{"id":4537,"date":"2010-07-14T00:00:00","date_gmt":"2010-07-13T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/godard-irreductible-solitaire4537\/"},"modified":"2010-07-14T00:00:00","modified_gmt":"2010-07-13T22:00:00","slug":"godard-irreductible-solitaire4537","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4537","title":{"rendered":"Godard, irr\u00e9ductible solitaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Qu&#8217;avez-vous pens\u00e9 de Film Socialisme pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes\u00a0? <\/p>\n<p>Je tenais \u00e0 voir le film \u00e0 Cannes, ainsi que la conf\u00e9rence de presse annonc\u00e9e. Le fait que Godard ne soit pas venu, c&#8217;est la pirouette attendue : vous vous passerez de moi, je ne veux pas faire le clown, il n&#8217;y aura pas de dernier tour de piste. C&#8217;est une mani\u00e8re r\u00e9jouissante de ne pas vouloir jouer le jeu qu&#8217;on attend de lui, mais c&#8217;est aussi une fa\u00e7on de dispara\u00eetre. Ce geste tr\u00e8s d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 s&#8217;inscrit parfaitement dans la psych\u00e9 godardienne. Godard est un m\u00e9lancolique suicidaire. Lamentation sur la d\u00e9cadence de l&#8217;Europe, le film tient sa promesse de somme, de testament. La destination de la croisi\u00e8re, c&#8217;est la fin. Mais Godard demeure un publicitaire de son temps\u00a0: il y a trois ans, au d\u00e9but du projet, le mot \u00ab\u00a0socialisme\u00a0\u00bb appartenait au pass\u00e9. Quand le film est montr\u00e9 \u00e0 Cannes, il devient le parangon de la modernit\u00e9 esth\u00e9tique.<\/p>\n<p><strong> Godard a envoy\u00e9 une lettre \u00e0 Thierry Fr\u00e9maux [d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral du festival]\u00a0: \u00ab\u00a0Suite \u00e0 des probl\u00e8mes de type grec, je ne pourrai \u00eatre votre oblig\u00e9 \u00e0 Cannes.\u00a0\u00bb Une \u00e9trange substitution&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>Godard a toujours aim\u00e9 \u00eatre un contemporain de la mis\u00e8re du monde. En 1995, il avait refus\u00e9 d&#8217;aller \u00e0 la Berlinale o\u00f9 JLG\/JLG \u00e9tait s\u00e9lectionn\u00e9 sur le motif \u00ab\u00a0mes probl\u00e8mes de type bosniaque\u00a0\u00bb&#8230; Sarajevo \u00e9tait alors assi\u00e9g\u00e9. Sa fa\u00e7on d&#8217;\u00eatre solidaire de la souffrance est assez belle, ce n&#8217;est pas seulement un effet d&#8217;annonce. Elle est v\u00e9cue. Godard est sinc\u00e8rement effondr\u00e9 du retournement qui touche la Gr\u00e8ce. S&#8217;il y a bien un pays auquel l&#8217;Europe doit tout, c&#8217;est la Gr\u00e8ce, et aujourd&#8217;hui, c&#8217;est la Gr\u00e8ce qui doit aux autres. Godard se sent proche de cet \u00e9tat mis au ban. \u00c9voque-t-il aussi une faillite personnelle\u00a0? Il dit avoir vendu Rolle, son atelier, son mat\u00e9riel.<\/p>\n<p><strong> Le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 \u00e0 plusieurs. Est-ce une fa\u00e7on de renouer avec la p\u00e9riode collective des ann\u00e9es 1970\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 avec Jean-Paul Battaggia, son producteur depuis\u00a0Notre musique, Paul Grivas, son neveu, et Fran\u00e7ois Aragno, son assistant. Il y a eu deux croisi\u00e8res de trois semaines, Godard n&#8217;a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent que dans l&#8217;une d&#8217;entre elles. Si les images sont collectives, le film est pris dans une contradiction qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 celle de Dziga Vertov\u00a0; il n&#8217;y a que le nom