{"id":4467,"date":"2010-01-05T00:00:00","date_gmt":"2010-01-04T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/identite-nationale-et-passe4467\/"},"modified":"2010-01-05T00:00:00","modified_gmt":"2010-01-04T23:00:00","slug":"identite-nationale-et-passe4467","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4467","title":{"rendered":"Identit\u00e9 nationale et pass\u00e9 colonial. Pour un v\u00e9ritable d\u00e9bat"},"content":{"rendered":"<p>En r\u00e9ponse au d\u00e9bat sur l&#8217;identit\u00e9 nationale lanc\u00e9 par le Ministre de l&#8217;immigration, de l&#8217;int\u00e9gration, de l&#8217;identit\u00e9 nationale et du d\u00e9veloppement solidaire, Eric Besson, un collectif de personnalit\u00e9s du monde scientifique (dont Manceron, Coquery, Gastaut, Mbembe, Bancel, Mbokolo, Daeninckx&#8230;) et culturel s&#8217;est constitu\u00e9 afin de r\u00e9fl\u00e9chir aux conditions d&#8217;un autre d\u00e9bat en lien avec le pass\u00e9 colonial dans ce pays, possible et n\u00e9cessaire, aux c\u00f4t\u00e9s des appels de SOS racisme-Lib\u00e9ration et de Mediapart pour demander la fin de ce d\u00e9bat instrumentalis\u00e9 par le ministre et incontr\u00f4lable dans ces d\u00e9bordements.<\/p>\n<p>Cet appel, que vous trouverez ci-dessous, a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 (dans une version plus synth\u00e9tique) sur le site internet de Rue89 (http:\/\/www.rue89.com)  le 24 d\u00e9cembre 2009, un peu symboliquement en ce jour  \u00abcomme l&#8217;appel de No\u00ebl\u00bb&#8230; Et a \u00e9t\u00e9 diffus\u00e9 par plusieurs sites Internet et m\u00e9dias depuis. Notre volont\u00e9 est de poursuivre, en France et \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, cette diffusion tant que durera (jusqu&#8217;\u00e0 d\u00e9but f\u00e9vrier) le \u00abd\u00e9bat\u00bb du ministre. <\/p>\n<p>[[&#8212;<br \/>\n]]<strong> Identit\u00e9 nationale et pass\u00e9 colonial. Pour un v\u00e9ritable d\u00e9bat <\/strong><\/p>\n<p>\u00abUn grand d\u00e9bat sur l&#8217;identit\u00e9 nationale.\u00bb Des centaines de milliers de connexions, des rencontres en province dans les pr\u00e9fectures et 40.000 contributions (dont de nombreux \u00abd\u00e9rapages\u00bb) sur le site du ministre \u00c9ric Besson&#8230; Un succ\u00e8s ? Les critiques virulentes \u00e0 gauche, les demandes r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de mettre fin \u00e0 ce dangereux d\u00e9bat, et les doutes \u00e0 droite se multiplient depuis quelques jours et donnent, d\u00e9j\u00e0, un sentiment contraire. Des intellectuels, des chercheurs, des \u00e9crivains, des journalistes qui travaillent sur le colonial, l&#8217;immigration et le postcolonial proposent ici (et dans un appel diffus\u00e9 initialement le 24 d\u00e9cembre 2010 sur le site www.rue89), tout en refusant depuis le d\u00e9but de participer \u00e0 cette manipulation, une alternative au faux d\u00e9bat actuel.