{"id":4344,"date":"2009-10-01T00:00:00","date_gmt":"2009-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/guy-maddin-le-fantasque4344\/"},"modified":"2009-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-09-30T22:00:00","slug":"guy-maddin-le-fantasque4344","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4344","title":{"rendered":"Guy Maddin, le fantasque"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Avec la sortie de son film Winnipeg mon amour et la r\u00e9trospective cet automne au Centre Pompidou, Guy Maddin, cin\u00e9aste canadien, trouve enfin sa juste place en France. Introduction dans son univers. <\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas si longtemps, les films de Guy Maddin, cin\u00e9aste canadien anglophone autodidacte d&#8217;une grande libert\u00e9 de cr\u00e9ation, ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s comme marginaux, malgr\u00e9 le travail de deux jeunes distributeurs fran\u00e7ais, Fabrice et Manuel d&#8217;ED Distribution, qui ont cru, tr\u00e8s vite, \u00e0 la force et \u00e0 la singularit\u00e9 d&#8217;un talent m\u00e9connu. A trop vouloir l&#8217;enfermer dans une multitude de r\u00e9f\u00e9rences cin\u00e9matographiques r\u00e9ductrices, \u00e0 commencer par la fascination de Maddin pour le cin\u00e9ma muet et son attachement \u00e0 ses souvenirs d&#8217;enfance, mati\u00e8res premi\u00e8res, il est vrai, de son inspiration, c&#8217;\u00e9tait passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui fait le prix d&#8217;une \u0153uvre, de Tales from the Gimli Hospital (1988) \u00e0 My Winnipeg (Winnipeg mon amour, 2007) : un esprit d&#8217;ind\u00e9pendance et de r\u00e9sistance, rebelle \u00e0 toute tentative de r\u00e9cup\u00e9ration par la pression des financeurs. Car le cin\u00e9aste de Winnipeg revendique sa part d&#8217;enfance, dont il a la fra\u00eecheur et la cruaut\u00e9 comme moteur de cr\u00e9ation, enrichie par une culture cin\u00e9matographique, litt\u00e9raire, musicale immenses et une imagination foisonnante qui entra\u00eene le spectateur dans des univers inconnus, parfois d\u00e9lirants comme de mauvais r\u00eaves, nostalgiques comme quand on prend conscience des pertes qui ont jalonn\u00e9 notre vie. Derri\u00e8re se cache plus ou moins bien un v\u00e9cu bien r\u00e9el.<\/p>\n<p>Le Festival d&#8217;automne fait la part belle \u00e0 l&#8217;\u0153uvre du Canadien en organisant, en collaboration avec le Centre Georges-Pompidou, une int\u00e9grale de son \u0153uvre faite de courts et longs m\u00e9trages. Il pr\u00e9sente aussi, au Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Od\u00e9on, en version sc\u00e9nique, Des trous dans la t\u00eate, en pr\u00e9sence d&#8217;Isabella Rossellini, narratrice et complice du cin\u00e9aste, \u00e9galement com\u00e9dienne dans ses films (The saddest music in the world, My Dad is 100 years old), \u00e9crivaine et r\u00e9alisatrice, dont on verra quelques-uns des inattendus et humoristiques \u00ab Green Porno \u00bb d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9s au Forum des images.<\/p>\n<p>Fin octobre sort en salles Winnipeg mon amour, v\u00e9ritable po\u00e8me d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Winnipeg, ville canadienne la plupart du temps enneig\u00e9e, perdue dans la brume, que Guy Maddin commente en voix off, le plus souvent sans reprendre sa respiration. Les images, des rues qui se croisent comme des lignes d&#8217;un chemin de fer qui emm\u00e8ne un Guy Maddin de fiction, au m\u00eame rythme que sa parole. Ce qui est passionnant dans ce film, outre sa beaut\u00e9 visuelle, c&#8217;est le double r\u00e9cit qui le porte : celui de la famille du cin\u00e9aste et de la ville qu&#8217;elle