{"id":4395,"date":"2009-11-01T00:00:00","date_gmt":"2009-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/article-qu-est-ce-qui-a-echoue\/"},"modified":"2009-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-31T23:00:00","slug":"article-qu-est-ce-qui-a-echoue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4395","title":{"rendered":"Qu&#8217;est-ce qui a \u00e9chou\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La chute du Mur reste pour beaucoup un symbole de l&#8217;\u00e9chec du communisme. Cette exp\u00e9rience constitue-t-elle la fin du communisme ou celle du sovi\u00e9tisme ? La question ne cesse de hanter les intellectuels. Points de vue. <\/p>\n<p><strong> Samuel Johsua, universitaire, membre de la LCR: \u00abCe n&#8217;est pas la d\u00e9faite du communisme, mais celle du stalinisme\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Je ne consid\u00e8re pas la chute du Mur comme un \u00e9chec, il faut s&#8217;en f\u00e9liciter. Si \u00e9chec il y a, il remonte bien plus loin. Je fais partie de ceux qui consid\u00e8rent qu&#8217;il n&#8217;y avait rien \u00e0 sauver de ce syst\u00e8me. Il \u00e9tait condamnable dans toutes ses composantes. La chute du Mur a soulev\u00e9 une d\u00e9ception : la possibilit\u00e9 que cette r\u00e9volution contre un syst\u00e8me bureaucratique puisse donner autre chose qu&#8217;un retour au capitalisme ne s&#8217;est pas v\u00e9rifi\u00e9e :, mais elle est un bienfait dans l&#8217;histoire de l&#8217;humanit\u00e9. 1989, ce n&#8217;est pas la d\u00e9faite du communisme, mais celle du stalinisme : un r\u00e9gime qui ne reposait plus que sur la r\u00e9pression et une bureaucratie tentaculaire : qui emp\u00eachait de penser une soci\u00e9t\u00e9 \u00e9mancip\u00e9e. On a connu, par le pass\u00e9, deux grandes possibilit\u00e9s de pr\u00e9server les id\u00e9aux du syst\u00e8me tout en d\u00e9truisant de fond en comble la mani\u00e8re dont il fonctionnait : l&#8217;Insurrection de Budapest en 1956 et surtout le Printemps de Prague en 1968, qui s&#8217;est d\u00e9roul\u00e9 au nom d&#8217;un socialisme \u00e0 visage humain. L&#8217;\u00e9chec a eu lieu en plusieurs \u00e9tapes, depuis la fin des ann\u00e9es 1920 en Russie, et entre 1956 et 1968, p\u00e9riode durant laquelle les possibilit\u00e9s de transformation de ce syst\u00e8me se sont \u00e9puis\u00e9es. Il y a deux d\u00e9bats diff\u00e9rents : la chute du mur de Berlin et la question du communisme. Cela ne veut pas dire que le communisme n&#8217;a pas \u00e9chou\u00e9 en partie: mais c&#8217;est une question d\u00e9licate qui ne renvoie pas directement \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement. On ne peut pas parler d&#8217;une p\u00e9riode b\u00e9nie avec L\u00e9nine, apr\u00e8s laquelle l&#8217;or se serait transform\u00e9 en plomb : m\u00eame si c&#8217;est vrai en partie :, car il faut s&#8217;interroger sur les raisons qui ont permis au stalinisme de l&#8217;emporter dans le cadre b\u00e2ti par L\u00e9nine. Il n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire, pour cela, de transformer ce cadre. Cependant, je fais partie de ceux qui pensent que le stalinisme ne remet pas en cause l&#8217;id\u00e9e fondamentale du communisme. D\u00e8s lors que vous consid\u00e9rez que le capitalisme ne peut pas r\u00e9soudre les contradictions \u00e9conomiques, \u00e9cologiques, etc., la seule issue s\u00e9rieuse, c&#8217;est la fin d&#8217;un monde dirig\u00e9 par la recherche aveugle du profit. Ce qu&#8217;on appelle communisme est tr\u00e8s li\u00e9 \u00e0 tous les partis communistes. Or le communisme, celui de Marx, englobe des choses bien plus larges que le parti bolchevique. Il existe d&#8217;autres types d&#8217;exp\u00e9rimentations, comme la Commune de Paris en 1971. Certes, elle n&#8217;a dur\u00e9 que deux mois, mais son syst\u00e8me d&#8217;organisation, la d\u00e9mocratie qu&#8217;elle avait install\u00e9e, offre une image du communisme diff\u00e9rente de ce qui s&#8217;est pass\u00e9 en Russie. Toutes les exp\u00e9riences au XXe si\u00e8cle se sont termin\u00e9es par des \u00e9checs, et l&#8217;espoir ne s&#8217;est jamais r\u00e9veill\u00e9, mais il demeure dans l&#8217;actualit\u00e9 du monde. Il n&#8217;y avait aucun espoir pour le communisme tant que le syst\u00e8me stalinien perdurait parce que c&#8217;\u00e9tait une caricature, le contraire de ce que nous voulions faire. Des millions de personnes le d\u00e9fendaient, mais c&#8217;\u00e9tait un r\u00e9gime ind\u00e9fendable pour ceux qui connaissaient la r\u00e9alit\u00e9. Les remont\u00e9es contemporaines sous la forme de l&#8217;altermondialisme, d&#8217;un nouvel internationalisme, n&#8217;auraient pas \u00e9t\u00e9 possibles sans la fin du syst\u00e8me stalinien : un passage indispensable dont je me r\u00e9jouis. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, nous sommes tous h\u00e9ritiers du XXe si\u00e8cle, y compris un parti comme le mien, le NPA, lui-m\u00eame h\u00e9ritier d&#8217;une tradition qui s&#8217;est oppos\u00e9e au stalinisme d&#8217;une mani\u00e8re extr\u00eamement farouche. Tous ceux qui ont touch\u00e9 \u00e0 cette histoire sont comptables des horreurs qui ont pu \u00eatre commises au nom du combat que nous menions. Et cela p\u00e8se consid\u00e9rablement sur la gauche de gauche en particulier, mais aussi sur la gauche en g\u00e9n\u00e9ral, m\u00eame celle qui n&#8217;a pas soutenu ce syst\u00e8me. La chute du Mur est une histoire termin\u00e9e du point de vue de sa r\u00e9alit\u00e9 historique, mais elle continue de peser dans les t\u00eates. Il faut comprendre ce qui s&#8217;est pass\u00e9 pour faire en sorte que cela ne se reproduise pas. La question de la d\u00e9mocratie, par exemple, a \u00e9t\u00e9 largement sous-estim\u00e9e par tous les mouvements r\u00e9volutionnaires au