{"id":4627,"date":"2010-12-14T00:00:00","date_gmt":"2010-12-13T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-bosnie-herzegovine-1-l-interminable-apres-guerre\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:47","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:47","slug":"article-bosnie-herzegovine-1-l-interminable-apres-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4627","title":{"rendered":"Bosnie-Herz\u00e9govine (1) &#8211; L&#8217;interminable apr\u00e8s-guerre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Quinze ans apr\u00e8s la fin du conflit, les appartenances ethniques restent un frein \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 du pays. Les habitants, souvent exil\u00e9s, se regroupent dans les villages par communaut\u00e9. Le discours nationaliste fleurit, comme lors des \u00e9lections, d\u00e9but octobre <\/p>\n<p>.<\/p>\n<p>Ils sont align\u00e9s les uns \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, sur des sacs mortuaires : les restes de sept corps exhum\u00e9s trois jours auparavant, dans les environs de Prijedor, dans le nord-est de la Bosnie-Herz\u00e9govine. Senem Skulj, m\u00e9decin l\u00e9giste et directrice du centre d&#8217;identification de Sejkovaca, range les vert\u00e8bres, une par une. A tout juste 30 ans, elle a fait sa carri\u00e8re professionnelle dans le projet d&#8217;identification des personnes disparues pendant la guerre de Bosnie (1992-1995). Le conflit a fait \u00e0 110 000 morts (1), dont environ 10 000 sont toujours port\u00e9s disparus (2).<\/p>\n<p>Quinze ans apr\u00e8s les accords de Dayton qui ont marqu\u00e9 la fin du conflit et partag\u00e9 le pays en deux entit\u00e9s principales : la f\u00e9d\u00e9ration de Bosnie-et-Herz\u00e9govine (ou bosno-croate) et la R\u00e9publique serbe :, la guerre n&#8217;est pas finie pour Senem Skulj et pour les familles des disparus de Prijedor. Dans cette r\u00e9gion majoritairement serbe, le silence r\u00e8gne sur ce qui s&#8217;est pass\u00e9 il y a dix huit ans : la purification ethnique programm\u00e9e par les nationalistes serbes men\u00e9s par Radovan Karadzic, les camps de prisonniers bosniaques (musulmans) (3) \u00e0 Trnopolje, \u00e0 Keraterm et \u00e0 Omarska, les femmes et les enfants embarqu\u00e9s dans les wagons \u00e0 bestiaux, les villages vid\u00e9s de leurs habitants, les maisons d\u00e9truites.<\/p>\n<p><strong> La bataille des symboles <\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs responsables des crimes de guerre ont \u00e9t\u00e9 inculp\u00e9s et jug\u00e9s par le Tribunal p\u00e9nal international pour l&#8217;ex-Yougoslavie (TPIY) d\u00e8s 1995, mais La Haye, c&#8217;est bien loin et les proc\u00e8s ne suscitent gu\u00e8re d&#8217;\u00e9cho dans les m\u00e9dias locaux. A Prijedor, un gigantesque monument en forme de croix est \u00e9rig\u00e9 en m\u00e9moire des victimes : forc\u00e9ment chr\u00e9tiennes : de la guerre. A Trnopolje, o\u00f9 le camp \u00e9tait situ\u00e9 dans une \u00e9cole, aucune trace de l&#8217;histoire, si ce n&#8217;est un m\u00e9morial \u00e0 la gloire des&#8230; Serbes.<\/p>\n<p>\u00ab<em> Comment peut-on vivre si on ne reconna\u00eet pas ce qui s&#8217;est pass\u00e9 <\/em> ? \u00bb demande Ervin Blazevic. Dans la guerre des symboles qui se livre \u00e0 Prijedor et ailleurs en Bosnie, \u00e0 coup de m\u00e9moriaux, de monuments religieux et de programmes scolaires, ce Bosniaque de 37 ans a l&#8217;impression de faire partie des perdants.<\/p>\n<p>Ervin Blazevic a pass\u00e9 deux mois dans le camp de Trnopolje, puis quatre ans dans l&#8217;arm\u00e9e bosnienne. R\u00e9fugi\u00e9 pendant plusieurs ann\u00e9es de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;ancienne ligne de front, il est revenu s&#8217;installer dans le village de Kozarac, enclave bosniaque en territoire serbe, \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres de Prijedor. Comme Ervin, les habitants avaient tous \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s en 1992. Mais \u00e0 partir de 2000, certains sont revenus, ont reconstruit des  aisons, r\u00e9ouvert des commerces. Sur les collines environnantes, de somptueuses b\u00e2tisses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9es par la diaspora \u00e9parpill\u00e9e en Europe et aux Etats-Unis, autant de symboles d&#8217;une reconqu\u00eate du territoire.