{"id":4573,"date":"2010-10-19T00:00:00","date_gmt":"2010-10-18T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/jacques-weber-on-ne-laisse-pas-le4573\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:41","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:41","slug":"jacques-weber-on-ne-laisse-pas-le4573","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4573","title":{"rendered":"Jacques Weber: \u00ab On ne laisse pas le temps au vivant de s&#8217;adapter \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Alors que 2010 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e \u00ab ann\u00e9e internationale de la biodiversit\u00e9 \u00bb par les Nations Unies, la 10e Conf\u00e9rence des parties \u00e0 la Convention sur la diversit\u00e9 biologique se tient \u00e0 Nagoya, au Japon, du 18 au 29 octobre. Dix-huit ans apr\u00e8s le Sommet de la terre \u00e0 Rio qui avait consacr\u00e9 le terme et huit ans apr\u00e8s les promesses de Johannesburg, la sauvegarde de la biodiversit\u00e9 plan\u00e9taire, dont l&#8217;\u00e9rosion s&#8217;acc\u00e9l\u00e8re, est donc \u00e0 nouveau \u00e0 l&#8217;ordre du jour international. Des repr\u00e9sentants des 190 Etats ayant sign\u00e9 la Convention de 1992 sont attendus au Japon. Jacques Weber, \u00e9conomiste et anthropologue, nous \u00e9claire sur les enjeux de cette Conf\u00e9rence et livre son approche \u00e9conomique de l&#8217;environnement <\/p>\n<p><strong> Qu&#8217;en est-il de la d\u00e9gradation de la biodiversit\u00e9 sur la plan\u00e8te aujourd&#8217;hui <\/strong> ?<\/p>\n<p>On a souvent tendance \u00e0 r\u00e9sumer l&#8217;\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9 \u00e0 la disparition d&#8217;esp\u00e8ces vivantes. Or la principale pr\u00e9occupation actuellement, c&#8217;est l&#8217;acc\u00e9l\u00e9ration de la disparition des esp\u00e8ces et des milieux naturels : 100 \u00e0 1 000 fois plus rapide : on ne sait mesurer avec plus de pr\u00e9cision : qu&#8217;elle ne l&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 dans le bruit de fond historique. On a d\u00e9j\u00e0 connu des extinctions mais jamais \u00e0 cette vitesse. Et chaque esp\u00e8ce qui dispara\u00eet, c&#8217;est un nombre inconnu d&#8217;interactions qui dispara\u00eet avec elle. A partir de quand, de quel moment, le tissu de la biodiversit\u00e9 est menac\u00e9, ce tissu dont l&#8217;un des fils est l&#8217;humanit\u00e9 ? On ne le sait pas. J&#8217;utilise parfois l&#8217;image du mikado : on enl\u00e8ve les baguettes une par une sans savoir \u00e0 quel moment cela va entra\u00eener l&#8217;\u00e9croulement de l&#8217;\u00e9difice mais tout en sachant bien que l&#8217;une des baguettes qui va finir par vaciller et tomber, c&#8217;est nous. Il existe un syst\u00e8me vivant plan\u00e9taire, un seul, celui de l&#8217;ADN et de l&#8217;ARN, qui s&#8217;est toujours adapt\u00e9 \u00e0 toutes les conditions, \u00e0 tous les milieux. Pour s&#8217;adapter, ce syst\u00e8me vivant produit des choses, qu&#8217;apr\u00e8s coup, on appelle des esp\u00e8ces. Il pourrait s&#8217;adapter au changement de climat, c&#8217;est certain. Mais peut-il le faire \u00e0 la vitesse o\u00f9 ce changement a lieu ? On ne laisse pas assez de temps au vivant pour s&#8217;adapter et ce d&#8217;autant moins que l&#8217;on appauvrit sans cesse les milieux terrestres et marins.<\/p>\n<p><strong> Face \u00e0 cette menace, o\u00f9 en est l&#8217;action politique <\/strong> ?