{"id":4493,"date":"2010-01-01T00:00:00","date_gmt":"2009-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/complicites-transgressives4493\/"},"modified":"2010-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-12-31T23:00:00","slug":"complicites-transgressives4493","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4493","title":{"rendered":"Complicit\u00e9s transgressives"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> <em> La Dame de tr\u00e8fle <\/em> de J\u00e9r\u00f4me Bonnell,<em> Complices <\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Mermoud,<em> Le Refuge <\/em> de Fran\u00e7ois Ozon : trois films fran\u00e7ais mettent ce mois-ci en sc\u00e8ne des couples de jeunes marginaux, des amours \u00e9tranges et troubles, des relations transgressives. Tour d&#8217;horizon. <\/p>\n<p>Argine et Aur\u00e9lien dans<em> La Dame de tr\u00e8fle <\/em> de J\u00e9r\u00f4me Bonnell, Rebecca et Vincent dans<em> Complices <\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Mermoud, Mousse et Louis dans<em> Le Refuge <\/em> de Fran\u00e7ois Ozon ; autant de personnages formant des couples incongrus, caboss\u00e9s par la vie et confront\u00e9s \u00e0 des situations limites : inceste, prostitution, drogue. On connaissait J\u00e9r\u00f4me Bonnell :<em> Le Chignon d&#8217;Olga <\/em> (2002),<em> Les Yeux clairs <\/em> (2005),<em> J&#8217;attends quelqu&#8217;un <\/em> (2007) : dans un registre plus doux et fragile, plus sentimental et choral ; avec<em> La Dame de tr\u00e8fle <\/em>, il signe un film noir tir\u00e9 au cordeau. Argine (Florence Loiret-Caille) et Aur\u00e9lien (Malik Zidi) vivent dans une petite ville de province. D\u00e8s les premiers plans du film, un bain quasi partag\u00e9 laisse pr\u00e9sager une intimit\u00e9 de couple. La proximit\u00e9 se change en ambigu\u00eft\u00e9 quand le spectateur comprend qu&#8217;Argine et Aur\u00e9lien ne sont pas amants mais fr\u00e8re et s\u0153ur. Ces deux orphelins ne se sont jamais quitt\u00e9s ; il travaille chez un fleuriste ; elle r\u00e9p\u00e8te le matin ses cassettes d&#8217;anglais dans sa cuisine et fait la f\u00eate le soir dans un bar o\u00f9 tra\u00eenent les m\u00eames habitu\u00e9s. Pour arrondir ses fins de mois, Aur\u00e9lien revend du m\u00e9tal vol\u00e9 \u00e0 l&#8217;insu de sa s\u0153ur. Un jour, apr\u00e8s qu&#8217;un vol a mal tourn\u00e9, Simon, son complice (Jean-Pierre Darroussin), vient r\u00f4der dans les parages pour lui r\u00e9clamer de l&#8217;argent. Aur\u00e9lien tente tant bien que mal de faire face, mais se retrouve pris dans un engrenage qui fait de lui un meurtrier. Alors qu&#8217;il tait son crime, le refoule, les traits d&#8217;un coupable id\u00e9al se profilent : Lo\u00efc (Marc Barb\u00e9), l&#8217;amant d&#8217;Argine, qui a eu la mauvaise id\u00e9e de s&#8217;accrocher avec Simon dans le bar et de dispara\u00eetre le soir du meurtre.<em> La Dame de tr\u00e8fle <\/em> parvient \u00e0 m\u00ealer l&#8217;atmosph\u00e8re r\u00e9aliste d&#8217;un sordide fait-divers et la force psychanalytique et symbolique d&#8217;un conte. Les deux h\u00e9ros ont quelque chose d&#8217;Hansel et Gretel qui ne se seraient pas perdus dans la for\u00eat mais se seraient \u00e9gar\u00e9s dans la vie. Comme si&#8230; :<em> \u00ab Comme si Aur\u00e9lien avait cherch\u00e9 toute sa vie un moyen de quitter sa s\u0153ur, et le seul qu&#8217;il ait trouv\u00e9 est de devenir un meurtrier. J&#8217;esp\u00e8re