<\/p>\n<p><strong> Ligne de front <\/strong><\/p>\n<p>Mais les apparences sont trompeuses. Kozarac reste un village-fant\u00f4me, bouillonnant de vie pendant les quelques semaines de vacances d&#8217;\u00e9t\u00e9, d\u00e9sert et somnolent le reste de l&#8217;ann\u00e9e. La plupart des villas restent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment vides. Ervin, lui, habite avec sa m\u00e8re, sa femme et ses quatre enfants de 2 \u00e0 12 ans dans une maison en briques \u00e0 moiti\u00e9 termin\u00e9e. Sans emploi fixe, il fait partie des 40 % de ch\u00f4meurs qu&#8217;affichent les statistiques officielles du pays, vit de petits boulots au noir et du loyer que lui verse la boulangerie install\u00e9e au rez-de-chauss\u00e9e de sa maison. Il avoue parfois se demander si ses enfants ne seraient pas mieux ailleurs. \u00ab<em> Mais si je partais, j&#8217;aurais l&#8217;impression qu&#8217;ils ont gagn\u00e9 <\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>La guerre a boulevers\u00e9 la d\u00e9mographie des cit\u00e9s, poussant une partie de la population \u00e0 l&#8217;exil, des deux c\u00f4t\u00e9s de la ligne de front qui aujourd&#8217;hui s\u00e9pare les deux entit\u00e9s du pays. La fronti\u00e8re serpente selon des chemins improbables, traversant parfois un p\u00e2t\u00e9 de maisons.<\/p>\n<p>La purification ethnique est une r\u00e9ussite : comme Prijedor et Kozarac, la plupart des villes et des villages de Bosnie-Herz\u00e9govine sont majoritairement peupl\u00e9s par une seule communaut\u00e9 ethnique. Plus le temps passe, plus le retour devient improbable. C&#8217;est le cas \u00e0 Koncari, \u00e0 moins de dix kilom\u00e8tres de Kozarac, o\u00f9 des Serbes d\u00e9plac\u00e9s de Croatie regardent avec envie les villas de \u00ab<em> musulmans vivant \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger et qui viennent construire des maisons avec l&#8217;argent de l&#8217;aide sociale de l\u00e0-bas <\/em> \u00bb, comme le formule un policier serbe en poste \u00e0 Kozarac.<\/p>\n<p><strong> D\u00e9plac\u00e9s et oubli\u00e9s <\/strong><\/p>\n<p>Eux ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s l\u00e0 en 2000, au terme d&#8217;un p\u00e9riple qui les a ballott\u00e9s \u00e0 travers le pays. La municipalit\u00e9 de Prijedor leur a d\u00e9sign\u00e9 un terrain. Elle a ras\u00e9 les arbres fruitiers, trac\u00e9 une route de trois kilom\u00e8tres en ligne droite en leur promettant un titre de propri\u00e9t\u00e9 s&#8217;ils construisaient leur maison ici. Presque dix ans apr\u00e8s, ils ne sont toujours pas officiellement propri\u00e9taires du lopin sur lequel ils ont b\u00e2ti avec leurs propres moyens. \u00ab<em> Personne ne se pr\u00e9occupe de ce qui se passe ici <\/em> \u00bb, r\u00e9sume, amer, Zora Kovacevic qui tient une des deux petites \u00e9piceries du village.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 bosno-croate, dans le centre collectif de Mrdici, perdu \u00e0 la lisi\u00e8re d&#8217;une mine de charbon non loin de Tuzla, c&#8217;est d\u00e9j\u00e0 une deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de d\u00e9plac\u00e9s qui grandit. Bosniaques r\u00e9fugi\u00e9s de la r\u00e9gion de Srebrenica, Esed et Nihad Demirovski, 27 et 23 ans, sont arriv\u00e9s \u00e0 Mrdici enfants, accompagn\u00e9s de leurs m\u00e8res et grands m\u00e8res. Les hommes de la famille ont disparus dans le massacre de Srebrenica. Esed et Nihad se sont mari\u00e9s dans le centre, leurs deux filles, Ajla, 3 ans, et Lejla, 8 mois, y sont n\u00e9es.<\/p>\n<p>Comme la plupart des habitants, Esed gagne sa vie en triant les d\u00e9chets rejet\u00e9s par les machines de la mine de charbon. Cela lui permet d&#8217;acheter de l&#8217;huile et de la farine dans la minuscule \u00e9picerie tenue par une habitante. \u00ab<em> Personne ne vient ici <\/em>, dit Esed.