{"id":4541,"date":"2010-07-14T00:00:00","date_gmt":"2010-07-13T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/du-theatre-et-de-la-politique-d4541\/"},"modified":"2010-07-14T00:00:00","modified_gmt":"2010-07-13T22:00:00","slug":"du-theatre-et-de-la-politique-d4541","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4541","title":{"rendered":"Du th\u00e9\u00e2tre et de la politique (d&#8217;)aujourd&#8217;hui"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Selon Diane Scott, le th\u00e9\u00e2tre actuel, enferm\u00e9 dans la question l\u00e9ninienne du \u00ab\u00a0que faire??\u00a0\u00bb aurait pour h\u00e9rault l&#8217;ennuyeux trentenaire d\u00e9politis\u00e9 et nombriliste. Beno\u00eet Lambert, auteur de We are l&#8217;Europe,  pense qu&#8217;au contraire, le petit bourgeois blanc trans-g\u00e9n\u00e9rationel aurait des choses \u00e0 nous dire&#8230; <\/p>\n<p>C ette rubrique est consacr\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre, ainsi qu&#8217;aux politiques culturelles pour lesquelles le th\u00e9\u00e2tre est hautement signifiant. Un certain pan du th\u00e9\u00e2tre actuel, port\u00e9 par des gens de ma g\u00e9n\u00e9ration, n\u00e9s dans les ann\u00e9es 1970, prend en charge la question l\u00e9ninienne du \u00ab\u00a0que faire\u00a0?\u00a0\u00bb, pour au moins l&#8217;exposer sur sc\u00e8ne, sinon y apporter des lin\u00e9aments de r\u00e9ponse. Que faire maintenant que la pierre de touche th\u00e9orique et pratique de la transformation sociale s&#8217;est d\u00e9compos\u00e9e\u00a0? Quelques spectacles, que je choisis de r\u00e9unir sous l&#8217;appellation pol\u00e9mique de \u00ab\u00a0th\u00e9\u00e2tre politique majoritaire\u00a0\u00bb, partent de cette question\u00a0: je pense au travail de Beno\u00eet Lambert \u00e0 partir des textes de Jean-Charles Massera, au collectif D&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 (du spectacle Notre terreur), au spectacle Chez les n\u00f4tres d&#8217;Olivier Coulon-Jablonka, et au travail de l&#8217;auteur Ronan Ch\u00e9neau et du metteur en sc\u00e8ne David Bob\u00e9e, par exemple. J&#8217;y distingue, \u00e0 l&#8217;occasion, des adresses diff\u00e9rentes, mais \u00e9galement des partis pris communs, notamment la prise en charge d&#8217;une injonction au politique \u00e0 travers le traitement sur sc\u00e8ne du rapport \u00e0 la politique\u00a0et, \u00e0 des degr\u00e9s divers, le recours \u00e0 certains principes d&#8217;\u00e9criture et types de s\u00e9quences qui me semblent parents. <\/p>\n<p>Le c\u0153ur du reproche que j&#8217;adresserais \u00e0 ces formes tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la pr\u00e9valence de cette question du \u00ab\u00a0que faire\u00a0?\u00a0\u00bb qui sous-tend chacune de ces d\u00e9marches (1). On trouve r\u00e9guli\u00e8rement sur nos sc\u00e8nes : du th\u00e9\u00e2tre public s&#8217;entend : des spectacles qui associent la g\u00e9n\u00e9ration dite des trentenaires et la panoplie de formes de d\u00e9saffection-nostalgie de la politique. Identifier notre g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 cette question n&#8217;\u00e9tait-ce pas finalement \u00eatre prisonnier du discours de l&#8217;autre, discours contre lequel cette question s&#8217;\u00e9rige et dont l&#8217;int\u00e9r\u00eat est pr\u00e9cis\u00e9ment de nier le caract\u00e8re politique de ce que cette g\u00e9n\u00e9ration engage\u00a0? Pi\u00e8ge d&#8217;importance dans la mesure o\u00f9 c&#8217;est exclusivement sous les esp\u00e8ces de cette question, qui se doit d&#8217;\u00eatre pos\u00e9e comme une aporie, que l&#8217;institution cultive le th\u00e9\u00e2tre qu&#8217;elle \u00e9tiquette comme politique. Autrement dit, on peut \u00eatre lass\u00e9 de la figure r\u00e9currente sur nos sc\u00e8nes du trentenaire m\u00e9lancolique et r\u00e9gressif, et des effets de r\u00e9veil politique qui en sont attendus, figure en laquelle je reconnais moins ma g\u00e9n\u00e9ration que le carcan dans laquelle on entend l&#8217;enfermer. Beno\u00eet Lambert a contest\u00e9 la critique que je faisais de son spectacle We are l&#8217;Europe\u00a0dans un pr\u00e9c\u00e9dent texte?; que la publication ici de quelques extraits de son courrier soit une fa\u00e7on de lui savoir gr\u00e9 d&#8217;avoir prolong\u00e9 un d\u00e9bat qu&#8217;il me semble