{"id":4409,"date":"2009-11-01T00:00:00","date_gmt":"2009-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/les-aubaines-de-la-crise4409\/"},"modified":"2009-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-31T23:00:00","slug":"les-aubaines-de-la-crise4409","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4409","title":{"rendered":"Les aubaines de la crise"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Les crises sont des aubaines pour ceux qui sont capables de les transformer en chance. Analyse lucide de l&#8217;\u00e9tat de crise, ce texte met en parall\u00e8le la crise fondamentale du socialisme qui mena \u00e0 l&#8217;effondrement du bloc communiste et celle, plus actuelle, du capitalisme. <\/p>\n<p><em>  \u00abUne crise est un \u00e9tat productif. Il faut seulement lui \u00f4ter cet arri\u00e8re-go\u00fbt de catastrophe.\u00bb <\/em> Max Frisch  <\/p>\n<p><strong> LA CRISE : FIN DE LA NORMALIT\u00c9 <\/strong><\/p>\n<p>Les crises ne sont ni hasard, ni n\u00e9cessit\u00e9, mais les deux \u00e0 la fois. Impr\u00e9visibles dans l&#8217;espace du temps, deux cha\u00eenes d&#8217;\u00e9v\u00e9nements entrent en contact, les unes, in\u00e9luctables, rencontrent une prise de d\u00e9cision irr\u00e9versible. Continuer en l&#8217;\u00e9tat est impossible. La fragilit\u00e9 d&#8217;un \u00e9tat de la soci\u00e9t\u00e9 est seulement la condition n\u00e9cessaire d&#8217;une crise, mais pas cette crise elle-m\u00eame. Il faut qu&#8217;il y ait prise de conscience et volont\u00e9 de changement. La crise de la RDA ne s&#8217;est pas d\u00e9clench\u00e9e instantan\u00e9ment lorsque d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e le bilan des \u00e9changes se d\u00e9t\u00e9riorait et que le deutsche mark d&#8217;exportation \u00e0 l&#8217;Ouest co\u00fbtait de plus en plus \u00e0 notre pays m\u00eame. Les \u00e9lections truqu\u00e9es pendant plus de quarante ans ne cr\u00e9aient pas plus un \u00e9tat de crise que l&#8217;aggravation catastrophique de la situation environnementale dans le triangle Halle-Leipzig-Bitterfeld ou l&#8217;effondrement qui mena\u00e7ait une partie des infrastructures et du substrat urbain. Tout cela, c&#8217;\u00e9tait tout autant la normalit\u00e9 que les \u00ab goulots d&#8217;\u00e9tranglement dans l&#8217;approvisionnement \u00bb d&#8217;un syst\u00e8me \u00e9conomique qui avait comme produit annexe permanent le \u00ab d\u00e9ficit \u00bb. Alors que dans le capitalisme, en temps normal, l&#8217;argent est limit\u00e9, sous le socialisme d&#8217;Etat centralis\u00e9, c&#8217;\u00e9taient les forces de travail et les produits. Il en alla de la RDA comme du Titanic. Le navire avait des d\u00e9fauts de construction, sa route menait \u00e0 la catastrophe, la direction de l&#8217;\u00e9poque maintenait le cap avec arrogance et aveuglement sur un objectif qui avait perdu tout sens, elle n&#8217;\u00e9tait pas pr\u00eate \u00e0 discuter des voies, de l&#8217;objectif, des moyens, mais jusqu&#8217;\u00e0 la collision avec l&#8217;iceberg, tout cela n&#8217;\u00e9tait pas l&#8217;expression d&#8217;une crise mais la normalit\u00e9 d&#8217;une \u00e9poque techniciste, qui se croyait toute puissante et d\u00e9boucha sur la Premi\u00e8re Guerre mondiale. La collision avec l&#8217;iceberg avait certes caus\u00e9 la crise sur le Titanic, mais ce n&#8217;est que la prise de conscience du naufrage proche qui mit fin au bal sur le pont luxueux et d\u00e9clencha la crise imm\u00e9diate. Non, il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une crise de soci\u00e9t\u00e9 en RDA lorsque \u00e0 nouveau la lessive manquait au supermarch\u00e9 du quartier et qu&#8217;on ne pouvait pas non plus organiser (1) l&#8217;arriv\u00e9e de papier toilette, et qu&#8217;au congr\u00e8s du SED, Erich Honecker pronon\u00e7a cette phrase incroyable :<em> \u00ab Ce que l&#8217;on a atteint n&#8217;est pas ce qui peut \u00eatre atteint. \u00bb <\/em> L&#8217;augmentation des maladies respiratoires chez les enfants ou la mort d\u00e9vastatrice des for\u00eats sur les cr\u00eates en moyenne montagne \u00e9taient devenues tout \u00e0 fait normales. Et les mensonges sur le pouvoir de la classe ouvri\u00e8re et sur l&#8217;avanc\u00e9e victorieuse du socialisme \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle du monde et sur la voie de la micro\u00e9lectronique ne provoquaient pas de s\u00e9isme politique mais, au mieux, la