habite et o\u00f9 elle travaille, et celui de la soci\u00e9t\u00e9 winnip\u00e9gienne prise dans les \u00e9v\u00e9nements mondiaux : les guerres, le ch\u00f4mage, le crash de 1929, les m\u00e9faits des puissants agents immobiliers qui d\u00e9font la ville en effa\u00e7ant les traces de son pass\u00e9. Pour transmettre tout cela aux spectateurs, Guy Maddin fait \u0153uvre de visionnaire : se servant de papiers d\u00e9coup\u00e9s pour donner naissance \u00e0 un troupeau de chevaux pris dans les glaces, par exemple : ou utilise la force d&#8217;un mot r\u00e9p\u00e9t\u00e9 plusieurs fois pour exprimer un sentiment de nostalgie, comme pourrait le faire le refrain d&#8217;une chanson ou d&#8217;une po\u00e9sie. Winnipeg mon amour est d&#8217;autant plus r\u00e9ussi, qu&#8217;il s&#8217;agit, au d\u00e9part, d&#8217;un film de commande, et qui plus est d&#8217;un documentaire, l&#8217;un et l&#8217;autre \u00ab d\u00e9tourn\u00e9s \u00bb sans remords par le cin\u00e9aste, retravaill\u00e9s par son propre v\u00e9cu, lui-m\u00eame en perp\u00e9tuelle transformation, parce que telle est la loi de l&#8217;inconscient et les besoins d&#8217;un travail de cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Winnipeg mon amour ouvrira la r\u00e9trospective du Centre Pompidou, donnant, je l&#8217;esp\u00e8re, la curiosit\u00e9 au public de d\u00e9couvrir les autres films de Maddin, dans une vue d&#8217;ensemble qui permettra de voir la coh\u00e9rence et le style d&#8217;une \u0153uvre qui ne ressemble \u00e0 aucune autre, privil\u00e9giant le noir et blanc un peu granuleux que l&#8217;usage mod\u00e9r\u00e9 mais inattendu de la couleur rend encore plus prenant. <strong> L.V. <\/strong><\/p>\n<p><strong> S\u00c9LECTION D&#8217;AUTOMNE <\/strong><\/p>\n<p><strong> M\u00c9MOIRE DU G\u00c9NOCIDE RWANDAIS <\/strong><br \/>\n<em> Munyurangabo <\/em>, de Lee Isaac Chung, en salles le 7 octobre<\/p>\n<p>Le Jour o\u00f9 Dieu est parti en voyage, de Philippe Van Leeuw, en salles le 28 octobre<\/p>\n<p>1994-2009. Quinze ans apr\u00e8s. Deux fictions mettant en sc\u00e8ne la m\u00e9moire du g\u00e9nocide rwandais sortent ce mois-ci. Au centre des deux : une machette, symbole sanglant de cette trag\u00e9die africaine. Premier film de Lee Isaac Chung, un fils d&#8217;immigr\u00e9s cor\u00e9ens ayant grandi aux Etats-Unis, Munyurangabo est n\u00e9 d&#8217;une exp\u00e9rience locale : des cours d&#8217;\u00e9t\u00e9 de r\u00e9alisation et de photographie donn\u00e9s en 2006 dans un camp humanitaire au Rwanda. Tourn\u00e9 en onze jours avec des acteurs non professionnels et en langue kinyarwanda, le film, qui s&#8217;ouvre sur une route, accompagne la p\u00e9r\u00e9grination de deux jeunes amis, Munyurangabo et Sangwa venant de quitter Kigali. \u00ab Que dirons-nous s&#8217;ils nous demandent o\u00f9 nous allons ? \u00bb, demande l&#8217;un d&#8217;eux. Avant d&#8217;atteindre leur myst\u00e9rieuse destination, ils s&#8217;arr\u00eatent dans le village o\u00f9 vit la famille (hutue) de Munyurangabo. Les tensions se font sentir quand le p\u00e8re reproche \u00e0 son fils de fr\u00e9quenter ce Tutsi, cet \u00ab ennemi \u00bb. Sangwa, lui, une machette dans son sac, s&#8217;est mis en t\u00eate de venger la mort de son p\u00e8re assassin\u00e9, dont il a oubli\u00e9 le visage. Ce film sensible parvient \u00e0 saisir des sc\u00e8nes de vie fortes et attachantes (danse, travaux des champs, repas, etc.), qui tranchent sur la m\u00e9moire de l&#8217;horreur, souvenirs de ces \u00ab enfants pendus au sein de leur m\u00e8re morte \u00bb. On retiendra aussi cette ode \u00e0 la paix \u00e9crite \u00e0 l&#8217;occasion de la f\u00eate nationale de la lib\u00e9ration et \u00ab slam\u00e9e \u00bb par un gar\u00e7on crois\u00e9 dans un caf\u00e9, qui \u00e9voque \u00ab le Rwanda, ce pays magnifique, sans famine, devenu un cimeti\u00e8re, sans paix \u00bb.