n\u00e9cessaire de poursuivre. <\/p>\n<p>Beno\u00eet Lambert\u00a0: <\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ch\u00e8re Diane (&#8230;)<\/p>\n<p>Tout d&#8217;abord, We are l&#8217;Europe n&#8217;est pas \u00e9labor\u00e9 sur la base d&#8217;un mat\u00e9riau documentaire, ni m\u00eame \u00ab\u00a0quasi-documentaire\u00a0\u00bb\u00a0: c&#8217;est le texte d&#8217;un \u00e9crivain, qui a d\u00e9j\u00e0 une \u0153uvre cons\u00e9quente, et le fait que tu n&#8217;en fasses nulle part mention m&#8217;a un peu g\u00ean\u00e9. Mettre en parall\u00e8le les paroles retravaill\u00e9es des membres du Comit\u00e9 de salut public, des entretiens avec des militants syndicaux et les personnages de WALE me para\u00eet d\u00e9licat, sauf \u00e0 d\u00e9nier \u00e0 Massera le statut d&#8217;auteur, ce que fait tr\u00e8s volontiers une critique litt\u00e9raire conservatrice soucieuse de traquer dans \u00ab\u00a0l&#8217;\u00e9criture\u00a0\u00bb l&#8217;expression d&#8217;une solitude inspir\u00e9e, et incapable du coup de rendre compte des exp\u00e9rimentations sp\u00e9cifiques de Massera (et de quelques autres&#8230;) sur le front de la litt\u00e9rature. (&#8230;)<\/p>\n<p>La question pos\u00e9e par Massera n&#8217;est selon moi pas du tout d&#8217;ordre g\u00e9n\u00e9rationnelle (ni dans ce texte ni dans les pr\u00e9c\u00e9dents d&#8217;ailleurs). Elle est plut\u00f4t d&#8217;ordre \u00ab\u00a0civilisationnelle\u00a0\u00bb, ce qu&#8217;en revanche tu nommes bien quand tu parles des \u00ab\u00a0mis\u00e8res individuelles des soci\u00e9t\u00e9s occidentales et de leur mode d&#8217;individuation\u00a0\u00bb. Cette question me semble assez largement trans-g\u00e9n\u00e9rationnelle\u00a0: la destruction des imaginaires par le circuit court de la marchandise concerne tout le monde. \u00c9videment, l&#8217;\u00e2ge des interpr\u00e8tes (entre 25 et 45\u00a0ans) produit sans doute un biais, mais, dans la pr\u00e9paration du spectacle, nous ne nous sommes pas attard\u00e9s beaucoup sur cette question de la g\u00e9n\u00e9ration\u00a0: nous voulions parler (selon les termes m\u00eames de Jean-Charles), des \u00ab\u00a0petits bourgeois blancs qui peuvent plus trop s&#8217;la raconter avec leur syst\u00e8me qui est en train de partir en sucette\u00a0\u00bb, et non des \u00ab\u00a0trentenaires \u00e9gar\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ensuite, cette question de la \u00ab\u00a0d\u00e9politisation\u00a0\u00bb qui est au c\u0153ur de ton propos, sauf \u00e0 en faire un effet induit du spectacle, c&#8217;est une question que le texte n&#8217;aborde pas, ce n&#8217;est pas sa question. Massera s&#8217;interroge sur le \u00ab\u00a0d\u00e9ficit d&#8217;exp\u00e9rience\u00a0\u00bb des existences dans les soci\u00e9t\u00e9s riches (il ne fait d&#8217;ailleurs qu&#8217;embo\u00eeter tr\u00e8s explicitement le pas en ces mati\u00e8res \u00e0 d&#8217;illustres devanciers : Debord, Agamben, le Deleuze des \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9s de contr\u00f4le\u00a0\u00bb, ou encore Stiegler). Les discussions de WALE n&#8217;\u00e9voquent pas la plainte m\u00e9lancolique de trentenaires orphelins de la politique mais la plainte de producteurs-consommateurs d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s de leurs existences, et condamn\u00e9s \u00e0 l&#8217;inauthenticit\u00e9. Pour ma part, d&#8217;ailleurs, et quoiqu&#8217;en dise le critique que tu cites, je n&#8217;ai jamais pens\u00e9 que les discussions des personnages de WALE autour de ces questions \u00e9taient \u00ab\u00a0st\u00e9riles ou oiseuses\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>C&#8217;est, l\u00e0 encore, l&#8217;interpr\u00e9tation paresseuse et h\u00e2tive du travail de Jean-Charles que se font fait certains commentateurs press\u00e9s : \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb parle de la vacuit\u00e9, \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb dit n&#8217;importe quoi, \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb montre que nos vies sont absurdes. Au contraire, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s touch\u00e9 de l&#8217;effort sinc\u00e8re (et souvent comique, bien s\u00fbr, mais non pas ridicule) de ces personnages pour \u00e9noncer quelque chose sur leurs vies et leurs d\u00e9sirs. Bref, pour moi, ces gens \u00ab\u00a0travaillent\u00a0\u00bb avec leurs moyens, ils disent parfois des \u00e9normit\u00e9s (pas toujours), et surtout ils le font ensemble, ce qui n&#8217;est d\u00e9j\u00e0 pas rien. Leur entreprise m&#8217;appara\u00eet plut\u00f4t comme un effort pour \u00e9chapper \u00e0 la \u00ab\u00a0m\u00e9lancolisation\u00a0\u00bb du lien social que tu \u00e9voques, et non comme une fa\u00e7on de s&#8217;y vautrer.