d\u00e9tente d&#8217;une blague politique qui lib\u00e9rait subjectivement tout autant qu&#8217;elle confirmait l&#8217;absence de r\u00e9sistance politique. Mais croire qu&#8217;une vie normale n&#8217;aurait pas pu exister dans cette normalit\u00e9 auto-destructrice, aveugle, s&#8217;affairant vers son effondrement, c&#8217;est faire preuve d&#8217;arrogance. Depuis quand a-t-on besoin d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 parfaite pour vivre dans la dignit\u00e9, aimer, pouvoir \u00eatre amical et vivre \u00e0 loisir ? ! La RDA, comme la plupart de ses Etats fr\u00e8res et s\u0153urs des ann\u00e9es 1960 \u00e0 1980, offrait \u00e0 la plupart les conditions n\u00e9cessaires pour s&#8217;en tirer dans la sph\u00e8re priv\u00e9e, pour conna\u00eetre l&#8217;affirmation de soi, la solidarit\u00e9, avoir une activit\u00e9 pleine de sens. Ce n&#8217;\u00e9tait pas peu dans le \u00ab si\u00e8cle des extr\u00eames \u00bb et ne le serait pas moins aujourd&#8217;hui. Une vie \u00ab normale \u00bb de ce genre n&#8217;\u00e9tait pas facile : mais ce n&#8217;est pas non plus un crit\u00e8re. On n&#8217;est pas oblig\u00e9 de se plier \u00e0 l&#8217;exigence d\u00e9mesur\u00e9e de Goethe selon laquelle seul m\u00e9rite la libert\u00e9 et la vie celui \u00ab qui doit les conqu\u00e9rir chaque jour \u00bb. Ce serait surhumain et inhumain. Et une vie accomplie ne vous tombe pas du ciel, m\u00eame dans la meilleure des soci\u00e9t\u00e9s. Les conditions en \u00e9taient en RDA in\u00e9galement r\u00e9parties. Le fardeau \u00e9tait support\u00e9 surtout par les femmes qui, majoritairement, accomplissaient davantage de travail monotone, peu qualifi\u00e9 et, en m\u00eame temps, se voyaient imposer dans la sph\u00e8re priv\u00e9e une lourde charge pour assurer la normalit\u00e9 de la vie familiale. Et, \u00e0 la fin, les jeunes en particulier ne croyaient plus que cette normalit\u00e9 puisse tenir encore longtemps. Il faudrait certainement l&#8217;impartialit\u00e9 de scientifiques extraterrestres pour, libres de tout soup\u00e7on de nostalgie et d&#8217;autojustification, comparer la vie quotidienne en RDA et en R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale et \u00e9viter que le syst\u00e8me ne court-circuite les hommes et leur vie. La perfidie d&#8217;une dictature politique ne se r\u00e9v\u00e8le pas moins dans ses cons\u00e9quences non vis\u00e9es. Lorsque l&#8217;Etat ment, le besoin de v\u00e9rit\u00e9 personnelle est d&#8217;autant plus grand et aussi presque trop facile \u00e0 obtenir : il doit seulement ne pas remettre en question la v\u00e9rit\u00e9 publique. Lorsque l&#8217;\u00e9conomie sous commandement (2) \u00e9choue de mani\u00e8re aussi patente, la coop\u00e9ration est n\u00e9cessaire, mais comme compl\u00e9ment des structures formelles et sans y toucher. Lorsque le mouchardage est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 \u00e0 ce point, quel sens a-t-il encore, \u00e0 l&#8217;exception des cas o\u00f9 est os\u00e9e la contradiction publique ? Le Mur et la taule de la Stasi \u00e9taient de toute \u00e9vidence les fronti\u00e8res de la RDA. Ils en balisaient l&#8217;\u00e9tat d&#8217;urgence et aussi, de ce fait, cette v\u00e9rit\u00e9 que la crise de 1989 r\u00e9v\u00e9la : sans Mur et sans Stasi, cet Etat ne pouvait pas tenir. Mais justement, ce n&#8217;est pas l\u00e0 toute la v\u00e9rit\u00e9 de la RDA. [&#8230;] La crise, c&#8217;est l&#8217;heure de la v\u00e9rit\u00e9, mais, comme dans une image en noir et blanc, il manque, le temps du flash, de lumi\u00e8re qu&#8217;est la crise, la v\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;entre-deux et pr\u00e9cis\u00e9ment, pour une part au moins, c&#8217;est l\u00e0 que se trouve la v\u00e9rit\u00e9 v\u00e9cue d&#8217;une vie humaine. Et ainsi toute vision, \u00e0 partir de la seule crise, du socialisme d&#8217;Etat comme du capitalisme devient \u00e9galement un mensonge sur l&#8217;essentiel. La crise met au jour les causes de l&#8217;\u00e9chec, mais elle fait dispara\u00eetre les raisons de cette longue dur\u00e9e de la normalit\u00e9. Dans le regard froid fix\u00e9 sur la crise terminale s&#8217;effacent le printemps du commencement, tout comme l&#8217;\u00e9t\u00e9 et l&#8217;automne de la maturit\u00e9 et de la r\u00e9colte. Et, de m\u00eame, l&#8217;\u00e9tat de souffrance de ceux qui s&#8217;\u00e9taient investis pour le