<\/p>\n<p>Disponibles sur le site www.debatidentitenationale.fr, des contributions de toutes sortes, des extraits et citations de personnalit\u00e9s, une centaine d&#8217;extraits d&#8217;articles et de d\u00e9clarations soigneusement choisis, mais aussi une rubrique \u00e9clairante, sous le titre : \u00ab Biblioth\u00e8que. \u00bb Les ouvrages contemporains sont tri\u00e9s sur le volet et une vingtaine d&#8217;auteurs sont mis en exergue avec quelques retouches depuis la premi\u00e8re semaine de mise en ligne. Observons cela de plus pr\u00e8s : aux c\u00f4t\u00e9s des classiques (Claude Nicolet, Maurice Agulhon, Marc Bloch, Dominique Schnapper, Eugen Weber&#8230;), des ouvrages souvent anachroniques (L\u00e9opold S\u00e9dar Senghor, mais pas Aim\u00e9 C\u00e9saire ; Fran\u00e7ois Mitterrand, mais pas Pierre Mend\u00e8s France ; Simone Weil, mais pas le sp\u00e9cialiste de l&#8217;immigration Patrick Weil ; L\u00e9on Blum et Th\u00e9odore Zeldin pour faire bonne figure ; Pierre-Jakez H\u00e9lias et Jacques Julliard pour que le tour d&#8217;horizon soit complet).<\/p>\n<p>On peut surtout distinguer les piliers sur lesquels doit reposer le d\u00e9bat et les \u00ab bonnes lectures \u00bb propos\u00e9es par \u00c9ric Besson \u00e0 l&#8217;attention des internautes : Luc Ferry (Luc pas Jules), Max Gallo (et son Fiers d&#8217;\u00eatre fran\u00e7ais), Daniel Lefeuvre (h\u00e9raut de l&#8217;\u00ab anti-repentance \u00bb), Gaston Kelman (son nouveau conseiller), De Gaulle et Andr\u00e9 Malraux (deux r\u00e9f\u00e9rences pour ce dernier !) et pour finir, au milieu des ouvrages et des \u00ab penseurs \u00bb, l&#8217;hebdomadaire Marianne (retir\u00e9 depuis du site). Un peu juste pour que nos concitoyens aient une vue d&#8217;ensemble d&#8217;une probl\u00e9matique aussi vaste. Mais le but n&#8217;est pas l\u00e0, il est dans l&#8217;incroyable manipulation de l&#8217;opinion \u00e0 laquelle invite le ministre.<\/p>\n<p>Nous savons tous que la mani\u00e8re de poser une question et d&#8217;en pr\u00e9senter le contexte et ses pr\u00e9suppos\u00e9s d\u00e9terminent souvent la r\u00e9ponse. Il faut donc lire soigneusement les discours du ministre, de ses coll\u00e8gues et des d\u00e9put\u00e9s qui soutiennent le gouvernement, et analyser les r\u00e9f\u00e9rences propos\u00e9es par le minist\u00e8re pour \u00ab guider \u00bb les d\u00e9bats. Les r\u00e9ponses des internautes ou des personnes qui participeront au d\u00e9bat n&#8217;y changeront pas grand-chose, les d\u00e9s sont pip\u00e9s, la r\u00e9ponse est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 : les Fran\u00e7ais doivent honorer la France, son drapeau, ses grands hommes, son hymne national, son pass\u00e9 glorieux, mais les Fran\u00e7ais doivent aussi respecter ses valeurs de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et d&#8217;ouverture&#8230; bref le retour \u00e0 un nationalisme de symboles, \u00e9triqu\u00e9, excluant, qui ne r\u00e9pondra pas aux questions les plus contemporaines.<\/p>\n<p>De toute \u00e9vidence le d\u00e9bat, sans le nommer, ne cesse de tourner aussi (\u00e0 la veille des \u00e9lections r\u00e9gionales) autour du th\u00e8me de l&#8217;immigration (en particulier postcoloniale) et de ses cons\u00e9quences sur l&#8217;\u00ab identit\u00e9 nationale \u00bb, m\u00eame si de nombreuses personnalit\u00e9s de l&#8217;UMP et d&#8217;anciens premiers ministres commencent \u00e0 sentir le \u00ab vent mauvais \u00bb et s&#8217;\u00e9cartent de la d\u00e9marche. Pourtant, sur le site, pas une r\u00e9f\u00e9rence sur l&#8217;immigration, sur la colonisation ou sur l&#8217;esclavage ! Le v\u00e9ritable d\u00e9bat est toujours dans l&#8217;ombre. Le message est clair : \u00e9vitons ces sujets qui f\u00e2chent et revenons aux principes fondamentaux des \u00ab p\u00e8res fondateurs \u00bb de la Nation, actualis\u00e9s par les thurif\u00e9raires de la fiert\u00e9 nationale.