{"id":4392,"date":"2009-12-01T00:00:00","date_gmt":"2009-11-30T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/une-modernite-radicante4392\/"},"modified":"2009-12-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-11-30T23:00:00","slug":"une-modernite-radicante4392","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4392","title":{"rendered":"Une modernit\u00e9 radicante"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Voici un ouvrage important, un livre performatif qui cherche \u00e0 faire ce qu&#8217;il dit et \u00e0 dire ce qu&#8217;il fait ; autrement dit : voici un manifeste. <\/p>\n<p> Nicolas Bourriaud est critique d&#8217;art, commissaire d&#8217;exposition, et ce qu&#8217;il tente ici, non sans v\u00e9h\u00e9mence, c&#8217;est de clore une p\u00e9riode esth\u00e9tique, la postmodernit\u00e9, qui ne survit plus que dans un pur formalisme, afin de \u00ab repenser moderne \u00bb. Evidemment, cette modernit\u00e9 n&#8217;aura rien \u00e0 voir avec celle engendr\u00e9e au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Si l&#8217;industrialisation avait d\u00e9termin\u00e9 cette modernit\u00e9-l\u00e0, c&#8217;est aujourd&#8217;hui la globalisation capitaliste avec ses corollaires (le nomadisme professionnel, l&#8217;information mondiale instantan\u00e9e, etc.) qui imposent \u00e0 nouveau un \u00e9clatement des formes. Dans un esprit deleuzien, il utilise une m\u00e9taphore v\u00e9g\u00e9tale &#8211; le radicant &#8211; qui d\u00e9signe des plantes qui, tel le lierre, s&#8217;enracinent en avan\u00e7ant. Voil\u00e0 ce que la nouvelle modernit\u00e9 serait : non plus radicale comme au si\u00e8cle dernier, mais radicante, c&#8217;est-\u00e0-dire en mouvement, fluide, polyglotte, et donc tr\u00e8s attach\u00e9e \u00e0 un concept important de cette altermodernit\u00e9 : la traduction, le sous-titrage, le doublage, le dubbing. En plein d\u00e9bat &#8211; factice ou factuel, qu&#8217;on en juge &#8211; sur l&#8217;identit\u00e9, Bourriaud \u00e9crit fort justement :<em> \u00ab Il est surprenant de constater qu&#8217;en derni\u00e8re instance, la question identitaire se pose d&#8217;une mani\u00e8re aigu\u00eb pour les communaut\u00e9s immigr\u00e9es dans les pays les plus \u00abmondialis\u00e9s\u00bb : les antennes paraboliques dans les ghettos communautaires, l&#8217;enfermement \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des coutumes intransposables dans le pays d&#8217;accueil, les greffes qui ne prennent pas&#8230; Ce sont les racines qui font souffrir les individus : dans notre monde globalis\u00e9, elles persistent \u00e0 la mani\u00e8re de ces membres fant\u00f4mes dont l&#8217;amputation procure une douleur impossible \u00e0 combattre, puisqu&#8217;elles affectent une substance qui n&#8217;existe plus. Plut\u00f4t que d&#8217;opposer une racine fixe \u00e0 une autre, une \u00aborigine\u00bb mythifi\u00e9e \u00e0 un \u00absol\u00bb int\u00e9grateur et uniformisateur, ne serait-il pas plus judicieux d&#8217;en appeler \u00e0 d&#8217;autres cat\u00e9gories de pens\u00e9e ? \u00bb <\/em> C&#8217;est donc ce que s&#8217;applique \u00e0 faire Nicolas Bourriaud dans cet essai soigneusement cultiv\u00e9, combinant esth\u00e9tique, philosophie, litt\u00e9rature et sociologie et ce jusqu&#8217;\u00e0 la fondation, peut-\u00eatre, d&#8217;une autre politique au sens le plus noble et mobile du terme. <\/p>\n<p><strong> Nicolas Bourriaud <\/strong>,<em> Radicant. Pour une esth\u00e9tique de la globalisation <\/em>, \u00e9d. Deno\u00ebl, 19 euros<\/p>\n<p><strong> CHINE, JOURNAL D&#8217;ACCLIMATATION <\/strong><br \/>\n<em> \u00ab Il est difficile d&#8217;\u00e9crire en Chine, de structurer son texte comme on pourrait le faire partout ailleurs. Tout est tellement surprenant, rocambolesque, indisciplin\u00e9, tout est si \u00e9trangement \u00e9tabli, tellement elliptique, que votre regard, vos sens tout entiers sont sans cesse sollicit\u00e9s et