{"id":4427,"date":"2009-12-01T00:00:00","date_gmt":"2009-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/rene-mouriaux-des-nuages-pesent4427\/"},"modified":"2009-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-11-30T23:00:00","slug":"rene-mouriaux-des-nuages-pesent4427","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4427","title":{"rendered":"Ren\u00e9 Mouriaux \u00ab Des nuages p\u00e8sent sur  le congr\u00e8s de la CGT \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La CGT s&#8217;appr\u00eate, le 7 d\u00e9cembre, \u00e0 vivre un congr\u00e8s houleux. Le politologue Ren\u00e9 Mouriaux, sp\u00e9cialiste des syndicats, replace, dans une perspective historique et critique, les enjeux et les difficult\u00e9s auxquels doit faire face la conf\u00e9d\u00e9ration. <\/p>\n<p><strong> Dans quel paysage politique et syndical s&#8217;ouvre le prochain congr\u00e8s de la CGT ? <\/strong><\/p>\n<p>Ren\u00e9 Mouriaux. Le syndicalisme fran\u00e7ais montre des signes d&#8217;impuissance. Tout d&#8217;abord, jamais le salariat n&#8217;a \u00e9t\u00e9 aussi fragment\u00e9 et son unification aussi ardue. Ajoutons \u00e0 cette atomisation la concurrence internationale, le dumping social et l&#8217;absence de rel\u00e8ve politique. En effet, pousser trop loin la lutte pourrait faire tomber le gouvernement, mais pourquoi ? Pour ouvrir la voie \u00e0 Jean-Marie Le Pen ? Il existe une peur : consciente ou inconsciente : de maximiser les luttes faute de savoir o\u00f9 elles conduisent. Viennent aussi s&#8217;agr\u00e9ger d&#8217;autres facteurs comme une forte d\u00e9syndicalisation et un affaiblissement th\u00e9orique des syndicats. Il est impressionnant de voir \u00e0 quel point le vocabulaire lib\u00e9ral et manag\u00e9rial a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le vocabulaire syndical, tandis que les mots \u00ab lutte de classes \u00bb, \u00ab capitalisme \u00bb ou \u00ab exploitation \u00bb disparaissent. Or, un syndicalisme qui ne poss\u00e8de pas son propre registre d&#8217;expression est en partie d\u00e9sarm\u00e9. Enfin, se pose la question de l&#8217;institutionnalisation du syndicalisme fran\u00e7ais qui entend \u00eatre respectable et ne veut plus passer pour contestataire.<\/p>\n<p><strong> Quelles relations la conf\u00e9d\u00e9ration entretient-elle avec l&#8217;intersyndicale ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.M. <\/strong> Au-del\u00e0 de l&#8217;impression d&#8217;une intersyndicale \u00e0 bout de souffle, la CGT a d\u00e9cid\u00e9, selon la formule de la secr\u00e9taire conf\u00e9d\u00e9rale Maryse Dumas cit\u00e9e dans<em> Le Peuple <\/em>,<em> \u00ab de mettre ses \u0153ufs dans deux paniers \u00bb <\/em>, c&#8217;est-\u00e0-dire dans l&#8217;intersyndicale et dans ses actions propres. Sa journ\u00e9e d&#8217;action nationale pour le \u00ab d\u00e9veloppement industriel et de l&#8217;emploi \u00bb a r\u00e9uni \u00e0 Paris 30 000 manifestants, 15 000 selon la police, alors que la journ\u00e9e intersyndicale pour le \u00ab travail d\u00e9cent \u00bb du 7 octobre avait rassembl\u00e9 moiti\u00e9 moins de monde. Ce constat pose un probl\u00e8me de strat\u00e9gie puisque dans certains cas, la CGT mobilise plus quand elle est seule, et sur ses propres mots d&#8217;ordre, que sur un mot d&#8217;ordre intersyndical.