<\/p>\n<p>On aurait, en effet, pu s&#8217;attendre \u00e0 trouver en mati\u00e8re d&#8217;immigration des r\u00e9f\u00e9rences larges ouvrant au d\u00e9bat dans toute sa complexit\u00e9, avec les ouvrages de Pascal Blanchard, Ahmed Boubeker, Suzanne Citron (en lien avec la Nation), \u00c9ric Fassin, Piero Galloro, Yvan Gastaut, Vincent Geisser, Nancy Green, Nacira Gu\u00e9nif-Souilamas, Alec G. Hargreaves, Herv\u00e9 Le Bras, Pierre Milza, Pap Ndiaye, G\u00e9rard Noiriel, Abdelmalek Sayad, Ralph Schor, Patrick Simon, \u00c9mile Temime, Patrick Weil, Michel Wieviorka&#8230; Sur l&#8217;esclavage, on aurait pens\u00e9 lire les noms de Myriam Cottias, Marcel Dorigny, Beno\u00eet Falaize (en lien avec la p\u00e9dagogie), Hubert Gerbeau, Michel Giraud, Fr\u00e9d\u00e9rique R\u00e9gent, Nelly Schmidt ou Fran\u00e7oise Verg\u00e8s&#8230; Et, sur la p\u00e9riode coloniale, ceux de Charles-Robert Ageron, Nicolas Bancel, Yves Benot, Catherine Coquery-Vidrovitch, Marc Ferro, Raoul Girardet, Mohammed Harbi, Daniel H\u00e9mery, Sandrine Lemaire, Claude Liauzu, Gilles Manceron, Achille Mbembe, Elikia M&#8217;Bokolo, Gilbert Meynier, Alain Ruscio, Benjamin Stora ou Sylvie Th\u00e9nault, comme ouverture \u00e0 toutes les analyses. Et bien non. Tout pr\u00e9tend, sur le site du ministre, que depuis vingt ans il n&#8217;y aurait eu aucun d\u00e9bat dans ce pays, ni r\u00e9flexion, ni analyse. Pas une r\u00e9f\u00e9rence sur les contributions des populations des outre-mers qui se sont longuement exprim\u00e9es sur la culture, l&#8217;identit\u00e9, la m\u00e9moire et l&#8217;histoire au cours des \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de l&#8217;outre-mer ces derniers mois. Pas une r\u00e9f\u00e9rence sur le questionnement dans nos quartiers, les expressions culturelles urbaines ou les combats de l&#8217;immigration. Est-ce \u00e0 dire que le ministre consid\u00e8re ces contributions comme sans int\u00e9r\u00eat, d&#8217;autres souhaitent dans le m\u00eame temps que l&#8217;histoire quitte les classes de Terminale S ? Pourquoi demander une nouvelle fois aux populations des outre-mers ou \u00e0 celles des \u00ab banlieues \u00bb d&#8217;aller s&#8217;exprimer sur l&#8217;identit\u00e9 alors qu&#8217;elles l&#8217;ont d\u00e9j\u00e0 fait, en 2005 ou en 2009 ? Cela r\u00e9v\u00e8le-t-il que finalement ces consultations n&#8217;ont aucune importance ?<\/p>\n<p>De nombreux auteurs ont pourtant travaill\u00e9, indirectement le plus souvent, \u00e0 la complexit\u00e9 des transformations des identit\u00e9s, irrigu\u00e9es par les exp\u00e9riences outre-mer et les flux diasporiques, permettant d&#8217;\u00e9clairer dans toutes leurs dimensions ces questions. Et bien non, sur le site mis en ligne, toute cette recherche semble nulle et non avenue, il ne nous reste plus qu&#8217;\u00e0 relire Max Gallo, Daniel Lefeuvre, Gaston Kelman, de saupoudrer le tout d&#8217;un peu de Malraux, d&#8217;un zeste du G\u00e9n\u00e9ral, d&#8217;une pinc\u00e9e de Blum-Mitterrand et pour donner un ton \u00ab diversit\u00e9 \u00bb de quelques lignes de Senghor, et de recouvrir le tout de classiques comme Bloch-Braudel pour que tout soit dit !