cours du XXe si\u00e8cle. Tant que cette histoire ne sera pas comprise, il subsistera un petit doute dans l&#8217;esprit de ceux qui veulent abattre le capitalisme. \u00bb Propos recueillis par <strong> Marion Rousset <\/strong><\/p>\n<p><strong> Alain Bergounioux, historien et directeur de<em> La Revue socialiste <\/em>: Du pass\u00e9 ne faisons pas table rase&#8230; <\/strong><\/p>\n<p>1989, la chute du mur offre \u00e9videmment l&#8217;occasion de revenir sur le sens de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement. Ce n&#8217;est pas pour se contenter d&#8217;une plate comm\u00e9moration. Vingt ans apr\u00e8s, les probl\u00e8mes du pass\u00e9 sont peut-\u00eatre sold\u00e9s, mais la question que l&#8217;on avait pu penser partiellement r\u00e9solue de construire une alternative au lib\u00e9ralisme \u00e9conomique, avec l&#8217;Etat social, est remise sur le m\u00e9tier. Certes, aujourd&#8217;hui les enjeux sont diff\u00e9rents et tout le monde s&#8217;accorde pour dire qu&#8217;il faut concevoir et mettre en \u0153uvre un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement qui r\u00e9alise un nouvel \u00e9quilibre entre les exigences \u00e9conomiques, sociales, \u00e9cologiques. Mais, n&#8217;y aurait-il rien \u00e0 retirer des contradictions du pass\u00e9\u00a0et encore du pr\u00e9sent, si on en juge par la Chine qui se dit toujours communiste\u00a0? Le Parti communiste et l&#8217;extr\u00eame gauche ont tendance \u00e0 se contenter d&#8217;une condamnation (intellectuellement paresseuse) du stalinisme pour pouvoir r\u00e9p\u00e9ter que l&#8217;id\u00e9e communiste a toujours un avenir. Les socialistes se satisfont souvent d&#8217;avoir eu raison avec L\u00e9on Blum. La volont\u00e9 de m\u00e9nager un parti alli\u00e9 l&#8217;explique partiellement, mais \u00e9galement le tronc commun, qui a uni historiquement les deux partis, a sa part. Cela ne peut \u00eatre cependant des raisons suffisantes pour en rester l\u00e0. L&#8217;aspiration au changement est forte aujourd&#8217;hui. Comme le soulignait Fran\u00e7ois Furet lui-m\u00eame, dans son grand livre,<em> Le pass\u00e9 d&#8217;une illusion <\/em>\u00a0:<em> \u00ab La d\u00e9mocratie fabrique, par sa seule existence, le besoin d&#8217;un monde post\u00e9rieur \u00e0 la bourgeoisie et au capital o\u00f9 pourrait s&#8217;\u00e9panouir une v\u00e9ritable communaut\u00e9 humaine. \u00bb <\/em> Alors, gardons \u00e0 l&#8217;esprit ce que peuvent \u00eatre les enseignements essentiels de ce pass\u00e9 si proche. Commen\u00e7ons par ce qui est le plus \u00e9vident. Il est justifi\u00e9 de dire que<em> \u00ab\u00a0L\u00e9on Blum avait eu raison\u00a0\u00bb <\/em> dans son c\u00e9l\u00e8bre discours du Congr\u00e8s de Tours, en d\u00e9cembre 1920. Les socialistes qui ont refus\u00e9 l&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 la IIIe Internationale et aux partis constitu\u00e9s sur le mod\u00e8le du parti bolchevique ont bien compris : et sur le moment m\u00eame : que rien ne pouvait se b\u00e2tir de durable sur la violence \u00e9rig\u00e9e en principe de gouvernement. La formule de L\u00e9on Blum selon laquelle la dictature annonc\u00e9e du prol\u00e9tariat se transformera en \u00ab\u00a0dictature sur le prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb r\u00e9sonne encore. C&#8217;est toujours l&#8217;essentiel. Le refus de sacrifier les libert\u00e9s individuelles et collectives \u00e0 ce qui pouvait para\u00eetre et \u00e9tait invoqu\u00e9 comme une invincible n\u00e9cessit\u00e9 historique demandait de l&#8217;intelligence et du courage. Ces qualit\u00e9s ont r\u00e9uni, rappelons-le, la r\u00e9volutionnaire Rosa Luxembourg, comme le r\u00e9formiste L\u00e9on Blum. C&#8217;est \u00e0 partir de ce moment que les socialistes ont r\u00e9ellement pris conscience que la d\u00e9mocratie ne pouvait \u00eatre un moyen mais \u00e9tait r\u00e9ellement une fin qui ne pouvait \u00eatre soumise \u00e0 aucune argutie, visant, par exemple, \u00e0 relativiser les libert\u00e9s formelles. La d\u00e9mocratie devait \u00eatre comprise non pas seulement comme l&#8217;expression du pouvoir du peuple, mais comme un Etat de droit, organisant le pluralisme politique et social, acceptant donc l&#8217;alternance politique. L&#8217;acceptation pleine et enti\u00e8re de la d\u00e9mocratie entra\u00eene par cons\u00e9quence qu&#8217;elle doit \u00eatre d\u00e9fendue et entre en contradiction avec une vision totalement administr\u00e9e de l&#8217;\u00e9conomie et de la soci\u00e9t\u00e9 : que ne partageaient pas d&#8217;ailleurs la majorit\u00e9 des socialistes d&#8217;avant 1914 qui avaient plut\u00f4t dans la t\u00eate la construction d&#8217;une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9centralis\u00e9e, comme en t\u00e9moignent les \u00e9crits de Jaur\u00e8s. Cette question majeure laisse cependant de c\u00f4t\u00e9 une interrogation clef sur la sp\u00e9cificit\u00e9 du communisme. Car, bien des r\u00e9gimes ont \u00e9t\u00e9 et sont fond\u00e9s sur la violence. Et pour les socialistes, longtemps (et pour certains encore aujourd&#8217;hui), le d\u00e9saccord avec le communisme ne porte pas sur les fins mais seulement sur les moyens. La querelle des interpr\u00e9tations emplit une biblioth\u00e8que. Elles oscillent entre deux p\u00f4les, avec toutes les variations de l&#8217;un \u00e0 l&#8217;autre. Le premier fait des circonstances : des Etats arri\u00e9r\u00e9s, avec les pays qui ont suivi la Russie, sans culture d\u00e9mocratique, qui ont connu la guerre civile : l&#8217;explication essentielle de la d\u00e9rive dictatoriale des r\u00e9gimes communistes. Le second met en cause l&#8217;id\u00e9ologie m\u00eame, le marxisme, voire la philosophie des Lumi\u00e8res, avec la R\u00e9volution fran\u00e7aise, qui a fait du communisme une