<\/p>\n<p>Dans un tout autre genre, Le Jour o\u00f9 Dieu est parti en voyage s&#8217;int\u00e9resse au ph\u00e9nom\u00e8ne de la survie plut\u00f4t qu&#8217;\u00e0 celui de la vengeance ou du pardon. L&#8217;un passe par le langage, quand l&#8217;autre est quasiment muet. R\u00e9alis\u00e9 par Philippe Van Leeuw, chef op\u00e9rateur belge connu notamment pour avoir \u00e9clair\u00e9 Les Bureaux de Dieu, de Claire Simon, Le Dernier des fous, de Laurent Achard, et La Vie de J\u00e9sus, de Bruno Dumont, le film raconte l&#8217;histoire de Jacqueline, nourrice dans une famille belge qui prend la fuite aux premiers jours du g\u00e9nocide rwandais. D&#8217;abord cach\u00e9e dans un faux plafond, la jeune femme tutsie se r\u00e9fugie dans la for\u00eat, apr\u00e8s avoir d\u00e9couvert les cadavres de ses deux enfants. L&#8217;homme des bois qu&#8217;elle y rencontre et dont elle soigne la mauvaise plaie (m\u00e9taphore de ce conflit non cicatris\u00e9) ne parvient pas \u00e0 la sortir de son mutisme et de sa pulsion de mort. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p><strong> LES OMBRES DE LA FILIATION <\/strong><br \/>\n<em> M\u00e8res et Filles <\/em>, de Julie Lopes-Curval, en salles le 7 octobre<\/p>\n<p>Je suis heureux que ma m\u00e8re soit vivante, de Claude et Nathan Miller, en salles le 30 septembre<\/p>\n<p>Deux films pourront \u00eatre d\u00e9couverts dans le miroir l&#8217;un de l&#8217;autre, o\u00f9 se refl\u00e8tent les ombres de la filiation : M\u00e8res et Filles, de Julie Lopes-Curval et Je suis heureux que ma m\u00e8re soit vivante, de Claude et Nathan Miller : p\u00e8re et fils. Inspir\u00e9 par un article de presse d&#8217;Emmanuel Carr\u00e8re, \u00e9crivain qui nourrit son imaginaire dans le r\u00e9el et les faits divers, Je suis heureux que ma m\u00e8re soit vivante met en sc\u00e8ne la qu\u00eate de Thomas, enfant adopt\u00e9 \u00e0 la recherche de sa m\u00e8re biologique qui l&#8217;avait abandonn\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de quatre ans. De son c\u00f4t\u00e9, M\u00e8re et Filles, film aussi d\u00e9licat que violent, tresse avec habilet\u00e9 le destin de trois g\u00e9n\u00e9rations de femmes : Louise, la grand-m\u00e8re (interpr\u00e9t\u00e9e par Marie-Jos\u00e9e Croze), Martine, la m\u00e8re (Catherine Deneuve), et Audrey, la fille (Marina Hands). En visite chez ses parents dans une petite ville de bord de mer (elle est m\u00e9decin, il est opticien), Audrey d\u00e9couvre le carnet de sa grand-m\u00e8re, mi-journal intime, mi-livre de recettes, dont la lecture troublante fait jaillir des images mentales ; presque f\u00e9ministe sans le savoir, l&#8217;a\u00efeule, opprim\u00e9e par sa condition domestique et familiale, avait quitt\u00e9 le domicile conjugal au milieu des ann\u00e9es 1950 sans donner signe de vie. Remarqu\u00e9e en 2002 pour son film Bord de mer (Cam\u00e9ra d&#8217;or \u00e0 Cannes), Julie Lopes-Curval confirme son talent dans ce film f\u00e9ministe et f\u00e9minin, non d\u00e9pourvu de quelques maladresses. Un portrait de femme(s) qui n&#8217;est pas sans faire \u00e9cho par bien des aspects au tr\u00e8s beau Non, ma fille, tu n&#8217;iras pas danser, de Christophe Honor\u00e9. <strong> J.C. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b065, octobre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Avec la sortie de son film Winnipeg mon amour et la r\u00e9trospective cet automne au Centre Pompidou, Guy Maddin, cin\u00e9aste canadien, trouve enfin sa juste place en France. 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