{"id":4562,"date":"2010-10-01T00:00:00","date_gmt":"2010-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/western-mystique-en-algerie4562\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:40","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:40","slug":"western-mystique-en-algerie4562","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4562","title":{"rendered":"Western mystique en Alg\u00e9rie"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Centr\u00e9 sur les semaines ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&#8217;enl\u00e8vement des moines de Tibhirine, Des hommes et des dieux \u00bb, en salles depuis le 8 septembre, le cinqui\u00e8me long-m\u00e9trage de Xavier Beauvois, frappe par sa justesse <\/p>\n<p>.<br \/>\n<em> T&#8217;es devenu mystique depuis que t&#8217;es dans la police <\/em> \u00bb, lan\u00e7ait le p\u00e8re \u00e0 son fils dans<em> Le petit lieutenant <\/em>. C&#8217;\u00e9tait il y a cinq ans. Xavier Beauvois plante aujourd&#8217;hui sa cam\u00e9ra au milieu d&#8217;un autre groupe d&#8217;hommes en uniforme, et vraiment mystiques cette fois-ci&#8230; Grand prix au dernier Festival de Cannes,<em> Des hommes et des dieux <\/em> s&#8217;inspire de la destin\u00e9e des moines de Tibhirine, enlev\u00e9s et assassin\u00e9s en 1996 en Alg\u00e9rie. Seules leurs t\u00eates furent retrouv\u00e9es au bord d&#8217;une route. Point culminant de l&#8217;atrocit\u00e9 et de l&#8217;opacit\u00e9 de la guerre civile opposant le gouvernement aux groupes terroristes arm\u00e9s, la retentissante affaire de Tibhirine a rebondi plusieurs fois, notamment suite \u00e0 l&#8217;enqu\u00eate de l&#8217;historien am\u00e9ricain John Kiser. La th\u00e8se officielle de la responsabilit\u00e9 du Groupe islamique arm\u00e9 (GIA) qui avait revendiqu\u00e9 l&#8217;enl\u00e8vement a \u00e9t\u00e9 remise en question par l&#8217;hypoth\u00e8se de l&#8217;implication de l&#8217;arm\u00e9e alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p>Mais c&#8217;est moins l&#8217;instruction (de l&#8217;affaire) que la construction (d&#8217;une d\u00e9cision) qui int\u00e9resse Xavier Beauvois. Son film s&#8217;attache avec force \u00e0 saisir le cheminement int\u00e9rieur de la petite communaut\u00e9 chr\u00e9tienne confront\u00e9e \u00e0 la menace terroriste et somm\u00e9e par les autorit\u00e9s de regagner la France : \u00ab<em> Votre ent\u00eatement devient dangereux <\/em> \u00bb, s&#8217;entendent-ils dire. Trois moments haletants de discussion collective : hautement morale et politique : exacerbent le d\u00e9roulement dramatique du film : les moines doivent-ils demeurer dans le monast\u00e8re ou prendre la fuite ? \u00ab<em> On ne t&#8217;a pas \u00e9lu pour que tu d\u00e9cides seul <\/em> \u00bb, lance l&#8217;un d&#8217;eux au P\u00e8re prieur Christian, auquel l&#8217;excellent Lambert Wilson pr\u00eate ses traits. D&#8217;abord divis\u00e9s, en proie au doute et \u00e0 la peur, les religieux accordent progressivement leurs violons. Ils font le choix de rester sur place. Ici et maintenant. \u00ab<em> Le bon berger n&#8217;abandonne pas son troupeau quand arrive le loup <\/em> \u00bb ; \u00ab<em> Les fleurs des champs ne changent pas de place pour trouver les rayons du soleil <\/em>. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Des hommes au diapason <\/strong><\/p>\n<p>Leur accord est musical. C&#8217;est \u00e0 travers le rituel du chant, la liturgie, que ces hommes se mettent au diapason d&#8217;eux-m\u00eames et de Dieu. Saisie dans ses moindres d\u00e9tails, la vie du monast\u00e8re oscille entre la terre et le ciel, entre le profane et le sacr\u00e9. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, travaux des champs, r\u00e9colte et vente du miel, dispensaire m\u00e9dical (tenu par fr\u00e8re Luc, le g\u00e9nial Michael Lonsdale, \u00e0 la fois ravi et \u00e9puis\u00e9 par tous les soins qu&#8217;il prodigue g\u00e9n\u00e9reusement) ; de l&#8217;autre, offices, \u00e9tude, recueillement, pri\u00e8res, lectures (Saint-Beno\u00eet, les Fioretti de Saint-Fran\u00e7ois d&#8217;Assise, le Coran, etc.), rythment le quotidien de ces hommes, proches des villageois qui les entourent. Fluide et puissante, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du monast\u00e8re comme en dehors, la fraternit\u00e9 n&#8217;est en rien doucereuse.Lors d&#8217;une tr\u00e8s \u00e9mouvante sc\u00e8ne nocturne, Christian se penche sur Luc endormi, lui retire ses lunettes et referme son livre. Un autre moment diurne voit Luc d\u00e9crire \u00e0 une jeune Alg\u00e9rienne les sympt\u00f4mes de l&#8217;amour, \u00ab<em> promesse du bonheur <\/em> \u00bb, \u00ab<em> grand trouble <\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Le d\u00e9pouillement du quotidien monastique cistercien donne ses couleurs \u00e9pur\u00e9es \u00e0 la gr\u00e2ce de la mise en sc\u00e8ne, toute rossellinienne. \u00ab<em> En allant voir de vrais trappistes \u00e0 l&#8217;abbaye de Tami\u00e9 en Savoie, en assistant \u00e0 leur quotidien, j&#8217;ai r\u00e9alis\u00e9 que j&#8217;allais devoir mettre en sc\u00e8ne une mise en sc\u00e8ne : parce que tout rituel est d\u00e9j\u00e0 une mise en sc\u00e8ne. Le point de d\u00e9part \u00e9tait le respect de cette mise en sc\u00e8ne-l\u00e0 : il fallait qu&#8217;elle soit d&#8217;abord fid\u00e8le, pr\u00e9cise et irr\u00e9prochable dans mon film <\/em> \u00bb, raconte Xavier Beauvois.<\/p>\n<p>Il semble que cette pr\u00e9cision lui ait justement permis de prendre en charge le contexte troubl\u00e9, la complexit\u00e9 de l&#8217;h\u00e9ritage colonial, le poids du pass\u00e9 sur le pr\u00e9sent. Sans \u00eatre l&#8217;enjeu majeur du film, la r\u00e9alit\u00e9 historico-politique est omnipr\u00e9sente et subtilement distill\u00e9e tout au long<em> Des hommes et des dieux <\/em>. Le registre m\u00e9taphorique cohabite avec de violentes irruptions du r\u00e9el : une descente de l&#8217;arm\u00e9e dans le centre m\u00e9dical, accompagn\u00e9e de contr\u00f4les d&#8217;identit\u00e9 muscl\u00e9s (\u00ab<em> Ce n&#8217;est pas un commissariat de police ici <\/em> ! \u00bb lance fr\u00e8re Luc) ; l&#8217;\u00e9vocation de la colonisation qui a emp\u00each\u00e9 le pays de grandir par lui-m\u00eame ; le brouillage du \u00ab Qui tue qui ? \u00bb \u00e9voqu\u00e9 au sujet de l&#8217;assassinat d&#8217;une certaine Samira, poignard\u00e9e parce qu&#8217;elle avait refus\u00e9 de porter le<em> hijab <\/em> ; le massacre des travailleurs croates.<\/p>\n<p>Les moines sont sept comme les sept mercenaires ou les sept samoura\u00efs et ce film en cin\u00e9mascope qui fait la part belle aux paysages a des allures incontestables de western. L&#8217;une des plus belles s\u00e9quences confronte p\u00e8re Christian au chef des terroristes musulmans, entr\u00e9 dans le monast\u00e8re la veille de No\u00ebl pour emmener le toubib et des m\u00e9dicaments. Le P\u00e8re leur intime l&#8217;ordre de poser leurs armes, ce qu&#8217;ils refusent, puis de quitter l&#8217;enceinte de cette \u00ab<em> maison de paix <\/em> \u00bb. Les deux \u00ab chefs \u00bb s&#8217;expliquent \u00e0 la porte du monast\u00e8re. La connaissance du Coran dont fait preuve le Prieur, son intelligence de la situation, rapprochent in fine les deux hommes : \u00ab<em> Nous f\u00eatons la naissance du prince de la paix, Sidna Aissa, J\u00e9sus <\/em>. \u00bb<\/p>\n<p><strong> Des airs de Rembrandt <\/strong><\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re confrontation tr\u00e8s cin\u00e9matographique lance la rumeur selon laquelle les chr\u00e9tiens seraient laxistes voire complaisants envers ces islamistes qui auraient pour leur part d\u00e9cid\u00e9 de prot\u00e9ger la petite communaut\u00e9 cistercienne. \u00ab<em> On s&#8217;en sort <\/em> \u00bb, se r\u00e9jouissent les moines qui, lors d&#8217;une sc\u00e8ne assez dr\u00f4le, s&#8217;administrent petits massages et paroles r\u00e9confortantes. Ils s&#8217;en sortent jusqu&#8217;\u00e0 leur prochaine arrestation et leur disparition vers le hors-champ, sous la neige.