id\u00e9ocratie voulant formater toute la soci\u00e9t\u00e9 et refusant tout pluralisme de pens\u00e9e, cela va de soi, mais \u00e9galement des int\u00e9r\u00eats : voire le drame de la paysannerie russe et chinoise. Il y a \u00e9videmment des \u00e9l\u00e9ments de v\u00e9rit\u00e9 dans ces deux directions. Mais toutes les deux manquent ce qui unit toutes les exp\u00e9riences communistes, sur tous les continents, l&#8217;existence d&#8217;un parti, qui monopolise tous les pouvoirs, parti-Etat, construit non par Marx, qui a peu \u00e9crit sur ce qui serait la politique apr\u00e8s la R\u00e9volution et qui avait en vue les r\u00e9alit\u00e9s de la Commune, qui \u00e9tait tout sauf monolithique, mais par L\u00e9nine, qui s&#8217;est empar\u00e9 de la doctrine marxiste pour en faire la servante du parti d\u00e9tenteur de la v\u00e9rit\u00e9, m\u00ealant, comme l&#8217;a montr\u00e9 lumineusement Claude Lefort, le pouvoir, le savoir et la loi. La mythologie de la r\u00e9volution s&#8217;est convertie en mythologie du parti en dehors duquel il n&#8217;y a qu&#8217;erreur. Cela rend compte qu&#8217;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des croyances id\u00e9ologiques peu \u00e0 peu se sont constitu\u00e9s les int\u00e9r\u00eats politiques et sociaux de puissantes bureaucraties. C&#8217;est la nature du parti l\u00e9niniste puis stalinien qui a fa\u00e7onn\u00e9 le totalitarisme communiste. Il a fait sa force, mais il a conduit aussi \u00e0 sa d\u00e9composition progressive, en emp\u00eachant, pass\u00e9 le temps de l&#8217;industrialisation de base, la soci\u00e9t\u00e9 de vivre librement et d&#8217;affronter la complexit\u00e9 d&#8217;une \u00e9conomie moderne. L&#8217;\u00e9chec du communisme ne condamne donc pas le mouvement ouvrier qui l&#8217;a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, fortement attach\u00e9 d&#8217;ailleurs \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;association, et encore moins les principes des Lumi\u00e8res, qui ont fond\u00e9 la d\u00e9mocratie moderne. Il ne doit pas plus inhiber la critique sociale comme la pens\u00e9e conservatrice tend \u00e0 le dire en mettant en avant la faillite du communisme pour clore la discussion. En fait, celle-ci lib\u00e8re plut\u00f4t ce que peut encore avoir d&#8217;utile la pens\u00e9e marxienne. Faire l&#8217;inventaire du communisme doit nous mener par l\u00e0-m\u00eame \u00e0 faire un examen des \u00e9volutions du socialisme d\u00e9mocratique et \u00e0 cesser de le penser en opposition pour le r\u00e9-ancrer dans un pass\u00e9 amput\u00e9 par le communisme, riche de grandes potentialit\u00e9s. <\/p>\n<p><strong> Alain Badiou, philosophe et \u00e9crivain: \u00abL&#8217;\u00e9chec, une \u00e9tape\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Que veut dire exactement \u00ab\u00e9chouer\u00bb, s&#8217;agissant d&#8217;une s\u00e9quence de l&#8217;Histoire o\u00f9 est exp\u00e9riment\u00e9e telle ou telle forme de l&#8217;hypoth\u00e8se communiste ? Que veut-on dire exactement, quand on affirme que toutes les exp\u00e9riences socialistes plac\u00e9es sous le signe de cette hypoth\u00e8se, ont \u00ab\u00e9chou\u00e9\u00bb ? Cet \u00e9chec est-il radical : entendons : exige-t-il l&#8217;abandon de l&#8217;hypoth\u00e8se elle-m\u00eame, le renoncement \u00e0 tout le probl\u00e8me de l&#8217;\u00e9mancipation ? Ou n&#8217;est-il que relatif \u00e0 la forme, ou \u00e0 la voie, qu&#8217;il a explor\u00e9e, et dont il a seulement \u00e9t\u00e9, par cet \u00e9chec, \u00e9tabli qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9tait pas la bonne pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me initial ? Ma conviction s&#8217;\u00e9claire d&#8217;une comparaison. Soit un probl\u00e8me scientifique, qui peut bien prendre la forme d&#8217;une hypoth\u00e8se, tant qu&#8217;il n&#8217;est pas r\u00e9solu. Ainsi du \u00abth\u00e9or\u00e8me de Fermat\u00bb, dont on dira qu&#8217;il est une hypoth\u00e8se, si on le formule ainsi : \u00abPour n > 2, je suppose que l&#8217;\u00e9quation xn + yn = zn n&#8217;a pas de solutions enti\u00e8res (de solutions o\u00f9 x, y et z sont des nombres entiers)\u00bb. Entre Fermat, qui a formul\u00e9 l&#8217;hypoth\u00e8se (il pr\u00e9tendait l&#8217;avoir d\u00e9montr\u00e9e, mais passons), et Wiles, le math\u00e9maticien anglais qui l&#8217;a r\u00e9ellement d\u00e9montr\u00e9e il y a quelques ann\u00e9es, il y en a eu d&#8217;innombrables tentatives de justification. Beaucoup ont servi de point de d\u00e9part \u00e0 des d\u00e9veloppements math\u00e9matiques de tr\u00e8s grande port\u00e9e, bien qu&#8217;elles n&#8217;aient pas r\u00e9ussi quant au probl\u00e8me lui-m\u00eame. Il a donc \u00e9t\u00e9 fondamental de ne pas abandonner l&#8217;hypoth\u00e8se pendant les trois si\u00e8cles o\u00f9 il resta impossible de la d\u00e9montrer. La f\u00e9condit\u00e9 de ces \u00e9checs, de leur examen, de leurs cons\u00e9quences, a anim\u00e9 la vie math\u00e9matique. En ce sens, l&#8217;\u00e9chec, pourvu qu&#8217;il n&#8217;entra\u00eene pas qu&#8217;on c\u00e8de sur l&#8217;hypoth\u00e8se, n&#8217;est jamais que l&#8217;histoire de la justification de cette derni\u00e8re. Comme le dit Mao, si la logique des imp\u00e9rialistes et de tous les r\u00e9actionnaires est \u00abprovocation de troubles, \u00e9chec, nouvelle provocation, nouvel \u00e9chec, et cela jusqu&#8217;\u00e0 leur ruine\u00bb, la logique des peuples est \u00ablutte, \u00e9chec, nouvelle lutte, nouvel \u00e9chec, nouvelle lutte encore, et cela jusqu&#8217;\u00e0 la victoire\u00bb. (&#8230;) les \u00e9checs apparents, parfois sanglants, d&#8217;\u00e9v\u00e9nements li\u00e9s en profondeur \u00e0 l&#8217;hypoth\u00e8se communiste, ont \u00e9t\u00e9 et demeurent des \u00e9tapes de son histoire. Du moins pour tous ceux que