d&#8217;ailleurs ce film le moins psychologique possible. Je n&#8217;ai pas cherch\u00e9 \u00e0 donner de raisons trop apparentes d&#8217;agir aux personnages, sans doute par peur de tomber dans une compassion un peu douteuse. Je n&#8217;ai surtout pas voulu surcharger le contexte psychosocial, ni r\u00e9duire les personnages \u00e0 des victimes de leur condition. L&#8217;essentiel \u00e0 mes yeux r\u00e9side dans le lien entre le fr\u00e8re et la s\u0153ur. Il est le c\u0153ur du film, il illustre une qu\u00eate d&#8217;identit\u00e9 d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, qui pour moi fait \u00e9cho \u00e0 notre g\u00e9n\u00e9ration. J&#8217;ai donc essay\u00e9 d&#8217;\u00eatre au plus pr\u00e8s des sensations, des corps, des respirations \u00bb <\/em>, analyse le jeune r\u00e9alisateur n\u00e9 en 1977. L&#8217;avenir, c&#8217;est chiant, affirmait en substance Argine, quand on l&#8217;interrogeait au d\u00e9but du film sur son pr\u00e9nom (celui que porte la dame de tr\u00e8fle dans un jeu de cartes). Loin de la morale, la trajectoire du film consiste \u00e0 ouvrir un horizon de vie, \u00e0 rendre possible un futur pour ces deux personnages meurtris et meurtriers. Ainsi, ce tr\u00e8s beau plan final sur le visage d&#8217;Argine devenue complice, assise sur le perron de la porte et regardant les nuages.<\/p>\n<p><strong> FOUS D&#8217;AMOUR <\/strong><\/p>\n<p>Autre polar, avec flics celui-l\u00e0, autres amants criminels :<em> Complices <\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Mermoud, un premier long-m\u00e9trage tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9 et tr\u00e8s \u00e9crit. Un corps flotte dans le Rh\u00f4ne, celui du jeune Vincent&#8230; La mort et l&#8217;amour se tissent d\u00e8s l&#8217;or\u00e9e du film quand on voit Vincent (Cyril Descours) et Rebecca (Nina Meurisse), 17-18 ans environ, tomber amoureux d\u00e8s le premier regard \u00e9chang\u00e9 dans un cybercaf\u00e9. Film entrelac\u00e9,<em> Complices <\/em> est construit sur un montage altern\u00e9 entre une plong\u00e9e dans l&#8217;histoire d&#8217;amour des deux adolescents et le d\u00e9roulement de l&#8217;enqu\u00eate polici\u00e8re men\u00e9e par un tandem de policiers, Herv\u00e9 Cagan (Gilbert Melki) et Karine Mangin (Emmanuelle Devos). Petit \u00e0 petit, l&#8217;histoire des jeunes imprime sa marque, ricoche sur la vie des policiers qui, confront\u00e9s \u00e0 leur solitude, revivent sur un mode douloureux certains choix existentiels. Le film ne tarde pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler que Vincent, que sa petite amie croyait un temps agent immobilier, gagne en fait sa vie en se prostituant. Rebecca d\u00e9cide de le suivre dans cette dangereuse aventure.<em> \u00ab J&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 que tous les jeunes du groupe auraient le m\u00eame \u00e2ge, tout juste 18 ans, m\u00eame celui qui organise les passes. Cela rendait cette n\u00e9buleuse plus opaque, plus inqui\u00e9tante. Au fond, le n\u0153ud sociologique de cette affaire ne m&#8217;int\u00e9ressait pas, car je n&#8217;\u00e9tais pas en train de travailler sur un sujet de soci\u00e9t\u00e9. Je voulais plut\u00f4t explorer un certain mode d&#8217;\u00eatre de deux jeunes amoureux, leur mani\u00e8re de jouer avec leur d\u00e9sir, leur corps, de transgresser des normes sociales et d&#8217;\u00e9prouver une sorte de pr\u00e9sent pur \u00bb <\/em>, commente Fr\u00e9d\u00e9ric Mermoud.