<\/p>\n<p>Pourtant, derri\u00e8re le \u00ab d\u00e9bat sur l&#8217;identit\u00e9 nationale \u00bb se tapit un autre d\u00e9bat, omnipr\u00e9sent, sur le pass\u00e9 colonial de la France et ses h\u00e9ritages dans le pr\u00e9sent (immigration, connaissance de cette histoire, guerre des m\u00e9moires, place de l&#8217;islam, pseudo-repentance&#8230;). Le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, dans une tribune, m\u00e9lange les notions d&#8217;int\u00e9gration et d&#8217;assimilation, renvoyant \u00e0 une dialectique qui risque de provoquer des amalgames. La question est moins en effet \u00ab Qu&#8217;est-ce qu&#8217;\u00eatre Fran\u00e7ais ? \u00bb mais bien, dans ce \u00ab grand d\u00e9bat \u00bb, qui ne dit pas son nom : \u00ab Peut-on \u00eatre Noirs, Arabes, Asiatiques, ultramarins et Fran\u00e7ais ? \u00bb, car nous sommes encore, comme le rappelle tr\u00e8s justement dans une tribune Yazid Sabeg, \u00ab hant\u00e9s souterrainement \u00bb par l&#8217;histoire coloniale (Le Monde, 7 novembre 2009).<\/p>\n<p>Cinq ans apr\u00e8s le coup-de-feu sur la \u00ab colonisation positive \u00bb (fin 2004) qui va aboutir \u00e0 la loi de f\u00e9vrier 2005 (et notamment \u00e0 son article premier sur la reconnaissance de l&#8217;\u0153uvre coloniale de la France), nous est propos\u00e9 un second round sur un retour \u00e0 l&#8217;\u00ab identit\u00e9 de la France \u00bb, qui s&#8217;annonce d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 comme une entreprise r\u00e9actionnaire. En toile de fond, les immigr\u00e9s, leurs enfants (et petits-enfants). Mais pas n&#8217;importe lesquels. Ceux qui sont plus \u00ab color\u00e9s \u00bb que les autres. Ceux qui sont les \u00ab h\u00e9ritiers \u00bb du temps des colonies, ceux qui seraient avides de \u00ab communautarisme \u00bb, ceux qui ne s&#8217;assimilent pas (comme nous l&#8217;explique la pasionaria \u00c9lisabeth L\u00e9vy chez Yves Calvi ou dans les colonnes du Figaro Magazine). En un mot \u00ab ceux qui n&#8217;aiment pas la France \u00bb, sifflent l&#8217;hymne national ou manifestent lorsque l&#8217;Alg\u00e9rie se qualifie pour la Coupe du monde, terrorisent les banlieues, d\u00e9truisent l&#8217;\u00e9conomie de \u00ab nos \u00bb paradis exotiques, et veulent diversifier la R\u00e9publique tant \u00ab ethniquement \u00bb qu&#8217;en terme de religion. Ils nous font perdre \u00ab notre \u00e2me \u00bb, notre \u00ab essence \u00bb et obligent leurs \u00ab s\u0153urs \u00bb \u00e0 porter la burka.<\/p>\n<p>\u00c0 ignorer, et pire, \u00e0 stigmatiser ces composantes de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise en parlant \u00ab d&#8217;assimilation \u00bb, le d\u00e9bat sur l&#8217;identit\u00e9 est pi\u00e9g\u00e9 : \u00e0 la recherche d&#8217;une essence nationale, il exclut du champ du \u00ab national \u00bb les formes d&#8217;alt\u00e9rit\u00e9 qui sont la marque de notre soci\u00e9t\u00e9 mondialis\u00e9e et de sa constante cr\u00e9olisation.