{"id":4497,"date":"2010-02-01T00:00:00","date_gmt":"2010-01-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/boltanski-la-vie-a-l-ombre-de-la4497\/"},"modified":"2010-02-01T00:00:00","modified_gmt":"2010-01-31T23:00:00","slug":"boltanski-la-vie-a-l-ombre-de-la4497","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4497","title":{"rendered":"Boltanski. La vie \u00e0 l&#8217;ombre de la mort"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"><em> \u00ab Un artiste de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle \u00bb <\/em> : ainsi s&#8217;auto-d\u00e9finit Christian Boltanski, en incluant le temps et l&#8217;Histoire dans son \u0153uvre. Deux expositions : au Grand Palais \u00e0 Paris et au Mac\/Val \u00e0 Vitry : mettent en sc\u00e8ne son questionnement sur le hasard, la vie, la mort, la m\u00e9moire, la survie. Visites. <\/p>\n<p>En entrant dans la Nef du Grand Palais investie par Christian Boltanski pour ce Monumenta 2010, on est vite saisi. Cela tombe bien, c&#8217;est justement l&#8217;intention de l&#8217;artiste qui travaille le sensible. A mille lieues de l&#8217;atmosph\u00e8re habituelle des mus\u00e9es, chaleureuse et feutr\u00e9e, il y fait froid. L&#8217;accueil est un mur en ferraille. Les 13 500 m2 de la grande verri\u00e8re sont transform\u00e9s en un espace froid, abritant des tonnes de v\u00eatements jet\u00e9s \u00e0 terre pour signifier les corps qui quittent la vie. Des n\u00e9ons, des morceaux de fer et une grue qui incarne la main de Dieu ou le hasard de la vie : \u00ab une puissance sans raison \u00bb : viennent compl\u00e9ter ce tableau lugubre, donnant \u00e0 l&#8217;espace des airs d&#8217;usine. En fond sonore, des bruits de battements de c\u0153ur sont diffus\u00e9s en continu. Le climat ainsi cr\u00e9\u00e9 a quelque chose d&#8217;oppressant. L&#8217;artiste recherche notre sentiment de malaise face \u00e0 l&#8217;image de la Shoah, \u00e0 laquelle on pense imm\u00e9diatement, et \u00e0 tout ce qui transforme l&#8217;homme en chose, le corps en objet industriel. L&#8217;exposition : ou plut\u00f4t le<em> \u00ab spectacle \u00bb <\/em> pour reprendre le terme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 par l&#8217;artiste : s&#8217;appelle \u00ab Personnes \u00bb. Le mot est au pluriel\u00a0pour signifier ces personnes qui ne sont plus personne. La mort est mise en sc\u00e8ne et le hasard interrog\u00e9, deux th\u00e8mes qui sont au c\u0153ur de toute l&#8217;\u0153uvre de Boltanski, auxquels se rattachent l&#8217;enjeu de la m\u00e9moire et la question de ceux qui survivent.<\/p>\n<p><strong> SENSATION, \u00c9MOTION <\/strong><\/p>\n<p>L\u00e0 o\u00f9 l&#8217;art contemporain est souvent tr\u00e8s c\u00e9r\u00e9bral, comme s&#8217;il fallait d&#8217;abord passer par la t\u00eate, par l&#8217;intellect pour saisir la port\u00e9e de telle ou telle \u0153uvre, Boltanski joue la carte, plus grand public, de la sensation, de l&#8217;\u00e9motion. L&#8217;art pour lui, ce n&#8217;est pas la r\u00e9alit\u00e9 mais faire ressentir la r\u00e9alit\u00e9. L&#8217;art sert \u00e0 poser des questions. Boltanski se bat contre ce temps o\u00f9 l&#8217;on n&#8217;ose m\u00eame plus arborer un signe de deuil, o\u00f9 l&#8217;on \u00e9loigne toujours plus la mort. Mais attention, pr\u00e9cise-t-il :<em> \u00ab Ce n&#8217;est pas une d\u00e9ploration des morts du tout, c&#8217;est un questionnement sur le hasard de la vie et le tragique de la vie qui se termine toujours par la mort. \u00bb <\/em> L&#8217;interrogation sur la condition humaine est politique, et pas seulement m\u00e9taphysique. Dans un livre d&#8217;entretiens avec Catherine Grenier intitul\u00e9<em> La vie possible de Christian Boltanski <\/em>, dont une nouvelle \u00e9dition vient de para\u00eetre au Seuil, l&#8217;artiste explique que ce qui le diff\u00e9rencie de son chat, c&#8217;est que son chat accepte sa destin\u00e9e, contrairement \u00e0 un humain qui transforme sa destin\u00e9e. Les humains ont conscience qu&#8217;ils peuvent lutter contre le destin.