{"id":4401,"date":"2009-11-01T00:00:00","date_gmt":"2009-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-fin-d-un-monde-bipolaire\/"},"modified":"2009-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-31T23:00:00","slug":"article-fin-d-un-monde-bipolaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4401","title":{"rendered":"Fin d&#8217;un monde bipolaire"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Dans les ann\u00e9es 1980, Moscou et Washington d\u00e9ploient leurs strat\u00e9gies. Pour Mikha\u00efl Gorbatchev, il s&#8217;agit de redonner du souffle \u00e0 un syst\u00e8me qui \u00e9touffe. Pour Ronald Reagan, d&#8217;en finir avec \u00ab l&#8217;Empire du mal \u00bb. Retour sur la gen\u00e8se g\u00e9opolitique d&#8217;une chute. Avec Pierre Verluise et Jean-Paul H\u00e9bert. <\/p>\n<p><strong> Pierre Verluise : \u00ab LES ETATS-UNIS ONT JOU\u00c9 PERSO \u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong> Comment l&#8217;URSS envisage-t-elle ses relations avec l&#8217;Occident au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Pierre Verluise. <\/strong> En 1985, lorsque Mikha\u00efl Gorbatchev est nomm\u00e9 secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, la croissance de l&#8217;URSS est nulle. Son premier objectif est donc d&#8217;assurer la survie du syst\u00e8me. Les services du KGB ont alors compris que si l&#8217;on sert aux Occidentaux un discours qui les caresse dans le sens du poil, ils le croiront. Mikha\u00efl Gorbatchev et ses conseillers produisent la glasnost qui va \u00eatre une mani\u00e8re de revaloriser la parole sovi\u00e9tique. Depuis plusieurs d\u00e9cennies, la presse sovi\u00e9tique \u00e9tait censur\u00e9e, contr\u00f4l\u00e9e, et du coup personne ne s&#8217;y int\u00e9ressait. Il s&#8217;agissait donc de changer cette perception, en introduisant dans le discours des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9alit\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment censur\u00e9s. A partir de 1987-1988, la presse fait \u00e9tat de la prostitution qui existe dans le pays. Cela est destin\u00e9 \u00e0 surprendre. Puisque la presse parle de la prostitution, des accidents d&#8217;avion, etc., c&#8217;est que le reste est vrai aussi. Et le reste du discours, c&#8217;est que l&#8217;URSS veut devenir une d\u00e9mocratie, un Etat de droit, une \u00e9conomie de march\u00e9. Ce qui rencontre un \u00e9cho favorable, particuli\u00e8rement en Europe de l&#8217;Ouest. Estimant qu&#8217;il faut soutenir cette \u00e9volution, les Europ\u00e9ens proposent des millions de cr\u00e9dit qui conduisent \u00e0 un triplement de la dette ext\u00e9rieure sovi\u00e9tique entre 1985 et 1991.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame temps, ce que l&#8217;on n&#8217;a pas vu \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, les services secrets sovi\u00e9tiques, en synergie avec les mafias, organisent la fuite des capitaux du pays. A hauteur, selon les estimations, de 50 \u00e0 100 milliards de dollars. Cette double strat\u00e9gie conduit l&#8217;URSS \u00e0 se d\u00e9clarer le 4 d\u00e9cembre 1991 en suspension de paiement. Les hommes politiques et les banquiers occidentaux consentent des r\u00e9\u00e9chelonnements de dette avantageux. Quelque part, c&#8217;est un succ\u00e8s pour la strat\u00e9gie mise en \u0153uvre par les Sovi\u00e9tiques. Sauf que, entre temps, depuis 1989, le bloc de l&#8217;Est s&#8217;est \u00e9croul\u00e9. Il y a donc un probl\u00e8me: si la strat\u00e9gie a \u00e9t\u00e9 bonne, les objectifs ne sont pas atteints. Confirmation, le 8 d\u00e9cembre 1991: l&#8217;URSS