{"id":4483,"date":"2010-01-01T00:00:00","date_gmt":"2009-12-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/bracelet-electronique-la-vie-entre4483\/"},"modified":"2010-01-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-12-31T23:00:00","slug":"bracelet-electronique-la-vie-entre4483","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4483","title":{"rendered":"Bracelet \u00e9lectronique. La vie entre parenth\u00e8ses"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Premier porteur d&#8217;un bracelet \u00e9lectronique mobile \u00e0 Paris, Jean-Pierre s&#8217;est vu assigner une zone de circulation d&#8217;environ deux kilom\u00e8tres carr\u00e9s. R\u00e9cit. <\/p>\n<p>Le juge m&#8217;a dit :<em> \u00abSoit vous acceptez le bracelet, soit vous restez en prison\u00bb. J&#8217;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 sortir \u00bb <\/em>, raconte Jean-Pierre, 59 ans dont 14 ans et une semaine de d\u00e9tention. Malgr\u00e9 ce \u00ab contrat \u00bb qui lui vaut de pouvoir circuler \u00e0 l&#8217;air libre, il est pourtant loin d&#8217;\u00eatre habit\u00e9 par un sentiment de libert\u00e9. Il a plut\u00f4t l&#8217;impression de s&#8217;\u00eatre fait avoir, cobaye d&#8217;une exp\u00e9rimentation juridico-m\u00e9diatique.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt 2006, \u00e0 Haubourdin, dans le Nord, a lieu le premier placement de bracelet \u00e9lectronique mobile. Ce programme s&#8217;adresse \u00e0 des d\u00e9tenus condamn\u00e9s \u00e0 des peines de plus de sept ans. Objectif annonc\u00e9 du minist\u00e8re :<em> \u00ab Aider ces condamn\u00e9s \u00e0 se r\u00e9ins\u00e9rer par un suivi socio-judiciaire tout en les pla\u00e7ant sous surveillance par le bracelet en contr\u00f4lant leurs mouvements. \u00bb <\/em> Le gouvernement souhaitait \u00e0 l&#8217;origine que cette mesure cens\u00e9e \u00eatre<em> \u00ab p\u00e9dagogique \u00bb <\/em> et<em> \u00ab pr\u00e9ventive \u00e0 la r\u00e9cidive \u00bb <\/em> s&#8217;applique pour une dur\u00e9e pouvant aller jusqu&#8217;\u00e0 vingt ans pour les d\u00e9lits par p\u00e9riode de trois ans maximum renouvelables, et de trente ans pour les crimes, par p\u00e9riode de cinq ans renouvelables. Les parlementaires en ont limit\u00e9 l&#8217;application \u00e0 deux ans renouvelables une fois pour les d\u00e9lits, deux fois pour les crimes, soit au total \u00e0 un maximum de six ans&#8230; Les cat\u00e9gories de d\u00e9tenus qui peuvent b\u00e9n\u00e9ficier de ce nouveau dispositif sont les m\u00eames que celles qui, autrefois, avaient droit \u00e0 des remises de peines ou des mesures de libert\u00e9 conditionnelle. Sauf que ces derniers b\u00e9n\u00e9ficiaient alors d&#8217;un seul suivi judiciaire et d&#8217;un r\u00e9el accompagnement social qui leur permettaient de pr\u00e9parer le retour \u00e0 l&#8217;enti\u00e8re libert\u00e9. Mais la logique judiciaire d&#8217;individualisation des peines et des r\u00e9gimes de semi-libert\u00e9, qui permettaient un retour progressif \u00e0 une vie normale, est aujourd&#8217;hui au plus bas. Ces am\u00e9nagements sont d\u00e9sormais consid\u00e9r\u00e9s comme des \u00ab cadeaux \u00bb. La peur d&#8217;\u00eatre mis en cause pour avoir accord\u00e9 une libert\u00e9 conditionnelle s&#8217;est largement r\u00e9pandue chez les magistrats bien moins regardants sur les conditions r\u00e9elles pouvant permettre une r\u00e9elle r\u00e9insertion.<\/p>\n<p><strong> SORTIES DE PRISON \u00ab S\u00c8CHES \u00bb <\/strong><br \/>\n<em> \u00ab Quand j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, on ne m&#8217;a jamais dit que je continuerai apr\u00e8s mon temps. J&#8217;ai b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;un an et demi de remise de peine et c&#8217;est sur cette p\u00e9riode qu&#8217;on m&#8217;a impos\u00e9 un bracelet\u00a0\u00e9lectronique \u00bb <\/em>, raconte Jean-Pierre. Depuis sa sortie de d\u00e9tention, il a engag\u00e9 des recours contestant le sort qui lui est fait, qu&#8217;il estime inadapt\u00e9 \u00e0 son parcours judiciaire. D&#8217;autant que le port du bracelet \u00e9lectronique rend quasi impossible toute r\u00e9elle pr\u00e9paration au retour \u00e0 la vie normale.