de Godard sur l&#8217;affiche. Film Socialisme d\u00e9nonce le tourisme occidental de masse, un th\u00e8me qui vient encore de ses ann\u00e9es politiques. Le tourisme s&#8217;inscrit dans une exploitation g\u00e9n\u00e9rale, celle des pauvres par les riches, du Tiers Monde par l&#8217;Occident. L&#8217;exploitation est globale et Godard : c&#8217;est sa radicalit\u00e9 : ne s\u00e9pare pas les niveaux \u00e9conomique, touristique ou sexuel. <\/p>\n<p><strong> La prostitution n&#8217;est-elle pas l&#8217;un de ses th\u00e8mes les plus politiques\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>La m\u00e9taphore du capitalisme \u00e0 travers l&#8217;exploitation tarif\u00e9e de la sexualit\u00e9 est une obsession constante depuis Vivre sa vie jusqu&#8217;\u00e0 Film Socialisme, o\u00f9 l&#8217;on sent tr\u00e8s bien, dans les sc\u00e8nes de bo\u00eetes de nuit, de casinos, ce geste consistant \u00e0 payer pour le plaisir. Dans Sauve qui peut (la vie), la cha\u00eene du travail est une cha\u00eene sexuelle. C&#8217;est la repr\u00e9sentation la plus frontale de l&#8217;exploitation capitaliste. Le sexe pour Godard n&#8217;est jamais lib\u00e9rateur.<\/p>\n<p><strong> Plut\u00f4t que des films politiques, Godard voulait faire politiquement des films. Comment comprendre cette diff\u00e9rence\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est un slogan lanc\u00e9 par le groupe Dziga Vertov en 1969-1970 dans un manifeste \u00e0 la L\u00e9nine qui s&#8217;appelle \u00ab\u00a0Que faire\u00a0?\u00a0\u00bb. Faire politiquement du cin\u00e9ma, c&#8217;est critiquer les films politiques, genre fictions de gauche, c&#8217;est faire du cin\u00e9ma autrement en questionnant la tradition narrative, le montage, l&#8217;identification aux personnages. C&#8217;est introduire la critique \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la fabrication du film. Cela, avant m\u00eame de le formuler, Godard l&#8217;avait d\u00e9j\u00e0 exp\u00e9riment\u00e9 de diff\u00e9rentes fa\u00e7ons. Dans Pierrot le fou, Week-End, La Chinoise, l&#8217;utilisation du rouge \u00e9tait une mani\u00e8re de faire politiquement du cin\u00e9ma. Godard cr\u00e9e une esth\u00e9tique politique. Dziga Vertov, c&#8217;est plus une p\u00e9dagogie critique. Faire politiquement des films politiques, c&#8217;est, par exemple, filmer des slogans. La fa\u00e7on dont Godard monte ses films a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment modifi\u00e9e par l&#8217;exp\u00e9rience Dziga Vertov. L&#8217;association d&#8217;images qui n&#8217;ont rien \u00e0 voir entre elles cr\u00e9e une id\u00e9e. L&#8217;utilisation de l&#8217;\u00e9criture dans les films est ancienne chez Godard mais Dziga Vertov la radicalise dans les ann\u00e9es 1970. C&#8217;est cette radicalit\u00e9 qui reste. Godard continue \u00e0 choquer, \u00e0 jurer, \u00e0 dire des gros mots. Iconoclaste. Irr\u00e9ductiblement solitaire.<\/p>\n<p><strong> Le Godard politique vise-t-il le grand public ou une \u00e9lite\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Sur ce plan, Godard a vite \u00e9t\u00e9 conscient de son malheur. Il n&#8217;y a pas chez lui de volontarisme du grand public, de d\u00e9sir d&#8217;aller au peuple, en tout cas pas avec le cin\u00e9ma. Godard critique la propagande. Mais il sait aussi se servir des m\u00e9dias. Dans les ann\u00e9es 1980, quand il d\u00e9cide de revenir dans le syst\u00e8me, de faire des films avec des producteurs, des vedettes, de raconter les grands mythes comme Carmen ou Marie, il joue le jeu m\u00e9diatique et devient un