{"id":4340,"date":"2009-10-01T00:00:00","date_gmt":"2009-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/boris-charmatz-l-empecheur-de4340\/"},"modified":"2009-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-09-30T22:00:00","slug":"boris-charmatz-l-empecheur-de4340","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4340","title":{"rendered":"Boris Charmatz. L&#8217;emp\u00eacheur de danser en rond"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La danse contemporaine poss\u00e8de ses conservatoires nationaux et centres de formation. Des lieux qui ont suscit\u00e9 une vive controverse pour leur tendance \u00e0 formater les corps et fa\u00e7onner des danseurs adaptables au \u00ab march\u00e9 \u00bb chor\u00e9graphique. une autre \u00e9cole est-elle possible ? questions de p\u00e9dagogie et enjeux de pouvoir. <\/p>\n<p>Le danseur et chor\u00e9graphe Boris Charmatz, aujourd&#8217;hui responsable du Centre chor\u00e9graphique national de Rennes et de Bretagne (CCNRB), publie un bel ouvrage (1) dans lequel il fait le r\u00e9cit d&#8217;une aventure singuli\u00e8re, initi\u00e9e en 2003, qui aura dur\u00e9 une ann\u00e9e : la cr\u00e9ation de Bocal, une \u00e9cole de danse nomade, \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et militante. Pens\u00e9e comme un \u00ab manifeste \u00bb, c&#8217;\u00e9tait une r\u00e9ponse concr\u00e8te aux vives critiques formul\u00e9es \u00e0 l&#8217;encontre des conservatoires nationaux et autres espaces p\u00e9dagogiques moul\u00e9s dans un mod\u00e8le dominant. A l&#8217;\u00e9poque, la pol\u00e9mique enfle, port\u00e9e par le collectif des Signataires du 20 ao\u00fbt, dont Boris Charmatz fait partie. D&#8217;autres, comme Isabelle Ginot et Isabelle Launay, chercheuses au d\u00e9partement Danse de l&#8217;universit\u00e9 Paris-VIII, d\u00e9noncent dans le magazine<em> Art Press <\/em><em> \u00ab l&#8217;id\u00e9ologie comp\u00e9titive \u00bb <\/em> qui irrigue la formation professionnelle dans un article au titre \u00e9vocateur : \u00ab L&#8217;\u00e9cole, une fabrique d&#8217;anticorps ? \u00bb<em> \u00ab Former avant tout des \u00abprofessionnels\u00bb du m\u00e9tier, ou des corps techniciens sp\u00e9cialis\u00e9s les plus aptes \u00e0 trouver du travail sur le march\u00e9 de l&#8217;art chor\u00e9graphique, semble \u00eatre devenu la pr\u00e9occupation majeure de ces institutions de formation \u00bb <\/em>, affirment-elles. Le constat est tranchant :<em> \u00ab C&#8217;est sur un mod\u00e8le acad\u00e9mique, disciplinaire et soucieux de rentabilit\u00e9 que se pense encore aujourd&#8217;hui la formation professionnelle \u00e0 la pratique contemporaine en danse. \u00bb <\/em> Une danse qui porte pourtant en elle toute une critique des normes corporelles h\u00e9rit\u00e9es de la technique classique, telle la jeunesse \u00e9ternelle ou l&#8217;indispensable virtuosit\u00e9 du geste. C&#8217;est pour sortir de la complainte collective : et<em> \u00ab porter le fer dans une institution trop mi\u00e8vre, construite avec des certitudes \u00bb <\/em> : que Boris Charmatz se lance dans l&#8217;invention d&#8217;une \u00e9cole alternative. L&#8217;exp\u00e9rimentation p\u00e9dagogique soul\u00e8ve quantit\u00e9 de questions qui touchent au politique. Jusqu&#8217;\u00e0 celle du mode d&#8217;organisation : faut-il : et peut-on : accueillir n&#8217;importe qui, respecter le rythme de chacun, laisser la parole circuler librement, abolir toute notion de hi\u00e9rarchie ? Des interrogations qui ne se posent pas seulement aux \u00e9coles de danse, mais \u00e0 l&#8217;\u00e9cole en g\u00e9n\u00e9ral. Pas tout \u00e0 fait par hasard&#8230;<em> \u00ab J&#8217;ai mont\u00e9 ce projet avec le fantasme de mes deux parents qui toute leur vie ont \u00e9t\u00e9 enseignants, guid\u00e9s par de vraies vocations, qui n&#8217;ont pas fait de la politique et du syndicalisme de temps en temps, mais toute leur vie aussi \u00bb <\/em>, raconte le chor\u00e9graphe. Depuis le 1er janvier 2009, c&#8217;est au sein m\u00eame de l&#8217;institution qu&#8217;il tente d&#8217;agir. Sous son impulsion, le CCNRB a chang\u00e9 de peau : il l&#8217;a m\u00e9tamorphos\u00e9 en un Mus\u00e9e de la danse ouvert, participatif, en mouvement. Sous le parquet des studios, plein d&#8217;utopies&#8230; <\/p>\n<p>1. Boris Charmatz,<em> Je suis une \u00e9cole <\/em>, \u00e9d. Les Prairies ordinaires, 2009.