{"id":4329,"date":"2009-10-01T00:00:00","date_gmt":"2009-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/francophonie-un-concept-ambivalent4329\/"},"modified":"2023-06-23T23:07:26","modified_gmt":"2023-06-23T21:07:26","slug":"francophonie-un-concept-ambivalent4329","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4329","title":{"rendered":"Francophonie, un concept ambivalent"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\">Article publi\u00e9 dans <em>Regards<\/em> n\u00b065, octobre 2009.<br \/>\nLa Francophonie, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ces jours-ci au Liban, fait g\u00e9n\u00e9ralement l&#8217;objet d&#8217;un consensus favorable. Si elle constitue un espace de dialogue f\u00e9cond, notamment sur le plan litt\u00e9raire, la d\u00e9fense de la langue fran\u00e7aise reste historiquement li\u00e9e \u00e0 l&#8217;entreprise coloniale. <\/p>\n<p>\u00ab<em>Solidarit\u00e9, diversit\u00e9 et excellence <\/em> \u00bb&#8230; C&#8217;est sous cette triple banni\u00e8re que, jusqu&#8217;au 6 octobre, Beyrouth, capitale du Liban, accueillait les VIemes Jeux de la Francophonie : plus de 3 000 sportifs et artistes venus de 48 pays ; des rencontres sportives et culturelles pendant une dizaine de jours. Un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement international, vingt ans apr\u00e8s la premi\u00e8re \u00e9dition tenue \u00e0 Rabat, Maroc.<\/p>\n<p>Mais c&#8217;est quoi, exactement, cette Francophonie capable de justifier un tel raout ? A la fois l&#8217;\u00ab <em>ensemble constitu\u00e9 par les populations francophones<\/em> \u00bb &#8211; petit f &#8211; et le \u00ab Mouvement en faveur de la langue fran\u00e7aise \u00bb &#8211; grand F -, nous dit le Petit Robert.<br \/>\nLe terme serait n\u00e9 il y a plus d&#8217;un si\u00e8cle sous la plume d&#8217;un g\u00e9ographe, On\u00e9sime Reclus, dans un ouvrage intitul\u00e9 <em>France, Alg\u00e9rie et colonies<\/em>&#8230; La francophonie voit donc le jour au c\u0153ur de l&#8217;entreprise coloniale fran\u00e7aise. Pour les gouvernants de la IIIe R\u00e9publique, \u00ab<em>le fran\u00e7ais appara\u00eet comme le vecteur naturel de cette pouss\u00e9e imp\u00e9riale<\/em> \u00bb [[Lire \u00ab Francophonie, le poids de l&#8217;histoire \u00bb, article de Philippe Testard Vaillant, Journal du CNRS n\u00b0200, septembre 2006.]].<br \/>\nParadoxe, ce vecteur est cens\u00e9 \u00eatre charg\u00e9, aussi, des valeurs fondamentales de la R\u00e9publique, au premier rang desquelles l&#8217;\u00e9galit\u00e9 et la libert\u00e9. Un argument brandi encore aujourd&#8217;hui par les d\u00e9fenseurs de la Francophonie : \u00ab <em>Elle s&#8217;est dot\u00e9e d&#8217;une pleine dimension politique<\/em>, \u00e9crivait ainsi l&#8217;ambassadeur de Suisse aupr\u00e8s du Conseil permanent en 2002, <em>pour que se p\u00e9rennisent les id\u00e9aux francophones : celui de la libert\u00e9 et des droits de l&#8217;Homme, celui de la justice et de la solidarit\u00e9, celui de la d\u00e9mocratie et du progr\u00e8s&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>Affaiblissement des langues nationales<\/h2>\n<p>Un vaste programme d\u00e9fendu par une multitude d&#8217;institutions : aux trois instances que sont le sommet \u00ab des chefs d&#8217;Etat et de gouvernement des pays ayant le fran\u00e7ais en partage \u00bb, la conf\u00e9rence minist\u00e9rielle et le Conseil permanent, s&#8217;ajoutent l&#8217;Organisation internationale de la Francophonie (OIF, dont l&#8217;actuel secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral est l&#8217;ancien pr\u00e9sident s\u00e9n\u00e9galais Abdou Diouf), l&#8217;assembl\u00e9e parlementaire et quelques \u00ab op\u00e9rateurs reconnus du sommet \u00bb tels que l&#8217;Agence universitaire de la Francophonie, TV5 Monde, l&#8217;universit\u00e9 Senghor d&#8217;Alexandrie et l&#8217;association internationale des maires des capitales francophones&#8230;<br \/>\nForte