socialisme sur le sol allemand, lors du naufrage de la RDA, demeure sinon incompr\u00e9hensible. Pour plusieurs centaines de milliers, oui, des millions, le socialisme \u00e9tait un objectif digne d&#8217;\u00eatre v\u00e9cu, parce qu&#8217;ils y voyaient le contraire direct du r\u00e9gime nazi (Christa Wolf), et ils rest\u00e8rent fid\u00e8les \u00e0 cette option, y compris sous le poids croissant de la conscience du prix qu&#8217;avec d&#8217;autres, ils payaient eux-m\u00eames pour cela. Et bon nombre de leurs enfants, adultes depuis longtemps d\u00e9j\u00e0 en 1989, voyaient dans le socialisme une alternative mais qui n&#8217;\u00e9tait accessible que dans le cadre d&#8217;une d\u00e9mocratisation fondamentale, de libert\u00e9s publiques, de respect strict des droits de la personne et de r\u00e9formes \u00e9conomiques dont la possibilit\u00e9 d&#8217;une activit\u00e9 entrepreneuriale devait aussi faire partie. Aujourd&#8217;hui la normalit\u00e9 de la vie quotidienne en RDA est devenue chose \u00e9trang\u00e8re. Semblent absurdes non seulement les structures officielles, mais aussi sa propre implication. Mais cette implication \u00e9tait en m\u00eame temps un faire, c&#8217;\u00e9tait la cr\u00e9ation de quelque chose qui n&#8217;aurait pas \u00e9t\u00e9 possible sans son action propre. Chez d&#8217;aucuns, l&#8217;effroi survient face \u00e0 ce \u00e0 quoi ils ont particip\u00e9, \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 fait, chez d&#8217;autres c&#8217;est la fiert\u00e9, la joie, le mal du pays. Le \u00ab plus jamais \u00bb vis-\u00e0-vis de l&#8217;acceptation de la dictature du parti, de la tutelle inflig\u00e9e et de la soumission centralis\u00e9e rencontre ce sentiment : \u00ab Ce que jamais je n&#8217;ai poss\u00e9d\u00e9 m&#8217;est arrach\u00e9.\/ Ce que je n&#8217;ai pas v\u00e9cu, me manquera \u00e9ternellement. \u00bb (Volker Braun). A partir de la tension engendr\u00e9e par la dictature, l&#8217;\u00e9tat de tutelle, la soumission ali\u00e9n\u00e9e se d\u00e9veloppa chez beaucoup en RDA une revendication d&#8217;autod\u00e9termination, d&#8217;\u00e9mancipation et de r\u00e9elle appropriation. Et l\u00e0 o\u00f9 cette revendication se heurta aux structures d&#8217;une dictature de parti, \u00e0 l&#8217;\u00e9troitesse d&#8217;un esprit simplement born\u00e9 ou m\u00eame \u00e0 de la malveillance, ces blessures, dignes de m\u00e9moire, furent inflig\u00e9es dont les cicatrices font mal aujourd&#8217;hui encore.<\/p>\n<p><strong> LA CRISE : UN EFFONDREMENT <\/strong><\/p>\n<p>Toute normalit\u00e9 porte en elle-m\u00eame ses ab\u00eemes et ne se maintient qu&#8217;aussi longtemps que les gens sont capables de se tenir \u00e0 distance de l&#8217;ab\u00eeme qui s&#8217;offre \u00e0 leurs yeux. Cela vaut pour un syst\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9 tout comme pour une association ou n&#8217;importe quelle organisation. [&#8230;] Les mises en sc\u00e8ne absurdes d&#8217;\u00e9lections en RDA ou l&#8217;invention totalement insens\u00e9e par Wallstreet de titres financiers de plus en plus opaques ne changent rien. Les pr\u00e9tendues \u00e9lections masquaient l&#8217;auto-d\u00e9signation constante du Bureau politique et les formes d&#8217;assurance extra-boursi\u00e8re de sp\u00e9culations financi\u00e8res [&#8230;] permirent avant tout l&#8217;auto-enrichissement effr\u00e9n\u00e9 de toute une classe. Et nous y avons tous assist\u00e9 et nous l&#8217;avons su. Mais pour la plupart, cela ne devient intelligible qu&#8217;au moment de la crise. Le socialisme d&#8217;Etat sovi\u00e9tique resta, en mati\u00e8re de d\u00e9veloppement innovant de technologies modernes et de productivit\u00e9, depuis les ann\u00e9es 1950, derri\u00e8re les pays occidentaux, les Etats-Unis, la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale et leurs alli\u00e9s. Il se produisit une d\u00e9valorisation relative croissante des performances des pays europ\u00e9ens du socialisme d&#8217;Etat. S&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 en concurrence, en mati\u00e8re de syst\u00e8me, avec les pays de l&#8217;Am\u00e9rique latine ou m\u00eame de l&#8217;Afrique, ils n&#8217;auraient pas abouti \u00e0 la crise \u00e9conomique existentielle. Mais comme L\u00e9nine l&#8217;avait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9vu en 1922 : la productivit\u00e9 du travail a d\u00e9cid\u00e9 du