<\/p>\n<p><strong> Comment qualifier sa position ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.M. <\/strong> La CGT reste hant\u00e9e par les ann\u00e9es que j&#8217;ai baptis\u00e9es \u00ab ann\u00e9es du regauchage \u00bb, par opposition au recentrage op\u00e9r\u00e9 par la CFDT au cours de la m\u00eame p\u00e9riode. Pendant qu&#8217;Edmond Maire \u00ab d\u00e9radicalisait \u00bb, Henri Krasucki \u00ab regauchisait \u00bb dans des circonstances tr\u00e8s difficiles. Entre 1982 et 1992, la CGT campe sur son isolement : les autres sont des tra\u00eetres, les accords sont des capitulations. Elle d\u00e9fend un syndicalisme<em> \u00ab de classe et de masse \u00bb <\/em>. Puis, dirig\u00e9e par Louis Viannet, elle entre dans la phase du<em> \u00ab syndicalisme rassembl\u00e9 \u00bb <\/em> qui vise \u00e0 recoller les morceaux. La CGT quitte en 1995 la F\u00e9d\u00e9ration syndicale mondiale, la FSM, dirig\u00e9e par les Sovi\u00e9tiques, pour entrer \u00e0 la Conf\u00e9d\u00e9ration europ\u00e9enne des syndicats (CES). Dans cette phase de<em> \u00ab syndicalisme rassembl\u00e9 \u00bb <\/em>, elle essaie de construire un syndicalisme de luttes et de propositions. Mais l&#8217;\u00e9quilibre ne rel\u00e8ve pas vraiment de sa culture et elle ne l&#8217;\u00e9tablit pas, d&#8217;autant que sa partenaire, la CFDT, s&#8217;engage de plus en plus dans un syndicalisme de n\u00e9gociations \u00e0 froid, au d\u00e9triment du syndicalisme de luttes. Jusqu&#8217;au divorce de 2003, quand Fran\u00e7ois Ch\u00e9r\u00e8que signe, le 15 mai, l&#8217;accord sur les retraites et rompt ainsi l&#8217;unit\u00e9 d&#8217;action. Le r\u00e9tablissement du couple CGT-CFDT par Bernard Thibault est handicap\u00e9 par le mod\u00e9rantisme c\u00e9d\u00e9tiste.<\/p>\n<p><strong> Que se passe-t-il alors ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.M. <\/strong> A partir de 2003, s&#8217;ouvre une troisi\u00e8me p\u00e9riode, celle d&#8217;une CGT tourment\u00e9e voulant l&#8217;unit\u00e9 et ne parvenant pas \u00e0 imposer sa propre dynamique. Elle met en avant deux propositions qu&#8217;elle voudrait identitaires : la s\u00e9curit\u00e9 sociale professionnelle et le statut du salari\u00e9. Mais ces revendications n&#8217;entrant pas en r\u00e9sonance avec les luttes quotidiennes, certaines f\u00e9d\u00e9rations, comme celle du textile, n&#8217;y croient pas. Pour celles-ci, le statut du salari\u00e9, c&#8217;est une revendication lunaire, totalement utopique, pour une industrie sinistr\u00e9e o\u00f9 on se bat pour sauvegarder quelques emplois. La s\u00e9quence janvier-juin 2009 a montr\u00e9 la difficult\u00e9 de mettre en avant les vis\u00e9es les plus audacieuses de la CGT. Cette derni\u00e8re a particip\u00e9 \u00e0 une intersyndicale o\u00f9 elle n&#8217;a pratiquement rien obtenu. La CFDT, elle, se pr\u00e9vaut du fonds de reconversion pour les salari\u00e9s en difficult\u00e9. Un tel contexte explique pourquoi se sont d\u00e9velopp\u00e9es des formes d&#8217;actions comme les s\u00e9questrations, pour essayer de contrer les licenciements secs que l&#8217;action de l&#8217;intersyndicale ne traitait pas.