implose. Ce syst\u00e8me que l&#8217;on voulait faire perdurer dispara\u00eet. <\/p>\n<p><strong> Justement, quelle place ont occup\u00e9 les pays du bloc de l&#8217;Est dans cette strat\u00e9gie? <\/strong><\/p>\n<p><strong> P.V. <\/strong> On peut supposer que le calcul sovi\u00e9tique a \u00e9t\u00e9 que la p\u00e9riph\u00e9rie de l&#8217;Empire co\u00fbtait de plus en plus cher et qu&#8217;il fallait l\u00e2cher, pour essayer de se retrouver plus tard. Cela dit, on en sait beaucoup mais on ne sait pas tout. Il y a encore des zones d&#8217;ombre. Ce qui est \u00e9vident, c&#8217;est que si les Etats-Unis et l&#8217;URSS \u00e9taient deux syst\u00e8mes adversaires, cela n&#8217;a pas emp\u00each\u00e9, \u00e0 certains moments historiques, des comportements paradoxaux, des convergences. On sait ainsi que Ion Iliescu, un des h\u00e9ros de la \u00ab\u00a0r\u00e9volution roumaine \u00bb, dans les neuf mois qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 cette pseudo-r\u00e9volution de d\u00e9cembre 1989, a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 \u00e0 quitter la Roumanie. Il s&#8217;est ensuite rendu aux Etats-Unis o\u00f9 il a rencontr\u00e9 de hauts responsables du d\u00e9partement d&#8217;Etat, en URSS o\u00f9 il a rencontr\u00e9 de hauts responsables de la diplomatie, avant de revenir chez lui, tranquillement, pour sortir de la bo\u00eete \u00e0 chaussures pendant le mois de d\u00e9cembre 1989&#8230; <\/p>\n<p><strong> Quand il arrive au pouvoir aux Etats-Unis, Ronald Reagan tient aussit\u00f4t un discours tr\u00e8s virulent contre l&#8217;URSS, qui incarne selon lui \u00ab l&#8217;Empire du mal \u00bb&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> P.V. <\/strong> Quelque temps apr\u00e8s son \u00e9lection, au mois de janvier 1981, une r\u00e9union se tient \u00e0 la Maison Blanche avec des experts de la CIA. Question: que faire avec l&#8217;URSS? Diff\u00e9rentes options sont pr\u00e9sent\u00e9es au Pr\u00e9sident. La premi\u00e8re, une guerre nucl\u00e9aire, n&#8217;est pas raisonnable, elle est \u00e9cart\u00e9e. La deuxi\u00e8me, une guerre conventionnelle, s&#8217;ach\u00e8verait par une d\u00e9faite des Etats-Unis, l&#8217;URSS disposant de plus d&#8217;armes et de plus d&#8217;hommes&#8230; Reagan demande alors :<em> \u00ab Qu&#8217;a-t-on de plus qu&#8217;eux? \u00bb <\/em> R\u00e9ponse: de l&#8217;argent. L&#8217;id\u00e9e est donc de d\u00e9penser beaucoup d&#8217;argent dans un programme d&#8217;armement qui sera port\u00e9 sur la place publique en 1983 sous le nom d&#8217;Initiative de d\u00e9fense strat\u00e9gique (IDS). Sur le moment, tout le monde y a vu la preuve que Reagan jouait au cowboy et n&#8217;avait rien compris. Sauf que l&#8217;intention n&#8217;\u00e9tait pas de r\u00e9aliser cela imm\u00e9diatement mais d&#8217;enclencher une relance de la course aux armements pour contraindre l&#8217;URSS \u00e0 augmenter la part de la d\u00e9fense dans son budget. Ce qu&#8217;elle a fait. Les p\u00e9nuries se sont aggrav\u00e9es et le r\u00e9gime s&#8217;est mis en difficult\u00e9 face \u00e0 des opinions irrit\u00e9es de ne pas trouver dans les magasins les biens de consommation \u00e9l\u00e9mentaires. Cette situation a particip\u00e9, dans le bloc de l&#8217;Est, \u00e0 diffuser l&#8217;id\u00e9e qu&#8217;il fallait que \u00e7a cesse.