<\/p>\n<p>Ce pass\u00e9 et ses cons\u00e9quences sont aujourd&#8217;hui au c\u0153ur du v\u00e9ritable d\u00e9bat. Or, d\u00e9battre sur \u00ab l&#8217;identit\u00e9 nationale \u00bb a toutes les chances d&#8217;aboutir \u00e0 r\u00e9ifier de nouveau un \u00ab roman national \u00bb mythique, tout en volant la vedette \u00e0 une extr\u00eame droite chancelante \u00e0 la veille d&#8217;une \u00e9lection strat\u00e9gique, \u00e0 mi-mandat, pour la majorit\u00e9 en place. Signe des temps, il faut maintenant ne plus faire r\u00e9f\u00e9rence au \u00ab colonial \u00bb : c&#8217;est la le\u00e7on du semi-\u00e9chec de 2005 pour les tenants du \u00ab statu quo m\u00e9moriel \u00bb apr\u00e8s l&#8217;abrogation de l&#8217;article 4 par le pr\u00e9sident Jacques Chirac, un an plus tard. Pour autant, la r\u00e9sonance m\u00e9diatique de l&#8217;op\u00e9ration (qui doit conna\u00eetre son point d&#8217;acm\u00e9 d\u00e9but f\u00e9vrier 2010) est en phase avec l&#8217;un des discours majeurs de Nicolas Sarkozy lors de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2007 prononc\u00e9 \u00e0 Toulon. En quelques lignes il donnait le ton de ce que devait \u00eatre la \u00ab France \u00e9ternelle \u00bb : \u00ab Le r\u00eave europ\u00e9en a besoin du r\u00eave m\u00e9diterran\u00e9en. Il s&#8217;est r\u00e9tr\u00e9ci quand s&#8217;est bris\u00e9 le r\u00eave qui jeta jadis les chevaliers de toute l&#8217;Europe sur les routes de l&#8217;Orient [les Croisades], le r\u00eave qui attira vers le sud tant d&#8217;empereurs du Saint-Empire et tant de rois de France, le r\u00eave qui fut le r\u00eave de Bonaparte en \u00c9gypte, de Napol\u00e9on III en Alg\u00e9rie, de Lyautey au Maroc. Ce r\u00eave qui ne fut pas tant un r\u00eave de conqu\u00eate qu&#8217;un r\u00eave de civilisation. Cessons de noircir le pass\u00e9 [&#8230;]. \u00bb Et de conclure : \u00ab Je veux leur dire : de quel droit les jugez-vous ? Je veux leur dire : de quel droit demandez-vous aux fils de se repentir des fautes de leurs p\u00e8res, que souvent leurs p\u00e8res n&#8217;ont commises que dans votre imagination ? [&#8230;]. \u00bb Dans la m\u00eame perspective, l&#8217;initiative sur l&#8217;identit\u00e9 nationale du ministre \u00c9ric Besson veut faire croire que ceux qui s&#8217;attachent \u00e0 une lecture plus critique du pass\u00e9 colonial seraient des \u00ab repentants \u00bb, et ne seraient pas dignes de participer \u00e0 la r\u00e9flexion sur nos m\u00e9moires collectives.<\/p>\n<p>Comment r\u00e9agir face \u00e0 ce tsunami identitaire lanc\u00e9 par le ministre et appuy\u00e9 par le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique : y participer selon le cadre pos\u00e9 et accepter la manipulation, refuser de contribuer \u00e0 ce d\u00e9bat tronqu\u00e9 en p\u00e9riode \u00e9lectorale et rester silencieux, recadrer le d\u00e9bat sur les v\u00e9ritables enjeux et entrer en r\u00e9sistance ? On l&#8217;aura compris, nous penchons depuis plus d&#8217;un mois vers la seconde option, tant le \u00ab d\u00e9bat \u00bb est biais\u00e9 et jou\u00e9 d&#8217;avance (ce qui explique notre silence jusqu&#8217;alors).