<\/p>\n<p>Dans un rapport d&#8217;avril 2007, la Commission consultative des droits de l&#8217;Homme notait que<em> \u00ab plus de 80 % des condamn\u00e9s lib\u00e9r\u00e9s sortent de prison sans avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d&#8217;un am\u00e9nagement de peine \u00bb <\/em>. Des sorties \u00ab s\u00e8ches \u00bb avec au mieux le retour au domicile avec le RSA ou un h\u00e9bergement en centre d&#8217;h\u00e9bergement et de r\u00e9insertion sociale (CHRS) comme seule perspective. Une situation d&#8217;autant plus catastrophique que la libert\u00e9 conditionnelle, instaur\u00e9e en France en 1885, est aujourd&#8217;hui reconnue mondialement comme le meilleur moyen de pr\u00e9venir la r\u00e9cidive, dans la mesure o\u00f9 elle est r\u00e9ellement accompagn\u00e9e de moyens humains et mat\u00e9riels. Consid\u00e9r\u00e9e par le Conseil de l&#8217;Europe comme l&#8217;une des mesures<em> \u00ab les plus efficaces et les plus constructives pour pr\u00e9venir la r\u00e9cidive et pour favoriser la r\u00e9insertion sociale des d\u00e9tenus dans la soci\u00e9t\u00e9, un processus programm\u00e9, assist\u00e9 et contr\u00f4l\u00e9 \u00bb <\/em>, elle est pourtant aujourd&#8217;hui en diminution dans l&#8217;Hexagone. Deux \u00e9tudes men\u00e9es l&#8217;une par l&#8217;Administration p\u00e9nitentiaire en 2000, et l&#8217;autre pour le Conseil de l&#8217;Europe en 2005, \u00e9tablissaient que<em> \u00ab le retour en prison \u00bb <\/em> variait du simple au double selon le mode de lib\u00e9ration. Il \u00e9tait de 23 % pour les lib\u00e9r\u00e9s conditionnels, contre 40 % pour ceux sortis en fin de peine.<\/p>\n<p>L&#8217;arriv\u00e9e du bracelet \u00e9lectronique pr\u00e9sent\u00e9e par les successifs ministres de la Justice comme<em> \u00ab un programme phare \u00bb <\/em>, a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e par de nombreux m\u00e9dias comme<em> \u00ab la solution \u00e0 la surpopulation carc\u00e9rale \u00bb <\/em>, dans un contexte o\u00f9 la politique r\u00e9pressive et l&#8217;hyper-m\u00e9diatisation des d\u00e9lits et crimes commis par des r\u00e9cidivistes ou des sortants de prison poussent \u00e0 d&#8217;incessants durcissements des peines. Charg\u00e9 en 2005 par le Premier ministre de r\u00e9diger un rapport sur le placement sous surveillance \u00e9lectronique mobile, le d\u00e9put\u00e9 Georges Fenech en validait apr\u00e8s \u00e9tude la pertinence :<em> \u00ab Le PSEM <\/em> [Placement sous bracelet \u00e9lectronique mobile, ndr]<em> appara\u00eet comme une mesure acceptable dans l&#8217;ordre juridique fran\u00e7ais s&#8217;il est prononc\u00e9 \u00e0 titre de peine ou s&#8217;il s&#8217;inscrit dans le cadre de l&#8217;ex\u00e9cution d&#8217;une peine \u00bb <\/em>, estimait-il, pr\u00e9conisant toutefois que son usage n&#8217;exc\u00e8de pas deux ans.<\/p>\n<p><strong> COBAYE D&#8217;UN GADGET <\/strong><\/p>\n<p>Cobaye parisien de cet outil de surveillance \u00e0 distance, Jean-Pierre en conteste et le fond et la forme.<em> \u00ab Le bracelet mobile c&#8217;est un gadget, \u00e7a permet de dire \u00abvoil\u00e0 la solution\u00bb. Normalement, c&#8217;est pour les gens qui sont reconnus dangereux de fa\u00e7on av\u00e9r\u00e9e, ce qui n&#8217;est pas mon cas. Avec moi, ils ne prennent aucun risque. Dans un an ou deux, le ministre va pouvoir dire : \u00abVous voyez, \u00e7a marche, il n&#8217;a pas r\u00e9cidiv\u00e9\u00bb \u00bb, <\/em> r\u00e9sume Jean-Pierre.