<\/p>\n<p>Au sommet de Johannesburg en 2002, les gouvernements s&#8217;\u00e9taient fix\u00e9 comme objectif d&#8217;arr\u00eater l&#8217;accroissement de l&#8217;\u00e9rosion de la biodiversit\u00e9 \u00e0 l&#8217;horizon 2010. Cet objectif n&#8217;est pas atteint. Cependant, les incantations de Johannesburg ont au moins eu le m\u00e9rite d&#8217;acc\u00e9l\u00e9rer la recherche car les administrations ont d\u00fb montrer qu&#8217;elles d\u00e9bloquaient des moyens. On a donc avanc\u00e9 : aujourd&#8217;hui on est mieux capable de documenter le sujet ! Une avanc\u00e9e concr\u00e8te se r\u00e9pand depuis quelques ann\u00e9es, ce sont les PSE. On parle de \u00ab paiement des services environnementaux \u00bb pour les enjeux globaux et de \u00ab paiement des services \u00e9cologiques \u00bb pour des enjeux plus locaux. Ces nouveaux m\u00e9canismes de financement fleurissent aujourd&#8217;hui de tous les c\u00f4t\u00e9s. L&#8217;un des plus fameux concerne la non-d\u00e9forestation. L&#8217;id\u00e9e est simple : les for\u00eats tropicales garantissent un \u00e9norme stockage de carbone et, en plus, jouent un r\u00f4le de filtre dans l&#8217;atmosph\u00e8re par leur respiration. C&#8217;est ce que l&#8217;on appelle des services environnementaux. Partant de l\u00e0, il appara\u00eet l\u00e9gitime que les pays riches, tr\u00e8s gros \u00e9metteurs de CO2, financent des pays pauvres afin que ceux-ci ne d\u00e9gradent pas les for\u00eats sur leur territoire. Exemple : on a r\u00e9cemment d\u00e9couvert en Equateur un important gisement de p\u00e9trole situ\u00e9 dans le Parc national Yasuni, consid\u00e9r\u00e9 comme l&#8217;un des lieux ayant une des plus grandes biodiversit\u00e9s de la plan\u00e8te. Rafael Correa, le pr\u00e9sident \u00e9quatorien s&#8217;est donc tourn\u00e9 vers les pays riches en leur disant : si vous me verser la moiti\u00e9 des b\u00e9n\u00e9fices que l&#8217;exploitation de ce gisement aurait pu rapporter au pays, je suis pr\u00eat \u00e0 renoncer \u00e0 son exploitation afin de ne pas d\u00e9truire le parc. Ce type de financement bas\u00e9 sur la maintenance et \/ ou l&#8217;am\u00e9lioration de la biodiversit\u00e9 va devenir une monnaie d&#8217;\u00e9change courante, y compris entre public et priv\u00e9, dans les ann\u00e9es \u00e0 venir.<\/p>\n<p><strong> Justement, comment se positionne le secteur priv\u00e9 dans ce d\u00e9bat <\/strong> ?<\/p>\n<p>Les entreprises comprennent de mieux en mieux qu&#8217;elles sont d\u00e9pendantes du monde vivant. C&#8217;est une r\u00e9alit\u00e9 : plus de 50 % des mati\u00e8res premi\u00e8res proviennent du monde vivant et plus de 30 % de la technologie provient de la diversit\u00e9 du vivant. Partant de \u00e7a, un bon manager d&#8217;entreprise a t\u00f4t fait de comprendre qu&#8217;en minimisant les impacts de son activit\u00e9 sur le tissu vivant, au bout de la cha\u00eene, il augmente ses profits. M\u00eame sur une base strictement \u00e9conomiste, les entreprises ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 en tenir compte, et c&#8217;est aujourd&#8217;hui le cas. Par ailleurs, les gens commencent \u00e0 comprendre qu&#8217;en ne respectant pas la biodiversit\u00e9, on ne scie pas seulement la branche sur laquelle on est assis, on met aussi le feu \u00e0 une colossale biblioth\u00e8que o\u00f9 sont rang\u00e9es 4 milliards d&#8217;ann\u00e9es d&#8217;innovation dans tous les domaines&#8230; C&#8217;est pourquoi on assiste aujourd&#8217;hui au d\u00e9veloppement du biomim\u00e9tisme (2).<\/p>\n<p><strong> Le vivant a un prix <\/strong> ?