<\/p>\n<p><strong> Cette surench\u00e8re a-t-elle continu\u00e9 apr\u00e8s l&#8217;arriv\u00e9e de Gorbatchev au pouvoir ? <\/strong> <\/p>\n<p><strong> P.V. <\/strong> En 1987, le trait\u00e9 sur les euromissiles fait baisser la pression. Mais la strat\u00e9gie am\u00e9ricaine avait \u00e9t\u00e9 bien pens\u00e9e en prenant les Sovi\u00e9tiques \u00e0 leur petit jeu qui consistait \u00e0 toujours vouloir faire plus que les Am\u00e9ricains. Concernant Gorbatchev, les Am\u00e9ricains ont tr\u00e8s peu mis\u00e9 sur lui sur le plan financier. Il faut attendre 1990 pour que George Bush mette le premier milliard de dollars de cr\u00e9dit sur Gorbatchev. Cela signifie que de 1985 \u00e0 1989, ce sont les Europ\u00e9ens de l&#8217;Ouest qui donnent. Pourquoi, si les Am\u00e9ricains avaient compris le sens de la man\u0153uvre sovi\u00e9tique (promesse de r\u00e9forme contre cr\u00e9dits), n&#8217;ont-ils pas averti leurs alli\u00e9s? Probablement parce que, non sans cynisme, \u00e7a ne les d\u00e9rangeait pas de voir les Europ\u00e9ens jeter leur argent par la fen\u00eatre. Leur propre capacit\u00e9 de puissance en \u00e9tait d&#8217;autant renforc\u00e9e. <\/p>\n<p><strong> Les Etats-Unis n&#8217;associent donc pas leurs alli\u00e9s europ\u00e9ens \u00e0 ce plan ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> P.V. <\/strong> Non, je ne pense pas qu&#8217;il y ait eu une coop\u00e9ration tr\u00e8s avanc\u00e9e et \u00e9quitable avec tout le monde. Les Etats-Unis ont jou\u00e9 plut\u00f4t perso. Ils n&#8217;ont pas vraiment pr\u00e9venu les Fran\u00e7ais, Fran\u00e7ois Mitterrand \u00e9tant plut\u00f4t favorable aux th\u00e8ses de la maison commune europ\u00e9enne de Gorbatchev. Le Royaume-Uni \u00e9tait plus inform\u00e9 dans le cadre de \u00ab\u00a0la relation sp\u00e9ciale\u00a0\u00bb. Une personne a bien \u00e9t\u00e9 tenue au courant, il s&#8217;agit du pape Jean Paul II: il fallait \u00e9viter que le Vatican dresse son autorit\u00e9 morale en disant qu&#8217;il y avait autre chose \u00e0 faire que de fabriquer des syst\u00e8mes d&#8217;armes tr\u00e8s co\u00fbteux. Alors, tous les trois ou quatre mois, le g\u00e9n\u00e9ral Walters se rendait au Vatican pour expliquer la strat\u00e9gie et dire au Pape o\u00f9 ils en \u00e9taient. Les Russes parlent encore d&#8217;un complot entre Washington et le Vatican, \u00e0 propos de cette p\u00e9riode. C&#8217;est un mot un peu fort mais il y a bien eu une connivence entre les deux.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la R\u00e9publique f\u00e9d\u00e9rale allemande, je ne sais pas si elle a \u00e9t\u00e9 inform\u00e9e dans le d\u00e9tail, mais en tout cas elle a \u00e9t\u00e9 rapidement soutenue dans ses projets d&#8217;unification de l&#8217;Allemagne. Paris faisant d\u00e9faut, dans les premi\u00e8res semaines qui ont suivi la chute du Mur, c&#8217;est \u00e0 Washington que Bonn a trouv\u00e9 une oreille attentive et un soutien. Avec une condition, c\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain: que l&#8217;Allemagne ne soit pas neutralis\u00e9e, qu&#8217;elle reste dans l&#8217;Otan. Les Sovi\u00e9tiques, eux, acceptaient l&#8217;id\u00e9e d&#8217;une r\u00e9unification mais \u00e0 condition qu&#8217;elle soit neutralis\u00e9e. Finalement, l&#8217;unification s&#8217;est faite dans l&#8217;Otan, ce qui, quelque part, a constitu\u00e9 le premier \u00e9largissement de l&#8217;Otan post-guerre froide.