<\/p>\n<p>Enfin, concernant les \u00ab\u00a0solutions\u00a0\u00bb propos\u00e9es par le texte, le texte de Massera ne propose s\u00fbrement pas d&#8217;issue \u00e0 l&#8217;ali\u00e9nation capitaliste, comme tu sembles l&#8217;affirmer. Au contraire, il met en question cette id\u00e9e m\u00eame de l&#8217;ali\u00e9nation. Ce que Massera interroge, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce lieu d\u00e9sormais commun de la vie inauthentique, ce th\u00e8me assez r\u00e9actionnaire de l&#8217;individu avachi (devant sa t\u00e9l\u00e9 ou son rayon de supermarch\u00e9). Apr\u00e8s avoir d\u00e9ploy\u00e9 la litanie (finalement comique) des \u00ab\u00a0vies d\u00e9truites\u00a0\u00bb, Massera rappelle qu&#8217;il y a toujours des exp\u00e9riences possibles, et m\u00eame pr\u00e9cis\u00e9ment, des exp\u00e9riences en cours, m\u00eame dans une cuisine \u00e9quip\u00e9e, dans l&#8217;\u00e9coute d&#8217;une ritournelle ou dans la pratique du roller. On peut bien s\u00fbr affirmer qu&#8217;il engage du coup une r\u00e9habilitation de l&#8217;exp\u00e9rience \u00ab\u00a0dans les coordonn\u00e9es et les termes m\u00eame dans lesquels le capitalisme d\u00e9finit les individus\u00a0\u00bb, mais c&#8217;est une lecture qui me semble assez peu charitable. Car ce que dit Massera est d&#8217;un autre ordre : il rappelle qu&#8217;il n&#8217;y a jamais de vie totalement d\u00e9truite, ou d&#8217;ali\u00e9nation parfaitement r\u00e9ussie, qu&#8217;il y a toujours des \u00ab\u00a0lignes d&#8217;erre\u00a0\u00bb irr\u00e9ductibles dans la grande machine du spectacle et de la consommation. Et qu&#8217;il n&#8217;y a que sur le fond de ces exp\u00e9riences maintenues envers et contre tout que l&#8217;on peut envisager un d\u00e9placement dans l&#8217;ordre du monde. Bref, il fait une hypoth\u00e8se de confiance. Massera rappelle qu&#8217;on ne peut pas nier tout le temps l&#8217;existence concr\u00e8te des gens. C&#8217;est le point o\u00f9 son travail rejoint celui de De Certeau, par exemple\u00a0: s&#8217;il existe bien un quadrillage des vies et des imaginaires dans nos soci\u00e9t\u00e9s si lib\u00e9rales, il n&#8217;en reste pas moins que les personnes continuent \u00e0 vivre des vies, \u00e0 tracer des trajectoires singuli\u00e8res, \u00e0 \u00ab\u00a0braconner\u00a0\u00bb, et que ce sont ces braconnages, et leur partage, qui doivent faire la trame et le soubassement\u00a0 d&#8217;une autre vie possible. (&#8230;)<\/p>\n<p>Au plaisir de te lire \u00e0 nouveau<\/p>\n<p>Bien \u00e0 toi, Beno\u00eet \u00bb<\/p>\n<p>[[(1) Elle est la question \u00ab\u00a0sous-titre\u00a0\u00bb du spectacle Chez les n\u00f4tres et est le titre du prochain opus de Lambert et Massera, Th\u00e9\u00e2tre de la Colline, saison 2010-2011.]]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Selon Diane Scott, le th\u00e9\u00e2tre actuel, enferm\u00e9 dans la question l\u00e9ninienne du \u00ab\u00a0que faire??\u00a0\u00bb aurait pour h\u00e9rault l&#8217;ennuyeux trentenaire d\u00e9politis\u00e9 et nombriliste. Beno\u00eet Lambert, auteur de We are l&#8217;Europe,  pense qu&#8217;au contraire, le petit bourgeois blanc trans-g\u00e9n\u00e9rationel aurait des choses \u00e0 nous dire&#8230; <\/p>\n","protected":false},"author":532,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[318],"class_list":["post-4541","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-creations"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4541","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/532"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4541"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4541\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4541"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4541"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4541"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}