<\/p>\n<p>           En m\u00eame temps, le silence et le refus du d\u00e9bat laissent nos concitoyens face \u00e0 la seule machine gouvernementale, c&#8217;est d&#8217;ailleurs ce que vient de souligner avec justesse Yves-Charles Zarka dans une tribune publi\u00e9e par Le Monde sous le titre \u00ab Pour en finir avec le pi\u00e8ge de l&#8217;identit\u00e9 nationale \u00bb (le 11 d\u00e9cembre 2009). C&#8217;est pourquoi nous n&#8217;aurons de cesse, dans les prochains mois, de recentrer la r\u00e9flexion vers d&#8217;autres enjeux et de proposer de fa\u00e7on concr\u00e8te des outils de compr\u00e9hension pour les Fran\u00e7ais. En m\u00eame temps, nous avons conscience de la saturation relative de l&#8217;opinion sur ces questions, du refus de la grande majorit\u00e9 des m\u00e9dias d&#8217;aborder cette probl\u00e9matique, et du manque d&#8217;int\u00e9r\u00eat des politiques pour un \u00ab d\u00e9bat \u00bb qui serait peu \u00e9lectoral. Pour autant, nous avons choisi d&#8217;agir, pour aller au-del\u00e0 du seul appel \u00e0 l&#8217;interdiction du \u00ab minist\u00e8re de l&#8217;ambigu\u00eft\u00e9 \u00bb ou \u00e0 l&#8217;auto-interdiction de toute prise de parole qui risque de faire croire que nous n&#8217;aurions plus rien \u00e0 dire sur nos \u00ab identit\u00e9s \u00bb en France.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, il faut revenir \u00e0 l&#8217;essentiel et comprendre l&#8217;histoire. Il faut faire conna\u00eetre ce pass\u00e9 colonial\/esclavagiste et l&#8217;histoire de l&#8217;immigration des Suds dans notre pays, dont nos contemporains ignorent presque tout. Cette histoire et ses \u00ab apports \u00bb (comme le demande le ministre) ne feront plus \u00ab d\u00e9bat \u00bb lorsque la connaissance aura transcend\u00e9 les fantasmes. C&#8217;est ce que montre, par exemple, l&#8217;exposition G\u00e9n\u00e9rations. Un si\u00e8cle d&#8217;histoire culturelle des Maghr\u00e9bins qui vient d&#8217;ouvrir \u00e0 la CNHI, c&#8217;est ce que proposent sous forme de comparatisme franco-am\u00e9ricain les rencontres \u00e0 l&#8217;ENS autour des \u00ab Minorit\u00e9s visibles en politique \u00bb ou le coffret de huit livres Un si\u00e8cle d&#8217;immigration des Suds en France. Il faut enseigner, comparer, transmettre et non d\u00e9battre avant d&#8217;avoir acquis un savoir.<\/p>\n<p>Dans un second temps, certains d&#8217;entre nous ont pris l&#8217;initiative (d\u00e8s juin 2009) de lancer le 20 janvier 2010 (un an apr\u00e8s le mouvement social dans les outre-mers et pour le 50e anniversaire des ind\u00e9pendances africaines) un appel rassemblant une centaine de contributeurs reposant sur des propositions concr\u00e8tes pour une \u00ab R\u00e9publique multiculturelle et post-raciale \u00bb capable d&#8217;\u00eatre le reflet de nos histoires et de la diversit\u00e9 de notre pays.