destin du syst\u00e8me. Le retard \u00e9conomique croissant \u00e9tait associ\u00e9 de plus \u00e0 un retard politique des dictatures communistes par rapport \u00e0 la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative. Il leur manquait la l\u00e9gitimit\u00e9 des proc\u00e9dures issue de la volont\u00e9 du peuple. [&#8230;] Lorsque, de 1998 \u00e0 2002, l&#8217;Argentine s&#8217;enfon\u00e7a dans une crise \u00e9conomique de plus en plus profonde et que le pays s&#8217;effondra de fait, des \u00e9lections produisirent cet \u00e9l\u00e9ment de stabilit\u00e9 politique \u00e0 partir duquel un nouvel essor \u00e9conomique fut ensuite possible. La tentative de relayer le pouvoir royal, octroy\u00e9 par la gr\u00e2ce divine, par la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une v\u00e9rit\u00e9 scientifique absolue du marxisme-l\u00e9ninisme a \u00e9chou\u00e9 en 1989. Et avec lui le mod\u00e8le des partis-Etats communistes, dans la mesure o\u00f9 ils ne peuvent pas attester de succ\u00e8s \u00e9conomiques sup\u00e9rieurs. A l&#8217;heure de la crise, il n&#8217;y avait aucune possibilit\u00e9 que la violence pour maintenir un pouvoir en conformit\u00e9 avec le syst\u00e8me. Les crises naissent lorsque de longs processus d&#8217;instabilit\u00e9 croissante (telle celle du retard croissant de la RDA par rapport \u00e0 la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale, de l&#8217;incapacit\u00e9 \u00e0 garantir la simple reproduction de la soci\u00e9t\u00e9 et une insatisfaction croissante de la population) se conjuguent avec le comportement modifi\u00e9 de quelques acteurs significatifs. La politique de glasnost et de d\u00e9mocratisation de la perestro\u00efka en Union sovi\u00e9tique sap\u00e8rent la base id\u00e9ologique du pouvoir du SED. Des militants pour les droits civiques en RDA purent, au printemps 1989, apporter la preuve empirique de la falsification des \u00e9lections. La Hongrie ouvrit \u00e0 l&#8217;\u00e9t\u00e9 le Rideau de fer et des centaines de milliers de citoyennes et citoyens de RDA, des jeunes surtout, entam\u00e8rent le premier mouvement de masse spontan\u00e9 : ils \u00e9migr\u00e8rent et all\u00e8rent chercher leur passeport ouest-allemand. Ce qui cr\u00e9a la pression d&#8217;un second mouvement de masse, maintenant conscient et organis\u00e9, dans le respect strict de la non-violence, un mouvement pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 l&#8217;abri de l&#8217;Eglise \u00e9vang\u00e9lique : les manifestations du lundi \u00e0 Leipzig et ailleurs. Tout cela n&#8217;aurait pas encore signifi\u00e9 l&#8217;effondrement sans un nouveau changement fondamental : la classe des serviteurs communistes de la RDA, jusque dans sa direction, n&#8217;\u00e9tait plus pr\u00eate, pour maintenir son pouvoir dans cette situation, \u00e0 faire couler le sang. Ce n&#8217;\u00e9taient pas des h\u00e9ros en retraite (comme on peut le dire, selon Enzesberger (3) par exemple, de Gorbatchev). Mais sans eux, il aurait fallu de tr\u00e8s nombreux h\u00e9ros pour conqu\u00e9rir la d\u00e9mocratie. Il ne faudrait pas \u00e9riger des monuments pour les Krenz (4), Schabowski (5) et Cie, mais leur comportement fut, en tout cas, m\u00e9morable, comme celui de leurs camarades \u00e0 Prague, Varsovie ou Budapest. Le tournant a \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9 par eux aussi. Ils n&#8217;ont pas \u00e0 \u00eatre mis en prison ou clou\u00e9s au pilori de l&#8217;Histoire. A l&#8217;heure de la crise se manifeste ce qui est le plus important pour les divers acteurs : la libert\u00e9 de penser autrement, un nouveau d\u00e9part \u00e0 l&#8217;Ouest, la protestation pacifique dans la rue, le besoin de se pr\u00e9senter l\u00e0 sans avoir de sang sur les mains. C&#8217;est de la mise en mouvement d&#8217;acteurs d\u00e9terminants, tr\u00e8s nombreux (mais en aucun cas de la majorit\u00e9 des citoyens de RDA) qu&#8217;est n\u00e9e la crise de 1989. Elle s&#8217;est transform\u00e9e en effondrement du syst\u00e8me politique parce que les uns ne voulaient plus tol\u00e9rer le pouvoir du SED et l&#8217;ont exprim\u00e9 pacifiquement et que les autres ne voulaient plus d\u00e9fendre leur pouvoir par la violence et ont cherch\u00e9 des voies de coop\u00e9ration autour de tables rondes. La r\u00e9volution sans le sang avait commenc\u00e9. Le chaos qui, dans une crise, accompagne tout effondrement de l&#8217;ordre, offre la possibilit\u00e9 d<em> \u00ab enfanter une \u00e9toile qui danse \u00bb <\/em> (Friedrich Nietsche).