homme public c\u00e9l\u00e8bre. En cinq ans, entre Sauve qui peut (la vie) et Je vous salue Marie, il touche pr\u00e8s de deux millions de spectateurs en France. Le scandale autour de Je vous salue Marie attire du monde. La fa\u00e7on dont Godard promeut ses films \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision aussi&#8230; Il profite du syst\u00e8me t\u00e9l\u00e9visuel tout en le mettant \u00e0 nu. Quand il demande \u00e0 Yves Mourousi de refaire son journal, en indiquant aux techniciens comment cadrer, il refait la grammaire t\u00e9l\u00e9visuelle, critique la t\u00e9l\u00e9vision de l&#8217;int\u00e9rieur. Godard joue l\u00e0 un vrai r\u00f4le politique. Son drame, c&#8217;est que ce soit son personnage et pas ses films qui touche le public.<\/p>\n<p><strong> Godard a-t-il \u00e9volu\u00e9 de la droite vers la gauche\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence des autres cin\u00e9astes de la Nouvelle Vague, Godard a toujours consid\u00e9r\u00e9 la politique comme quelque chose d&#8217;important. Godard appara\u00eet d&#8217;abord comme un jeune hussard de droite. Alors que la jeunesse est majoritairement engag\u00e9e contre la guerre d&#8217;Alg\u00e9rie, A bout de souffle semble bien provocateur. Le Petit soldat est ambigu aussi. Godard entretient une solidarit\u00e9 avec les perdants de l&#8217;histoire\u00a0; or, apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale et la d\u00e9colonisation, c&#8217;est la jeune droite qui perd, l&#8217;Alg\u00e9rie fran\u00e7aise, l&#8217;OAS. Il y a un d\u00e9sespoir chez le jeune cin\u00e9aste. Une \u00e9l\u00e9gance dandy, v\u00e9cue dans ses relations, ses lectures, ses fascinations, qui est plut\u00f4t l&#8217;apanage de la droite, de personnages de cin\u00e9ma comme Brialy chez Chabrol, ou Ronet dans Le Feu Follet. La vraie rupture, c&#8217;est la censure qui la cr\u00e9e. Une Femme mari\u00e9e est victime de la censure d&#8217;Alain Peyrefitte, ministre de l&#8217;Information sous De Gaulle. A ce moment-l\u00e0, Godard bascule de droite \u00e0 gauche. Ce changement est concomitant de la naissance du Nouvel Observateur dont Godard devient le h\u00e9ros de gauche, symbole de l&#8217;air du temps. Avant l&#8217;\u00e8re de la t\u00e9l\u00e9, la presse magazine des ann\u00e9es 1960 est la premi\u00e8re mani\u00e8re pour Godard de jouer le jeu m\u00e9diatique. Ce qui l&#8217;ancre vraiment \u00e0 gauche, c&#8217;est la guerre du Vi\u00eatnam, pr\u00e9sente dans ses films \u00e0 partir de Pierrot le fou. Son g\u00e9nie consiste \u00e0 m\u00e9tamorphoser cet engagement politique en happening artistique. Pierrot le fou invente le rouge Godard qu&#8217;Aragon sacralise en 1965 dans un article des Lettres fran\u00e7aises, \u00ab\u00a0Qu&#8217;est-ce que l&#8217;art, Jean-Luc Godard\u00a0?\u00a0\u00bb. Aragon n&#8217;est alors plus rouge communiste, il est rouge Godard&#8230; Godard arrive \u00e0 montrer que la fuite dans l&#8217;art est politique. C&#8217;est le sujet de Pierrot le fou, une fuite \u00e9perdue de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation, du r\u00e9gime gaulliste, pour se r\u00e9fugier dans un monde d&#8217;art, o\u00f9 l&#8217;on vit au milieu des tableaux, o\u00f9 la nature est devenue une \u0153uvre, o\u00f9 l&#8217;on se fait exploser la gueule en bleu ou en jaune comme dans un po\u00e8me de Rimbaud ou un tableau de Delacroix. Pierrot le fou constitue une g\u00e9n\u00e9ration Godard : ceux qui ont 20\u00a0ans en 1965. L&#8217;identification joue alors \u00e0 plein.