{"id":4587,"date":"2010-11-12T00:00:00","date_gmt":"2010-11-11T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-livre-peut-en-cacher-un-autre4587\/"},"modified":"2010-11-12T00:00:00","modified_gmt":"2010-11-11T23:00:00","slug":"un-livre-peut-en-cacher-un-autre4587","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4587","title":{"rendered":"Un livre peut en cacher un autre"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Un livre peut en cacher un autre <\/p>\n<p>Attention, amigo ! Ne te laisse pas berner : il y a en ce moment en librairie un petit livre, sign\u00e9 du r\u00e9actionnaire Richard Millet, qui s&#8217;intitule Tarnac : un signifiant insignifiant &#8211; et qui ne parle pas du tout, du tout, de Tarnac&#8230; En revanche, il y a un autre petit livre qui s&#8217;intitule Tomates, sign\u00e9 de la novatrice Nathalie Quintane et qui, lui, parle bien de Tarnac, de Julien Coupat et de \u00ab l&#8217;insurrection qui vient \u00bb, m\u00eame s&#8217;il \u00e9voque aussi la culture des tomates, les lectures publiques et le fascisme qui ne vient peut-\u00eatre pas, ou qui vient, allez donc savoir&#8230; Il ne faut pas utiliser les mots \u00e0 tort et \u00e0 travers. Quel rapport, me direz-vous ? Justement, ce que Nathalie Quintane travaille dans ce texte, avec classe, envol\u00e9es terre-\u00e0-terre, humour, c&#8217;est justement le rapport. Ce rapport entre tout et le reste qui fonde une historicit\u00e9, une \u00e9poque, la n\u00f4tre par exemple.<em> Tomates <\/em> (le texte) pousse donc naturellement. \u00ab<em> C&#8217;est-\u00e0-dire que leur tige, surgeons \u00f4t\u00e9s, s&#8217;\u00e9tait dilat\u00e9e et munie d&#8217;un duvet tout du long, et qu&#8217;aux fleurs de petites boules avaient cr\u00fb, petits pois plus ronds de jour en jour, peau brillante et bien tendue, de la taille \u00e0 pr\u00e9sent de couilles pos\u00e9es l&#8217;une sur l&#8217;autre &#8211; je me souviens qu&#8217;en argot portugais on appelle tomates (tomatech&#8217;) les testicules <\/em>. \u00bb<em> Tomates <\/em> est effectivement un petit livre couillu. Qui, sous ses airs de ne pas y toucher, avec \u00ab<em> une intellection sensible <\/em> \u00bb, c&#8217;est comme \u00e7a que Quintane dit et voit les choses, repose \u00e0 sa mani\u00e8re, plus \u00e9clatante qu&#8217;\u00e9clat\u00e9e, la grande question l\u00e9niniste : que faire ? Et, d&#8217;abord, puisqu&#8217;elle est \u00e9crivain : et pas n&#8217;importe lequel, un \u00e9crivain issu d&#8217;une famille d&#8217;ouvriers agricoles, de ceux qu&#8217;\u00e0 la fin du XIXe, reprenant une id\u00e9e de Marx, Emile Pouget appelait les \u00ab<em> ouvriers &#8211; pommes de terre <\/em> \u00bb :, comment \u00e9crire un texte politique, sans tomber dans le grand style classique, comme Guy Debord (et Julien Coupat) ? Comme faire aussi un livre politique, agissant, quand les institutions litt\u00e9raires sont devenues des op\u00e9rateurs culturels, des sortes \u00ab<em> d&#8217;agence(s) de tourisme sp\u00e9cialis\u00e9e(s) en programmation d&#8217;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 forte valeur ajout\u00e9e <\/em> \u00bb o\u00f9 \u00ab<em> lire est une f\u00eate <\/em> \u00bb ? Et puis, dans cette course de lenteur entre l&#8217;insurrection qui vient et le fascisme qui vient, l&#8217;insurrection qui ne vient pas et le fascisme qui ne vient pas non plus (nous sommes encore en d\u00e9mocratie, nom de nom !) comment s&#8217;organiser politiquement ? En discutaillant, peut-\u00eatre, comme le fait ici Quintane avec le philosophe Jean-Paul Curnier sur les \u00e9meutes en banlieue ? \u00ab<em> De toute fa\u00e7on, les seuls livres vraiment int\u00e9ressants, c&#8217;est ceux qui sont lus par la police <\/em>. \u00bb Il n&#8217;est pas certain que celle-ci lise<em> Tomates <\/em>. Bien s\u00fbr, une fois encore, posons qu&#8217;elle aura tort.