{"id":4540,"date":"2010-07-14T00:00:00","date_gmt":"2010-07-13T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/amalric-faux-cils-et-vraies-larmes4540\/"},"modified":"2010-07-14T00:00:00","modified_gmt":"2010-07-13T22:00:00","slug":"amalric-faux-cils-et-vraies-larmes4540","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4540","title":{"rendered":"Amalric, faux cils et vraies larmes"},"content":{"rendered":"<p>A vec sa Tourn\u00e9e, Prix de la mise en sc\u00e8ne, Mathieu Amalric a offert l&#8217;un des films les plus originaux de la comp\u00e9tition. Son influence irradie entre la France et les Etats-Unis, de \u00ab\u00a0L&#8217;Envers du music-hall\u00a0\u00bb de Colette \u00e0 \u00ab\u00a0Meurtre d&#8217;un bookmaker chinois\u00a0\u00bb de Cassavetes. Pour son quatri\u00e8me long-m\u00e9trage (apr\u00e8s Mange ta soupe, Le Stade de Wimbledon et La Chose publique), le cin\u00e9aste-com\u00e9dien a recrut\u00e9 une troupe de strip-teaseuses am\u00e9ricaines de genre \u00ab\u00a0New Burlesque\u00a0\u00bb, qu&#8217;il met en sc\u00e8ne lors d&#8217;une tourn\u00e9e dans des villes provinciales fran\u00e7aises. French Cancan\u00a0: \u00ab\u00a0Si le Havre vous aime, la France va vous adorer\u00a0!\u00a0\u00bb, lance le producteur Joachim Zand, interpr\u00e9t\u00e9 par Amalric en personne, \u00e0 ces femmes girondes et grim\u00e9es qui se nomment Mimi le Meaux, Dirty Martini, Roky Roulette ou Kitten on the Keys. Le film tient sur une ligne t\u00e9nue entre r\u00e9el et fiction, comme dans cet \u00e9change de r\u00e9pliques, entre elles, \u00ab\u00a0C&#8217;est notre show, ne l&#8217;oublie pas\u00a0\u00bb, et lui, \u00ab\u00a0Oui, mais c&#8217;est mon pays\u00a0\u00bb. Mathieu Amalric nous confie\u00a0: \u00ab\u00a0Tourn\u00e9e, c&#8217;est une histoire de nomade qui traverse une vie de s\u00e9dentaire\u00a0\u00bb&#8230; Entre tatouages et plumes, faux cils et vraies larmes, h\u00f4tels de passage et mal du pays, le film invente une mobilit\u00e9 incessante, une fantaisie profonde, une \u00e9nergie vitale travers\u00e9e par des moments de grande tristesse : Mimi le Meaux, par exemple, se d\u00e9tachant du groupe dans un train, comme happ\u00e9e par une envie soudaine de sauter par-dessus bord.<\/p>\n<p>C&#8217;est l&#8217;intimit\u00e9 de ces effeuilleuses qui int\u00e9resse la cam\u00e9ra d&#8217;Amalric autant que son personnage de fiction, volontiers pr\u00e9venant, chaperonnant. Les premiers plans les d\u00e9couvrent dans l&#8217;alc\u00f4ve de leur loge, en train de se pr\u00e9parer, de s&#8217;enduire les seins de cr\u00e8me. Les num\u00e9ros sont toujours film\u00e9s depuis les coulisses, dans une grande proximit\u00e9 avec leurs corps et leurs mouvements, et jamais depuis la fixit\u00e9 du regard du spectateur th\u00e9\u00e2tral. <\/p>\n<p>Symboliquement ici, le rideau est moins celui de la salle de spectacle que celui de la chambre. Chambre de cet h\u00f4tel d\u00e9saffect\u00e9 \u00e9chou\u00e9 dans les dunes, o\u00f9 Joachim se couche enfin, les l\u00e8vres rouges et le visage en larmes, tant\u00f4t obscur tant\u00f4t lumineux au gr\u00e9 de la lumi\u00e8re intermittente qui perce \u00e0 travers le rideau. Durant toute la premi\u00e8re partie du film, peut-\u00eatre la plus r\u00e9ussie, la mise en sc\u00e8ne travaille cette abolition de la distance du spectacle vivant qu&#8217;elle m\u00e9tamorphose en pr\u00e9sence cin\u00e9matographique, en dur\u00e9e intensive. <\/p>\n<p>Deux moments d&#8217;intimit\u00e9 soutenue se distinguent\u00a0: le r\u00e9cit feutr\u00e9 par l&#8217;une des com\u00e9diennes de sa rencontre d&#8217;un soir, sc\u00e8ne de sexe rat\u00e9e dans des toilettes et la rencontre, dans une station-service, entre Joachim et la caissi\u00e8re, pourtant s\u00e9par\u00e9s par une \u00e9paisse vitre sur une aire d&#8217;autoroute. Elle est la seule \u00e0 accepter de baisser le son de la radio, de satisfaire sa monomanie leitmotiv du film, son r\u00eave d&#8217;affranchissement. \u00ab\u00a0Aujourd&#8217;hui, dans le monde du travail, la peur est partout. Cela emp\u00eache de d\u00e9sob\u00e9ir. La servilit\u00e9 t\u00e9tanise tout\u00a0\u00bb, raconte Amalric. Ce plein d&#8217;essence est un plein de vie, moment vol\u00e9, flottant, \u00e9trange, o\u00f9 le possible prend le pas sur le r\u00e9el. Dans ce non-lieu uniforme qu&#8217;est l&#8217;aire d&#8217;autoroute, c&#8217;est l&#8217;uniformit\u00e9 surtout qui en prend un sacr\u00e9 coup. Au d\u00e9but du film, dans le salon d&#8217;un h\u00f4tel standardis\u00e9, une des filles avait renvers\u00e9 son verre sur l&#8217;uniforme d&#8217;une h\u00f4tesse de l&#8217;air. Un vent burlesque, pluie de plumes, qui balaie tout sur son passage. And now the show\u00a0! Et Cannes \u00e0 l&#8217;ann\u00e9e prochaine&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A vec sa Tourn\u00e9e, Prix de la mise en sc\u00e8ne, Mathieu Amalric a offert l&#8217;un des films les plus originaux de la comp\u00e9tition. 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