<\/p>\n<p><strong> Boris Charmatz : \u00ab Je voulais une \u00e9cole qui br\u00fble \u00bb. Entretien <\/strong><\/p>\n<p><strong> Quand vous avez lanc\u00e9 votre \u00e9cole, Bocal, vous reprochiez aux \u00e9coles nationales de former des corps adaptables au \u00ab march\u00e9 \u00bb. L&#8217;enseignement a-t-il du mal \u00e0 profiter de la dimension critique que porte la danse contemporaine ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Boris Charmatz. <\/strong> L&#8217;\u00e9cole est-elle, par d\u00e9finition, le bon endroit pour porter une dimension critique ? Je pense que oui. C&#8217;est pour cela que je voulais que la<em> disputatio <\/em> (1) soit au c\u0153ur de l&#8217;enseignement au sein de Bocal. Le but \u00e9tait de sortir du consensus sur les grands noms de la danse, les grandes techniques, et de r\u00e9instaurer du d\u00e9bat : quel corps, quel spectacle, quel art, quelle politique ? Nous avons \u00e9chou\u00e9 \u00e0 r\u00e9tablir des protocoles de dispute comme au Moyen Age, en revanche, des disputes au sens de joutes critiques, parfois tr\u00e8s vives, nous en avons eu beaucoup. La confrontation de points de vue parfois oppos\u00e9s, parfois m\u00eame inconciliables, permet d&#8217;avancer. Or les conservatoires sont davantage des lieux de consensus, et c&#8217;est normal. Avec Bocal, j&#8217;avais envie d&#8217;un art du dissensus, pour qu&#8217;on ne soit pas loin d&#8217;un Jacques Ranci\u00e8re qui dit que la d\u00e9mocratie est plus une fabrique de dissensus que de consensus. En 2003, quand nous avons lanc\u00e9 cette \u00e9cole \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, les conservatoires formaient les danseurs \u00e0 passer des auditions dans de grandes compagnies contemporaines comme celles d&#8217;Angelin Preljocaj ou de Jean-Claude Gallotta. Cela ne suffit pas pour inventer les chor\u00e9graphies de demain et nourrir la cr\u00e9ation d&#8217;aujourd&#8217;hui. Pour faire une \u00e9cole d&#8217;art, il ne faut pas seulement former un danseur rompu \u00e0 toutes les techniques. L&#8217;Op\u00e9ra de Paris n&#8217;a quasiment pas produit de chor\u00e9graphes en cinquante ans. Les choses ont n\u00e9anmoins \u00e9volu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Il y a eu la transformation du Centre national de danse contemporaine d&#8217;Angers, ex.e.r.ce (2) \u00e0 Montpellier et, bien s\u00fbr, Bocal.<\/p>\n<p><strong> En empruntant le chemin inverse des \u00e9coles \u00ab normales \u00bb, vous avez cr\u00e9\u00e9 une \u00e9cole \u00ab nomade \u00bb&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.C. <\/strong> Il ne s&#8217;agissait pas de valoriser les voyages qui forment la jeunesse, mais de prendre le contre-pied des \u00e9coles qui font venir les savoirs de l&#8217;ext\u00e9rieur pour nourrir les \u00e9tudiants \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur. Je voulais \u00e0 tout prix que Bocal fasse l&#8217;inverse en partant \u00e0 la recherche de notre enseignement, comme lorsque nous sommes all\u00e9s \u00e9couter Georges Didi-Huberman (3) \u00e0 l&#8217;EHESS, par exemple. N&#8217;y a-t-il pas d&#8217;autres types d&#8217;enseignements disponibles, dans les livres, les films, les conf\u00e9rences, les spectacles ? Bocal n&#8217;\u00e9tait pas un projet-pilote, un ballon d&#8217;essai en vue d&#8217;une \u00e9cole durable. Au contraire, l&#8217;id\u00e9e \u00e9tait d&#8217;inventer une p\u00e9dagogie exp\u00e9rimentale qui pouvait s&#8217;offrir le luxe d&#8217;\u00eatre \u00e9ph\u00e9m\u00e8re. On ne s&#8217;engageait pas pour cinquante ans. Je voulais faire une \u00e9cole qui br\u00fble. Du coup, on n&#8217;avait pas \u00e0 se pr\u00e9occuper de savoir si ce projet allait pouvoir continuer, si les finances allaient suivre, on pouvait faire de vraies folies. Il fallait qu&#8217;on invente nos disputes, nos techniques, nos spectacles et nos enseignements.