{"id":4412,"date":"2009-11-01T00:00:00","date_gmt":"2009-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/une-revolution-sortie-de-l-eglise4412\/"},"modified":"2009-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-31T23:00:00","slug":"une-revolution-sortie-de-l-eglise4412","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4412","title":{"rendered":"Une r\u00e9volution sortie de l&#8217;\u00e9glise"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Appel\u00e9s par l&#8217;Eglise protestante, les mouvements citoyens de Leipzig atteignent leur summum le 9 octobre 1989 : pr\u00e8s de 70 000 personnes manifesent pour appeler \u00e0 la d\u00e9mocratie. Un mois plus tard, le Mur tombera. <\/p>\n<p>La r\u00e9volution pacifique de l&#8217;automne 1989 s&#8217;est faite sur fond de r\u00e9volution protestante \u00bb, d\u00e9clarait l&#8217;eurod\u00e9put\u00e9 allemand Werner Schulz lors des comm\u00e9morations du 9 octobre 1989 \u00e0 Leipzig, vingt ans apr\u00e8s.<em> \u00ab L&#8217;appel \u00e0 la non-violence des manifestants reprend l&#8217;essence m\u00eame du Sermon sur la Montagne, le passage le plus r\u00e9volutionnaire de l&#8217;Evangile. \u00bb <\/em> A sa mani\u00e8re, l&#8217;un des instigateurs des mouvements civiques de Leipzig rend hommage aux \u00e9glises protestantes de RDA, points de d\u00e9part de la r\u00e9volution de 1989.<em> \u00ab Notre paroisse poss\u00e9dait tout simplement les piliers n\u00e9cessaires \u00e0 la r\u00e9volution pacifique \u00bb <\/em>, explique Christian F\u00fchrer, alors pasteur de l&#8217;\u00e9glise Saint-Nicolas \u00e0 Leipzig.<em> \u00ab Nous avions une pri\u00e8re pour la paix depuis 1981, en signe de protestation contre les fus\u00e9es de port\u00e9e moyenne post\u00e9es le long de la fronti\u00e8re entre la RFA et la RDA. En 1989, elle devenait hebdomadaire, le lundi \u00e0 17 heures,  dans notre \u00e9glise situ\u00e9e au c\u0153ur de la ville. \u00bb <\/em><em> \u00ab L&#8217;Eglise comme espace de libert\u00e9 et de r\u00e9flexion, quelques m\u00e8tres carr\u00e9s sacr\u00e9s dans une soci\u00e9t\u00e9 qui dictait et contr\u00f4lait tout : c&#8217;est ce qui remplissait les \u00e9glises de RDA \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 \u00bb <\/em>, poursuit le pasteur. L&#8217;id\u00e9ologie marxiste-l\u00e9niniste alors en vigueur postulait la disparition de la religion sur le chemin du communisme. Mais la RDA avait tout de m\u00eame inscrit la libert\u00e9 de religion dans sa constitution et s&#8217;effor\u00e7ait de la respecter. De nombreux mouvements civiques se sont ainsi d\u00e9velopp\u00e9s dans les \u00e9glises, qu&#8217;il s&#8217;agisse de d\u00e9fendre la cause des femmes ou de l&#8217;environnement. M\u00eame des groupes punks donn\u00e8rent des concerts \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;\u00e9difices religieux. Pour les m\u00eames raisons, les mouvements de protestation qui men\u00e8rent aux manifestations de masse \u00e0 l&#8217;automne 1989 y avaient trouv\u00e9 asile.<em> \u00ab Les \u00e9glises protestantes furent le point de d\u00e9part de la r\u00e9volution pacifique, pas les syndicats ni les universit\u00e9s. Et apr\u00e8s les pri\u00e8res pour la paix, qui souvent \u00e9taient devenues des forums citoyens, le public manifestait dans la rue \u00bb <\/em>, d\u00e9crit Werner Schulz.