<\/p>\n<p><strong> Comment Godard le vit-il\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Il faut bien comprendre qu&#8217;en 1967, ann\u00e9e o\u00f9 il \u00e9pouse Anne Wiazemsky, Godard est partout, dans tous les magazines, \u00e0 la une de Paris Match, au festival d&#8217;Avignon. C&#8217;est la star culturelle de l&#8217;ann\u00e9e. Il en est meurtri jusqu&#8217;\u00e0 la naus\u00e9e\u00a0; il ne supporte plus d&#8217;\u00eatre devenu cette t\u00eate de gondole du supermarch\u00e9 de la culture. Il y a alors une rupture violente. Il casse tout. D&#8217;une certaine mani\u00e8re, cela se passe avant 68\u00a0; 68 vient confirmer ce qu&#8217;il a senti et ce qu&#8217;il a commenc\u00e9 \u00e0 renier. Godard est toujours incroyablement contemporain : ses films sont les meilleurs radars du temps, souvent porteurs d&#8217;une \u00e9ternelle jeunesse, d&#8217;un pr\u00e9sent absolu : mais il entretient un rapport de malaise avec son pr\u00e9sent. Cela est tr\u00e8s net en 68. D\u00e8s 67, La Chinoise enterrait les illusions du gauchisme. Face au slogan des situationnistes de 68 qui d\u00e9signe Godard comme \u00ab\u00a0le plus con des Suisses pro-chinois\u00a0\u00bb, il est d\u00e9muni\u00a0: il n&#8217;est d\u00e9j\u00e0 plus cela mais les gauchistes le voient toujours comme l&#8217;incarnation de la culture chic, pop, de la bourgeoisie \u00e9clair\u00e9e. Godard est d\u00e9j\u00e0 militant mais est encore une vedette. Il est extr\u00eamement mal \u00e0 l&#8217;aise avec ce moment 68, moment de mise \u00e0 bas des vedettes, de l&#8217;individualisme, des auteurs. Godard en un sens fut le premier \u00e0 casser la statue qui est la sienne. Il voyage alors aux Etats-Unis o\u00f9 il trouve une forme de libert\u00e9, de reconnaissance. Les films Dziga Vertov sont co-financ\u00e9s par de l&#8217;argent am\u00e9ricain, ce qui est assez paradoxal. La part gauchiste de l&#8217;Oncle Sam finan\u00e7ant les films anti-yankees\u00a0! <\/p>\n<p><strong> Que dire de son engagement envers la Palestine\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Entre 1967 et 1969, apr\u00e8s la guerre des Six Jours, sa lutte pour le peuple palestinien se fonde sur une d\u00e9nonciation des deux imp\u00e9rialismes, l&#8217;imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain, notamment au Vi\u00eatnam, et l&#8217;imp\u00e9rialisme isra\u00e9lien qui empi\u00e8te sur la terre des Palestiniens. L&#8217;image d&#8217;Isra\u00ebl change alors du tout au tout. Ce n&#8217;est plus l&#8217;\u00e9tat martyr construit sur les traces de la Shoah, c&#8217;est l&#8217;\u00e9tat surarm\u00e9, alli\u00e9 de l&#8217;Am\u00e9rique et vainqueur des Arabes. Pour Godard, se construit une double solidarit\u00e9 avec les vaincus\u00a0: avec les Palestiniens et les Indiens, les Palestiniens devenant les Peaux Rouges d&#8217;Isra\u00ebl. Godard forge alors un discours anti-sioniste qui est un discours de mal\u00e9diction de l&#8217;Histoire. Les victimes deviennent les bourreaux\u00a0: \u00ab\u00a0Les juifs font aux Arabes ce que les nazis ont fait aux juifs\u00a0\u00bb. Il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une \u00ab\u00a0godarderie\u00a0\u00bb histrionne. Trente ans plus tard, elle para\u00eet tr\u00e8s provocatrice, \u00e0 la limite de l&#8217;antis\u00e9mitisme. Mais ce que Godard vise, c&#8217;est l&#8217;\u00e9tat d&#8217;Isra\u00ebl et pas le fait d&#8217;\u00eatre juif.