{"id":4398,"date":"2009-11-01T00:00:00","date_gmt":"2009-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/volker-schlondorff-je-m-attendais4398\/"},"modified":"2009-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-31T23:00:00","slug":"volker-schlondorff-je-m-attendais4398","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4398","title":{"rendered":"Volker Schl\u00f6ndorff  \u00ab Je m&#8217;attendais \u00e0 un grand renouveau intellectuel \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Alors que paraissent ses m\u00e9moires, le grand cin\u00e9aste Volker Schl\u00f6ndorff revient sur son parcours cosmopolite, sur l&#8217;histoire du cin\u00e9ma allemand et sur ses souvenirs de la chute du Mur. <\/p>\n<p>L&#8217;\u0153uvre de Volker Schl\u00f6ndorff est nourrie d&#8217;histoire et de politique. Avant de r\u00e9aliser son premier film \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de vingt-six ans,<em> Les D\u00e9sarrois de l&#8217;\u00e9l\u00e8ve T\u00f6rless <\/em>, il a fait ses \u00e9tudes en France o\u00f9 il est devenu cin\u00e9phile aux c\u00f4t\u00e9s de son ami Bertrand Tavernier. Il a \u00e9t\u00e9 l&#8217;assistant d&#8217;Alain Resnais, de Louis Malle et de Jean-Pierre Melville.  Passeur entre les cultures, grand amateur de litt\u00e9rature : il a adapt\u00e9 Grass, Musil, B\u00f6ll, Proust :, Volker Schl\u00f6ndorff a partag\u00e9 son temps entre la France, l&#8217;Allemagne et les Etats-Unis. Il vit aujourd&#8217;hui \u00e0 Berlin,<em> \u00ab au bord d&#8217;un lac, sur une ancienne emprise du Mur, \u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres des studios consid\u00e9r\u00e9s nagu\u00e8re comme le berceau du cin\u00e9ma\u00bb <\/em>&#8230; <\/p>\n<p><strong> O\u00f9 \u00e9tiez-vous quand le Mur est tomb\u00e9 ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Volker Schl\u00f6ndorff. <\/strong> J&#8217;\u00e9tais \u00e0 New York et j&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de rentrer tout de suite \u00e0 Berlin. Je me suis d\u00e9couvert un \u00e9lan patriotique que je ne me connaissais pas&#8230; J&#8217;ai \u00e9prouv\u00e9 une v\u00e9ritable joie. Depuis l&#8217;\u00e2ge de six ans, je ne connaissais le pays que divis\u00e9. La chute du Mur a marqu\u00e9 la v\u00e9ritable fin de la guerre et l&#8217;espoir d&#8217;un grand renouveau intellectuel. C&#8217;est \u00e0 cela que je m&#8217;attendais, un peu comme dans les ann\u00e9es 1920, durant la fin de la monarchie, et la d\u00e9couverte de la R\u00e9publique, p\u00e9riode de r\u00e9volutions dans tous les arts, le Bauhaus, l&#8217;Expressionnisme, Brecht, etc. Tout ce qu&#8217;on n&#8217;avait pas connu dans notre culture durant les ann\u00e9es 1960 et 1970, on a esp\u00e9r\u00e9 que cela arrive. Mais cela n&#8217;est pas arriv\u00e9. Je me suis pr\u00e9cipit\u00e9 \u00e0 Berlin en me disant, c&#8217;est l\u00e0 que \u00e7a se passe, c&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il faut \u00eatre maintenant, en pensant qu&#8217;il y aurait un foisonnement d&#8217;\u00e9tincelles, d&#8217;histoires \u00e0 vivre et \u00e0 raconter, en imaginant ces deux soci\u00e9t\u00e9s se m\u00e9langer, s&#8217;affronter, se comparer. A l&#8217;Ouest, on s&#8217;attendait \u00e0 ce que les Allemands de l&#8217;Est se repentent, qu&#8217;ils disent :<em> \u00ab nous avons eu tort \u00bb <\/em>, mais on ne peut demander \u00e0 qui que ce soit de dire :<em> \u00ab Pendant quarante ans, j&#8217;ai v\u00e9cu une fausse vie. \u00bb <\/em> Notre vie dans une soci\u00e9t\u00e9 de march\u00e9 nous a aussi \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par des circonstances historiques ; on ne l&#8217;a pas choisie, pas plus qu&#8217;eux n&#8217;ont choisi de vivre sous les Sovi\u00e9tiques. Mais une fois qu&#8217;on a grandi dans une soci\u00e9t\u00e9, qu&#8217;on y a v\u00e9cu sa jeunesse, sa scolarit\u00e9, on a tendance \u00e0 la d\u00e9fendre.