n&#8217;aveugle pas l&#8217;usage propagandiste de la notion d&#8217;\u00e9chec. Ce qui veut dire : ceux que l&#8217;hypoth\u00e8se communiste anime toujours, en tant que sujets politiques, qu&#8217;ils emploient ou non le mot \u00abcommunisme\u00bb. En politique, ce sont les pens\u00e9es, les organisations et les actions qui comptent. Parfois des noms propres servent de r\u00e9f\u00e9rent, comme Robespierre, Marx, L\u00e9nine&#8230; Les noms communs (r\u00e9volution, prol\u00e9tariat, socialisme&#8230;) sont d\u00e9j\u00e0 bien moins capables de nommer une s\u00e9quence r\u00e9elle de la politique d&#8217;\u00e9mancipation, et leur usage est rapidement expos\u00e9 \u00e0 une inflation sans contenu. Les adjectifs (r\u00e9sistant, r\u00e9visionniste, imp\u00e9rialiste&#8230;) sont les plus commun\u00e9ment affect\u00e9s \u00e0 la seule propagande. C&#8217;est que l&#8217;universalit\u00e9, attribut r\u00e9el d&#8217;un corps-de-v\u00e9rit\u00e9, n&#8217;a que faire des pr\u00e9dicats. Une vraie politique ignore les identit\u00e9s, m\u00eame celle, si t\u00e9nue, si variable, des \u00abcommunistes\u00bb. Elle ne conna\u00eet que ces fragments du r\u00e9el dont une Id\u00e9e atteste qu&#8217;est en cours le travail de sa v\u00e9rit\u00e9. \u00bb <\/p>\n<p>Extrait de<em> L&#8217;Hypoth\u00e8se communiste <\/em>, Nouvelles \u00e9ditions Lignes, 2009<\/p>\n<p><strong> Roger Martelli, historien et co-directeur de<em> Regards <\/em>: Communisme : fin d&#8217;un cycle <\/strong><\/p>\n<p> La p\u00e9riode de 1989 \u00e0 1991 a clos le \u00ab court XXe si\u00e8cle \u00bb (E. Hobsbawm) ; elle a soulign\u00e9 la fin de toute une p\u00e9riode de l&#8217;histoire du communisme, celle qui s&#8217;est ouverte entre 1902 et 1917, avec l&#8217;\u00e9mergence et l&#8217;affirmation du bolchevisme. Voil\u00e0 au d\u00e9part une conception tr\u00e8s coh\u00e9rente de l&#8217;action r\u00e9volutionnaire, selon laquelle l&#8217;essentiel est de b\u00e2tir une organisation politique qui apporte la conscience r\u00e9volutionnaire au monde ouvrier et qui se pr\u00e9pare aux affrontements violents in\u00e9luctables. La Grande Guerre et la \u00ab brutalisation \u00bb qu&#8217;elle entra\u00eene font de cette exp\u00e9rience un mod\u00e8le ; la r\u00e9volution d&#8217;Octobre en fait un exemple de gestion sociale. Le communisme \u00e9tait un mouvement ; il est d\u00e9sormais une soci\u00e9t\u00e9. Les ann\u00e9es 1920 du si\u00e8cle dernier donnent au mod\u00e8le et \u00e0 l&#8217;exemple une coh\u00e9rence absolue : le stalinisme domine le communisme politique pendant quelques d\u00e9cennies. Dans son aspect le plus violent, il a presque partout disparu, non sans h\u00e9sitation et non sans poches de r\u00e9sistance. Mais le communisme du XXe si\u00e8cle n&#8217;est jamais pleinement parvenu \u00e0 passer d&#8217;un \u00e9quilibre \u00e0 un autre. Un stalinisme sans Staline, ou un bolchevisme sans L\u00e9nine, mais toujours du stalinisme ou du bolchevisme&#8230; Cette difficult\u00e9 r\u00e9currente \u00e0 changer n&#8217;\u00e9tait pas une fatalit\u00e9. Le communisme des phases ant\u00e9rieures \u00e0 1917 n&#8217;avait pas manqu\u00e9 de grands mouvements d&#8217;\u00e9volution en profondeur, entre 1848 et 1871, puis \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Il n&#8217;avait pas manqu\u00e9 non plus de d\u00e9bats tr\u00e8s vifs en son sein. Jusqu&#8217;en 1917, le prestige des hommes (Marx, Engels, Kautsky) ou le poids d&#8217;une organisation (la social-d\u00e9mocratie allemande) n&#8217;avaient jamais \u00e9puis\u00e9 la libert\u00e9 de ton et la culture de la confrontation. Ce n&#8217;est plus le cas apr\u00e8s 1917 et, moins encore, apr\u00e8s 1924, avec les d\u00e9buts de la stalinisation du mouvement communiste. En peu de temps, la pratique et l&#8217;organisation communistes se transforment en une culture collective de l&#8217;action et en un syst\u00e8me affectif et mental qui s&#8217;appuient sur une v\u00e9ritable doctrine, le \u00ab marxisme-l\u00e9ninisme \u00bb. On sait les atouts et les dangers de la doctrine : elle rassure et elle soude mythiquement le groupe ; mais elle fige son regard en d\u00e9limitant par avance le champ du vrai et du faux, du l\u00e9gitime et de l&#8217;ill\u00e9gitime, du dicible et de l&#8217;indicible. La complexit\u00e9 du r\u00e9el est ni\u00e9e, la dialectique devient une rh\u00e9torique. L&#8217;ajustement au monde se fait de fa\u00e7on chaotique, par \u00ab tournants \u00bb successifs venus inexorablement des sommets du Parti. Or, plus un syst\u00e8me se pense lui-m\u00eame comme monolithique et plus il a de mal \u00e0 int\u00e9grer les signaux qui contredisent sa logique interne. A la limite, tout rappel \u00e0 l&#8217;ordre du r\u00e9el est per\u00e7u comme le risque d&#8217;un d\u00e9r\u00e8glement de la machine tout enti\u00e8re. Par essence, toute \u00e9volution interne est per\u00e7ue comme une source de corruption, \u00e0 terme de renonciation et de liquidation. Pour rompre cette m\u00e9canique, il aurait fallu que se conjuguent le poids du r\u00e9el (par exemple les transformations sociales du \u00ab socialisme r\u00e9el \u00bb), le travail intellectuel sp\u00e9cialis\u00e9 et la capacit\u00e9 d&#8217;adaptation des groupes dirigeants. Or cette conjonction ne s&#8217;est op\u00e9r\u00e9e nulle part. L&#8217;esprit critique ayant laiss\u00e9 la place \u00e0 la doctrine, la conservation du dogme, fondement suppos\u00e9 de la l\u00e9gitimit\u00e9 du parti, a fini par primer sur la production m\u00eame du savoir. L&#8217;intelligentsia communiste a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite de fait \u00e0 la marginalit\u00e9 ou \u00e0 la ruse. A ce jeu, l&#8217;appareil communiste n&#8217;est parvenu nulle part, ni \u00e0 l&#8217;intelligence de ce qui