{"id":455,"date":"1997-04-01T00:00:00","date_gmt":"1997-03-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/grande-bretagne455\/"},"modified":"1997-04-01T00:00:00","modified_gmt":"1997-03-31T22:00:00","slug":"grande-bretagne455","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=455","title":{"rendered":"GRANDE-BRETAGNE"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voir aussi <\/p>\n<p>Quelque part au sud de Londres&#8230;, La preuve par la British Petroleum<strong> La Grande-Bretagne devient le &#8221; mod\u00e8le &#8221; socio-\u00e9conomique en Europe. Brillants &#8221; fondamentaux &#8220;, ch\u00f4mage en baisse, etc. Est-ce l&#8217;exemple \u00e0 suivre ? <\/strong><\/p>\n<p>A prendre un \u00e0 un les param\u00e8tres habituels pour juger de la sant\u00e9 d&#8217;une \u00e9conomie &#8211; produit int\u00e9rieur brut (PIB), \u00e9volution de la production industrielle, taux de ch\u00f4mage, etc., concernant la Grande-Bretagne, il n&#8217;y a vraiment pas de quoi crier au miracle. Certes, le FMI et l&#8217;OCDE ont vivement f\u00e9licit\u00e9 le Royaume Uni pour ces r\u00e9sultats. La progression du produit int\u00e9rieur brut (PIB) qui fut de 4.% en 1993-1994 restait de 2,2 en 1996. L&#8217;inflation demeurant faible, \u00e0 2,8% en 1996. Cependant, ce pays conna\u00eet des variations brutales, avec une alternance beaucoup plus prononc\u00e9e qu&#8217;en France de phases d&#8217;expansion et de r\u00e9cession. En 1991, le PIB avait ainsi recul\u00e9 de 2,4% ! Ceux qui en vantent le &#8221; miracle &#8221; affirment que la Grande-Bretagne conna\u00eet un v\u00e9ritable renouveau. Si l&#8217;on s&#8217;attache \u00e0 sa qualit\u00e9 on observe qu&#8217;il n&#8217;y a pratiquement plus de groupes industriels anglais. Ils sont Japonais, Am\u00e9ricains et m\u00eame Allemands, puisque BMW a absorb\u00e9 le dernier producteur britannique Rover. Le groupe japonais Nissan destine \u00e0 l&#8217;Europe 95% de sa production r\u00e9alis\u00e9e au RU. La Grande-Bretagne est devenue une plate-forme \u00e0 exporter vers l&#8217;Europe. Elle le doit aux dix huit ann\u00e9es de conservatisme, sous Margaret Thatcher d&#8217;abord, puis sous John Major. Ils ont attir\u00e9 les investissements \u00e9trangers et, dans le m\u00eame temps, affront\u00e9 brutalement leur classe ouvri\u00e8re pour obtenir une meilleure valorisation du capital financier. C&#8217;est ce qui a contribu\u00e9 \u00e0 attirer les capitaux \u00e9trangers. Ils ont baiss\u00e9 radicalement les imp\u00f4ts sur les soci\u00e9t\u00e9s et attaqu\u00e9 de front tous les acquis ouvriers, notamment la s\u00e9curit\u00e9 sociale, m\u00eame s&#8217;ils n&#8217;y ont pas compl\u00e8tement r\u00e9ussi en raison des r\u00e9sistances rencontr\u00e9es.<\/p>\n<p> <strong> Une \u00e9conomie bas\u00e9e sur l&#8217;\u00e9volution financi\u00e8re <\/strong><\/p>\n<p>Comme le dit John Major au Financial Times du 24 F\u00e9vrier dernier: &#8221; Defense of the low tax economy &#8220;. Autrement dit: le bilan des Conservateurs est que l&#8217;on paye moins d&#8217;imp\u00f4ts sur les soci\u00e9t\u00e9s et moins d&#8217;imp\u00f4ts sur le revenu. Cela a permis une expansion de la Bourse. Si un r\u00e9sultat est remarquable, en constante am\u00e9lioration, ce sont bien ceux de la City, la Bourse londonienne, la troisi\u00e8me du monde apr\u00e8s New York et Tokyo. Plusieurs explications \u00e0 ces r\u00e9sultats, notamment la gestion d&#8217;\u00e9normes capitaux issus des fonds de pension. On se souvient de l&#8217;affaire Maxwell en 1991: le magnat de la presse, patron du &#8221; Daily Mirror &#8220;, parti avec le pactole des fonds de pension de son entreprise avant de dispara\u00eetre de fa\u00e7on douteuse. Tous les fonds de pensions ne s&#8217;envolent pas de la sorte mais il y a un \u00e9cart consid\u00e9rable entre l&#8217;argent rapport\u00e9 par le placement de ces fonds et les retraites revers\u00e9es. Enfin, les fonds sont en principe abond\u00e9s par des versements obligatoires des salari\u00e9s mais pas pour les employeurs. Ils sont dispens\u00e9s de verser leur quote- part lorsque le niveau n\u00e9cessaire requis pour payer les retraites est atteint. Ainsi, les plus grandes entreprises britanniques ne cotisent plus depuis de nombreuses ann\u00e9es. Le d\u00e9veloppement exponentiel des fonds de pension a commenc\u00e9 dans les ann\u00e9es 60, o\u00f9 ils ont atteint des sommets. C&#8217;est ce qui explique, pour l&#8217;essentiel, le d\u00e9veloppement fantastique de la Bourse.