<\/p>\n<p><strong> Vous estimez qu&#8217;une \u00e9cole exp\u00e9rimentale comme Bocal doit pouvoir s&#8217;adresser \u00e0 \u00ab n&#8217;importe qui \u00bb&#8230; Que reste-t-il, \u00e0 la fin, de ce principe ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.C. <\/strong> Je voulais que les participants soient r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour que n&#8217;importe qui puisse faire cette \u00e9cole, y compris quelqu&#8217;un qui doit quitter son travail pour \u00e7a. Du fait de cette exigence, nous devions \u00eatre en nombre restreint. Je visais une sorte d&#8217;\u00e9galit\u00e9 des chances, entre le m\u00e9decin alg\u00e9rien et le danseur professionnel. En cherchant \u00e0 constituer le groupe, j&#8217;avais dans l&#8217;id\u00e9e de travailler avec \u00ab n&#8217;importe qui \u00bb, des gens qu&#8217;on peut croiser dans la rue. N&#8217;est-ce pas cela, la P\u00e9dagogie ? En revanche, je n&#8217;ai pas pris n&#8217;importe qui, car ceux qui ont choisi de participer devaient s&#8217;engager sur un an : c&#8217;est un projet lourd. Bocal n&#8217;\u00e9tait pas une universit\u00e9 populaire, mais plut\u00f4t un groupe d&#8217;action qui a exp\u00e9riment\u00e9 des formes de partage avec les spectateurs. Et en un sens, le Mus\u00e9e de la danse (4) qui ouvre en Bretagne s&#8217;apparente plus \u00e0 une \u00e9cole ouverte. Tous les visiteurs de ce mus\u00e9e doivent y participer, au m\u00eame titre que les artistes et les employ\u00e9s du lieu, sans quoi il n&#8217;y aura jamais assez de corps pour le faire vivre. L&#8217;id\u00e9e de travailler avec n&#8217;importe qui, on l&#8217;a test\u00e9e dans Bocal, mais c&#8217;est le Mus\u00e9e qui la met en pratique.<\/p>\n<p><strong> Comment les visiteurs vont-ils contribuer \u00e0 \u00ab fabriquer \u00bb ce Mus\u00e9e de la danse que vous inaugurez cet automne \u00e0 Rennes ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.C. <\/strong> Un Mus\u00e9e de la danse doit r\u00e9inventer une mus\u00e9ologie, on ne peut pas le visiter comme un mus\u00e9e traditionnel&#8230; Si l&#8217;on veut un mus\u00e9e dansant, on ne doit pas se contenter que les visiteurs s&#8217;arr\u00eatent devant des films ou des objets d&#8217;art. Ils doivent faire l&#8217;art de ce mus\u00e9e. La \u00ab physicalit\u00e9 \u00bb des spectateurs doit \u00eatre premi\u00e8re, gr\u00e2ce \u00e0 des syst\u00e8mes d&#8217;accroche qui obligent \u00e0 grimper pour voir une \u0153uvre, par exemple. Dans le cadre de la pr\u00e9figuration du mus\u00e9e en avril dernier, j&#8217;ai fait appel \u00e0 des Rennais, de 19 \u00e0 65 ans qui n&#8217;avaient jamais dans\u00e9. Nous avons travaill\u00e9 dix jours sur Cunningham et sa danse r\u00e9put\u00e9e extr\u00eamement virtuose, faite de sauts et de port\u00e9s, \u00e0 partir d&#8217;un livre, Un demi-si\u00e8cle de danse, comportant 300 photos de toutes ses pi\u00e8ces. Ils en ont fait une performance d&#8217;une demi-heure, baptis\u00e9e Roman photo, que j&#8217;aime \u00e9norm\u00e9ment (5). C&#8217;est un projet de danse pour amateurs, mais en un sens le non-danseur n&#8217;existe pas : o\u00f9 commence et o\u00f9 s&#8217;arr\u00eate la danse ? Quid de celui qui a fait sept ans d&#8217;arts martiaux ? Et de celui qui chante en bougeant sous sa douche ? Ces amateurs ont jou\u00e9 leur partition et sont repartis avec. Leur corps est devenu le d\u00e9positaire d&#8217;une des \u0153uvres du mus\u00e9e. Le principal espace mus\u00e9al des danseurs, c&#8217;est le corps. Les chefs-d&#8217;\u0153uvre de la chor\u00e9graphie s&#8217;accrochent mal au mur.