<\/p>\n<p><strong> DES EGLISES CITOYENNES <\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est apr\u00e8s le travail qu&#8217;on se rendait \u00e0 le lundi \u00e0 l&#8217;\u00e9glise Saint-Nicolas.<em> \u00ab C&#8217;\u00e9tait devenu un des endroits les mieux surveill\u00e9s de la R\u00e9publique \u00bb <\/em>, ironise le pasteur Christian F\u00fchrer, lui-m\u00eame fil\u00e9 pendant les derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e9gime par 28 informateurs officieux de la Stasi.<em> \u00ab Je me rappelle tr\u00e8s bien de la pri\u00e8re de la paix du lundi 4 septembre, apr\u00e8s la pause de l&#8217;\u00e9t\u00e9. C&#8217;\u00e9tait pendant la foire internationale de Leipzig, nous savions que des journalistes de l&#8217;Ouest seraient autoris\u00e9s \u00e0 circuler dans la ville. A la fin du sermon, ils attendaient avec les cam\u00e9ras devant l&#8217;\u00e9glise. Des jeunes ont d\u00e9roul\u00e9 une banderole \u00abPour un pays ouvert avec des personnes libres\u00bb. Des membres de la Stasi la leur arrach\u00e8rent aussit\u00f4t des mains, les images firent le tour de la plan\u00e8te. Elles furent aussi capt\u00e9es par de nombreux foyers en RDA. \u00bb <\/em><em> \u00ab De plus en plus de personnes rejoignaient les pri\u00e8res du lundi. Pourtant rien ne garantissait leur s\u00e9curit\u00e9 ! \u00bb <\/em>, pr\u00e9cise Hans-J\u00fcrgen Sievers, autre pasteur de Leipzig. Le rituel des pri\u00e8res du lundi \u00e9tait \u00e9tabli. Un cap est franchi le  25  septembre :<em> \u00ab A la fin du sermon, les manifestants se sont dirig\u00e9s vers la place centrale de la ville puis ont d\u00e9fil\u00e9 sur les boulevards entourant le centre-ville munis de banderoles et appelant les ind\u00e9cis \u00e0 rejoindre le cort\u00e8ge, le tout en scandant \u00abPas de violence\u00bb, \u00abNous sommes le peuple\u00bb. \u00bb <\/em> La m\u00e9diatisation croissante des pri\u00e8res pour la paix du lundi de Leipzig donna des ailes aux citoyens d&#8217;autres villes de RDA comme Dresde ou Plauen : les manifestations s&#8217;y multiplient, chaque fois suivies de violentes arrestations. Malgr\u00e9 le climat de terreur ambiant, un vent de r\u00e9volution souffle alors. Crescendo. Le lundi 9 octobre, juste apr\u00e8s les festivit\u00e9s officiellement orchestr\u00e9es pour les 40 ans de la RDA, plus de 70 000 personnes se retrouvent \u00e0 Leipzig. <\/p>\n<p>La tension \u00e9tait grande.<em> \u00ab J&#8217;avais demand\u00e9 \u00e0 ma m\u00e8re de s&#8217;occuper de ma fille si je ne rentrais pas le lendemain \u00bb, raconte une institutrice de Dresde venue assister aux comm\u00e9morations. \u00ab Je n&#8217;avais pas dit o\u00f9 j&#8217;allais \u00bb, ajoute-t-elle les larmes aux yeux, vingt ans apr\u00e8s. \u00ab Les chars sovi\u00e9tiques avaient pour ordre de rester dans les casernes, la RDA avait le destin de ses citoyens entre les mains \u00bb <\/em>, contextualise Matthias R\u00f6ssler, aujourd&#8217;hui pr\u00e9sident du parlement de Saxe (CDU).<em> \u00ab Les manifestants \u00e9taient partag\u00e9s entre peurs et espoirs. Beaucoup avaient en t\u00eate les massacres de Tian&#8217;anmen. \u00bb <\/em> Kurt Masur, alors chef d&#8217;orchestre du Gewandhaus de Leipzig, se rappelle avec \u00e9motion son appel \u00e0 la non-violence valid\u00e9 par les forces au pouvoir en ce 9 octobre 1989 :<em> \u00ab Les forces de l&#8217;Etat s&#8217;attendaient \u00e0 tout sauf \u00e0 des bougies ! \u00bb <\/em> <\/p>\n<p><strong> UN ACTE D&#8217;AUTOD\u00c9LIVRANCE <\/strong><\/p>\n<p>Werner Schulz, cofondateur du mouvement civique Nouveau Forum et aujourd&#8217;hui eurod\u00e9put\u00e9 des Verts allemands, insiste sur cet acte d&#8217;autod\u00e9livrance des Allemands de l&#8217;Est.