fit vraiment la force des PC, ni \u00e0 la perception des mutations qu&#8217;a connues l&#8217;ordre du monde apr\u00e8s 1945. C&#8217;est ainsi que, au pouvoir ou non, s&#8217;est affaibli le communisme politique du XXe si\u00e8cle, alors qu&#8217;il avait tant marqu\u00e9 l&#8217;histoire de son empreinte. Qu&#8217;a donc \u00e9t\u00e9 le communisme de ce si\u00e8cle pass\u00e9 ? Il a \u00e9t\u00e9 un \u00ab principe esp\u00e9rance \u00bb, comme il l&#8217;est par fondation ; il a \u00e9t\u00e9 un mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 (celui du sovi\u00e9tisme) ; il a \u00e9t\u00e9 une structure de r\u00e9f\u00e9rence (le mod\u00e8le et le r\u00e9seau des partis communistes et ouvriers) ; il a \u00e9t\u00e9 une culture, exceptionnellement forte, corset\u00e9e par une doctrine, longuement marqu\u00e9e par l&#8217;ossification stalinienne. Le \u00ab principe esp\u00e9rance \u00bb du communisme historique n&#8217;a pas plus vieilli que le capitalisme dont il a voulu \u00eatre l&#8217;antith\u00e8se radicale depuis 1848. A la limite, la tension vers la mise en commun, vers le d\u00e9veloppement int\u00e9gral des individus et vers la libert\u00e9 partag\u00e9e, est plus moderne aujourd&#8217;hui, dans ce monde d\u00e9chir\u00e9 par la \u00ab mondialisation \u00bb, qu&#8217;au temps du capitalisme expansif de 1848. Le vieux r\u00eave de \u00ab la Sociale \u00bb, \u00e9thique et libertaire, n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 an\u00e9anti par la perversion du stalinisme. Le communisme-soci\u00e9t\u00e9 de souche \u00ab sovi\u00e9tique \u00bb (et donc de pente \u00e9tatiste et administrative) a vieilli d\u00e8s les ann\u00e9es 1950 et s&#8217;est \u00e9vanoui avec sa chute europ\u00e9enne de la fin des ann\u00e9es 1980. S&#8217;il faut penser de la dynamique sociale nourrie par la vis\u00e9e critique du communisme, c&#8217;est sous des formes radicalement nouvelles. Qui n&#8217;oublient pas, notamment, que le marxisme \u00ab constituant \u00bb (celui de Marx et d&#8217;Engels) est tout autant un anti\u00e9tatisme qu&#8217;un anticapitalisme. Le communisme-structure reste \u00e0 la fois un horizon n\u00e9cessaire (il faut de l&#8217;organisation politique et donc, quelque part, un \u00ab parti \u00bb) et une construction \u00e0 venir. Pas plus que le communisme bolchevis\u00e9 n&#8217;\u00e9tait le mod\u00e8le d\u00e9finitif du communisme politique, la \u00ab forme parti \u00bb hi\u00e9rarchique et verticale invent\u00e9e \u00e0 la charni\u00e8re des XIXe et XXe si\u00e8cles n&#8217;est pas la forme d\u00e9finitive du \u00ab parti \u00bb. Quant au communisme-culture, force est de constater que, au fil des derni\u00e8res d\u00e9cennies, il a \u00e9t\u00e9 davantage capable d&#8217;abandonner une part de lui-m\u00eame que de formaliser ce qu&#8217;il entendait devenir. Il a fini par percevoir en partie ce qu&#8217;il ne pouvait plus \u00eatre ; il a eu du mal \u00e0 \u00e9noncer ce qu&#8217;il voulait \u00eatre. Pour que le communisme-esp\u00e9rance retrouve sa force propulsive, pour que le communisme-soci\u00e9t\u00e9 trouve les voies de sa relance et pour que le communisme-structure parvienne \u00e0 s&#8217;adapter, il aurait mieux valu que le communisme-culture affirme ses capacit\u00e9s de cr\u00e9ation et de mobilisation. Or ni Khrouchtchev dans les ann\u00e9es 1950, ni l&#8217;eurocommunisme dans les ann\u00e9es 1970, ni Gorbatchev dans les ann\u00e9es 1980 ne sont parvenus \u00e0 cette alchimie. La bifurcation poststalinienne du bolchevisme ne s&#8217;est donc pas op\u00e9r\u00e9e. Au final, la souche bolchevique, tiraill\u00e9e entre la disparition et la conservation, n&#8217;a pas r\u00e9ussi sa transformation. Sans doute les uns et les autres ne purent-ils aller jusqu&#8217;au bout de leur d\u00e9sir initial parce que, d&#8217;une fa\u00e7on ou d&#8217;une autre, ils se sentirent contraints de changer le syst\u00e8me, tout en pr\u00e9tendant le continuer. Peut-\u00eatre \u00e9tait-il envisageable de tenter cette voie de la r\u00e9forme interne, jusqu&#8217;au milieu des ann\u00e9es 1970, avant la crise globale du sovi\u00e9tisme. Il n&#8217;est pas absurde d&#8217;imaginer qu&#8217;un peu plus de coh\u00e9rence dans la volont\u00e9 transformatrice et de convergence entre les acteurs aurait alors cr\u00e9\u00e9 une situation plus propice au mouvement. Mais on ne se baigne jamais deux fois dans un m\u00eame fleuve. Il n&#8217;a plus \u00e9t\u00e9 temps de r\u00e9former, lorsque la crise des ann\u00e9es 1980 s&#8217;est cristallis\u00e9e, crispant les identit\u00e9s, attisant les replis plut\u00f4t que les vell\u00e9it\u00e9s d&#8217;ouverture. L&#8217;histoire, disait Marx, se joue toujours deux fois, sur le registre de la trag\u00e9die puis sur celui de la farce. Le sovi\u00e9tisme s&#8217;imposa en 1917, dans le tumulte d&#8217;un Octobre glac\u00e9 et flamboyant ; il s&#8217;ab\u00eema en 1991, dans la pantalonnade estivale d&#8217;un quarteron de putschistes d\u00e9pass\u00e9s. Mais le sovi\u00e9tisme emporta avec lui le ph\u00e9nom\u00e8ne politique qui \u00e9tait \u00e0 l&#8217;origine de son implantation : non pas le communisme en g\u00e9n\u00e9ral, mais le bolchevisme en particulier. <\/p>\n<p><strong> Antonio Negri, philosophe: \u00abLe communisme, c&#8217;est un mouvement r\u00e9el. S&#8217;il n&#8217;est pas cela, il n&#8217;est rien\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab La perception imm\u00e9diate de la chute du Mur fut celle d&#8217;une catastrophe soudaine, mais pas inattendue. La crise \u00e9tait en effet plus qu&#8217;\u00e9vidente depuis des ann\u00e9es, je dirais depuis 1968 au moins. La difficult\u00e9 de respiration du syst\u00e8me \u00e9tait flagrante. Mais en 1989, ce syst\u00e8me ne conna\u00eet pas seulement une crise \u00e9conomique