<\/p>\n<p><strong> Pour qualifier Bocal, vous choisissez le terme combatif de \u00ab manifeste \u00bb. Quelle est la dimension proprement politique de ce projet ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.C. <\/strong> Il pose la question de savoir comment on s&#8217;agite dans le monde. Bocal \u00e9tait une \u00e9cole de l&#8217;insatisfaction, vis-\u00e0-vis des politiques publiques et migratoires notamment. A l&#8217;int\u00e9rieur m\u00eame, il y avait ce m\u00e9decin alg\u00e9rien qui devait lutter pour rester en France&#8230; Et puis le hasard a fait que nous avons \u00e9t\u00e9 plong\u00e9s dans les gr\u00e8ves d&#8217;artistes. Donc, j&#8217;ai voulu que ce soit une \u00e9cole de militants, m\u00e9chant mot h\u00e9rit\u00e9 de longue date. Lors d&#8217;une \u00e9mission de radio \u00e0 France-Culture, un journaliste avait fini par me dire : \u00ab Au fond, vous \u00eates une sorte de militant, c&#8217;est \u00e7a ? \u00bb Je ne le dirais peut-\u00eatre pas \u00e0 un vrai militant syndical, mais oui le danseur peut \u00eatre un militant. Dans un mus\u00e9e de la danse, on est \u00e0 la fois dans la militance et dans la m\u00e9moire. Le corps-mus\u00e9e est un r\u00e9servoir de gestes qui nous permet aussi d&#8217;inventer comment r\u00e9agir \u00e0 une situation politique, sociale, identitaire. On n&#8217;est pas seulement tourn\u00e9 vers le pass\u00e9, c&#8217;est un lieu pour l&#8217;action. Dans Bocal, j&#8217;ai d\u00e9couvert le magnifique cours sur le neutre de Roland Barthes o\u00f9, en un sens, il en appelle \u00e0 des approches plus subtiles de rapport au monde. Et depuis, je suis tr\u00e8s travaill\u00e9 par cette neutralit\u00e9 qui a priori me faisait fuir. Quand j&#8217;\u00e9tais enfant, on me disait souvent de prendre une \u00ab position neutre \u00bb, allong\u00e9 au sol ou debout les pieds en parall\u00e8le. Or il n&#8217;y a pas de position neutre ! J&#8217;avais le sentiment que la neutralit\u00e9 \u00e9tait une mani\u00e8re faible de faire de la politique. Cela dit, Roland Barthes parle tr\u00e8s bien de la neutralit\u00e9, non pas comme le\u00e7on mais comme d\u00e9sir  de lever des conflits, de sortir des antagonismes binaires.<\/p>\n<p><strong> L&#8217;organisation concr\u00e8te de votre \u00e9cole remettait aussi en question les cadres traditionnels en interrogeant les jeux de pouvoir. Quel a \u00e9t\u00e9 votre v\u00e9cu de \u00ab chef \u00bb ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.C. <\/strong> C&#8217;est ce qui a \u00e9t\u00e9 le plus compliqu\u00e9. Dans une \u00e9cole \u00ab normale \u00bb : et il y en a de tr\u00e8s bonnes : on s&#8217;assoit dans la salle et on \u00e9coute. Dans Bocal, on ne savait pas \u00e0 quelle heure le cours commen\u00e7ait, qui viendrait, ni quel enseignement allait \u00eatre donn\u00e9. Donc on a ouvert une bo\u00eete de Pandore : qui d\u00e9cide quoi ? J&#8217;avais lanc\u00e9 Bocal, trouv\u00e9 de l&#8217;argent, rassembl\u00e9 de l&#8217;\u00e9nergie et des gens, r\u00e9serv\u00e9 des lieux de travail. Je suis parti d&#8217;une posture de confrontation avec l&#8217;id\u00e9e de l&#8217;\u00e9cole traditionnelle, mais elle permet de partager la parole de mani\u00e8re efficace, tout en r\u00e9solvant les questions de pouvoir. Dans Bocal, nous avons fait sauter ces verrous. Je pensais que chacun \u00e9tait suffisamment autonome, adulte, pour d\u00e9cider pour soi-m\u00eame, mais j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 surpris de constater que nous avions tous des d\u00e9sirs pour l&#8217;ensemble du groupe. Et moi, comme j&#8217;\u00e9tais le pouvoir visible, j&#8217;ai beaucoup \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9. Au Coll\u00e8ge de France, Roland Barthes entre et d\u00e9livre sa le\u00e7on. On peut lui poser deux questions \u00e0 la fin, et voil\u00e0. C&#8217;est lui, c&#8217;est nous, et tout se passe bien. Il en appelle au respect du rythme de chacun, \u00e0 \u00ab l&#8217;idiorythmie \u00bb, il n&#8217;emp\u00eache qu&#8217;il fait son cours \u00e0 heure fixe. Ce fantasme est tr\u00e8s difficile \u00e0 mettre en pratique.