<\/p>\n<p>On ne peut pas donner une valeur mon\u00e9taire au vivant. Mais il est devenu vital de faire en sorte que la nature puisse continuer \u00e0 nous rendre des services. Aujourd&#8217;hui, lorsqu&#8217;une entreprise s&#8217;attaque \u00e0 la nature par l&#8217;un de ses projets, elle est cens\u00e9e limiter son agression ou la compenser. Nous pr\u00e9conisons autre chose : que le co\u00fbt de la maintenance de ces services (environnementaux et \/ ou \u00e9cologiques) soit int\u00e9gr\u00e9 dans leur projet. Le pari c&#8217;est qu&#8217;en additionnant le co\u00fbt initial du projet et celui de la maintenance de la disponibilit\u00e9 des services, ils trouvent cela un peu trop cher et d\u00e9cident de monter des projets moins n\u00e9fastes&#8230;<\/p>\n<p><strong> Quels sont les enjeux de la Conf\u00e9rence de Nagoya <\/strong> ?<\/p>\n<p>Il y en a trois. Le premier, que l&#8217;on devrait atteindre, est de se fixer de nouveaux objectifs \u00e0 l&#8217;horizon 2020. Le deuxi\u00e8me est d&#8217;avancer sur l&#8217;int\u00e9gration du co\u00fbt de la maintenance de la disponibilit\u00e9 mais, l\u00e0, on n&#8217;y est pas encore. Le troisi\u00e8me est la mise en place de l&#8217;Ipbes (3), un groupe d&#8217;experts internationaux sur la question de la biodiversit\u00e9, un peu sur le mod\u00e8le du Groupe intergouvernemental sur l&#8217;\u00e9volution climatique (Giec). L&#8217;id\u00e9e est de cr\u00e9er un m\u00e9canisme mettant en relation l&#8217;ensemble de l&#8217;expertise scientifique mondiale sur la diversit\u00e9. Le principe de l&#8217;Ipbes a \u00e9t\u00e9 approuv\u00e9 et il devait \u00eatre cr\u00e9\u00e9 lors de l&#8217;AG de l&#8217;Onu en septembre. Sa version light, c&#8217;est la constitution d&#8217;un r\u00e9seau des r\u00e9seaux mais il faut viser plus haut : en faire un m\u00e9canisme o\u00f9 les scientifiques se saisiraient des questions de la biodiversit\u00e9 pour r\u00e9pondre efficacement \u00e0 des probl\u00e8mes de d\u00e9cisions publiques ou priv\u00e9es et faire des recommandations aux Etats.<\/p>\n<p>Propos recueillis par Emmanuel Riond\u00e9<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4573 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bio_bandeau-43b.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bio_bandeau-43b-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Jacques Weber: \u00ab On ne laisse pas le temps au vivant de s&#039;adapter \u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-14492\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14492'>\n\t\t\t\tJacques Weber: \u00ab On ne laisse pas le temps au vivant de s&#8217;adapter \u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bio_crop-e68.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/02\/bio_crop-e68.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Jacques Weber: \u00ab On ne laisse pas le temps au vivant de s&#039;adapter \u00bb\" aria-describedby=\"gallery-1-14493\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14493'>\n\t\t\t\tJacques Weber: \u00ab On ne laisse pas le temps au vivant de s&#8217;adapter \u00bb\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Alors que 2010 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e \u00ab ann\u00e9e internationale de la biodiversit\u00e9 \u00bb par les Nations Unies, la 10e Conf\u00e9rence des parties \u00e0 la Convention sur la diversit\u00e9 biologique se tient \u00e0 Nagoya, au Japon, du 18 au 29 octobre. 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