{"id":4568,"date":"2010-10-18T00:00:00","date_gmt":"2010-10-17T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/desobeir-1-les-insoumis-du4568\/"},"modified":"2010-10-18T00:00:00","modified_gmt":"2010-10-17T22:00:00","slug":"desobeir-1-les-insoumis-du4568","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4568","title":{"rendered":"D\u00e9sob\u00e9ir (1) &#8211; Les insoumis du quotidien"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em> Quand la d\u00e9sob\u00e9issance monte. La d\u00e9sob\u00e9issance n&#8217;est plus seulement le fait des faucheurs volontaires. Postiers, profs, \u00e9lectriciens ou simples citoyens r\u00e9sistent, individuellement ou collectivement. Retour, en 5 volets, sur une pratique ancienne qui fait soudainement irruption dans le d\u00e9bat politique <\/em> <\/p>\n<p>.<\/p>\n<p><strong> Souvent anonymes, ils agissent pour influer sur ce qui les touche au quotidien. Ils n&#8217;ont pas d&#8217;autre int\u00e9r\u00eat que d&#8217;\u00eatre fid\u00e8les \u00e0 leurs convictions <\/strong>.<\/p>\n<p>En 2006, Babette a 47 ans, dont vingt-six comme caissi\u00e8re dans le supermarch\u00e9 Champion d&#8217;un quartier populaire d&#8217;Orl\u00e9ans, la Source. Depuis seize ans, elle fait cr\u00e9dit \u00e0 des clients d\u00e9munis. La premi\u00e8re fois, c&#8217;\u00e9tait pour une femme qui avait besoin de lait, de couches mais n&#8217;avait pas le sou. Une d\u00e9tresse \u00e0 laquelle Babette ne pouvait pas rester insensible. Une premi\u00e8re fois, une deuxi\u00e8me, une troisi\u00e8me&#8230; Sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, son sens de la solidarit\u00e9 la poussent peu \u00e0 peu \u00e0 faire cr\u00e9dit \u00e0 cinq ou six personnes par mois. La pratique n&#8217;est pas autoris\u00e9e, d&#8217;autant que l&#8217;argent avanc\u00e9 n&#8217;est pas le sien. Mais les directeurs qui se succ\u00e8dent ferment les yeux. Mais le 29e directeur qu&#8217;elle croisera dans sa carri\u00e8re chez Champion mettra fin \u00e0 cette tol\u00e9rance. Babette est licenci\u00e9e en 2006.<\/p>\n<p><strong> D\u00e9sob\u00e9ir par solidarit\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p>Son histoire illustre comment le refus de la souffrance d&#8217;autrui peut d\u00e9clencher la d\u00e9sob\u00e9issance. L&#8217;acte est alors individuel, souvent spontan\u00e9, \u00e0 l&#8217;image de ces passagers d&#8217;Air France refusant de respecter les consignes de s\u00e9curit\u00e9 pour emp\u00eacher leur avion de d\u00e9coller avec, \u00e0 son bord, un ou des sans-papiers en cours d&#8217;expulsion. Par solidarit\u00e9, sans avoir d&#8217;int\u00e9r\u00eat personnel dans le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ces \u00e9trangers, ils ont pris le risque d&#8217;une interpellation, voire d&#8217;une comparution devant la justice. Le refus de l&#8217;injustice est aussi le ressort initial des actes de d\u00e9sob\u00e9issance de Dominique Liot, agent ERDF (filiale d&#8217;EDF) \u00e0 Toulouse. Son m\u00e9tier ? \u00ab<em> Monter aux poteaux <\/em> \u00bb pour raccorder ou d\u00e9brancher l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 aux particuliers et aux entreprises. \u00ab<em> Je rencontre beaucoup de gens dans la gal\u00e8re, dans des situations insupportables. Mais je me suis toujours d\u00e9brouill\u00e9 pour ne pas mettre beaucoup d&#8217;entrain \u00e0 faire des coupures pour impay\u00e9. On peut toujours dire que la porte \u00e9tait ferm\u00e9e&#8230; m\u00eame s&#8217;il n&#8217;y avait pas de porte <\/em>. \u00bb Avec quelques coll\u00e8gues, depuis cinq ou six ans, ils m\u00e8nent des op\u00e9rations de rebranchement en faveur de foyers d\u00e9munis. \u00ab<em> Avec ces actions, on a le sentiment de servir \u00e0 quelque chose, de faire du social, insiste ce Robin des bois de l&#8217;\u00e9nergie. On peut continuer \u00e0 se regarder dans la glace <\/em>. \u00bb <\/p>\n<p><strong> Services publics?: r\u00e9sistance <\/strong><\/p>\n<p>Peu \u00e0 peu, ces actions individuelles ont \u00e9t\u00e9 revendiqu\u00e9es par la CGT pour prendre un sens collectif. En syndicaliste et militant associatif, Dominique Liot relie sa pr\u00e9occupation de justice sociale avec l&#8217;avenir du service public. \u00ab<em> Quand le cadre est