<\/p>\n<p><strong> Votre cin\u00e9philie est n\u00e9e en France o\u00f9 vous avez longtemps v\u00e9cu et travaill\u00e9. Vous sentez-vous un r\u00e9alisateur allemand ou franco-allemand ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> V.S. <\/strong> Allemand ou am\u00e9ricano-allemand pour la simple raison que les films ne circulent plus en Europe. Je ne vois presque plus de films fran\u00e7ais, peut-\u00eatre un ou deux par an. Qu&#8217;ils le veuillent ou non, les Fran\u00e7ais sont un peu \u00e0 l&#8217;\u00e9cart. Ils sont tr\u00e8s prot\u00e9g\u00e9s. Le syst\u00e8me \u00e9tant autosuffisant, peut-\u00eatre sont-ils moins oblig\u00e9s d&#8217;affronter le march\u00e9 mondial. Aujourd&#8217;hui, chaque pays europ\u00e9en ne voit que son cin\u00e9ma national et des films am\u00e9ricains. Les voisins europ\u00e9ens n&#8217;existent quasiment pas. Cela est tr\u00e8s bizarre ; alors qu&#8217;\u00e9conomiquement, l&#8217;Europe s&#8217;unit, culturellement, chacun se referme, comme s&#8217;il avait peur de perdre sa culture. Dans les ann\u00e9es 1960-1970, les films de la Nouvelle Vague, ceux de Bergman, de Bunuel ou de Fellini, circulaient dans toute l&#8217;Europe. Il n&#8217;y avait pas de fronti\u00e8res nationales. On bourlinguait beaucoup, on accompagnait nos films en Russie, en Espagne ou en Scandinavie. On travaillait pour un public global. Depuis qu&#8217;il y a la globalisation, chacun travaille pour son public national.<\/p>\n<p><strong> A Paris, nous avons quand m\u00eame pu d\u00e9couvrir les films de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration allemande. Avez-vous des liens avec ces jeunes cin\u00e9astes ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> V.S. <\/strong> Paris est la ville du monde la plus ouverte, tout comme le r\u00e9seau fran\u00e7ais de salles art et essai. Berlin ne peut pas \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 Paris. Je vois les films des jeunes cin\u00e9astes allemands, mais je ne crois pas qu&#8217;ils connaissent les miens, en tout cas pas les anciens. Ils sont tr\u00e8s peu orient\u00e9s vers le pass\u00e9. Depuis quelques ann\u00e9es, nous avons l&#8217;\u00e9quivalent des C\u00e9sars, une sorte d&#8217;Acad\u00e9mie du cin\u00e9ma allemand, qui nous permet de nous rencontrer. Mais je fr\u00e9quente peu les jeunes r\u00e9alisateurs, alors que j&#8217;entretiens toujours des liens tr\u00e8s forts avec les cin\u00e9astes de ma g\u00e9n\u00e9ration ; Costa-Gavras, Herzog ou Wenders. Quand j&#8217;arrive quelque part, je rep\u00e8re s&#8217;il y a des vieux de la vieille et on se retrouve tout de suite. J&#8217;ai le culte de l&#8217;amiti\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Votre g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tait politis\u00e9e. Cela vous lie-t-il encore aujourd&#8217;hui ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> V.S. <\/strong> Oui. Nous \u00e9tions tous des animaux politiques. Nous \u00e9tions tr\u00e8s id\u00e9ologues aussi. Cela nous a barr\u00e9 le chemin vers le grand public : pour des raisons strictement id\u00e9ologiques, on a refus\u00e9 de collaborer avec des producteurs \u00e9tablis, avec ce qu&#8217;on appelait le cin\u00e9ma \u00e0 papa. Or, un producteur est un producteur. Cela a conduit \u00e0 ce que l&#8217;on oublie aussi le c\u00f4t\u00e9 art forain, spectacle du cin\u00e9ma. Plus le cin\u00e9ma s&#8217;ouvre vers un large public, plus il est vivant. C&#8217;est en passant par l&#8217;Am\u00e9rique que je me suis rendu compte que cet \u00e9litisme \u00e9tait un acte tr\u00e8s volontaire qui ne correspondait \u00e0 rien dans la r\u00e9alit\u00e9, et que je m&#8217;en suis lib\u00e9r\u00e9. Si l&#8217;on faisait des films politiques, c&#8217;est aussi parce qu&#8217;il y avait une soif du public pour les films engag\u00e9s. Les gens s&#8217;arrachaient<em> L&#8217;Honneur perdu de Katharina Blum <\/em> ou<em> L&#8217;Allemagne en automne <\/em>.