<\/p>\n<p><strong> LA CRISE : UNE CHANCE <\/strong><\/p>\n<p>Les crises de soci\u00e9t\u00e9 repr\u00e9sentent le pendant social de crises psychiques. Le refoul\u00e9 se fraie d\u00e9sormais un chemin sans entrave.  Au-del\u00e0 des r\u00eaves \u00ab normaux \u00bb de l&#8217;art et de la litt\u00e9rature et des formes d&#8217;apparition ma\u00eetris\u00e9e du refoul\u00e9, incluses dans la vie quotidienne, le syst\u00e8me est \u00e9branl\u00e9. Si les dissidents apparaissaient auparavant comme des \u00ab fous \u00bb et \u00e9taient, pour une part, \u00e9galement intern\u00e9s dans des cliniques psychiatriques, c&#8217;est maintenant la conscience pr\u00e9c\u00e9demment dirigeante qui para\u00eet totalement d\u00e9mente et compl\u00e8tement incompr\u00e9hensible. L&#8217;heure de la crise est celle des critiques de l&#8217;\u00e9poque et des intellectuels si longtemps diffam\u00e9s. Le discours critique sur la soci\u00e9t\u00e9 devient, l&#8217;espace d&#8217;un moment, un ph\u00e9nom\u00e8ne de masse. Lorsqu&#8217;on lit aujourd&#8217;hui les t\u00e9moignages de l&#8217;\u00e9poque sur 1989, qu&#8217;on regarde les affiches fabriqu\u00e9es par les manifestantes et manifestants eux-m\u00eames \u00e0 Leipzig et Berlin, qu&#8217;on \u00e9tudie les documents des nombreux nouveaux partis et leurs programmes avec leur succession rapide de modifications, il appara\u00eet clairement plusieurs points. Premi\u00e8rement : la revendication la plus particuli\u00e8re \u00e9tait compl\u00e8tement charg\u00e9e d&#8217;\u00e9mancipation universelle (Ernesto Laclau). La proposition sens\u00e9e d&#8217;\u00e9quiper enfin les chauffages d&#8217;une possibilit\u00e9 de r\u00e9gulation de chauffe pour chaque pi\u00e8ce et non d&#8217;y proc\u00e9der en ouvrant les fen\u00eatres, \u00e9tait li\u00e9e \u00e0 la vision d&#8217;un nouveau mode de gestion, de d\u00e9cision et de vie. Le large horizon de lib\u00e9ration au nom de la \u00ab Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9 \u00bb naquit de cet \u00e9largissement du contenu de chacune des revendications et les r\u00e9unissait, les rattachait en un r\u00e9seau d&#8217;espoir, embrassant tout. De ce point de vue, les militants des droits civiques et les r\u00e9formateurs du SED ne se diff\u00e9renciaient pas, mais ils \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment en comp\u00e9tition, dans la surench\u00e8re. Deuxi\u00e8mement : cette universalisation du particulier cr\u00e9e en m\u00eame temps une ind\u00e9termination extr\u00eame. Car, de toute cette extr\u00eame foultitude, quel \u00e9l\u00e9ment est en mesure de donner une nouvelle unit\u00e9 \u00e0 ces pans d&#8217;un syst\u00e8me s&#8217;effondrant, qui tendent \u00e0 s&#8217;\u00e9parpiller dans le chaos ? Il faut des solutions institutionnelles sp\u00e9cifiques qui doivent porter tout le poids de la crise. Quel est le pas \u00e0 franchir apr\u00e8s une manifestation victorieuse, quel est l&#8217;acte \u00e0 poser une fois accomplie la fondation d&#8217;un parti, que doit-il se passer apr\u00e8s le changement de direction au SED ? Tout r\u00e9cemment encore, c&#8217;\u00e9taient des cautions en billions, des lois d&#8217;expropriation, bad banks. Et apr\u00e8s chaque pas, on se demande si la crise n&#8217;est pas soudainement tout de m\u00eame pass\u00e9e, tout aussi soudainement qu&#8217;elle est arriv\u00e9e. Mais auparavant, personne ne peut le savoir. La crise de la RDA se poursuivit par l&#8217;ouverture des fronti\u00e8res, le gouvernement de la Table ronde, l&#8217;ouverture de la perspective de l&#8217;union mon\u00e9taire et d&#8217;une unification rapide et par les nouvelles \u00e9lections du 18 mars 1990 jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;adh\u00e9sion (6). La RDA devint Histoire. Troisi\u00e8mement : la crise est une chance, mais les cartes sont, d\u00e8s le d\u00e9part, in\u00e9galement distribu\u00e9es. Une crise est pass\u00e9e lorsque les acteurs majeurs n&#8217;ont plus int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que se poursuivent les changements institutionnels et lorsqu&#8217;ils sont en mesure de marginaliser les alternatives qui se font jour. L&#8217;effondrement de la totalit\u00e9 de l&#8217;industrie et du commerce, le ch\u00f4mage par millions en