<\/p>\n<p><strong> Le port de l&#8217;angoisse <\/strong><\/p>\n<p>Voici un fait divers vrai finement racont\u00e9. Nous sommes en 2007, dans un port de plaisance breton (tous les noms ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s). Sylvain et Jean-Marc ont acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 leurs r\u00eaves : l&#8217;acquisition d&#8217;une boucherie &#8211; charcuterie qui marche bien, du moins en saison ; leur m\u00e8re, Monique, tient la caisse. Seulement voil\u00e0, \u00ab<em> le passage \u00e0 l&#8217;euro a fait son effet. Les fournisseurs ayant augment\u00e9 leurs tarifs de 18 %, la r\u00e9percussion en rayon l&#8217;a \u00e9t\u00e9 de 25. Avant 2003, rares \u00e9taient les clients qui m\u00e9gotaient. Il leur a fallu un an pour constater qu&#8217;avec quinze euros, ils n&#8217;avaient plus la m\u00eame quantit\u00e9 que pour cent francs auparavant. D\u00e8s lors, les habitu\u00e9s qui optaient pour le boeuf se sont plus souvent rabattus sur le porc et la volaille. D&#8217;autres ont r\u00e9duit leurs achats. Entre-temps, le b\u00e9n\u00e9fice a encore baiss\u00e9. Et le rappel des charges dont le commerce avait \u00e9t\u00e9 exon\u00e9r\u00e9 durant trois ans est tomb\u00e9. Dor\u00e9navant, les d\u00e9couverts avoisinent parfois les soixante mille euros. Et les agios courent <\/em>&#8230; \u00bb Bref, les deux gar\u00e7ons bouchers l&#8217;ont dans l&#8217;os&#8230; Jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;un copain, Thierry, leur signale un commerce subsidiaire et enrichissant : aller chercher de la coca\u00efne \u00e0 Rotterdam pour la revendre en Bretagne, notamment aux marins p\u00eacheurs : \u00ab<em> Quinze jours en mer, \u00e0 bosser jour et nuit, quasiment sans dormir, avec le stress, les vagues dans la gueule, les tendinites, le froid qui g\u00e8le ta peau mouill\u00e9e&#8230; Physiquement, sans un coup de pouce, tu ne tiens pas <\/em> ! \u00bb<\/p>\n<p>En plus, fid\u00e8les \u00e0 leur \u00e9thique de commer\u00e7ants, les deux bouchers ont bien l&#8217;intention de fournir de la bonne qualit\u00e9&#8230; Le trafic va durer deux ans, avant que la police n&#8217;y mette le hol\u00e0. Bref, c&#8217;est cette histoire digne d&#8217;un film de feu Chabrol que la journaliste Manuela Kongolo raconte dans un document au titre parfait : Coca\u00efne et t\u00eate de veau.<\/p>\n<p><strong> Alternatif <\/strong><\/p>\n<p>Voil\u00e0, il ne me reste que quelques lignes pour vous dire que la troisi\u00e8me et derni\u00e8re fiction biographique de Jean Echenoz a paru, qu&#8217;elle traite cette fois de Nikola Tesla, l&#8217;inventeur (entre autres) du courant alternatif et qu&#8217;\u00e0 l&#8217;instar des deux pr\u00e9c\u00e9dentes, elle est juste parfaite.<\/p>\n<p>Arnaud Viviant<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Un livre peut en cacher un autre <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-4587","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arnaud-viviant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4587","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4587"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4587\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4587"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4587"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4587"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}