<\/p>\n<p>Enfin, pour replacer ce d\u00e9bat franco-fran\u00e7ais dans les enjeux internationaux, une partie d&#8217;entre nous, en mars 2010, proposera l&#8217;ouvrage Ruptures postcoloniales avec une quarantaine d&#8217;auteurs de tous horizons, r\u00e9f\u00e9rences dans plus d&#8217;une dizaine de pays des questions postcoloniales, pour analyser les mutations de notre temps et expliquer pourquoi les \u00ab enjeux identitaires \u00bb doivent \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9s en m\u00eame temps \u00ab ici \u00bb et \u00ab ailleurs \u00bb. Dans la m\u00eame perspective, plusieurs ouvrages (dont Enjeux politiques de l&#8217;histoire coloniale, Les immigr\u00e9s alg\u00e9riens en France ou L&#8217;histoire bling-bling), rencontres et colloques ont d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9 cette ann\u00e9e ou proposeront \u00ab d&#8217;autres d\u00e9bats \u00bb tout au long du premier trimestre 2010, avec pour point d&#8217;orgue d\u00e9but f\u00e9vrier 2010 o\u00f9 des contre-colloques viendront en r\u00e9ponse de celui annonc\u00e9 par le ministre.<\/p>\n<p>Ces initiatives, parmi beaucoup d&#8217;autres, sont les armes de l&#8217;intelligence et du savoir, face aux fantasmes et \u00e0 l&#8217;\u00e9motion. Nous croyons dans la force de la connaissance pour une autre participation citoyenne au \u00ab v\u00e9ritable d\u00e9bat \u00bb, pour \u00e9viter que \u00ab  le pi\u00e8ge du d\u00e9bat consiste \u00e0 r\u00e9ifier l&#8217;identit\u00e9 nationale, \u00e0 la chosifier, pour la faire passer pour une identit\u00e9 permanente dont on pourrait facilement exclure un certain nombre de gens en raison de la couleur de leur peau, de leur culture, ou de leur religion, ou n&#8217;importe quoi d&#8217;autre &#8221; comme l&#8217;\u00e9crit le philosophe  Yves-Charles Zarka.<\/p>\n<p>Il ne faut donc pas se tromper de perspective. L&#8217;identit\u00e9 est faite d&#8217;\u00e9l\u00e9ments durables et de strates nouvelles, et l&#8217;histoire brasse les identit\u00e9s pour en construire d&#8217;autres, dans un mouvement permanent. Il faut expliquer aussi que les transformations tr\u00e8s rapides de notre pays, ses m\u00e9tissages anciens, font peur et que ces peurs doivent \u00eatre \u00e9clair\u00e9es et vaincues, et non valoris\u00e9es et manipul\u00e9es. Il faut sortir des guerres de m\u00e9moire sur le pass\u00e9 colonial, pour enfin entrer dans le temps postcolonial. Il faut valoriser les m\u00e9moires autour de l&#8217;esclavage parce que c&#8217;est notre patrimoine commun. Il faut sortir des faux d\u00e9bats sur le d\u00e9clin de \u00ab l&#8217;identit\u00e9 nationale \u00bb et de la France, comme si le changement de nos identit\u00e9s collectives n&#8217;\u00e9tait que p\u00e9ril et reniement. Il faut lutter contre les diatribes violentes qui ne voient que \u00ab communautarisme \u00bb ou \u00ab repentance \u00bb lorsque l&#8217;on parle de diversit\u00e9 des origines et des cultures. Enfin, il faut rappeler que lorsqu&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 a rendu son pass\u00e9 inaudible (colonisation, esclavage&#8230;), a marginalis\u00e9 une partie de ses histoires (immigrations, luttes ouvri\u00e8res&#8230;), a ignor\u00e9 la diversit\u00e9 de ses m\u00e9moires et ses zones d&#8217;ombre (par l&#8217;absence d&#8217;un grand mus\u00e9e de l&#8217;esclavage et de la colonisation par exemple), cette m\u00eame soci\u00e9t\u00e9, incapable d&#8217;affronter le r\u00e9el, ne peut qu&#8217;\u00eatre en crise avec son non-concept d&#8217;\u00ab identit\u00e9 \u00bb au singulier.