<\/p>\n<p>Xavier Beauvois regarde les moines en face, comme en t\u00e9moignent les gros plans bouleversants de leurs visages saisis lors de leur dernier repas. La chef-op\u00e9ratrice Caroline Champetier dit s&#8217;\u00eatre notamment inspir\u00e9e des autoportraits de Rembrandt et des photographies de Julia Margaret Cameron. \u00ab<em> Ce film, c&#8217;est le trajet de ces hommes vers leur destin, cette d\u00e9cision \u00e0 tenir jusqu&#8217;au bout, dans ce pays o\u00f9 ils avaient choisi de vivre. La lumi\u00e8re, la m\u00e9t\u00e9orologie m&#8217;ont permis d&#8217;accompagner une autre image de leur disparition <\/em> \u00bb, explique-t-elle. Le film a beau avoir \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 au Maroc,<em> Des hommes et des dieux <\/em> invente des images, celles pr\u00e9cis\u00e9ment qui ont cruellement manqu\u00e9 \u00e0 l&#8217;Alg\u00e9rie. \u00ab<em> On en est r\u00e9duit \u00e0 des bribes, des fragments, des r\u00e9cits inaboutis \u00e0 partir desquels il faut reconstruire une histoire <\/em>, avance l&#8217;historien Benjamin Stora (1).<em> L&#8217;absence d&#8217;images sur cette affaire participe de la d\u00e9r\u00e9alisation de l&#8217;Alg\u00e9rie, pays qui s&#8217;est \u00e9vapor\u00e9, devient abstrait, incompr\u00e9hensible depuis une dizaine d&#8217;ann\u00e9es, depuis les \u00e9v\u00e9nements terribles, sanglants, qui ont failli emporter le pays. Cette absence construit une Alg\u00e9rie fantasm\u00e9e qui n&#8217;existe pas <\/em>. \u00bb <\/p>\n<p>Juliette Cerf<\/p>\n<p>[[(1) Auteur de<em> La gangr\u00e8ne et l&#8217;oubli <\/em>, La D\u00e9couverte, 2005 et de<em> La Guerre invisible <\/em>. Presses de Sciences-Po, 2001.]]<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4562 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/dieux-a88.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/dieux-a88-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"dieux.jpg\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/dieux_bandeau-90e.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"122\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/dieux_bandeau-90e-150x122.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Western mystique en Alg\u00e9rie\" aria-describedby=\"gallery-1-14482\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14482'>\n\t\t\t\tWestern mystique en Alg\u00e9rie\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/dieux_crop-46f.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"80\" height=\"55\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2011\/03\/dieux_crop-46f.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Western mystique en Alg\u00e9rie\" aria-describedby=\"gallery-1-14483\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14483'>\n\t\t\t\tWestern mystique en Alg\u00e9rie\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Centr\u00e9 sur les semaines ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&#8217;enl\u00e8vement des moines de Tibhirine, Des hommes et des dieux \u00bb, en salles depuis le 8 septembre, le cinqui\u00e8me long-m\u00e9trage de Xavier Beauvois, frappe par sa justesse <\/p>\n","protected":false},"author":572,"featured_media":14481,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-4562","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4562","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/572"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4562"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4562\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14481"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4562"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4562"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4562"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}