<em> \u00ab Sans le 9 octobre \u00e0 Leipzig, il n&#8217;y aurait eu ni chute du Mur, ni r\u00e9unification de l&#8217;Allemagne. \u00bb <\/em> Et de jongler entre l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et mots durs :<em> \u00ab Les acteurs de la r\u00e9volution pacifique de Leipzig ne sont pas mont\u00e9s sur les barricades, ils sont all\u00e9s \u00e0 l&#8217;\u00e9glise. Ils n&#8217;ont pas fait couler de sang mais de la cire de bougie. Ce fut une r\u00e9volution humaine : le parti a pu conserver ses biens mat\u00e9riels et nombre de personnes au pouvoir ont gard\u00e9 leur fonction. \u00bb <\/em> Et de revenir sur le r\u00f4le de l&#8217;Eglise :<em> \u00ab Seulement une minorit\u00e9 des paroisses avait os\u00e9 s&#8217;opposer \u00e0 la doctrine en vigueur \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, \u00abl&#8217;Eglise dans le socialisme\u00bb. Ce sont elles que nous devons remercier, car si elles n&#8217;\u00e9taient plus populaires depuis longtemps, elles ont su \u00eatre un instant les \u00e9glises du peuple et les points de d\u00e9part de la r\u00e9volution. \u00bb <\/em> Vingt ans apr\u00e8s, Christian F\u00fchrer s&#8217;\u00e9merveille toujours de cette sortie de dictature sans recours \u00e0 la violence.<em> \u00ab Les v\u0153ux de d\u00e9mocratie et de libert\u00e9 exprim\u00e9s sur les pancartes de 1989 sont aujourd&#8217;hui exauc\u00e9s \u00bb <\/em>, r\u00e9sume le pasteur aujourd&#8217;hui \u00e0 la retraite.<em> \u00ab Nous avons toutefois besoin d&#8217;une nouvelle orientation socio\u00e9thique respectant la mentalit\u00e9 de partage de J\u00e9sus. Travail, prosp\u00e9rit\u00e9 et revenus devraient \u00eatre partag\u00e9s avec les plus faibles. Et pour \u00e7a, la r\u00e9volution pacifique de 1989 ne doit pas rejoindre les livres d&#8217;histoire mais simuler la r\u00e9volution de l&#8217;\u00e9conomie actuelle. Car il est impossible de continuer ainsi, la crise financi\u00e8re le confirme. \u00bb <\/em> Le 9 octobre, des personnalit\u00e9s dont le chansonnier Wolf Biermann, l&#8217;ancien ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de RFA Hans-Dietrich Genscher ou encore la chanceli\u00e8re fra\u00eechement r\u00e9\u00e9lue Angela Merkel ont rendu hommage \u00e0 cet \u00e9lan citoyen majeur. Plus de 100 000 personnes sont venues suivre le chemin emprunt\u00e9 autrefois par les manifestants. Cette fois, sans banderoles. Dans les rangs, les conversations vont bon train entre souvenirs, joie et parfois d\u00e9sillusions.<em> \u00ab Nous devrions nous mobiliser pour le droit au travail pour tous \u00bb, d\u00e9cr\u00e8te un cinquantenaire un peu plus loin. Parce que la soci\u00e9t\u00e9 meilleure, je l&#8217;imaginais quand m\u00eame autrement ! \u00bb <\/em> <strong> C.N. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b066, novembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Appel\u00e9s par l&#8217;Eglise protestante, les mouvements citoyens de Leipzig atteignent leur summum le 9 octobre 1989 : pr\u00e8s de 70 000 personnes manifesent pour appeler \u00e0 la d\u00e9mocratie. 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