{"id":4374,"date":"2009-11-01T00:00:00","date_gmt":"2009-10-31T23:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/qu-avons-nous-fait-de-ces-vingt4374\/"},"modified":"2009-11-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-10-31T23:00:00","slug":"qu-avons-nous-fait-de-ces-vingt4374","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4374","title":{"rendered":"Qu&#8217;avons-nous fait de ces vingt ans ?"},"content":{"rendered":"<p>La chute du mur de Berlin, les r\u00e9flexions qu&#8217;elle nous inspire sont \u00e9videmment incontournables pour un journal comme Regards. Le num\u00e9ro que nous vous proposons n&#8217;est pas un recueil de souvenirs. La nostalgie n&#8217;a pas sa place ici. Si nous revenons sur l&#8217;\u00e9v\u00e9nement lui-m\u00eame, c&#8217;est d&#8217;abord parce qu&#8217;il s&#8217;\u00e9loigne de nous et devient quelque peu mythique, comme une image qui aurait perdu l&#8217;\u00e9paisseur de ses contradictions. Sur le moment m\u00eame, elles \u00e9taient pourtant bien pr\u00e9sentes : \u00e9tait-ce la fin du communisme ou la fin du sovi\u00e9tisme ? Serait-ce la seule Allemagne ou l&#8217;Europe de la \u00ab maison commune \u00bb qui seraient r\u00e9unifi\u00e9es ? Les Allemands qui voulaient en finir avec ce Mur avaient des id\u00e9es diverses sur la suite de l&#8217;histoire \u00e0 \u00e9crire. Nous nous en souvenons, quand bien m\u00eame une seule v\u00e9rit\u00e9 semble s&#8217;imposer \u00e0 l&#8217;approche de la comm\u00e9moration des vingt ans, celle univoque d&#8217;un mur dont la chute serait synonyme de libert\u00e9. Le regard sur ce que fut la r\u00e9alit\u00e9 des pays de l&#8217;Est ne conna\u00eet ni la nuance, ni la complexit\u00e9. Tout est mis en bloc au pilori, toute approche plus contrast\u00e9e est suspecte et assimil\u00e9e \u00e0 la caution d&#8217;un r\u00e9gime abject, responsable de millions de morts. Et de fait, les unes des tr\u00e8s nombreux suppl\u00e9ments ne parlent que d&#8217;une seule dimension de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement, r\u00e9elle mais insuffisante, celle de la liesse d&#8217;une lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Une histoire s&#8217;impose, univoque et donc ferm\u00e9e. En 1989, alors adolescente, j&#8217;apprenais d\u00e9j\u00e0 dans les manuels scolaires les d\u00e9sastres du stalinisme, les goulags, la p\u00e9nurie. Et \u00e7a n&#8217;a gu\u00e8re \u00e9volu\u00e9 depuis. Dans la seconde moiti\u00e9 des ann\u00e9es 1990, la pens\u00e9e lib\u00e9rale de la \u00ab fin de l&#8217;Histoire \u00bb laissait entendre que, pour avoir voulu d\u00e9passer le capitalisme, le communisme au pouvoir ne pouvait que devenir un totalitarisme mortif\u00e8re. Sorti en 1997, Le Livre noir du communisme \u00e9tait b\u00e2ti tout entier sur cette foi. Puisque le sovi\u00e9tisme n&#8217;avait pas r\u00e9ussi \u00e0 le d\u00e9passer, le capitalisme \u00e9tait ind\u00e9passable ; toute th\u00e9orie de la r\u00e9volution est, par fondation, une pens\u00e9e \u00ab alib\u00e9rale \u00bb et donc \u00ab totalitaire \u00bb&#8230; Comme la plupart de celles et ceux qui ont fait ce num\u00e9ro, nous sommes trop jeunes pour avoir connu l&#8217;espoir que le communisme des pays sovi\u00e9tiques a pu incarner. Ce n&#8217;est donc pas la recherche d&#8217;un id\u00e9al perdu qui nous mobilise. Mais nous avons l&#8217;id\u00e9e que cette longue exp\u00e9rience, qui a tr\u00e8s p\u00e9niblement \u00e9chou\u00e9, \u00e9tait plus riche que ces simplifications. M\u00eame dans ses \u00e9checs. Nous pourrions nous en laver les mains. Nous dire que \u00ab nous n&#8217;avons rien \u00e0 voir avec cette histoire \u00bb. <\/p>\n<p>Et bien que trop jeunes, rarement communistes, nous pensons que nous avons de facto \u00e0 voir avec cette histoire. Parce qu&#8217;elle fut la forme la plus aboutie, la plus p\u00e9renne d&#8217;une alternative au capitalisme. Nous avons donc eu envie de comprendre, d&#8217;en savoir plus. D\u00e9j\u00e0, en 2000, l&#8217;ouvrage collectif Le Si\u00e8cle des communismes donnait une image plus complexe et plus compl\u00e8te d&#8217;un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 plusieurs facettes qui ne s&#8217;est jamais r\u00e9duit au seul sovi\u00e9tisme, a fortiori au seul stalinisme. Le communisme, le socialisme, tels que les ont imagin\u00e9s des intellectuels engag\u00e9s comme Marx ou des foules d&#8217;utopistes debout, ne peut \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de ce que furent ces r\u00e9gimes. Pour autant, nous avons \u00e0 comprendre comment un ensemble d&#8217;id\u00e9aux, notamment port\u00e9s au moment de la R\u00e9volution de 1917, ont pu d\u00e9boucher sur la bureaucratie, l&#8217;autoritarisme et l&#8217;inefficacit\u00e9 au lieu de r\u00e9pondre aux besoins et aux aspirations populaires.