de 70 pays (56 membres, 14 observateurs) r\u00e9partis sur tous les continents, la Francophonie constitue aujourd&#8217;hui un espace vivant o\u00f9 la langue fran\u00e7aise s&#8217;enrichit et au sein duquel des horizons de dialogue collectif et d&#8217;\u00e9mancipation individuelle sont susceptibles de s&#8217;ouvrir. Comme le rappelle la charte adopt\u00e9e en 2005 \u00e0 Antananarivo, \u00e0 Madagascar, \u00ab<em>la langue fran\u00e7aise (&#8230;) est aussi un moyen d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la modernit\u00e9, un outil de communication, de r\u00e9flexion et de cr\u00e9ation qui favorise l&#8217;\u00e9change d&#8217;exp\u00e9rience<\/em> \u00bb. On sait, enfin, ce que la litt\u00e9rature mondiale doit aux grands \u00e9crivains de langue fran\u00e7aise qui sont sortis, sortent et sortiront des pays francophones.<\/p>\n<p>Des r\u00e9alit\u00e9s qui ne peuvent cependant masquer d&#8217;autres facettes, moins d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es, de la Francophonie : outre qu&#8217;y perdure la pr\u00e9occupation constante de damer des pions \u00e9conomiques, strat\u00e9giques et culturels \u00e0 l&#8217;anglais, elle sert aussi \u00e0 maintenir des liens privil\u00e9gi\u00e9s avec des pays aux ressources convoit\u00e9es.<\/p>\n<p>Instituteur, directeur d&#8217;\u00e9cole et pr\u00e9sident de\u00a0l&#8217;Association s\u00e9n\u00e9galaise de l&#8217;\u00e9cole moderne, qui exp\u00e9rimente les techniques de la p\u00e9dagogie Freinet, Papa Me\u00efssa Hanne confie \u00e0 <em>Regards<\/em> que la Francophonie m\u00e9riterait d&#8217;\u00eatre oppos\u00e9e \u00ab <em>si cela existait, \u00e0 une organisation de d\u00e9veloppement de nos langues nationales, le wolof, le pular, le mandingue<\/em> \u00bb.<br \/>\n\u00ab <em>Je ne m&#8217;oppose pas \u00e0 la Francophonie<\/em>, poursuit-il. <em>Au contraire, elle est une organisation multifonctionnelle qui int\u00e8gre de plus en plus d&#8217;autres aspects de la politique permettant \u00e0 toutes les nationalit\u00e9s qui la composent d&#8217;y retrouver des int\u00e9r\u00eats propres. Simplement, on doit veiller \u00e0 ce qu&#8217;elle n&#8217;\u00e9clipse pas le d\u00e9veloppement et le r\u00f4le de nos langues africaines qui, seules, sont en mesure de v\u00e9hiculer v\u00e9ritablement notre culture s\u00e9n\u00e9galaise.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Des langues nationales qui, en Afrique de l&#8217;Ouest, ont \u00e9t\u00e9 durablement affaiblies par l&#8217;imposition, durant la p\u00e9riode coloniale, de la langue fran\u00e7aise dans l&#8217;enseignement et l&#8217;administration. Les \u00ab <em>id\u00e9aux francophones<\/em> \u00bb ? Le wolof, le pular, le diola et le s\u00e9r\u00e8re ne leur disent pas merci. E.R.<\/p>\n<div id='gallery-1' class='gallery galleryid-4329 gallery-columns-3 gallery-size-thumbnail'><figure class='gallery-item'>\n\t\t\t<div class='gallery-icon landscape'>\n\t\t\t\t<a href='https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/colonieb-15f.jpg'><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"150\" height=\"150\" src=\"https:\/\/archives.regards.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/10\/colonieb-15f-150x150.jpg\" class=\"attachment-thumbnail size-thumbnail\" alt=\"Francophonie, un concept ambivalent\" aria-describedby=\"gallery-1-14428\" \/><\/a>\n\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<figcaption class='wp-caption-text gallery-caption' id='gallery-1-14428'>\n\t\t\t\tFrancophonie, un concept ambivalent\n\t\t\t\t<\/figcaption><\/figure>\n\t\t<\/div>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Article publi\u00e9 dans <em>Regards<\/em> n\u00b065, octobre 2009.<br \/>\nLa Francophonie, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ces jours-ci au Liban, fait g\u00e9n\u00e9ralement l&#8217;objet d&#8217;un consensus favorable. 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