qu&#8217;il n&#8217;est jamais ais\u00e9 de concentrer son esprit sur une id\u00e9e \u00e0 la fois. On se perd en pens\u00e9es, on s&#8217;\u00e9gare, on r\u00eave de fatras, et la forme qui convient le mieux reste sans doute leur po\u00e9sie courte et vaporeuse, seule capable de coller \u00e0 ce joli d\u00e9sordre. \u00bb <\/em> Vincent Hein, qui vit \u00e0 P\u00e9kin depuis 2004, y travaille et s&#8217;est mari\u00e9 avec une Chinoise, a certainement trouv\u00e9 la forme occidentale id\u00e9ale, elle-m\u00eame courte et vaporeuse, afin de conter son exp\u00e9rience : celle du journal de bord. Au jour le jour, dans un d\u00e9sordre \u00e9tudi\u00e9, il accumule les notations intimes et externes, pour raconter son immersion, toujours passionnelle, amoureuse, \u00e0 fleur de peau, \u00e9minemment sensitive, dans ce pays qui n&#8217;est pas le sien. Pas de sociologie h\u00e2tive, pas de th\u00e8ses frontales ass\u00e9n\u00e9es, peu de politique (m\u00eame si Hein n&#8217;est pas insensible \u00e0 la question des droits de l&#8217;Homme). Mais une attention langoureuse \u00e0 la m\u00e9t\u00e9orologie, aux paysages, \u00e0 la langue qu&#8217;il apprend, avec un regard, une ou\u00efe, un go\u00fbt qui ne sont pas ceux du simple touriste \u00e9bahi, mais plut\u00f4t du touriste d\u00e9niais\u00e9 en train de s&#8217;ancrer dans la r\u00e9alit\u00e9 chinoise contemporaine. Vincent Hein ne pr\u00e9tend pas devenir chinois, mais il n&#8217;entend pas non plus rester fran\u00e7ais, ce qui fait, en outre, de ce journal o\u00f9 l&#8217;on apprendra beaucoup de choses concr\u00e8tes sur la Chine, le r\u00e9cit po\u00e9tique de l&#8217;acclimatation d&#8217;une \u00e2me.  <\/p>\n<p><strong> Vincent Hein <\/strong>,<em> A l&#8217;est des nuages, carnets de Chine <\/em>, \u00e9d. Deno\u00ebl, 15 euros<\/p>\n<p><strong> LA CRITIQUE REVIENT <\/strong><\/p>\n<p>Voici un livre double comme l&#8217;\u00e9poque en r\u00e9clame sans le dire, peut-\u00eatre m\u00eame sans le savoir ; un livre d&#8217;hier et d&#8217;aujourd&#8217;hui, faisant travailler les gonds du temps. Hier, ce sont les ann\u00e9es 1971-1972, quand Comolli \u00e9tait critique (et un peu plus que \u00e7a, d\u00e9j\u00e0, th\u00e9oricien) de cin\u00e9ma aux<em> Cahiers <\/em>, et qu&#8217;il r\u00e9digeait un ensemble d&#8217;articles intitul\u00e9s<em> \u00ab Technique et id\u00e9ologie \u00bb <\/em>. Il s&#8217;agissait de d\u00e9montrer que toute technique cin\u00e9matographique n&#8217;est pas tant une affaire de morale, pour reprendre le mot de Rivette \u00e0 propos du travelling, mais d&#8217;id\u00e9ologie et de politique. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est ce m\u00eame savoir repris dans le monde du tout-image dans lequel nous baignons, afin de r\u00e9inventer face au spectacle totalisant un spectateur critique. Evinc\u00e9e depuis une bonne dizaine d&#8217;ann\u00e9es comme l&#8217;emp\u00eacheur de penser en rond, la critique revient donc. C&#8217;est la bonne nouvelle de cette fin d&#8217;ann\u00e9e. <\/p>\n<p><strong> Jean-Louis Comolli <\/strong>,<em> Cin\u00e9ma contre spectacle <\/em>, \u00e9d. Verdier, 18,50 euros<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b067, d\u00e9cembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Voici un ouvrage important, un livre performatif qui cherche \u00e0 faire ce qu&#8217;il dit et \u00e0 dire ce qu&#8217;il fait ; autrement dit : voici un manifeste. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[13],"tags":[],"class_list":["post-4392","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arnaud-viviant"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4392","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4392"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4392\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4392"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4392"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}