<\/p>\n<p>A l&#8217;occasion de ce moment : la chute du mur de Berlin : qui symbolise d\u00e9sormais la fin des pays de l&#8217;Est, nous avons voulu regarder comment des questions qui nous paraissent toujours cruciales ont \u00e9t\u00e9 ou non abord\u00e9es, r\u00e9solues. C&#8217;est en pensant \u00e0 aujourd&#8217;hui, \u00e0 la difficult\u00e9 d&#8217;inventer une alternative que nous avons pr\u00e9par\u00e9 ce num\u00e9ro. En 1989, un monde l&#8217;a emport\u00e9 sur l&#8217;autre, en gagnant au final la longue confrontation de la guerre froide. Mais le capitalisme n&#8217;en a pas \u00e9t\u00e9 l\u00e9gitim\u00e9 pour autant.<\/p>\n<p>Vingt ans apr\u00e8s, nous cernons mieux les termes du dilemme. Les r\u00e9volutionnaires du XXe si\u00e8cle n&#8217;avaient pas tort de vouloir remettre en question les logiques fondamentales des soci\u00e9t\u00e9s du capital. Mais la mani\u00e8re dont ils s&#8217;y sont pris pour y parvenir les a plac\u00e9s au final devant un cuisant \u00e9chec. En cela, ce que l&#8217;espace social, politique et intellectuel critique fera de cet h\u00e9ritage douloureux est l&#8217;une des cl\u00e9s de la red\u00e9finition d&#8217;une alternative \u00e9mancipatrice cr\u00e9dible et durable.<\/p>\n<p>Mais pour commencer, il faudrait prendre la mesure de l&#8217;ampleur de cette exp\u00e9rience. Elle fut politique, \u00e9conomique, sociale, artistique. Elle fut nationale et internationale. Sur les questions cruciales qui nous hantent aujourd&#8217;hui encore, des r\u00e9ponses ont \u00e9t\u00e9 apport\u00e9es. Pourquoi ont-elles \u00e9chou\u00e9, comment reprendre le sujet ? Quelques th\u00e8mes ont particuli\u00e8rement suscit\u00e9 notre int\u00e9r\u00eat : quelle autre forme de motivation, de mobilisation des subjectivit\u00e9s que la consommation ou la menace ? Comment concevoir la radicalit\u00e9 des ruptures et le temps des \u00eatres humains, n\u00e9cessairement plus lent ? Comment mobiliser efficacement les ressources ? Que faire de l&#8217;Etat ? Comment assurer la s\u00e9curit\u00e9 de la vie et ne pas enfermer les uns et les autres dans des chemins \u00e9touffants ? Comment penser le changement ? Et quelle place pour l&#8217;utopie dans cette dynamique ? Qui dira que ces probl\u00e9matiques ne sont plus les n\u00f4tres ? Tout ne peut se r\u00e9sumer \u00e0 la seule question du goulag, quelle qu&#8217;en soit l&#8217;abjection.<\/p>\n<p>Qu&#8217;avons-nous fait de ces vingt ans ? Qu&#8217;avons-nous compris, retir\u00e9 de cet \u00e9v\u00e9nement international qu&#8217;a repr\u00e9sent\u00e9 la chute du Mur ? Il n&#8217;y a certes pas de le\u00e7ons de l&#8217;Histoire. Reconna\u00eetre ses erreurs ne suffit pas \u00e0 garantir contre le risque de leur r\u00e9p\u00e9tition ; en sens inverse, avoir eu raison \u00e0 un moment de l&#8217;histoire, ne donne aucune l\u00e9gitimit\u00e9 absolue pour comprendre les temps \u00e0 venir. L&#8217;exp\u00e9rience du XXe si\u00e8cle, dans ses lumi\u00e8res comme dans ses ombres, sugg\u00e8re ce qui ne peut plus \u00eatre tenu pour une mani\u00e8re raisonnable de transformer la soci\u00e9t\u00e9 jusque dans ses racines. On sait notamment qu&#8217;il est redoutable de contredire, m\u00eame provisoirement, des valeurs que l&#8217;on veut imposer dans la longue dur\u00e9e. M\u00eame s&#8217;il n&#8217;y a pas de \u00ab le\u00e7ons de l&#8217;Histoire \u00bb, ne renon\u00e7ons pas \u00e0 la volont\u00e9 collective de parler de l&#8217;histoire et d&#8217;en mesurer la complexit\u00e9. Il y a l&#8217;histoire des historiens, avec ses r\u00e8gles et ses n\u00e9cessaires prudences m\u00e9thodologiques. Et il y a le regard citoyen sur l&#8217;histoire, le besoin l\u00e9gitime de jeter des ponts entre le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l&#8217;avenir que l&#8217;on veut construire. Dans tous les cas, sous toutes les formes, citoyennes ou savantes, remettre l&#8217;ouvrage sur l&#8217;\u00e9tabli n&#8217;est pas chose facile, vingt ans apr\u00e8s l&#8217;un des \u00e9v\u00e9nements les plus \u00ab chauds \u00bb du XXe si\u00e8cle. Mais c&#8217;est un devoir citoyen.  <strong> C.A. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b066, novembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La chute du mur de Berlin, les r\u00e9flexions qu&#8217;elle nous inspire sont \u00e9videmment incontournables pour un journal comme Regards. Le num\u00e9ro que nous vous proposons n&#8217;est pas un recueil de souvenirs. La nostalgie n&#8217;a pas sa place ici. 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