{"id":4388,"date":"2009-11-01T00:00:00","date_gmt":"2009-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/un-mur-made-in-malchin4388\/"},"modified":"2009-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-31T23:00:00","slug":"un-mur-made-in-malchin4388","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4388","title":{"rendered":"Un mur made in Malchin"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Qui a construit ce mur de \u00ab protection antifasciste \u00bb en b\u00e9ton arm\u00e9 command\u00e9 pour durer des si\u00e8cles ? Retour \u00e0 Malchin sur les lieux de fabrication du mur de Berlin. <\/p>\n<p>Trois m\u00e8tres soixante de haut et un m\u00e8tre vingt de large : des segments de b\u00e9ton aux mensurations du mur de Berlin, Norbert St\u00f6wesand en a dans son exploitation agricole, \u00e0 Kummerow, au nord-est de l&#8217;Allemagne. Ce sont les parois des silos o\u00f9 il laisse fermenter l&#8217;herbe pour les trois cents vaches de sa ferme.<em> \u00ab La forme en T renvers\u00e9 des segments est id\u00e9ale pour l&#8217;ensilage. Avec la charge de l&#8217;herbe sur la longue branche du T, les \u00e9l\u00e9ments de b\u00e9ton peuvent difficilement basculer. La petite branche du T c\u00f4t\u00e9 ext\u00e9rieur apporte aussi un suppl\u00e9ment de stabilit\u00e9 \u00bb <\/em>, explique-t-il tandis qu&#8217;un de ses fils ensile au volant d&#8217;un tracteur.<em> \u00ab Le b\u00e9ton vient du combinat de Malchin, \u00e0 une dizaine de kilom\u00e8tres d&#8217;ici. Beaucoup d&#8217;exploitations de la r\u00e9gion ont les m\u00eames silos, quasiment toutes celles qui ont des vaches \u00e0 nourrir. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> UN PRODUIT DE LA FERME <\/strong><\/p>\n<p>Le mur de Berlin serait un produit d\u00e9riv\u00e9 de l&#8217;agriculture.<em> \u00ab De qui est venue l&#8217;id\u00e9e d&#8217;utiliser les segments de b\u00e9ton de Malchin pour le mur de Berlin, personne ne sait ! \u00bb <\/em>, raconte Gerhard Falk. Aujourd&#8217;hui \u00e0 la retraite, l&#8217;ancien du combinat de b\u00e9ton se rappelle le temps o\u00f9 il fallait produire les segments du mur de Berlin command\u00e9s par l&#8217;arm\u00e9e nationale populaire de la RDA :<em> \u00ab Les segments produits pour l&#8217;arm\u00e9e \u00e9taient un peu diff\u00e9rents de ceux pour l&#8217;agriculture. On les coiffait par exemple d&#8217;un tuyau en forme de U qui emp\u00eachait le recours aux grappins pour surmonter le Mur. \u00bb <\/em> Lui-m\u00eame a travaill\u00e9 pendant deux ans \u00e0 la confection des segments de b\u00e9ton en partance pour Berlin. Comme un catalogue, il r\u00e9cite :<em> \u00ab 3,60 de haut, 1,20 de large et environ 2,5 tonnes chacun. \u00bb <\/em> Dans les ann\u00e9es 1980, Gerhard Falk passe directeur de production :<em> \u00ab La production approchait les 6 000 segments par an. La moiti\u00e9 revenait en priorit\u00e9 \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e pour le mur antifasciste de Berlin. \u00bb <\/em> Il se souvient de la frustration des agriculteurs dont les commandes \u00e9taient report\u00e9es :<em> \u00ab Nous n&#8217;arrivions pas toujours \u00e0 produire suffisamment de segments car le gravier ou le ciment venaient r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 manquer. \u00bb <\/em> Aujourd&#8217;hui, les halles de production sont vides et renvoient l&#8217;\u00e9cho des explications de Wilfried Zimmermann, directeur des lieux jusqu&#8217;\u00e0 leur fermeture en 1994. Tout a disparu, seuls des d\u00e9bris jonchent encore le sol. Il est difficile d&#8217;imaginer l&#8217;affairement des ouvriers coupant l&#8217;acier pour le b\u00e9ton arm\u00e9 ou le fourmillement des femmes m\u00e9langeant le sable et le gravier. M\u00eame les moules dans lesquels \u00e9taient coul\u00e9s les segments de b\u00e9ton se sont volatilis\u00e9s.<br \/>\n<em> \u00ab Le fonctionnement du combinat relevait de l&#8217;\u00e9conomie planifi\u00e9e, relate l&#8217;ancien directeur. Les commandes \u00e9taient pass\u00e9es une fois par an et nous avions des dates de livraison \u00e0 respecter. \u00bb <\/em> Ses pas font r\u00e9sonner les dalles. Devant les halles de production abandonn\u00e9es \u00e0 leur sort, des rampes se hissent p\u00e9niblement au-dessus de rails tout aussi mal en point :<em> \u00ab C&#8217;est ici qu&#8217;\u00e9taient charg\u00e9s les segments immatricul\u00e9s UL 1241 sur les wagons qui partaient pour Berlin. Un train de vingt-cinq wagons quittait chaque semaine le combinat direction la capitale, \u00e0 quelque 200 kilom\u00e8tres plus au sud. L\u00e0-bas, ceux de l&#8217;arm\u00e9e assemblaient les segments de b\u00e9ton les uns aux autres, pour le mur de Berlin. \u00bb <\/em> T\u00e9moin oubli\u00e9 de cette agitation, une pancarte situ\u00e9e \u00e0 hauteur des yeux avertit encore le passant :<em> \u00ab Attention, grues en action, ne pas passer au-dessous des charges sur\u00e9lev\u00e9es. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> FIN DE S\u00c9RIE <\/strong><\/p>\n<p>La production du combinat de b\u00e9ton de Malchin suivait ainsi son cours, minutieusement orchestr\u00e9e, produisant des segments de b\u00e9ton en s\u00e9rie, tant\u00f4t pour les coop\u00e9ratives agricoles du coin et leurs silos, tant\u00f4t pour l&#8217;arm\u00e9e nationale populaire et son mur de Berlin. En d\u00e9cembre 1988, l&#8217;arm\u00e9e commande encore 1500 segments pour le premier semestre 1990, sur ordre du minist\u00e8re de la D\u00e9fense de RDA.<em> \u00ab Dans les ann\u00e9es 1980, les commandes de l&#8217;arm\u00e9e assuraient cinq millions de marks par an, c&#8217;\u00e9tait un cinqui\u00e8me du chiffre d&#8217;affaires annuel du combinat \u00bb <\/em>, explique Gerhard Falk. Selon l&#8217;ancien directeur de production, les quelque 350 employ\u00e9s du combinat savaient bien qu&#8217;ils produisaient les segments du mur de Berlin :<em> \u00ab La destination des segments UL 1241 n&#8217;avait rien de secret mais les ouvriers n&#8217;en parlaient pas. \u00c7a restait des commandes de segments de b\u00e9ton. Peu importait que ce soit pour l&#8217;agriculture ou pour le Mur. \u00bb <\/em> La production des segments de b\u00e9ton en forme de T fut stopp\u00e9e peu apr\u00e8s la chute du mur de Berlin, sans fanfaronnade. Le 22 novembre 1989, la direction du combinat recevait une lettre de l&#8217;arm\u00e9e dat\u00e9e du 17 novembre 1989 qui demandait l&#8217;annulation de la derni\u00e8re commande pour cause de<em> \u00ab mission politico-militaire modifi\u00e9e \u00bb <\/em>. Tout simplement.<em> \u00ab Le combinat fut privatis\u00e9 \u00e0 la r\u00e9unification \u00bb <\/em>, raconte Wilfried Zimmermann.<em> \u00ab Toute l&#8217;organisation changeait, il n&#8217;y avait plus de commandes de l&#8217;arm\u00e9e, les coop\u00e9ratives agricoles se disloquaient et les commandes n&#8217;\u00e9taient plus planifi\u00e9es.\u00a0Tr\u00e8s vite, le nombre d&#8217;employ\u00e9s est descendu de 350 \u00e0 50 personnes \u00bb <\/em>, ajoute celui qui fut alors directeur des lieux. Le combinat devenu SARL changea encore une fois de propri\u00e9taire en 1995 avant d&#8217;arr\u00eater d\u00e9finitivement la production en 2005. Sur les lieux de production, le silence invite au recueillement, le vide \u00e0 la recherche d&#8217;indices du pass\u00e9. Ici un tas de formulaires rappelle le syst\u00e8me des commandes, l\u00e0 un coin de papier peint laisse entrevoir un article du quotidien de RDA, Neues Deutschland. Les monte-charge de la cantine sont encore l\u00e0, les prises de courant d\u00e9chir\u00e9es. Au sol, des bris de verres. Seuls les ventilateurs m\u00e9caniques incorpor\u00e9s dans les murs apportent un peu de mouvement \u00e0 ce d\u00e9cor fig\u00e9. Tout comme ces enfants venus jouer dans les b\u00e2timents ouverts aux quatre vents. Ils s&#8217;ennuient \u00e0 Malchin, petite ville de 7 500 habitants. Et non, ils ne savaient pas que le mur de Berlin avait \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 ici.<\/p>\n<p><strong> RELIQUE DE L&#8217;HISTOIRE <\/strong><\/p>\n<p>Pourtant \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, pr\u00e8s de ce qui \u00e9tait le centre de formation des apprentis du combinat, plusieurs segments de b\u00e9ton errent, esseul\u00e9s.<em> \u00ab On reconna\u00eet les \u00e9l\u00e9ments originaux du mur de Berlin gr\u00e2ce \u00e0 leur profil m\u00e9tallique permettant de ficher un chapeau \u00bb <\/em>, explique Wilfried Zimmermann. \u00ab Ces segments ne sont jamais partis \u00e0 Berlin \u00bb, ajoute l&#8217;ancien directeur un rien m\u00e9lancolique. Aujourd&#8217;hui, les reliques de b\u00e9ton semblent se contenter de t\u00e9moigner discr\u00e8tement du pass\u00e9 des lieux et coulent leurs vieux jours au fin fond de la r\u00e9gion de Mecklembourg dans l&#8217;anonymat le plus complet. En p\u00e9riph\u00e9rie de la modeste ville de Malchin, \u00e0 200 kilom\u00e8tres au nord de Berlin, le d\u00e9cor n&#8217;a aucune pr\u00e9tention historique. Et pourtant, c&#8217;est bien \u00e0 cet endroit que furent fabriqu\u00e9s jusqu&#8217;en 1989 les segments du fameux mur de Berlin qui, pendant plus de vingt-huit ans, s\u00e9para Berlin-Est de Berlin-Ouest, causant la mort d&#8217;au moins 136 fuyards. Qualit\u00e9 made in Malchin. <\/p>\n<p><strong> C.N <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b066, novembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Qui a construit ce mur de \u00ab protection antifasciste \u00bb en b\u00e9ton arm\u00e9 command\u00e9 pour durer des si\u00e8cles ? 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