Allemagne de l&#8217;Est apr\u00e8s le 1er juillet 1990 (union mon\u00e9taire) ne produisirent pas de crise politique parce que les institutions de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale \u00e9taient suffisamment fortes pour traiter ces probl\u00e8mes de telle sorte qu&#8217;il n&#8217;en surgisse pas de soul\u00e8vement de masse. La normalit\u00e9 nouvelle n&#8217;\u00e9tait pas une bonne chose, \u00e0 nouveau, mais elle \u00e9tait suffisamment stable. Mais cela signifie \u00e9galement que, dans une crise, les forces qui s&#8217;imposent sont celles qui sont capables de lier leurs int\u00e9r\u00eats avec ceux des grands groupes socialement d\u00e9favoris\u00e9s. C&#8217;est cela l&#8217;aptitude \u00e0 l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie : \u00e0 mener dans et hors de la crise. Les militants des droits civiques avaient, derri\u00e8re eux, la majorit\u00e9 lorsqu&#8217;il s&#8217;est agi de d\u00e9truire la pr\u00e9tention du SED \u00e0 la direction. Mais lorsque celle-ci, dans une situation extr\u00eame, c\u00e9da \u00e0 l&#8217;\u00e9norme pression pour l&#8217;ouverture des fronti\u00e8res, elle retira tout fondement non seulement \u00e0 son propre pouvoir, mais aussi au m\u00eame moment aux militants des droits civiques. Les r\u00e9formes en RDA se transform\u00e8rent en processus d&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale. Alors que le SED r\u00e9form\u00e9 en PDS parvenait \u00e0 muter en parti populaire de gauche est-allemand, il ne demeura pour le mouvement des droits civiques que le r\u00f4le de t\u00e9moins historiques de la r\u00e9sistance contre le pouvoir communiste. Quelques-uns de ceux qui avaient soumis la RDA \u00e0 une critique de gauche, socialiste, \u00e0 partir des droits de la personne humaine : condamn\u00e9s par la d\u00e9faite \u00e0 la clairvoyance : d\u00e9velopp\u00e8rent l&#8217;exigence d&#8217;une \u00ab double modernisation \u00bb : combler le retard politique et \u00e9conomique \u00e0 l&#8217;Est devait aller de pair avec une r\u00e9forme fondamentale \u00e9cologique, sociale et d\u00e9mocratique \u00e0 l&#8217;Ouest pour \u00eatre \u00e0 la hauteur des t\u00e2ches du XXIe si\u00e8cle. Pas plus tard qu&#8217;\u00e0 partir de janvier 1990, la question de la solution apport\u00e9e \u00e0 la crise de la RDA ouverte par rapport \u00e0 la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale fut finalement tranch\u00e9e par le choix de la majorit\u00e9 de la population de la RDA de se prononcer pour le SPD et les Verts ou pour la CDU\/CSU et le FDP. L&#8217;alternative en Allemagne de l&#8217;Ouest : poursuite de la politique n\u00e9oconservatrice de Helmut Kohl ou modernisation socio-\u00e9cologique : fut li\u00e9e \u00e0 la \u00ab question allemande \u00bb. Helmut Kohl offrit l&#8217;adh\u00e9sion rapide et par l\u00e0 l&#8217;acc\u00e8s direct \u00e0 l&#8217;Etat social de la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale comme rempart contre la paup\u00e9risation et la r\u00e9gression sociale. Oskar Lafontaine misait sur une unification progressive centr\u00e9e sur une politique alliant la solution des probl\u00e8mes \u00e0 l&#8217;Est \u00e0 un nouveau d\u00e9part ouest-allemand. Les Allemands de l&#8217;Est choisirent la s\u00e9curit\u00e9 de l&#8217;adh\u00e9sion, ce que les Allemands de l&#8217;Ouest ratifi\u00e8rent par les \u00e9lections au Bundestag de d\u00e9cembre 1990. Le processus d&#8217;extension commen\u00e7a. La supr\u00e9matie d&#8217;un Occident bien trop s\u00fbr de lui a conduit en Allemagne comme dans le reste du monde \u00e0 ce que la crise du socialisme d&#8217;Etat sovi\u00e9tique ne soit pas saisie comme une chance de mutation profonde et globale. Il n&#8217;y eut pas de r\u00e9volution \u00e9cologique globale (Club de Rome), ni de cr\u00e9ation de structures de s\u00e9curit\u00e9 collective gr\u00e2ce \u00e0 un d\u00e9veloppement commun et une d\u00e9mocratisation de la d\u00e9mocratie. Une modernisation comblant le retard en Europe de l&#8217;Est, en Chine, en Inde ou en Am\u00e9rique latine alla de pair avec une vague de nouvelles guerres, de nouvelle course aux armements, de destruction extensive de la nature et de terreur globalis\u00e9e. Les \u00e9lites dirigeantes du seul Occident se consid\u00e9r\u00e8rent comme des vainqueurs et promurent un capitalisme d\u00e9brid\u00e9 au rang de mod\u00e8le d&#8217;avenir