<\/p>\n<p><strong> Ce congr\u00e8s s&#8217;annonce-t-il difficile ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.M. <\/strong> Des nuages p\u00e8sent sur ce congr\u00e8s. Un m\u00e9contentement chez des militants se focalise sur le fait que la CGT ne combattrait pas assez Sarkozy, qu&#8217;elle \u00ab collerait \u00bb trop \u00e0 la CFDT et qu&#8217;elle m\u00e9nagerait le Medef. Ce sentiment existe aussi parmi des syndiqu\u00e9s. Mais il n&#8217;y a pas de porte-parole \u00e0 ces critiques et le d\u00e9bat public sera limit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Comment la CGT g\u00e8re-t-elle les oppositions exprim\u00e9es en interne ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.M. <\/strong> On a vu, en effet, se constituer une opposition fragment\u00e9e. Xavier Mathieu, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 CGT \u00e0 Continental, s&#8217;est plaint :<em> \u00ab Nous n&#8217;avons pas vu Thibault dans notre lutte, Thibault, Ch\u00e9r\u00e8que sont des tra\u00eetres. \u00bb <\/em> R\u00e9ponse imm\u00e9diate : l&#8217;injure ne fait pas d\u00e9bat, la CGT soutient les luttes. Alors Bernard Thibault s&#8217;est rendu \u00e0 Molex et la NVO a publi\u00e9 une s\u00e9rie de photos montrant que la CGT soutenait les actions locales, avec une approbation relative des s\u00e9questrations. Deuxi\u00e8me affaire : Jean-Pierre Delannoy, militant du Nord, s&#8217;est d\u00e9clar\u00e9 candidat face \u00e0 Bernard Thibault pour le prochain congr\u00e8s. Une r\u00e9plique publi\u00e9e dans un communiqu\u00e9 commun de la direction, de la F\u00e9d\u00e9ration des m\u00e9taux dont rel\u00e8ve Delannoy et de l&#8217;Union d\u00e9partementale du Nord, dont il d\u00e9pend \u00e9galement, jugeait cela<em> \u00ab anti-statutaire \u00bb <\/em>. Certes. Dommage que ces deux \u00e9pisodes contribuent \u00e0 tuer le futur d\u00e9bat au congr\u00e8s. Ils font jouer le r\u00e9flexe patriotique.<em> \u00ab Ce n&#8217;est pas comme cela qu&#8217;on doit travailler dans la CGT \u00bb <\/em>, commente un militant.<\/p>\n<p><strong> D&#8217;autres d\u00e9bats agitent la CGT ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.M. <\/strong> Une commission ad hoc choisie par Bernard Thibault a \u00e9t\u00e9 mise en place pour analyser la question des structures, le regroupement de base, l&#8217;Union d\u00e9partementale, les f\u00e9d\u00e9rations. Probl\u00e8mes tr\u00e8s complexes. La proposition de supprimer l&#8217;Union des cadres (UGICT) ne sera tr\u00e8s probablement pas retenue. Ensuite, la r\u00e9forme de la presse conf\u00e9d\u00e9rale qui devait \u00eatre achev\u00e9e au 49e congr\u00e8s continuera \u00e0 \u00eatre examin\u00e9e sans qu&#8217;une impulsion nouvelle ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 Nantes. Le congr\u00e8s de Nantes s&#8217;annonce donc \u00e0 la fois comme ouvert, parce que certains th\u00e8mes abord\u00e9s ne sont pas encore m\u00fbrs, et ferm\u00e9, dans la mesure o\u00f9 une perspective \u00ab anti-gauchiste \u00bb incitera \u00e0 ne pas laisser place aux interrogations, l\u00e9gitimes ou outranci\u00e8res. Comme l&#8217;enfer, la culture unanimiste est pav\u00e9e de bonnes intentions. Le rapport de la commission ad hoc a comport\u00e9 une formule dangereuse :<em> \u00ab Il faut que la CGT parle d&#8217;une seule voix. \u00bb <\/em> Non. La premi\u00e8re centrale de France aura redress\u00e9 sa pente solidariste quand elle \u00e9tablira en son sein une v\u00e9ritable polyphonie. Le d\u00e9bat avec la FSU en fournira-t-il l&#8217;occasion ? <\/p>\n<p>Propos recueillis par <strong> Emmanuelle Cosse <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 67, d\u00e9cembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La CGT s&#8217;appr\u00eate, le 7 d\u00e9cembre, \u00e0 vivre un congr\u00e8s houleux. 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