pourri, il faut en sortir. C&#8217;est ce qu&#8217;on fait avec les Robins des bois et les associations qui accompagnent les familles que l&#8217;on aide. En rebranchant l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, le gaz et m\u00eame l&#8217;eau \u00e0 des foyers d\u00e9munis, on redonne un sens \u00e0 la mission de service public <\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>De fait, dans les services publics mis \u00e0 mal ou en cours de privatisation, la d\u00e9sob\u00e9issance individuelle ou collective semble devenir un outil de r\u00e9sistance. Il est question d&#8217;int\u00e9r\u00eat du public, de conscience professionnelle, comme \u00e0 La Poste, o\u00f9 Jo\u00ebl est guichetier. Le jour o\u00f9 son chef de service lui a gliss\u00e9 de vendre des enveloppes pr\u00e9timbr\u00e9es \u00e0 une vielle dame venue acheter des timbres, il a d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;entrer en r\u00e9sistance. \u00ab<em> J&#8217;ai compris que le service public disparaissait. On est transform\u00e9s en commer\u00e7ants. Des logiciels enregistrent et \u00e9valuent nos ventes. C&#8217;est une \u00e9volution que je refuse d&#8217;accompagner <\/em>. \u00bb Comment ? En ne respectant pas les objectifs et consignes de vente et en continuant \u00e0 pratiquer son m\u00e9tier tel que le lui dicte sa conscience professionnelle d&#8217;agent public. Il est rep\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab mauvais \u00e9l\u00e9ment \u00bb, mais son action n&#8217;est pas revendiqu\u00e9e.<\/p>\n<p>D&#8217;autres, m\u00eame s&#8217;ils ne le revendiquent pas, sont pourtant bel et bien dans une r\u00e9sistance qui emprunte \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance : les magistrats. \u00ab<em> Pour nous, le terme de d\u00e9sob\u00e9issance n&#8217;est pas appropri\u00e9 <\/em>, explique la juge Evelyne Sire-Marin,<em> m\u00eame si le rapport \u00e0 cette question est un vaste d\u00e9bat dans la magistrature <\/em>. \u00bb Au terme de d\u00e9sob\u00e9issance : notion incompatible avec les fondements de la magistrature qui impliquent par d\u00e9finition l&#8217;ob\u00e9issance \u00e0 la loi :, cette juge critique pr\u00e9f\u00e8re celui de \u00ab<em> strat\u00e9gie de contournement <\/em> \u00bb. \u00ab<em> Un juge qui estime que les peines planchers ne sont pas appropri\u00e9es <\/em>, poursuit Evelyne Sire Marin,<em> peut trouver des strat\u00e9gies pour ne pas l&#8217;appliquer <\/em>. \u00bb \u00ab<em> On constate une intensification de ces strat\u00e9gies de contournement <\/em> \u00bb, conclut-elle.<\/p>\n<p><strong> Un rempart contre la d\u00e9pression <\/strong><\/p>\n<p>Parfois, le choix de r\u00e9sister \u00e0 la d\u00e9gradation du service public par ces \u00ab petits \u00bb actes quotidiens devient aussi une n\u00e9cessit\u00e9 pour soi-m\u00eame, pour son bien-\u00eatre psychique. In\u00e8s, conseill\u00e8re P\u00f4le emploi, en est arriv\u00e9e \u00e0 cette conclusion. Dans son agence, toute r\u00e9sistance collective a \u00e9t\u00e9 annihil\u00e9e au cours des trois derni\u00e8res ann\u00e9es. Face \u00e0 la r\u00e9organisation \u00e0 marche forc\u00e9e de P\u00f4le emploi et aux politiques de plus en plus coercitives impos\u00e9es aux ch\u00f4meurs, d\u00e9sob\u00e9ir : ou du moins s&#8217;arranger avec les consignes : est la seule solution qu&#8217;elle a trouv\u00e9e pour maintenir une coh\u00e9rence entre ses convictions, sa conscience professionnelle et son statut d&#8217;agent. Elle triche sur le nombre invraisemblable d&#8217;entretiens qu&#8217;on lui demande d&#8217;effectuer, fait semblant de contr\u00f4ler les pi\u00e8ces d&#8217;identit\u00e9, r\u00e9dige des entretiens fictifs pour \u00e9viter la radiation de certains demandeurs d&#8217;emploi, refuse de les renvoyer vers des prestataires ext\u00e9rieurs pour d\u00e9gonfler son \u00ab portefeuille \u00bb, terme qu&#8217;elle d\u00e9teste. \u00ab<em> Ma mission, c&#8217;est de recevoir un public souvent fragile, \u00e0 la recherche d&#8217;une \u00e9coute, pas de m&#8217;en d\u00e9barrasser <\/em>. \u00bb Entre surmenage et souffrance face \u00e0 l&#8217;effritement du service public, In\u00e8s avoue fr\u00f4ler la d\u00e9pression. D\u00e9sob\u00e9ir, c&#8217;est donc se prot\u00e9ger.