et du mod\u00e8le du socialisme. Nous sommes alors dans une crise historique : cette p\u00e9riode marque aussi bien l&#8217;affaiblissement du mod\u00e8le socialiste que celui du capitalisme. La chute du Mur fut quelque chose de tellement important&#8230; Nous \u00e9tions dans une esp\u00e8ce de trag\u00e9die profonde et de catastrophe attendue. Ce fut un moment de paradoxe extr\u00eame. Parce que l&#8217;Union sovi\u00e9tique, c&#8217;\u00e9tait un grand monstre, mais un monstre h\u00e9ro\u00efque. En Europe, s&#8217;il n&#8217;y avait pas eu l&#8217;Union sovi\u00e9tique, on aurait tous parl\u00e9 Allemand ! Donc notre r\u00e9action en 1989, ce n&#8217;\u00e9tait pas la nostalgie. On avait le sentiment d&#8217;une acc\u00e9l\u00e9ration prodigieuse d&#8217;un point de vue anthropologique apr\u00e8s un si\u00e8cle de luttes et de diffusion de pens\u00e9es. Car c&#8217;\u00e9tait \u00e7a l&#8217;absurdit\u00e9 : le fait de consid\u00e9rer ce pays comme autocratique alors qu&#8217;il avait quand m\u00eame contribu\u00e9 au d\u00e9veloppement des libert\u00e9s dans le monde. Il faut ajouter qu&#8217;on a imm\u00e9diatement compris que cet Empire allait tomber de mani\u00e8re pacifique. On pouvait alors se demander si c&#8217;\u00e9tait bien un pays totalitaire et comment la cat\u00e9gorie : totalitarisme : pourrait r\u00e9sister \u00e0 une chute pareille, sans d\u00e9boucher sur une issue tragique d&#8217;un point de vue militaire. La fin du syst\u00e8me sovi\u00e9tique fut aussi li\u00e9e \u00e0 la crise du syst\u00e8me occidental, du capitalisme. Et donc li\u00e9e \u00e0 la transformation de la composition technique du travail et de la soci\u00e9t\u00e9. Le mod\u00e8le fordiste de production commen\u00e7ait alors \u00e0 \u00eatre en crise, une crise qui remettait \u00e9videmment en question la figure et le r\u00f4le de la classe ouvri\u00e8re. Surtout qu&#8217;\u00e0 travers l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie de plus en plus fondamentale du travail cognitif ou immat\u00e9riel, le probl\u00e8me du rapport entre la discipline, le contr\u00f4le du travail et la libert\u00e9, la capacit\u00e9 de cr\u00e9er de nouvelles valeurs, de cr\u00e9er des exc\u00e9dents dans la production, devenait la question centrale. Car il est presque impossible de cr\u00e9er de la valeur sans libert\u00e9. Tout cela, on le voyait tr\u00e8s bien en Union sovi\u00e9tique qui \u00e9tait devenue un grand pays du point de vue de la production intellectuelle mais qui \u00e9tait aussi ce pays fortement autocratique. S&#8217;est donc finalement pos\u00e9e la question de savoir comment rendre possible l&#8217;entr\u00e9e dans une p\u00e9riode qui permette au d\u00e9veloppement de la production et \u00e0 celui de la libert\u00e9 pourraient marcher ensemble. Comment ce passage pouvait se r\u00e9aliser et comment on pouvait le bouleverser de l&#8217;int\u00e9rieur ? Ce furent des questions qui se sont ouvertes apr\u00e8s, avec la chute du syst\u00e8me sovi\u00e9tique. A ce moment-l\u00e0, au sein de la revue Futur ant\u00e9rieur (1), nous nous \u00e9tions alors pos\u00e9 la question de la d\u00e9mocratisation. C&#8217;\u00e9tait une question r\u00e9currente, que nous avions d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9e en Italie dans les ann\u00e9es 1970, dans des termes diff\u00e9rents. Alors, ce n&#8217;\u00e9tait pas la critique du socialisme qu&#8217;on faisait, mais plut\u00f4t celle des modes de production et des partis de la classe ouvri\u00e8re. Ce mouvement ouvrier \u00e9tait incapable de comprendre la transformation en cours. Et devant les essais du mouvement pour transformer la sensibilit\u00e9 politique en termes de conception de la libert\u00e9 et de la d\u00e9mocratie, la seule r\u00e9ponse avait \u00e9t\u00e9 la r\u00e9pression. En 1989-1990, avec Futur ant\u00e9rieur, on a eu l&#8217;illusion que, \u00e9tant donn\u00e9 que le monde socialiste \u00e9tait tomb\u00e9 sans guerre, le groupe autour de Gorbatchev serait capable de produire une nouvelle exp\u00e9rimentation politique. Mais bien au contraire, la fin de la guerre froide a \u00e9t\u00e9 glaciale, avec l&#8217;illusion du capitalisme am\u00e9ricain, son unilat\u00e9ralisme et sa conception de la d\u00e9mocratie qui consistait \u00e0 coloniser le monde entier. C&#8217;est cela qui fut la v\u00e9ritable trag\u00e9die. La chute de l&#8217;empire sovi\u00e9tique, d&#8217;un certain point de vue, \u00e9tait bienvenue. La trag\u00e9die v\u00e9ritable, ce fut la glaciation \u00e9conomique et le gel des libert\u00e9s qui ont suivi. Le capitalisme s&#8217;est transform\u00e9 en un capitalisme financier, il a d\u00e9termin\u00e9 des rigidit\u00e9s \u00e9pouvantables. Le grand probl\u00e8me est de comprendre ce qu&#8217;on peut faire aujourd&#8217;hui. Quel communisme ? Quels communismes ? Ce sont des questions complexes. Pour moi, le probl\u00e8me est, comme toujours, qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;id\u00e9es, pas d&#8217;utopies. Le communisme, c&#8217;est un mouvement r\u00e9el. S&#8217;il n&#8217;est pas cela, il n&#8217;est rien. Il faut analyser ce qui est en train de se passer dans le syst\u00e8me \u00e9conomique et social, dans l&#8217;ensemble des conditions anthropologiques de la production humaine. Je ne suis pas extr\u00eamement optimiste mais ce qui est s\u00fbr, c&#8217;est que la quantit\u00e9 du commun dans ce monde est inimaginable, beaucoup plus importante que ce qui est priv\u00e9 ou public. Le savoir, la recherche, l&#8217;activit\u00e9 intellectuelle sont devenues h\u00e9g\u00e9moniques dans la production. Et donc le commun (langages, codes, r\u00e9seaux, publications, etc.), est devenu fondamental. Le communisme doit rechercher une pratique de gestion et de r\u00e9appropriation de ce commun. Quelle