<\/p>\n<p><strong> La forme prise par les \u00e9v\u00e9nements en 1989 est-elle anticip\u00e9e par les Etats-Unis? <\/strong><\/p>\n<p><strong> P.V. <\/strong>Ils ont \u00e9t\u00e9 capables d&#8217;accompagner le mouvement et de comprendre ce qui se passait. Cela s&#8217;explique par la forte capacit\u00e9 d&#8217;analyse et de renseignement sur l&#8217;URSS d\u00e9velopp\u00e9e d\u00e8s les ann\u00e9es 1950 par les Etats-Unis. Cela leur a permis de comprendre tr\u00e8s vite que la guerre froide \u00e9tait termin\u00e9e. Avec la dissolution du Pacte de Varsovie, les Etats-Unis ont int\u00e9gr\u00e9 que l&#8217;on \u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 une autre configuration strat\u00e9gique. Et que, par exemple, ils pouvaient construire leur nouvelle modalit\u00e9 de puissance non plus sur l&#8217;armement mais sur l&#8217;usage des nouvelles technologies de l&#8217;information, notamment Internet. Les Am\u00e9ricains ont compris que l&#8217;Internet, dont le versement hors fronti\u00e8res s&#8217;est produit au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, pouvait aussi, parce qu&#8217;ils en contr\u00f4lent l&#8217;essentiel du syst\u00e8me, \u00eatre un moyen de domination et de croissance. Or, faire ce changement d&#8217;appui n&#8217;\u00e9tait pas si facile et cela renvoie \u00e0 des capacit\u00e9s conceptuelles qu&#8217;ils avaient \u00e0 ce moment-l\u00e0&#8230; Mais qu&#8217;ils ont manifestement perdu par la suite, quand on voit la mani\u00e8re dont ils ont r\u00e9agi aux attentats de 2001. <\/p>\n<p>Propos recueillis par <strong> Emmanuel Riond\u00e9 <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Paul H\u00e9bert : \u00ab UNE VICTOIRE FROIDE \u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong> La glasnost a-t-elle \u00e9t\u00e9 seulement le masque d&#8217;une strat\u00e9gie sovi\u00e9tique visant \u00e0 \u00ab parasiter \u00bb le bloc occidental? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Jean-Paul H\u00e9bert. <\/strong> Non, \u00e0 mon sens, elle recouvre un progr\u00e8s plus global qui d\u00e9coule d&#8217;une conscience profonde du fait que l&#8217;organisation politique et \u00e9conomique sovi\u00e9tique ne fonctionne plus et qu&#8217;il faut passer \u00e0 autre chose. La glasnost sert peut-\u00eatre aussi \u00e0 glaner des cr\u00e9dits mais, de mon point de vue, ce n&#8217;est pas sa perspective premi\u00e8re. Il y a vraiment \u00e0 ce moment-l\u00e0, autour de Mikha\u00efl Gorbatchev, des gens qui ont une conscience claire du besoin de changement. Ce qu&#8217;ils ne mesurent probablement pas, c&#8217;est jusqu&#8217;o\u00f9 cela va les conduire&#8230; Il faut rapprocher cette \u00e9volution de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 en 1981 avec Solidarnosc. Cette fois-ci, en Pologne, dans cette r\u00e9volte de la soci\u00e9t\u00e9, car c&#8217;en \u00e9tait une, il n&#8217;y a pas eu de solution militaire. A l&#8217;\u00e9vidence, il y a donc la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;un changement. Apr\u00e8s la Hongrie en 1956, l&#8217;intervention militaire sovi\u00e9tique \u00e0 Prague en 1968 : d\u00e9j\u00e0 plus soft :, et donc la Pologne, la chute du mur de Berlin n&#8217;est que l&#8217;\u00e9tape suivante, in\u00e9vitable. Au moment o\u00f9 cela se produit, le Mur ne sert plus \u00e0 rien, il ne s\u00e9pare plus rien, la circulation se fait dessus, dessous. Toute une proximit\u00e9 id\u00e9ologique s&#8217;est d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9e des deux c\u00f4t\u00e9s avec une contagion des images occidentales \u00e0 l&#8217;Est.<\/p>\n<p><strong> Jusqu&#8217;\u00e0 quel point l&#8217;Initiative de d\u00e9fense strat\u00e9gique (IDS) lanc\u00e9e par Ronald Reagan participe-t-elle de la chute du Mur? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.