected":false},"author":572,"featured_media":14551,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-4630","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/572"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4630"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4630\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14551"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}