forme d&#8217;organisation permettrait de g\u00e9rer tout cela ? Quelles sont les institutions \u00e0 imaginer et \u00e0 construire ? Au fond, toute l&#8217;histoire de la lutte contre l&#8217;exploitation consiste dans le m\u00eame temps \u00e0 d\u00e9truire le pouvoir de l&#8217;exploiteur et inventer des formes de gestion coop\u00e9ratives dans lesquelles la d\u00e9mocratie devienne de plus en plus directe. La gauche en g\u00e9n\u00e9ral et du mouvement ouvrier en particulier ont eu du mal \u00e0 comprendre les transformations des modes de production, du travail et du revenu. Mais la difficult\u00e9, c&#8217;est d&#8217;inventer, de construire, des nouvelles formes d&#8217;association politique. Sans organisation, il n&#8217;y aura jamais de transformation. L&#8217;anarchisme, c&#8217;est la chose la plus imb\u00e9cile et la plus inutile \u00e0 laquelle aujourd&#8217;hui on puisse penser. Il ne s&#8217;agit pas de reconstruire les partis mais de construire une nouvelle forme \u00e9conomique et politique qui ait la capacit\u00e9 de p\u00e9n\u00e9trer le terrain biopolitique, le terrain de la vie. La chute de l&#8217;empire sovi\u00e9tique est l&#8217;exemple de ce qui peut arriver quand on dissocie la libert\u00e9 de la production, le parti, et la richesse. Mais les questions \u00e0 r\u00e9soudre sont \u00e9normes. Car face aux virtualit\u00e9s, potentialit\u00e9s de la richesse nouvelle cr\u00e9\u00e9e par le commun, il y a \u00e0 une pauvret\u00e9 extr\u00eame. Et pour la r\u00e9soudre, il ne faut pas seulement cr\u00e9er une pens\u00e9e efficace, mais aussi une pratique vraie. \u00bb Propos recueillis par <strong> Emmanuelle Cosse <\/strong><\/p>\n<p>1. Les archives de<em> Futur ant\u00e9rieur <\/em> sont disponibles sur le site http:\/\/multitudes.samizdat.net<\/p>\n<p><strong> Patrice Cohen-S\u00e9at, avocat, membre du conseil national du PCF: \u00abUne lecture ferm\u00e9e et fig\u00e9e de la pens\u00e9e de Marx\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab Avant de parler d&#8217;\u00e9chec il faut parler de l&#8217;effondrement d&#8217;une immense esp\u00e9rance. Les deux derniers si\u00e8cles ont vu se d\u00e9rouler de grands combats : contre l&#8217;absolutisme, pour la d\u00e9mocratie, pour la R\u00e9publique. Le suivant : le combat pour le communisme, ou le socialisme : \u00e9tait port\u00e9 par l&#8217;aspiration \u00e0 l&#8217;\u00e9galit\u00e9 r\u00e9elle, et non plus simplement \u00ab en droit \u00bb, de tous les \u00eatres humains. Il visait le partage des richesses, des savoirs, des pouvoirs. C&#8217;est cette \u00ab utopie \u00bb, dans la forme historique et politique qui a \u00e9t\u00e9 la sienne au XXe si\u00e8cle, dont la chute du mur de Berlin symbolise l&#8217;effondrement. Le monde n&#8217;en est pas encore remis. De quel \u00e9chec parle cet effondrement ? D&#8217;une conception politique. C&#8217;est en premier lieu celui de l&#8217;id\u00e9e de \u00ab table rase \u00bb, chant\u00e9e par l&#8217;Internationale. Cette id\u00e9e de la brusque rupture et du changement global est pour beaucoup dans les trag\u00e9dies et les impasses de cette exp\u00e9rience historique. L&#8217;histoire nous a ainsi co\u00fbteusement appris qu&#8217;on ne construit jamais \u00e0 partir de rien, on transforme le r\u00e9el. La politique : a fortiori l&#8217;Etat : peut donner un sens \u00e0 un mouvement de transformation sociale. Elle ne peut en aucun cas la \u00ab commander \u00bb d&#8217;en haut. Embl\u00e9matique, la r\u00e9volution de 1789 n&#8217;a pas peu contribu\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er l&#8217;illusion : on a confondu le basculement dans l&#8217;ordre institutionnel : brutal et imm\u00e9diat : avec la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;une transformation sociale qui a pris plusieurs si\u00e8cles. Cette conception politique organisait en outre une confusion dramatique entre promotion de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et \u00e9galitarisme. La premi\u00e8re vise \u00e0 compenser les in\u00e9galit\u00e9s de fait pour rapprocher r\u00e9ellement les conditions de vie. La seconde revient \u00e0 niveler la soci\u00e9t\u00e9 par le bas en niant les diff\u00e9rences objectives, en les \u00ab annulant \u00bb au m\u00e9pris de la r\u00e9alit\u00e9. Ce qui revient \u00e0 \u00e9craser l&#8217;individu en lui refusant ce qui fait sa singularit\u00e9. Fonci\u00e8rement attentatoire \u00e0 la libert\u00e9, cette conception de l&#8217;\u00e9galit\u00e9 a \u00e9galement jou\u00e9 un r\u00f4le majeur dans l&#8217;\u00e9chec \u00e9conomique et social de cette conception du socialisme : niant les diff\u00e9rences, elle a rendu de plus en plus impossible l&#8217;apport propre de chacun au d\u00e9veloppement d&#8217;ensemble. C&#8217;est une lecture invers\u00e9e de la pens\u00e9e de Marx, pour qui le plein \u00e9panouissement de chacun est la condition du plein \u00e9panouissement de tous. On peut \u00e9galement souligner l&#8217;\u00e9chec d&#8217;une conception opposant l&#8217;Etat \u00e0 la d\u00e9mocratie. L&#8217;id\u00e9e de \u00ab dictature du prol\u00e9tariat \u00bb, li\u00e9e \u00e0 celle de \u00ab r\u00f4le dirigeant de la classe ouvri\u00e8re \u00bb et de \u00ab parti d&#8217;avant-garde \u00bb a ind\u00e9l\u00e9bilement marqu\u00e9 cette conception de la transformation sociale. Au nom d&#8217;une \u00ab transition socialiste \u00bb vers le communisme, de la construction volontariste d&#8217;une \u00ab soci\u00e9t\u00e9 nouvelle \u00bb et d&#8217;un \u00ab homme nouveau \u00bb on a remis de fait tous les pouvoirs \u00e0 une poign\u00e9e : voire \u00e0 un seul. \u00ab Erreur \u00bb tragique. De l&#8217;objectif de \u00ab d\u00e9p\u00e9rissement de l&#8217;Etat \u00bb, on est pass\u00e9 \u00e0 celui de toute-puissance