-P.H. <\/strong> L&#8217;IDS va mettre une pression \u00e9norme sur l&#8217;URSS. Tellement \u00e9norme qu&#8217;en 1987, le trait\u00e9 de Washington sur les euromissiles, trait\u00e9 bipartite entre les Etats-Unis et l&#8217;URSS, va enfanter des dispositions tout \u00e0 fait nouvelles: d&#8217;abord, ce trait\u00e9 aboutit \u00e0 des destructions d&#8217;armes, ce qui est une premi\u00e8re. Ensuite, c&#8217;est un trait\u00e9 in\u00e9galitaire dans lequel l&#8217;URSS accepte de d\u00e9truire plus d&#8217;armes que les Etats-Unis. Enfin, il pr\u00e9voit des mesures concr\u00e8tes et d\u00e9taill\u00e9es de contr\u00f4le et d&#8217;inspection, ce qui, l\u00e0 encore, est assez in\u00e9dit. Cela indique bien que l&#8217;URSS ne peut pas supporter cette surench\u00e8re et qu&#8217;elle en a conscience. S&#8217;il n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 l&#8217;unique \u00e9l\u00e9ment d\u00e9cisif de la chute du Mur, l&#8217;IDS a clairement pes\u00e9 dans la balance. Disons qu&#8217;il a \u00e9t\u00e9 l&#8217;oreiller suppl\u00e9mentaire qui a fini d&#8217;\u00e9touffer l&#8217;\u00e9conomie sovi\u00e9tique&#8230; Cependant, il faut aussi consid\u00e9rer ce projet comme faisant partie de la pens\u00e9e strat\u00e9gique r\u00e9currente des Etats-Unis. On voit r\u00e9guli\u00e8rement surgir, environ tous les 10 ans depuis les ann\u00e9es 1950, ce mythe de l&#8217;invuln\u00e9rabilit\u00e9. L&#8217;id\u00e9e de la mise en place d&#8217;un syst\u00e8me qui prot\u00e9gerait totalement le pays. R\u00e9cemment, c&#8217;\u00e9tait encore le bouclier anti-missile qui devait se d\u00e9ployer en Europe.<\/p>\n<p><strong> Quel est l&#8217;h\u00e9ritage strat\u00e9gique de ce moment historique? <\/strong><\/p>\n<p><strong> J.-P.H. <\/strong> Il est compliqu\u00e9. Le mur qui s&#8217;effondre, c&#8217;est d&#8217;abord le sentiment qui se r\u00e9pand partout que tous les discours sur la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 ne sont que des masques camouflant la sauvegarde d&#8217;int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, d&#8217;int\u00e9r\u00eats de la bureaucratie. Le monde se pr\u00e9cipite alors dans un mod\u00e8le capitaliste d\u00e9nu\u00e9 d&#8217;aspects et de projets collectifs. Pendant la d\u00e9cennie qui a suivi, c\u00f4t\u00e9 russe, la population a beaucoup souffert de l&#8217;image \u00e9corn\u00e9e du pays qu&#8217;a donn\u00e9e Boris Eltsine. De ce point de vue, pour de nombreux Russes, Vladimir Poutine a restaur\u00e9 cette image. La Russie n&#8217;est plus crainte mais au moins est-elle de nouveau respect\u00e9e. Par contre, aujourd&#8217;hui, la Russie n&#8217;est clairement plus une puissance mondiale. Elle est en train de devenir le premier pays europ\u00e9en mais, c&#8217;est une tendance profonde, le jeu international ne se joue plus avec elle. C\u00f4t\u00e9 am\u00e9ricain, la disparition de l&#8217;URSS a pos\u00e9 un probl\u00e8me important: il a laiss\u00e9 ce mod\u00e8le seul, sans adversaires, et donc contraint de ne plus compter que sur ses propres forces pour justifier son bien-fond\u00e9. En \u00e9tant forc\u00e9ment beaucoup plus expos\u00e9 aux critiques puisqu&#8217;il est d\u00e9sormais unique. C&#8217;est ce qui se disait apr\u00e8s la chute du Mur: la guerre froide s&#8217;est achev\u00e9e par une victoire froide. <\/p>\n<p>Propos recueillis par <strong> E.R. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b066, novembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Dans les ann\u00e9es 1980, Moscou et Washington d\u00e9ploient leurs strat\u00e9gies. Pour Mikha\u00efl Gorbatchev, il s&#8217;agit de redonner du souffle \u00e0 un syst\u00e8me qui \u00e9touffe. Pour Ronald Reagan, d&#8217;en finir avec \u00ab l&#8217;Empire du mal \u00bb. Retour sur la gen\u00e8se g\u00e9opolitique d&#8217;une chute. 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