<\/p>\n<p><strong> Et la Bosnie\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Godard s&#8217;engage \u00e0 sa fa\u00e7on, avec cet art de m\u00e9tamorphoser ses engagements en formes esth\u00e9tiques. C&#8217;est le contraire de BHL en un sens, qui, lui, va sur le terrain. Godard fait son premier voyage \u00e0 Sarajevo tr\u00e8s tard, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, pour tourner Notre Musique, apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 Francis Bueb, mais depuis 1993, ce pays est int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 son cin\u00e9ma, \u00e0 travers des lettres, comme Je vous salue, Sarajevo, plusieurs \u00e9pisodes des Histoire(s) du cin\u00e9ma, ou For Ever Mozart, film d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la Bosnie mais qu&#8217;il tourne \u00e0 cinq minutes de chez lui, dans la maison de son enfance sur le Lac L\u00e9man. C&#8217;est sur le terrain de l&#8217;intime que la trag\u00e9die de l&#8217;histoire survient. Cela est tr\u00e8s fort.\u00a0<\/p>\n<p><strong> La question du droit d&#8217;auteur traverse Film Socialisme. Pourquoi\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Tout son cin\u00e9ma est du piratage. Godard est un voleur, c&#8217;est un trait de caract\u00e8re. Il volait de l&#8217;argent dans les poches de son entourage. Cette monomanie le constitue et il a pay\u00e9 pour elle, il a \u00e9t\u00e9 exclu de sa famille, a fait de la prison, un s\u00e9jour en h\u00f4pital psychiatrique. Godard vole des citations, des plans. C&#8217;est un voleur sans guillemets, il ne cite pas ses sources, \u00e0 part quelquefois les couvertures des livres. Cela peut aller loin\u00a0; pour \u00e9crire le sc\u00e9nario de Nouvelle Vague, il a charg\u00e9 son assistant de r\u00e9unir quinze grands livres du XXe si\u00e8cle\u00a0; avec des ciseaux, il coupe dedans, \u00e9crivant ainsi les dialogues&#8230; Constitutif de l&#8217;\u0153uvre, ce vol devient l&#8217;\u0153uvre elle-m\u00eame\u00a0: les Histoire(s) du cin\u00e9ma, fragments \u00e9clat\u00e9s d&#8217;environ 500\u00a0films. Godard n&#8217;avait bien s\u00fbr pas les moyens d&#8217;en payer les droits. Il th\u00e9orise une pratique du piratage. L&#8217;artiste a le devoir de donner son \u0153uvre au pot commun. Si tous les artistes faisaient cela, il y aurait une communaut\u00e9 d&#8217;\u0153uvres dans laquelle chacun pourrait puiser. Godard est prot\u00e9g\u00e9 par le droit de citation et par son nom. Qui osera lui faire un proc\u00e8s\u00a0? Il peut revendiquer cette conception de la culture comme bien commun, contraire \u00e0 celle de la plupart des auteurs et des pouvoirs publics, de la loi Hadopi. Cette position politique part d&#8217;un manifeste esth\u00e9tique, le droit de citation. C&#8217;est aussi un principe de vie. Vivre comme un pirate&#8230;<\/p>\n<p>[[Antoine de Baecque est historien et critique de cin\u00e9ma. Auteur de nombreux ouvrages, ancien r\u00e9dacteur en chef des Cahiers du cin\u00e9ma puis des pages Culture de Lib\u00e9ration, il vient de publier Godard. Biographie (\u00e9d. Grasset, 25 ?).<br \/>\n]]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Qu&#8217;avez-vous pens\u00e9 de Film Socialisme pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 Cannes\u00a0? <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-4537","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4537","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4537"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4537\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4537"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4537"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4537"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}