<\/p>\n<p><strong> UNE MATERNIT\u00c9 MARGINALE <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est sur une s\u00e9quence transgressive que s&#8217;ouvre<em> Le Refuge <\/em>, de Fran\u00e7ois Ozon : film\u00e9 de tr\u00e8s pr\u00e8s, un couple de junkies, Mousse (Isabelle Carr\u00e9) et Louis (Melvil Poupaud), se shoote \u00e0 l&#8217;h\u00e9ro\u00efne. Fran\u00e7ois Ozon est l&#8217;un des r\u00e9alisateurs fran\u00e7ais les plus prolifiques qui arpente, cavalier seul, des territoires et des genres tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Depuis Regarde la mer, le moyen-m\u00e9trage qui l&#8217;a fait conna\u00eetre en 1997, le cin\u00e9aste a sign\u00e9 onze films, du tr\u00e8s beau<em> Sous le sable <\/em> (2001) \u00e0 l&#8217;\u00e9trange et puissant<em> Ricky <\/em> (2009), en passant par<em> Les Amants criminels <\/em> (1999),<em> 8 Femmes <\/em> (2002),<em> 5 x 2 <\/em> (2004) ou<em> Le Temps qui reste <\/em> (2005). Dans ce dernier film, Melvil Poupaud, condamn\u00e9 par un cancer, vivait ses derniers instants ; le m\u00eame acteur dispara\u00eet sans tarder du<em> Refuge <\/em>, succombant \u00e0 une overdose. A l&#8217;h\u00f4pital, sa compagne qui r\u00e9pond au nom bizarre de Mousse apprend dans le m\u00eame temps que Louis est mort et qu&#8217;elle est enceinte. Elle d\u00e9cide de garder l&#8217;enfant et se r\u00e9fugie, seule, dans une maison qu&#8217;on lui pr\u00eate dans le Pays Basque. Quand Paul (le chanteur, Louis-Ronan Choisy), le fr\u00e8re de Louis, vient lui rendre visite, son ventre est d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s arrondi. C&#8217;est autour de lui qu&#8217;un lien trouble se tisse progressivement entre la jeune femme r\u00e9calcitrante et ce beau-fr\u00e8re homosexuel. Servi par la fragilit\u00e9 de l&#8217;actrice Isabelle Carr\u00e9, r\u00e9ellement enceinte lors du tournage, le film parvient \u00e0 mettre en sc\u00e8ne une maternit\u00e9 marginale :<em> \u00ab Dans notre soci\u00e9t\u00e9, la maternit\u00e9 est id\u00e9alis\u00e9e, associ\u00e9e \u00e0 une imagerie extr\u00eamement positive. Je voulais montrer que les choses sont souvent plus complexes. L&#8217;instinct maternel ne va pas de soi. La maternit\u00e9 de Mousse n&#8217;est pas v\u00e9cue dans une logique de procr\u00e9ation. Elle s&#8217;av\u00e8re avant tout un moyen d&#8217;accepter la disparition de Louis, de faire un deuil. Le corps de Mousse n&#8217;est qu&#8217;un endroit de passage, le lieu d&#8217;une transmission \u00bb <\/em>, avance Fran\u00e7ois Ozon.  <\/p>\n<p><strong> J.C. <\/strong><br \/>\n<em> La Dame de tr\u00e8fle <\/em> de J\u00e9r\u00f4me Bonnell, en salles depuis le 13 janvier<br \/>\n<em> Complices <\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Mermoud, en salles depuis le 20 janvier<br \/>\n<em> Le Refuge <\/em> de Fran\u00e7ois Ozon, en salles depuis le 27 janvier<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b068, janvier 2010<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> <em> La Dame de tr\u00e8fle <\/em> de J\u00e9r\u00f4me Bonnell,<em> Complices <\/em> de Fr\u00e9d\u00e9ric Mermoud,<em> Le Refuge <\/em> de Fran\u00e7ois Ozon : trois films fran\u00e7ais mettent ce mois-ci en sc\u00e8ne des couples de jeunes marginaux, des amours \u00e9tranges et troubles, des relations transgressives. 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