<\/p>\n<p><strong> Dans votre livre, les cauchemars d&#8217;\u00e9cole sont plus pr\u00e9sents que les r\u00eaves&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.C. <\/strong> C&#8217;est ce qu&#8217;il y a de plus dr\u00f4le \u00e0 raconter. La premi\u00e8re chose qui vient, plus que la qualit\u00e9 des enseignements, c&#8217;est l&#8217;horreur de l&#8217;\u00e9cole, la difficult\u00e9 d&#8217;\u00eatre en groupe, de rester assis pendant des heures&#8230; Beaucoup d&#8217;enjeux de pouvoir s&#8217;attachent \u00e0 l&#8217;\u00e9cole : si on est un \u00ab rat\u00e9 \u00bb scolaire, c&#8217;est tr\u00e8s difficile de devenir un \u00ab r\u00e9ussi \u00bb de la vie. Personnellement, j&#8217;ai ador\u00e9 l&#8217;\u00e9cole, mais elle est souvent rattach\u00e9e \u00e0 un v\u00e9cu difficile, notamment pour les danseurs. M\u00eame l&#8217;\u00e9cole de danse n&#8217;est pas forc\u00e9ment l&#8217;endroit de l&#8217;\u00e9panouissement : c&#8217;est le lieu de la rigidit\u00e9 technique, de l&#8217;ob\u00e9issance. N\u00e9anmoins, c&#8217;est aussi un lieu o\u00f9 l&#8217;on devient adulte. Avec Bocal, on s&#8217;est plong\u00e9 dans cette for\u00eat et c&#8217;est vrai qu&#8217;il y a eu beaucoup de cauchemars. Mais on a aussi ouvert des portes sur les p\u00e9dagogies, sans choisir un mod\u00e8le. On lisait Jacques Ranci\u00e8re qui parle de la m\u00e9thode Jacotot, mais j&#8217;aime aussi Jules Ferry et l&#8217;Education nationale.<\/p>\n<p><strong> Apr\u00e8s une telle exp\u00e9rience, \u00e9tait-il facile de prendre la t\u00eate d&#8217;une institution telle que le Centre chor\u00e9graphique national de Bretagne ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> B.C. <\/strong> En France, on s\u00e9pare trop l&#8217;ind\u00e9pendance de la d\u00e9pendance. D&#8217;autant qu&#8217;un centre chor\u00e9graphique, ce n&#8217;est qu&#8217;une mini-institution, avec des mini-budgets et une mini-architecture. Et je suis venu y travailler avec un projet, celui d&#8217;un mus\u00e9e de la danse, qui justement peut faire du bien \u00e0 l&#8217;institution. <\/p>\n<p><strong> Propos recueillis par M.R. <\/strong><\/p>\n<p>1. M\u00e9thode d&#8217;enseignement au Moyen Age consistant en un d\u00e9bat oral.<\/p>\n<p>2. Formation professionnelle du Centre chor\u00e9graphique national de Montpellier dirig\u00e9 par Mathilde Monnier.<\/p>\n<p>3. Philosophe et historien de l&#8217;art.<\/p>\n<p>4. Boris Charmatz l&#8217;a  inaugur\u00e9 en septembre.<\/p>\n<p>5. Une version est pr\u00e9vue au Th\u00e9\u00e2tre de la Ville (Paris) pour des ex-danseurs de la compagnie Merce Cunningham.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 65, octobre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La danse contemporaine poss\u00e8de ses conservatoires nationaux et centres de formation. Des lieux qui ont suscit\u00e9 une vive controverse pour leur tendance \u00e0 formater les corps et fa\u00e7onner des danseurs adaptables au \u00ab march\u00e9 \u00bb chor\u00e9graphique. une autre \u00e9cole est-elle possible ? questions de p\u00e9dagogie et enjeux de pouvoir. <\/p>\n","protected":false},"author":573,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[141],"tags":[],"class_list":["post-4340","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives-web"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4340","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/573"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4340"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4340\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4340"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4340"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4340"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}