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir comm\u00e9mor\u00e9 la destruction d&#8217;un mur \u00e0 l&#8217;Est (1989-2009), il convient d&#8217;en abattre un autre : celui de nos imaginaires collectifs qui, \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des populations des Suds ou ultramarines, n&#8217;a pas encore \u00e9t\u00e9 d\u00e9construit.<\/p>\n<p>C&#8217;est un des enjeux majeurs auxquels notre g\u00e9n\u00e9ration est confront\u00e9e et nous devons relever le d\u00e9fi avant que d&#8217;autres crises ne traversent nos outre-mers ou nos quartiers. Alors oui, il faut choisir \u00ab son \u00bb d\u00e9bat et ce n&#8217;est pas celui de \u00ab l&#8217;identit\u00e9 nationale \u00bb, mais bien celui de la mani\u00e8re dont se construisent nos identit\u00e9s collectives et nos valeurs communes, r\u00e9publicaines, dans la France postcoloniale, cinquante ans apr\u00e8s les ind\u00e9pendances africaines.<\/p>\n<p>Le collectif \u00ab Pour un v\u00e9ritable d\u00e9bat \u00bb (les initiateurs du texte) : Nicolas Bancel (historien, universit\u00e9 de Lausanne), Esther Benbassa (directrice d&#8217;\u00e9tudes, EPHE), Pascal Blanchard (historien, laboratoire Communication et Politique CNRS), Florence Bernault (historienne, universit\u00e9 du Wisconsin), Ahmed Boubeker (sociologue, universit\u00e9 de Metz), Marc Cheb Sun (directeur de la r\u00e9daction, Respect mag), Catherine Coquery-Vidrovitch (historienne, professeur \u00e9m\u00e9rite de l&#8217;universit\u00e9 de Paris VII), Didier Daeninckx (\u00e9crivain et romancier), Fran\u00e7ois Durpaire (historien, chercheur-associ\u00e9 \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 Paris I), Yvan Gastaut (historien, universit\u00e9 de Nice), Vincent Geisser (sociologue-politologue, IREMAM CNRS), Didier Lapeyronie (sociologue, universit\u00e9 de Bordeaux 2), Gilles Manceron (historien, LDH), Achille Mbembe (historien, universit\u00e9 de Witwatersrand\/Johannesburg), Elikia M&#8217;Bokolo (historien, EHESS), Fadila Mehal (pr\u00e9sidente des Mariannes de la diversit\u00e9), Dominic Thomas (historien, universit\u00e9 d&#8217;UCLA).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En r\u00e9ponse au d\u00e9bat sur l&#8217;identit\u00e9 nationale lanc\u00e9 par le Ministre de l&#8217;immigration, de l&#8217;int\u00e9gration, de l&#8217;identit\u00e9 nationale et du d\u00e9veloppement solidaire, Eric Besson, un collectif de personnalit\u00e9s du monde scientifique (dont Manceron, Coquery, Gastaut, Mbembe, Bancel, Mbokolo, Daeninckx&#8230;) et culturel s&#8217;est constitu\u00e9 afin de r\u00e9fl\u00e9chir aux conditions d&#8217;un autre d\u00e9bat en lien avec le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-4467","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4467","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4467"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4467\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4467"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4467"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4467"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}