<em> \u00ab Chez l&#8217;humain, explique l&#8217;artiste, il y a le d\u00e9sir de vie, de construire, de comprendre. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Sans doute est-ce cet amour de la vie, revendiqu\u00e9, qui lui a donn\u00e9 l&#8217;envie de collectionner les c\u0153urs, ou plus exactement les bruits de battements qu&#8217;il enregistre. Boltanski en a d\u00e9j\u00e0 r\u00e9colt\u00e9 plus de 20 000 qui doivent prendre place sur une \u00eele quasi d\u00e9serte au Japon, appel\u00e9e \u00e0 devenir de facto une \u00ab \u00eele de morts \u00bb avec tous ces battements de c\u0153urs appel\u00e9s \u00e0 dispara\u00eetre. Chacun peut sur place faire enregistrer son c\u0153ur et repartir ainsi catalogu\u00e9, avec un num\u00e9ro d&#8217;attribution en poche (du type 000 422), et m\u00eame un CD de son bruit intime en souvenir. Et apr\u00e8s ? \u00ab Apr\u00e8s \u00bb, c&#8217;est justement le titre de la suite du spectacle, volontairement situ\u00e9 en p\u00e9riph\u00e9rie, au Mac\/Val, un lieu que l&#8217;artiste affectionne particuli\u00e8rement et qu&#8217;il entend ainsi faire conna\u00eetre, m\u00eame si l&#8217;acc\u00e8s est plus difficile. (Est-ce pour cette raison que les critiques se sont focalis\u00e9es sur le Grand Palais au d\u00e9triment du Mac\/Val, donnant parfois le sentiment que l&#8217;\u0153uvre de Boltanski n&#8217;\u00e9tait expos\u00e9e qu&#8217;en un seul lieu ?)<\/p>\n<p><strong> LE CHOC <\/strong><\/p>\n<p>L\u00e0 aussi, dans le mus\u00e9e d&#8217;art contemporain du Val-de-Marne, l&#8217;artiste vise le choc. Les visiteurs sont d&#8217;abord invit\u00e9s \u00e0 traverser un rideau de fils blancs sur lequel sont projet\u00e9es en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 des images de foule. Quand on passe, celles-ci s&#8217;arr\u00eatent et nous p\u00e9n\u00e9trons dans un univers sombre, pav\u00e9 de sortes de tours noires. Les c\u0153urs ne battent plus, l&#8217;atmosph\u00e8re est calme. En d\u00e9ambulant dans cet espace qui a des airs de labyrinthe, nous croisons des personnages comme ceux de<em> Prendre la parole <\/em> (\u0153uvre de Boltanski, 2005), v\u00eatus de manteaux noirs perc\u00e9s de n\u00e9ons. En les approchant, ces derniers posent une question :<em> \u00ab comment es-tu mort ? \u00bb <\/em>,<em> \u00ab as-tu laiss\u00e9 beaucoup d&#8217;amis derri\u00e8re toi ? \u00bb <\/em>,<em> \u00ab as-tu beaucoup souffert ? \u00bb <\/em>, etc. A l&#8217;\u00e9tage, dans une autre salle d&#8217;exposition, des photos de visages anonymes sont accroch\u00e9es au mur, comme pour symboliser \u00e0 la fois la multitude et la singularit\u00e9 de l&#8217;humanit\u00e9. Ici, Boltanski saisit le moment de bascule entre la vie et la mort. Mais l&#8217;interrogation m\u00e9taphysique sur \u00ab l&#8217;apr\u00e8s \u00bb reste enti\u00e8re. L\u00e0 est sa question ?<\/p>\n<p><strong> C.A. <\/strong><\/p>\n<p>La double exposition<\/p>\n<p>Monumenta 2010, \u00ab Personnes \u00bb,  Nef du Grand Palais \u00e0 Paris, jusqu&#8217;au 21 f\u00e9vrier <\/p>\n<p>\u00ab Apr\u00e8s \u00bb, Mac\/Val, \u00e0 Vitry-sur-Seine dans le Val-de-Marne, jusqu&#8217;au 28 mars<\/p>\n<p>Le livre<\/p>\n<p>Christian Boltanski, Catherine Grenier,<em> La vie possible de Christian Boltanski <\/em>, Fiction et Cie, Seuil, r\u00e9\u00e9d. 2010.<\/p>\n<p>Le DVD<br \/>\n<em> Les vies possibles de Christian Boltanski. Portrait fant\u00f4me de l&#8217;artiste <\/em>, un film de Heinz Peter Schwerfel, Arte Editions<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><em> \u00ab Un artiste de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle \u00bb <\/em> : ainsi s&#8217;auto-d\u00e9finit Christian Boltanski, en incluant le temps et l&#8217;Histoire dans son \u0153uvre. Deux expositions : au Grand Palais \u00e0 Paris et au Mac\/Val \u00e0 Vitry : mettent en sc\u00e8ne son questionnement sur le hasard, la vie, la mort, la m\u00e9moire, la survie. 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