<em> Sauf quand ce sont les \u00e9lections <\/em>. \u00bb Le lendemain, un meeting de la SDA, parti nationaliste musulman, aura lieu dans le village d&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 et un car est annonc\u00e9 pour venir chercher les habitants du centre. Esed, \u00e7a le fait rire jaune, ce soudain int\u00e9r\u00eat des politiques pour Mrdici. Comme lui, la moiti\u00e9 des Bosniens ne votent pas, dubitatifs devant des politiques per\u00e7us comme corrompus et peu soucieux des pr\u00e9occupations de leurs concitoyens. Dans un pays cliv\u00e9 en deux, les partis n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 recourir \u00e0 un discours nationaliste, pr\u00f4nant l&#8217;ind\u00e9pendance d&#8217;une R\u00e9publique serbe de Bosnie, voire un rattachement \u00e0 la Serbie, et cultivant une rh\u00e9torique d&#8217;\u00e9ternelles victimes, ou exigeant la cr\u00e9ation d&#8217;une troisi\u00e8me entit\u00e9 croate de Bosnie-Herz\u00e9govine.<\/p>\n<p><strong> Mouvements jeunes <\/strong><\/p>\n<p>Le Parti social-d\u00e9mocrate (SDP) affiche un discours et des candidats multiethniques mais reste per\u00e7u comme un \u00ab<em> parti de musulmans <\/em> \u00bb et peine \u00e0 faire de bons scores en R\u00e9publique serbe, r\u00e9solument domin\u00e9e par les partis nationalistes. Pourtant, d&#8217;autres initiatives voient le jour, notamment parmi les jeunes. Le mouvement Dosta !, cr\u00e9\u00e9 en 2005 par un r\u00e9seau de jeunes activistes, et Revolt, mouvement \u00e9tudiant bas\u00e9 dans la ville de Tuzla, ont men\u00e9 plusieurs actions de rue pour inciter la population \u00e0 aller voter. Sans affiliation politique, ces mouvements militent pour une soci\u00e9t\u00e9 civile engag\u00e9e, mais leur impact se limite souvent \u00e0 la jeunesse urbaine.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des partis politiques, Nasa Stranka (Notre parti), fond\u00e9 en 2008 par le cin\u00e9aste oscaris\u00e9 Danis Tanovic et des intellectuels essentiellement bas\u00e9s \u00e0 Sarajevo, tente de faire entendre une autre voix, mais peine \u00e0 franchir les 5 % au vote. Aux \u00e9lections du 3 octobre, il a \u00e9t\u00e9 le premier dans l&#8217;histoire du pays \u00e0 lancer une liste commune avec un parti bas\u00e9 dans la R\u00e9publique serbe de Bosnie, le Nouveau parti socialiste. Srdjan Dizdarevic, ancien pr\u00e9sident du comit\u00e9 Helsinki pour les droits de l&#8217;homme de Bosnie-Herz\u00e9govine et candidat de Nasa Stranka au Parlement de Bosnie-Herz\u00e9govine, se veut optimiste malgr\u00e9 tout : \u00ab<em> Nous sommes un tout jeune parti et avons peu de moyens compar\u00e9s aux autres. Mais il ne faut pas baisser les bras. Il nous reste encore beaucoup de travail <\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>A Prijedor, le meeting de Nasa Stranka a rassembl\u00e9 une cinquantaine de personnes. Les partis nationalistes, eux, avaient rempli la place principale de la ville. <\/p>\n<p>Taina Tervonen<\/p>\n<p>[[(1) 60 % seraient des militaires et 40 % des civils, selon le Tribunal p\u00e9nal international pour l&#8217;ex-Yougoslavie.<br \/>\n]](2) Chiffre du Comit\u00e9 international de la Croix-Rouge.<\/p>\n<p>(3) Ne pas confondre les Bosniaques (musulmans) et les Bosniens (citoyens de l&#8217;Etat de Bosnie-Herz\u00e9govine).<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4627 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bosnia-951.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bosnia-951-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"bosnia.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bosnia_bandeau-880.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bosnia_bandeau-880-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Bosnie-Herz\u00e9govine (1) - L&#039;interminable apr\u00e8s-guerre\" aria-describedby=\"gallery-1-14547\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14547'>\n\t\t\t\tBosnie-Herz\u00e9govine (1) &#8211; L&#8217;interminable apr\u00e8s-guerre\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Quinze ans apr\u00e8s la fin du conflit, les appartenances ethniques restent un frein \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 du pays. 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