<\/p>\n<p><strong> Ce n&#8217;est plus le cas ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> V.S. <\/strong>Faire un film politique aujourd&#8217;hui, c&#8217;est le bide assur\u00e9. L&#8217;ann\u00e9e derni\u00e8re, dans une \u00e9cole de cin\u00e9ma, un \u00e9l\u00e8ve m&#8217;a dit :<em> \u00ab Vous, vous traitiez de grandes histoires politiques parce que vous aviez tous le trauma de la Seconde Guerre mondiale, du nazisme, mais nous, on n&#8217;a pas de trauma. \u00bb <\/em> Un autre a ajout\u00e9 :<em> \u00ab Si, la famille&#8230; \u00bb <\/em> C&#8217;est vrai que de nombreux films parlent de la famille. Les jeunes cin\u00e9astes de l&#8217;Ecole de Berlin : expression que personne ne conna\u00eet \u00e0 Berlin ! :, Christian Petzoldt, Hans Weingartner et les autres, ont r\u00e9agi au cin\u00e9ma allemand qui les a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s et qui, pendant vingt ans, a imit\u00e9, sans en avoir les moyens, Hollywood et les films de genre. Ces nouveaux cin\u00e9astes ont r\u00e9invent\u00e9 un cin\u00e9ma d&#8217;auteur \u00e0 la premi\u00e8re personne, dans un style parfois documentaire. S&#8217;ils sont politis\u00e9s, c&#8217;est dans leurs choix esth\u00e9tiques, pas dans leurs sujets. Je crois qu&#8217;on ne peut \u00eatre engag\u00e9 que si l&#8217;\u00e9poque l&#8217;est.<\/p>\n<p><strong> En 2000, dans Les Trois Vies de Rita Vogt, est-ce la rencontre entre la RDA et la Fraction Arm\u00e9e Rouge qui vous int\u00e9ressait ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> V.S. <\/strong> C&#8217;est mon dernier film engag\u00e9, et il n&#8217;a pas rencontr\u00e9 le public. Mais, me diriez-vous,<em> Good Bye Lenin <\/em> ou<em> La Vie des autres <\/em> traitent aussi de ces questions-l\u00e0. Certes, mais tr\u00e8s diff\u00e9remment, l&#8217;un sous forme de com\u00e9die, l&#8217;autre sous forme de thriller m\u00e9lodramatique. Mon film en ce sens est un film des ann\u00e9es 1970 qui, d\u00e8s le d\u00e9but, essaie d&#8217;aborder le sujet non comme un film d&#8217;action ou de suspense mais comme un film politique et historique. Cela n&#8217;a pas int\u00e9ress\u00e9 les gens. La Stasi dans<em> La Vie des autres <\/em> est montr\u00e9e telle qu&#8217;on l&#8217;imagine ; dans<em> Les Trois Vies de Rita Vogt <\/em>, elle est montr\u00e9e telle qu&#8217;elle est, assez bonhomme, tr\u00e8s banale, ce qui n&#8217;enl\u00e8ve rien \u00e0 l&#8217;oppression. Les Allemands de l&#8217;Ouest ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9concert\u00e9s par cette image de l&#8217;Est qu&#8217;on donnait, celle d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le ciel \u00e9tait bleu, o\u00f9 l&#8217;on allait \u00e0 la plage, o\u00f9 l&#8217;on tombait amoureux, qui ne correspondait pas \u00e0 la grisaille habituelle, topos bien \u00e9tabli depuis<em> L&#8217;Espion qui venait du froid <\/em>. Au fond, la Fraction Arm\u00e9e Rouge et la RDA poursuivaient la m\u00eame utopie : arriver \u00e0 un monde meilleur en changeant la structure de la soci\u00e9t\u00e9, les uns en jetant des bombes, les autres, \u00e0 travers la coercition d&#8217;un syst\u00e8me. La fin du mur de Berlin, pour moi, c&#8217;est le moment o\u00f9 l&#8217;on s&#8217;est rendu compte que non, on ne peut de force imposer aux gens un monde meilleur. <\/p>\n<p>Propos recueillis par <strong> Juliette Cerf <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b066, novembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Alors que paraissent ses m\u00e9moires, le grand cin\u00e9aste Volker Schl\u00f6ndorff revient sur son parcours cosmopolite, sur l&#8217;histoire du cin\u00e9ma allemand et sur ses souvenirs de la chute du Mur. <\/p>\n","protected":false},"author":572,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[299],"class_list":["post-4398","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-cinema"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4398","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/572"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4398"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4398\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4398"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4398"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4398"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}