<\/p>\n<p>D&#8217;ailleurs, la Grande-Bretagne a une \u00e9conomie essentiellement bas\u00e9e sur l&#8217;\u00e9volution financi\u00e8re plut\u00f4t que sur la production. Ainsi, hormis la City, ce poumon de Londres et du pays tout entier, les autres richesses seraient vite r\u00e9pertori\u00e9es. La City repr\u00e9sente, \u00e0 elle seule, 30% des transactions des march\u00e9s des changes de la plan\u00e8te. C&#8217;est \u00e9norme ! Mais la production du pays vient tr\u00e8s loin derri\u00e8re puisqu&#8217;elle s&#8217;apparente \u00e0 celle de la France, avec un PIB l\u00e9g\u00e8rement inf\u00e9rieur au n\u00f4tre. La sp\u00e9cificit\u00e9 britannique qui favorise le d\u00e9veloppement du capital financier s&#8217;est accrue, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 50, de l&#8217;arriv\u00e9e des banques am\u00e9ricaines pour \u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9glementation jug\u00e9e excessive aux Etats-Unis. C&#8217;est le d\u00e9but du march\u00e9s des Euro-Dollars, embryon de la mondialisation financi\u00e8re. Celle-ci \u00e9tant une des cons\u00e9quences au niveau du march\u00e9 boursier londonien d&#8217;un \u00e9norme march\u00e9 mon\u00e9taire et financier transnational. L&#8217;abolition, en 1979, du contr\u00f4le des changes d\u00e9cid\u00e9 par Margaret Thatcher a accentu\u00e9 l&#8217;\u00e9volution. On peut se demander si non de l&#8217;\u00e9conomie mais des finances britanniques, est durable tant elle est malsaine, c&#8217;est-\u00e0-dire acquise \u00e0 coup de licenciements massifs, de tertiarisation de la production et de flexibilit\u00e9 du travail. Le terrible affrontement entre le gouvernement Thatcher et les mineurs, \u00e0 l&#8217;hiver 1984-1985, est \u00e0 l&#8217;origine de cette situation. La Grande-Bretagne avait alors un retard de productivit\u00e9 important par rapport \u00e0 la France et \u00e0 l&#8217;Allemagne. Le puissant syndicat des mineurs anglais emp\u00eachait par ses revendications l&#8217;instauration de la flexibilit\u00e9 du travail. Voil\u00e0 tout ce qui se jouait dans la meurtri\u00e8re gr\u00e8ve de 1984.<\/p>\n<p> <strong> Fragilit\u00e9 et vices cach\u00e9s d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 duale <\/strong><\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat est que la soci\u00e9t\u00e9 britannique est devenue duale. Une minorit\u00e9 de gens s&#8217;enrichissent de fa\u00e7on extraordinaire tandis que les couches moyennes fondent, de plus en plus, en quantit\u00e9 et en niveau de revenu. Une minorit\u00e9 de la classe moyenne parvient \u00e0 s&#8217;int\u00e9grer, mais la majorit\u00e9 \u00e0 tendance \u00e0 s&#8217;appauvrir. Enfin, il y a les laiss\u00e9s pour compte. Une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;aide \u00e0 la r\u00e9insertion des jeunes, le Depaul trust, note dans une enqu\u00eate l&#8217;extraordinaire faiblesse des salaires des jeunes Anglais. Un apprenti coiffeur de Glasgow per\u00e7oit 20 pence de l&#8217;heure, c&#8217;est-\u00e0-dire 2 francs ! Il est fr\u00e9quent de voir des gens pay\u00e9s deux livres de l&#8217;heure soit environ 18 francs. La faiblesse des salaires est donc assez g\u00e9n\u00e9rale, c&#8217;est le lot de la masse des salari\u00e9s britanniques, tandis que parall\u00e8lement les profits croissent. Les chiffres officiels du ch\u00f4mage doivent aussi \u00eatre mesur\u00e9s \u00e0 cet appauvrissement g\u00e9n\u00e9ral. En 1992, la France et le Royaume Uni connaissaient un taux de ch\u00f4mage voisin qui s&#8217;\u00e9levait \u00e0 environ 10%. Cinq ans apr\u00e8s, Londres affiche un taux de 6,9% tandis que Paris doit avouer pr\u00e8s de 13%. On n&#8217;est pas loin de crier au miracle