de l&#8217;Etat, d&#8217;un Etat \u00ab s\u00e9par\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, comme disait Marx, qui ali\u00e8ne les \u00eatres humains et les d\u00e9poss\u00e8de de la ma\u00eetrise de leur propre vie. L&#8217;inverse m\u00eame de l&#8217;id\u00e9e d&#8217;\u00e9mancipation humaine. En dehors des abominations et des atteintes aux libert\u00e9s, cette concentration des pouvoirs entre quel-ques mains joua un r\u00f4le clef dans la paralysie \u00e9conomique et de la soci\u00e9t\u00e9 elle-m\u00eame, et dans l&#8217;effondrement final. On pourrait poursuivre les exemples : collectivisme contre solidarit\u00e9s collectives, nationalisme contre l&#8217;id\u00e9e progressiste de nation, etc. Une question taraude ceux qui ont adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 cette esp\u00e9rance : la faute \u00e0 qui ? Staline ? L\u00e9nine ? Marx lui-m\u00eame ? A coup s\u00fbr, \u00e0 mes yeux, le \u00ab marxisme \u00bb est impliqu\u00e9, c&#8217;est-\u00e0-dire une lecture ferm\u00e9e et fig\u00e9e de la pens\u00e9e de Marx qui pr\u00e9tendait y trouver toutes les r\u00e9ponses et la transformait en dogme d\u00e9natur\u00e9 et dess\u00e9ch\u00e9. Mais la pens\u00e9e m\u00eame de Marx n&#8217;en sort pas indemne sur plusieurs plans. Notamment en ce qui concerne la notion de \u00ab dictature du prol\u00e9tariat \u00bb. Les \u00ab mar-xistes \u00bb ont eu beau faire toutes les contorsions possibles pour justifier la formule et pr\u00e9tendre qu&#8217;il ne s&#8217;agissait pas vraiment d&#8217;une \u00ab dictature \u00bb dans le sens courant du mot, il s&#8217;agissait quand m\u00eame bien de \u00e7a. Marx a consid\u00e9r\u00e9, apr\u00e8s la Commune, que la lutte des classes ne pouvait que passer par une phase de \u00ab guerre civile \u00bb qui ne se gagnerait par cons\u00e9quent que par la lutte arm\u00e9e. Cette id\u00e9e, d\u00e9clin\u00e9e dans les 21 conditions de l&#8217;adh\u00e9sion \u00e0 l&#8217;Internationale en 1920, structura une vision de la \u00ab transition socialiste \u00bb : conception du pouvoir, de l&#8217;Etat, du Parti, de l&#8217;action politique qui niait l&#8217;exigence d\u00e9mocratique, et m\u00eame de la \u00ab politique \u00bb. Mais la chute du Mur ne renvoie pas seulement \u00e0 ce qui s&#8217;est pass\u00e9 \u00e0 l&#8217;Est. La disparition de la plupart des partis communistes et le profond d\u00e9clin de ceux qui demeurent, comme le PCF, ont \u00e0 voir avec l&#8217;effondrement de cette exp\u00e9rience. Lumineusement port\u00e9 par le rayonnement universel de la R\u00e9volution d&#8217;Octobre, le mouvement communiste a subi de plein fouet les cons\u00e9quences de son affaiblissement, puis de son effondrement. Comme le disait en substance Antoine Vitez, cette r\u00e9volution fut comme une fus\u00e9e mont\u00e9e au firmament, et dont la chute ouvrit sur Terre en s&#8217;\u00e9crasant un immense crat\u00e8re de ruines. Pour des raisons qui demeurent pour les int\u00e9ress\u00e9s un probl\u00e8me politique majeur, les partis qui se r\u00e9clamaient de cette exp\u00e9rience n&#8217;ont pas trouv\u00e9 de chemin entre l&#8217;abandon de leur ambition communiste et le soutien longtemps aveugle, puis insuffisamment critique du syst\u00e8me sovi\u00e9tique. En France, cela s&#8217;est traduit par l&#8217;affirmation du<em> \u00ab bilan globalement positif \u00bb <\/em> des r\u00e9gimes des pays de l&#8217;Est, qui a conduit finalement \u00e0 soutenir l&#8217;insoutenable jusqu&#8217;au bout, y compris en se refusant en 1991 \u00e0 reconna\u00eetre l&#8217;existence d&#8217;un coup d&#8217;Etat (1). Aujourd&#8217;hui le PCF devrait avoir l&#8217;audace de regarder ce pass\u00e9 en face. Cela implique non seulement de condamner le stalinisme et de critiquer le sovi\u00e9tisme : ce qu&#8217;il a tr\u00e8s largement fait : mais aussi d&#8217;analyser les raisons profondes qui lui ont fait, malgr\u00e9 les critiques, soutenir \u00ab globalement \u00bb cette exp\u00e9rience jusqu&#8217;au bout. Et cela ne peut non plus se faire sans une profonde remise en cause des conceptions qui structuraient cette exp\u00e9rience : l&#8217;id\u00e9e de r\u00e9volution \u00ab table rase \u00bb, l&#8217;\u00e9galitarisme, le collectivisme, l&#8217;\u00e9tatisme, etc. Ce travail implique une v\u00e9ritable r\u00e9volution culturelle pour le PCF, indispensable s&#8217;il veut pouvoir \u00e0 nouveau \u00eatre audible et porter un projet de soci\u00e9t\u00e9. A cette condition, et \u00e0 cette condition seulement, nous pourrons donner corps \u00e0 nouveau \u00e0 l&#8217;esp\u00e9rance d&#8217;\u00e9galit\u00e9 qui est consubstantielle du combat communiste. \u00bb Propos recueillis par <strong> Sophie Labit <\/strong><\/p>\n<p>1. Contre Mikha\u00efl Gorbatchev.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b066, novembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La chute du Mur reste pour beaucoup un symbole de l&#8217;\u00e9chec du communisme. Cette exp\u00e9rience constitue-t-elle la fin du communisme ou celle du sovi\u00e9tisme ? La question ne cesse de hanter les intellectuels. Points de vue. <\/p>\n","protected":false},"author":527,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[301],"class_list":["post-4395","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web","tag-relations-internationales"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4395","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/527"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4395"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4395\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4395"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4395"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4395"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}