<em> \u00ab Le premier jour de ma sortie, on a pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 faire le tour de mon p\u00e9rim\u00e8tre et le soir on m&#8217;a d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 mon h\u00f4tel \u00bb <\/em>, raconte Jean-Pierre. Dans les jours qui suivent, la gal\u00e8re commence : alarmes se d\u00e9clenchant, messages d&#8217;erreurs et bugs en s\u00e9rie de jour comme de nuit. Jean-Pierre se retrouve \u00ab non localisable \u00bb ou \u00e0 recevoir des messages lui r\u00e9p\u00e9tant \u00ab Quittez imm\u00e9diatement la zone in-terdite \u00bb alors qu&#8217;il est dans sa chambre d&#8217;h\u00f4tel ou au bistrot du coin, r\u00e9veill\u00e9 la nuit par les sonneries du bo\u00eetier qui accompagne le bracelet puis finalement arr\u00eat\u00e9 par des policiers apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 \u00ab en fuite \u00bb alors qu&#8217;il sortait de l&#8217;association qui assure son suivi social&#8230; Il en est aujourd&#8217;hui \u00e0 son troisi\u00e8me changement de bracelet en raison de ces multiples dysfonctionnements techniques.<em> \u00ab C&#8217;est pas compliqu\u00e9, quand il y a des nuages, plus rien ne passe \u00bb <\/em>, r\u00e9sume-t-il narquois et un peu plus qu&#8217;agac\u00e9.<\/p>\n<p>Et c&#8217;est loin d&#8217;en \u00eatre la seule raison :<em> \u00ab L&#8217;article du code de proc\u00e9dure p\u00e9nale pr\u00e9voit que le porteur du bracelet doit pouvoir \u00eatre localis\u00e9 sur l&#8217;ensemble du territoire national. Normalement je devrais pouvoir circuler partout sauf dans des zones d&#8217;exclusion. Mais moi, ma zone d&#8217;exclusion, c&#8217;est tout le territoire national. Je n&#8217;ai plus qu&#8217;une zone de circulation, un petit ghetto. \u00bb <\/em> Une situation contre laquelle il a d\u00e9pos\u00e9 un pourvoi afin de se voir appliquer la loi et rien que la loi&#8230; Form\u00e9 \u00e0 l&#8217;horticulture pendant sa d\u00e9tention, il vit aujourd&#8217;hui dans l&#8217;un des quartiers les plus min\u00e9raux de Paris. Originaire du Sud-Ouest, faute de place disponible, c&#8217;est \u00e0 Paris qu&#8217;il v\u00e9g\u00e8te. Plut\u00f4t qu&#8217;un am\u00e9nagement de peine dans une structure qui lui aurait permis de commencer \u00e0 travailler dans l&#8217;horticulture, Jean-Pierre passe donc ces journ\u00e9es \u00e0 remplir le vide, un bracelet \u00e0 la cheville permettant au mieux de localiser ces allers et venues.<\/p>\n<p><strong> TUER LE TEMPS <\/strong><\/p>\n<p>Cette zone, extr\u00eamement petite sur le territoire parisien, comprend certes l&#8217;association qui assure son accompagnement social et l&#8217;h\u00f4tel meubl\u00e9 dans lequel il r\u00e9side. Mais de \u00ab hasard \u00bb en approximation, la zone de libre circulation qui lui a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e est situ\u00e9e dans l&#8217;un des arrondissements de Paris qui compte le plus grand nombre de foyers d&#8217;h\u00e9bergements d&#8217;urgence, de CHRS, d&#8217;h\u00f4tels meubl\u00e9s de Paris. Qu&#8217;il pleuve ou qu&#8217;il vente, ce sont ainsi chaque jour des centaines de personnes qui d\u00e9ambulent dans ce quartier, sans un sou en poche attendant le soir pour regagner leurs h\u00e9bergements, tuant eux aussi le temps&#8230;<\/p>\n<p>Et plus qu&#8217;une modernit\u00e9 constat\u00e9e  depuis sa sortie de prison, avec l&#8217;omnipr\u00e9sence des t\u00e9l\u00e9phones portables et les bonds qu&#8217;a faits la technique, ce qui a le plus choqu\u00e9 Jean-Pierre \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur,  c&#8217;est<em> \u00ab la d\u00e9liquescence de la soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 on renfloue les banques et o\u00f9 on laisse crever les gens dehors \u00bb <\/em>. Et cela, avec ou sans bracelet.<\/p>\n<p><strong> O.A. <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Premier porteur d&#8217;un bracelet \u00e9lectronique mobile \u00e0 Paris, Jean-Pierre s&#8217;est vu assigner une zone de circulation d&#8217;environ deux kilom\u00e8tres carr\u00e9s. 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