<\/p>\n<p>Les agents des services publics font en g\u00e9n\u00e9ral le choix de rester discrets, condition essentielle pour pouvoir continuer. D&#8217;autres citoyens au contraire cherchent \u00e0 m\u00e9diatiser leur d\u00e9sob\u00e9issance pour cr\u00e9er un d\u00e9bat. C&#8217;est le credo des faucheurs d&#8217;OGM qui, lorsqu&#8217;ils sont interpell\u00e9s par la police, refusent de se soumettre au relev\u00e9 d&#8217;empreintes g\u00e9n\u00e9tiques et le font savoir pour sensibiliser l&#8217;opinion publique aux menaces qui p\u00e8sent sur les libert\u00e9s individuelles.<\/p>\n<p><strong> Une mani\u00e8re de d\u00e9noncer <\/strong><\/p>\n<p>La d\u00e9marche de Didier Poupardin, m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste \u00e0 Vitry, vise un objectif similaire, sauf qu&#8217;il s&#8217;agit de d\u00e9noncer les d\u00e9remboursements et la privatisation latente de l&#8217;Assurance maladie au profit des mutuelles et assurances priv\u00e9es. Depuis leur cr\u00e9ation en 1994, ce g\u00e9n\u00e9raliste refuse d&#8217;utiliser les ordonnances \u00ab bi-zone \u00bb. A savoir de distinguer, pour les patients atteints d&#8217;une affection de longue dur\u00e9e, les m\u00e9dicaments \u00ab en rapport \u00bb avec l&#8217;affection (rembours\u00e9s \u00e0 100 %) et les autres (\u00e0 70 %). Le docteur Poupardin estime que toutes ses prescriptions sont n\u00e9cessaires. En 1999, il se fait \u00ab pincer \u00bb mais parvient \u00e0 convaincre les m\u00e9decins conseils de l&#8217;Assurance maladie du bienfond\u00e9 de sa position. L&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, il est \u00e0 nouveau contr\u00f4l\u00e9. Cette fois, aucune entente possible, on lui r\u00e9clame le remboursement de 2 600 euros, pour les trop per\u00e7us vers\u00e9s \u00e0 ses patients du fait de ses \u00ab mauvaises \u00bb prescriptions. \u00ab<em> L&#8217;acc\u00e8s aux soins se restreint r\u00e9guli\u00e8rement sous pr\u00e9texte de r\u00e9duire les d\u00e9penses de sant\u00e9 et la S\u00e9curit\u00e9 sociale essaye d&#8217;embarquer les m\u00e9decins dans son sillon, y compris en renfor\u00e7ant les mesures coercitives. Ce n&#8217;est pas acceptable <\/em>. \u00bb Didier Poupardin a refus\u00e9 de payer. Soutenu par ses patients, de nombreux homologues et les syndicats de m\u00e9decins, il a d\u00e9fendu la l\u00e9gitimit\u00e9 de ses prescriptions devant le tribunal des affaires de s\u00e9curit\u00e9 sociale d\u00e9but septembre. Jugement attendu le 6 octobre. <\/p>\n<p>Ces gens ordinaires qui disent non ne se consid\u00e8rent pas comme des h\u00e9ros. Leur d\u00e9marche leur semble \u00ab naturelle \u00bb, logique. Certains leur reprocheront de ne pas respecter les r\u00e8gles qui fondent la soci\u00e9t\u00e9 ou le collectif de travail, en un mot, leur incivilit\u00e9. Mais ces citoyens ne fraudent pas pour s&#8217;enrichir. Ils ne volent pas pour remplir leurs placards. Ils ne s&#8217;attaquent pas aux individus, ni ne les mettent en danger. S&#8217;ils retirent un int\u00e9r\u00eat personnel, il est exclusivement philosophique, politique voire moral. Ils d\u00e9fendent une conception humaniste de leur m\u00e9tier et plus largement de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Marion Esquerr\u00e9 (avec R\u00e9mi Douat)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em> Quand la d\u00e9sob\u00e9issance monte. La d\u00e9sob\u00e9issance n&#8217;est plus seulement le fait des faucheurs volontaires. Postiers, profs, \u00e9lectriciens ou simples citoyens r\u00e9sistent, individuellement ou collectivement. Retour, en 5 volets, sur une pratique ancienne qui fait soudainement irruption dans le d\u00e9bat politique <\/em> <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[311],"class_list":["post-4568","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-mouvement-social"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4568","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4568"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4568\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4568"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4568"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4568"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}