britannique. Il ne s&#8217;agit pas de nier les cr\u00e9ations d&#8217;emplois. Mais le Financial Times relevait d\u00e9j\u00e0 en 1993 (2) que les donn\u00e9es statistiques \u00e9taient douteuses. La baisse importante de la population active n&#8217;est pas signal\u00e9e. Depuis 1992 elle a chut\u00e9 de 600 000 personnes tandis qu&#8217;elle augmentait en France de 400 000. Les statistiques excluent aussi nombre de jeunes, tout comme les gens qui refusent un emploi pour la deuxi\u00e8me fois, etc., ce qui accro\u00eet d&#8217;autant le nombre de ch\u00f4meurs r\u00e9els, beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 en r\u00e9alit\u00e9, le temps partiel qui s&#8217;est beaucoup d\u00e9velopp\u00e9 dans une dynamique perverse. Ainsi, quand la mono-industrie des mines de Newcastle ou des chantiers navals de Glasgow, en Ecosse, ont disparu, se sont implant\u00e9es des entreprises d&#8217;\u00e9lectronique am\u00e9ricaines, japonaises, allemandes et cor\u00e9ennes, imposant leurs conditions d&#8217;embauche dans ces r\u00e9gions ravag\u00e9es par le ch\u00f4mage. Les emplois \u00e0 plein temps sont remplac\u00e9s par de plus pr\u00e9caires, souvent dans les services. Tous ne peuvent devenir &#8221; whizz kids &#8221; \u00e0 la bourse, ces &#8221; enfants-miracles &#8221; qui sont \u00e0 la City ce que les golden boys sont \u00e0 Wall Street.<\/p>\n<p>L&#8217;ensemble des r\u00e9sultats \u00e9conomiques, salu\u00e9s par le FMI, peuvent donner \u00e0 penser \u00e0 une solidit\u00e9 de la situation britannique. C&#8217;est le fonds de commerce politique de John Major qui l&#8217;utilise pour faire la le\u00e7on aux autre pays europ\u00e9ens. Mais d&#8217;\u00e9vidence ces r\u00e9sultats sont fragiles. La croissance elle m\u00eame est en partie li\u00e9e \u00e0 la bonne sant\u00e9 de l&#8217;\u00e9conomie fran\u00e7aise et allemande puisque c&#8217;est vers l&#8217;Europe que le Royaume Uni exporte. Les Japonais l&#8217;utilisent comme porte-avion pour tourner la l\u00e9gislation des quotas europ\u00e9ens d&#8217;importation de voitures \u00e9trang\u00e8res. Mais si l&#8217;\u00e9conomie des autres pays europ\u00e9ens se porte mal, vendre ces voitures fabriqu\u00e9es en Grande-Bretagne devient difficile. Autre \u00e9l\u00e9ment de fragilit\u00e9 \u00e9conomique, l&#8217;industrie britannique est rong\u00e9e par la masse financi\u00e8re sans rapport avec son industrie et un affaiblissement interne constant. Les usines &#8221; anglaises &#8221; le sont de moins en moins, appartenant de plus en plus \u00e0 des capitaux \u00e9trangers, d\u00e9localisant de plus en plus d&#8217;activit\u00e9s. Il ne reste plus qu&#8217;un capitalisme de r\u00e9seau, une sorte de toile d&#8217;araign\u00e9e dont seul le corps, la holding, l&#8217;argent, reste au pays. Ainsi British Airways a supprim\u00e9 10 000 emplois, embauchant, par exemple, des pilotes en Europe de l&#8217;Est \u00e0 moindre co\u00fbt. Elle pr\u00e9voit encore 5 000 suppressions d&#8217;emplois de bureau en d\u00e9localisant sa comptabilit\u00e9 en Inde. Lorsqu&#8217;une crise survient, le danger principal de voir le capital saisi dispara\u00eet. L\u00e0 se trouve l&#8217;essence du &#8221; mod\u00e8le britannique &#8220;, le point extr\u00eame jusqu&#8217;o\u00f9 il peut aller.<\/p>\n<p>* Ma\u00eetre de conf\u00e9rences \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Paris-III.Il a publi\u00e9 le Royaume d\u00e9suni.L&#8217;\u00e9conomie britannique et les multinationales, Syros, Paris, 1995.<\/p>\n<p>1. Article d&#8217;Edward Balls, Financial Times, Londres, 6 septembre 1993.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voir aussi <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-455","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/455","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=455"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/455\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=455"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=455"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=455"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}