et le n\u00e9olib\u00e9ralisme, ce que l&#8217;on appela le consensus de Washington, au rang de nouvelle id\u00e9ologie du pouvoir dans un Empire US. Ainsi fut accumul\u00e9 un arsenal explosif pour de nouvelles crises bien plus importantes que celle de 1989. Apr\u00e8s le 11 septembre 2001, la crise financi\u00e8re et \u00e9conomique actuelle n&#8217;est jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent qu&#8217;un nouveau tremblement de terre. Comme les crises du socialisme d&#8217;Etat avant 1989, la crise actuelle porte en elle \u00e9galement la chance d&#8217;un tournant. Elle peut devenir l&#8217;\u00e9poque d&#8217;un nouveau d\u00e9part. Mais si : comme pour le socialisme d&#8217;Etat sovi\u00e9tique en 1953, 1956, 1968, 1980 (7) : les structures fondamentales ne sont pas modifi\u00e9es, alors \u00e0 la crise actuelle de l&#8217;\u00e9poque moderne capitaliste succ\u00e9dera une nouvelle crise plus importante, plus profonde, plus globale. Les crises sont des aubaines pour ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 \u00eatre capables de les transformer en chance que l&#8217;on n&#8217;aurait pas eue sinon. Dans le cas inverse, c&#8217;est une occasion perdue, qu&#8217;on ne peut sans doute pas rattraper, et rien d&#8217;autre qu&#8217;une terrible catastrophe pour ceux qui, atteints par une famine croissante, la pauvret\u00e9, le ch\u00f4mage et les guerres, en sont les victimes directes. Mais il y a de l&#8217;espoir : le chaos n&#8217;est pas \u00e9puis\u00e9. On peut encore avoir une belle \u00e9poque. <strong> M.B. <\/strong><\/p>\n<p>1. \u00abHeranorganisieren\u00bb : un terme : organisieren : typique du vocabulaire de la d\u00e9brouille, du syst\u00e8me D, en RDA [NdT].<\/p>\n<p>2. \u00abKommandowirtschaft\u00bb, terme critique employ\u00e9 pour l&#8217;\u00e9conomie planifi\u00e9e [NdT].<\/p>\n<p>3. M. Walser aurait appartenu au parti nazi, mais apr\u00e8s la guerre, il fait partie des \u00e9crivains engag\u00e9s \u00e0 gauche. Recevant le prix des libraires allemands, il provoque de vives critiques lorsqu&#8217;il d\u00e9nonce \u00ab l&#8217;instrumentalisation de l&#8217;Holocauste \u00bb [NdT].<\/p>\n<p> 4. Dernier secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du SED. <\/p>\n<p>5. Porte-parole du gouvernement, charg\u00e9 d&#8217;annoncer le 9 novembre au soir, la libert\u00e9 de sortie du territoire [NdT].<\/p>\n<p>6. De la RDA \u00e0 la RFA [NdT].<\/p>\n<p>7. 1953 : Berlin, 1956 : Budapest, 1968 : Prague, 1980 : Gr\u00e8ves de Golansk en Pologne.<\/p>\n<p>Texte paru dans la revue allemande<em> Theater der Zeit <\/em>, n\u00b07\/8, 2009, www.theaterderzeit.de<\/p>\n<p><strong> TROIS QUESTIONS A Hans-Dietrich Genscher, ancien ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res et vice-chancelier de la RFA de 1974 \u00e0 1992 dans les gouvernements Helmut Schmidt et Helmut Kohl. <\/strong><\/p>\n<p><strong> \u00ab La r\u00e9unification de l&#8217;Allemagne se profilait \u00e0 l&#8217;horizon comme une n\u00e9cessit\u00e9 historique \u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong> Avez-vous senti venir les \u00e9v\u00e9nements de l&#8217;automne 1989 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Hans-Dietrich Genscher. <\/strong> En 1989, je me demandais quel pouvait \u00eatre l&#8217;avenir de l&#8217;Europe entre les blocs Est\/Ouest. Et l&#8217;Allemagne \u00e9tait au milieu de tout cela. Les accords d&#8217;Helsinski visaient \u00e0 stabiliser les relations Est\/Ouest. Gorbatchev voulait r\u00e9former le socialisme afin qu&#8217;il perdure. Mais je me rappelle tr\u00e8s bien un \u00e9change de points de vue avec Chevarnadze en 1988, alors ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res de l&#8217;URSS. Je lui disais qu&#8217;avec les r\u00e9volutions en Pologne, en Hongrie et les changements politiques en URSS, je ne voyais pas pourquoi rien ne changerait en RDA. En juin 1989, alors que de plus en plus d&#8217;Allemands de l&#8217;Est fuyaient vers l&#8217;Ouest en passant par la Hongrie, Chevarnadze \u00e9tait revenu vers moi, me disant que j&#8217;avais raison. Quelque chose allait changer en RDA. La situation semblait incontr\u00f4lable. J&#8217;avais 50 % de soucis sur l&#8217;issue des \u00e9v\u00e9nements et 50 % d&#8217;espoirs.<\/p>\n<p><strong> Comment r\u00e9agissaient les pays partenaires du bloc de l&#8217;Ouest en 1989 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> H.-D.G. <\/strong> La r\u00e9unification de l&#8217;Allemagne se profilait \u00e0 l&#8217;horizon comme une n\u00e9cessit\u00e9 historique. L&#8217;Allemagne avait sa place en Europe et il devenait \u00e9vident que l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;Allemagne m\u00e8nerait \u00e0 l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;Europe. D&#8217;ailleurs, \u00e0 aucun autre moment de l&#8217;histoire, les peuples europ\u00e9ens ne furent plus proches qu&#8217;en 1989. Les uns esp\u00e9raient que les autres aboutissent, que ce soit en Hongrie, en Tch\u00e9coslovaquie, en Pologne ou en RDA. Et nous, les partenaires de l&#8217;Ouest, nous ne pouvions que cr\u00e9er un climat diplomatique qui permette des r\u00e9volutions pacifiques dans le bloc de l&#8217;Est.<\/p>\n<p><strong> Vingt ans apr\u00e8s, pensez-vous que la r\u00e9unification de l&#8217;Allemagne s&#8217;est faite trop rapidement ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> H.-D.G. <\/strong> Il faut recontextualiser cette question. A l&#8217;\u00e9poque, je ne savais pas du tout combien de temps la situation allait permettre la r\u00e9unification de l&#8217;Allemagne. C&#8217;est pourquoi nous avons d\u00fb agir au plus vite. <\/p>\n<p>Propos recueillis par <strong> Charlotte Noblet <\/strong><\/p>\n<p><strong> D\u00e9cembre 1989 : Gregor Gysi au congr\u00e8s du SED\/PDS (extraits) <\/strong><\/p>\n<p><strong> Gregor Gysi, l&#8217;avocat des dissidents de la RDA, vient d&#8217;\u00eatre \u00e9lu pr\u00e9sident du nouveau parti, le SED-PDS (Parti socialiste unifi\u00e9 : Parti du socialisme d\u00e9mocratique). La d\u00e9finition des conditions de coop\u00e9ration entre les deux Allemagne est au c\u0153ur des discussions. Extraits choisis de son intervention. <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Nous avons besoin d&#8217;une rupture compl\u00e8te avec le stalinisme en \u00e9chec, avec le socialisme administratif centralis\u00e9 de notre pays. (&#8230;) Ce socialisme administratif centralis\u00e9 a men\u00e9 \u00e0 la crise politique, \u00e9conomique et financi\u00e8re, \u00e0 la corruption et aux abus de pouvoir. Chez nous comme dans d&#8217;autres pays socialistes, cette forme de socialisme s&#8217;est av\u00e9r\u00e9e incapable de contribuer efficacement \u00e0 la r\u00e9solution des probl\u00e8mes de l&#8217;humanit\u00e9. Le peuple de RDA, ses partis, ses mouvements politiques et sociaux se trouvent aujourd&#8217;hui dans une situation d\u00e9cisive : quel chemin doit prendre la RDA ? La crise \u00e9conomique et politique a r\u00e9duit \u00e0 l&#8217;extr\u00eame les possibilit\u00e9s d&#8217;autod\u00e9termination de ce chemin. (&#8230;) Pour la vie des citoyens et citoyennes ainsi que pour les plus jeunes g\u00e9n\u00e9rations, la direction historique choisie est d&#8217;une importance d\u00e9cisive. (&#8230;) La simple reprise des structures de l&#8217;Allemagne de l&#8217;Ouest peut-elle r\u00e9soudre ici nos probl\u00e8mes ? (&#8230;) A premi\u00e8re vue, le march\u00e9 mondial capitaliste en expansion peut para\u00eetre attractif \u00e0 beaucoup des habitu\u00e9s d&#8217;une \u00e9conomie de carence planifi\u00e9e bureaucratique. Mais il renforce, de par sa forme monopolistique, les probl\u00e8mes mondiaux existants tels que la protection de l&#8217;environnement, le maintien de la paix et l&#8217;\u00e9cart de d\u00e9veloppement entre les couches socio-\u00e9conomiques. Il conduit en r\u00e9alit\u00e9 au ch\u00f4mage de masse, \u00e0 l&#8217;angoisse existentielle, \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 des deux tiers in\u00e9quitable socialement dans les pays riches, et \u00e0 plus forte raison \u00e0 un appauvrissement suppl\u00e9mentaire des pays pauvres. (&#8230;) Nous ne devons pas manquer l&#8217;\u00e9lan d\u00e9mocratique et le droit \u00e0 l&#8217;autod\u00e9termination de la population de RDA. \u00bb <\/p>\n<p>Traduction par <strong> C.N. <\/strong> des archives de la Fondation Rosa-Luxemburg. <\/p>\n<p>Disponible sur http:\/\/www.rosalux.de\/fileadmin\/rls_uploads\/pdfs\/ADS\/Referat_von_Gregor_Gysi.pdf<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b066, novembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Les crises sont des aubaines pour ceux qui sont capables de les transformer en chance. 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