{"id":4327,"date":"2009-10-01T00:00:00","date_gmt":"2009-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/essai-innover-a-gauche4327\/"},"modified":"2009-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-09-30T22:00:00","slug":"essai-innover-a-gauche4327","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4327","title":{"rendered":"Essai. Innover \u00e0 gauche"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Politiser, rompre, innover, f\u00e9d\u00e9rer. C&#8217;est la proposition que fait Cl\u00e9mentine Autain dans<em> Transformer, \u00e0 gauche <\/em>, paru le 8 octobre. Loin du discours incantatoire, ce manifeste pose les conditions, exigeantes, de l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;autre gauche. Et des d\u00e9fis programmatiques qu&#8217;elle doit relever. Bonnes feuilles. <\/p>\n<p><strong> \u00ab Qu&#8217;avons-nous donc \u00e0 construire ? Une force politique r\u00e9solument ancr\u00e9e \u00e0 gauche, suffisamment coh\u00e9rente <\/strong> pour fixer un cap et suffisamment diverse pour rassembler. Les militants d\u00e9boussol\u00e9s ou les salari\u00e9s en gr\u00e8ve contre les licenciements, qui se battent sur le terrain mais que d\u00e9sesp\u00e8re l&#8217;absence de grand mouvement politique collectif, ne manquent pas. Combien d&#8217;acteurs syndicaux ou associatifs se mobilisent pour les droits et les avanc\u00e9es sociaux mais se d\u00e9solent de ne pas trouver de correspondance politique \u00e0 la hauteur ? Combien encore de f\u00e9ministes, d&#8217;altermondialistes ou d&#8217;anticonsum\u00e9ristes combattent pied \u00e0 pied mais enragent de ne pouvoir adosser leur action sur une dynamique politique cons\u00e9quente ? \u00c0 un moment o\u00f9 tout bouge, les potentialit\u00e9s critiques sont incommensurables. Et, politiquement, nous restons l&#8217;arme au pied. C&#8217;est folie que de s&#8217;en tenir l\u00e0. Que ce mouvement pr\u00e9serve sa diversit\u00e9, qu&#8217;il cesse de r\u00eaver \u00e0 l&#8217;enfer du monolithisme et aux impasses des avant-gardes \u00e9clair\u00e9es, est une chose. Que chacun pense d&#8217;abord \u00e0 cultiver son propre jardin en est une autre. Ou nous nous mettons tous ensemble (et nous avons su le faire en 2005 contre le trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en) ou nous nous r\u00e9signons \u00e0 \u00eatre des suppl\u00e9tifs, roues de secours ou aiguillon de majorit\u00e9s domin\u00e9es par la gauche molle. Je fais le pari que, t\u00f4t ou tard, et le plus vite sera le mieux, nous saurons cultiver ensemble le jardin de la transformation sociale et \u00e9cologique. \u00bb<\/p>\n<p><strong> \u00ab Face \u00e0 la crise du capitalisme, les mots d&#8217;ordre syndicaux et politiques \u00e0 gauche ont fait la part belle au \u00ab pouvoir d&#8217;achat \u00bb et \u00e0 la \u00ab relance par la consommation \u00bb. <\/strong> Ce parti pris puise \u00e0 la fois dans les recettes classiques du keyn\u00e9sianisme et dans les fondamentaux anticapitalistes visant \u00e0 contester, \u00e0 juste titre, la d\u00e9t\u00e9rioration du rapport capital\/travail. Augmenter le pouvoir d&#8217;achat correspond aussi \u00e0 une forte attente populaire, dont les forces de gauche et les syndicats sont historiquement cens\u00e9s \u00eatre les porte-voix. Les gens qui souffrent de ne pas pouvoir joindre les deux bouts sont des millions sur notre territoire : \u00e0 cette aune, augmenter le niveau de vie du plus grand nombre est un juste objectif. Pour autant, les termes mis ainsi en avant ne vont pas de soi. \u00ab Pouvoir \u00bb et \u00ab achat \u00bb sont deux mots qui sonnent bizarrement pour la gauche : le pouvoir est une notion \u00e0 utiliser avec mod\u00e9ration et l&#8217;acte d&#8217;achat n&#8217;est pas \u00e0 proprement parler le c\u0153ur de son projet. Quant \u00e0 la \u00ab relance par la consommation \u00bb, nous sommes en plein vocabulaire du monde marchand. Rehausser les bas revenus est imp\u00e9ratif mais les raisons de plaider en ce sens m\u00e9riteraient d&#8217;\u00eatre assises sur un autre discours, mettant \u00e0 m\u00eame niveau la critique du consum\u00e9risme et de notre mod\u00e8le de d\u00e9veloppement. L&#8217;enjeu n&#8217;est pas seulement la \u00ab relance \u00bb de l&#8217;\u00e9conomie, comme s&#8217;il suffisait de recommencer comme avant, mais sa r\u00e9orientation en fonction d&#8217;autres finalit\u00e9s. Au fond, ce que nous voulons, c&#8217;est du \u00ab pouvoir vivre \u00bb, d\u00e9cemment, librement, tout en pr\u00e9servant les g\u00e9n\u00e9rations futures. C&#8217;est de fond en comble qu&#8217;il faut revoir les contours de notre conception de la richesse, de sa production et de sa r\u00e9partition. Contestant ce mod\u00e8le de croissance, des voix s&#8217;\u00e9l\u00e8vent depuis longtemps dans des groupes altermondialistes, paysans, \u00e9cologistes, associatifs. Exprim\u00e9es en marge des grandes organisations, elles ont parfois \u00e9t\u00e9 m\u00e9pris\u00e9es, combattues ou trait\u00e9es avec condescendance. Aujourd&#8217;hui, ces probl\u00e9matiques sont prises partout \u00e0 gauche tr\u00e8s au s\u00e9rieux. Encore faut-il en tirer politiquement toutes les conclusions&#8230;<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p>Au tout jetable il faut substituer une \u00e9conomie du r\u00e9utilisable et recyclable, en gardant \u00e0 l&#8217;esprit que l&#8217;\u00e9nergie la plus propre est celle que l&#8217;on n&#8217;utilise pas ! Savez-vous par exemple que l&#8217;\u00e9nergie mise dans le packaging d\u00e9passe couramment celle de la nourriture qu&#8217;il contient ? La bataille contre le sur-emballage et l&#8217;omnipr\u00e9sence de la publicit\u00e9, dans nos bo\u00eetes aux lettres comme sur les murs de nos villes, doit \u00eatre men\u00e9e d&#8217;arrache-pied. Au r\u00e8gne de la voiture individuelle et polluante, il faut maximiser la mobilit\u00e9 par le d\u00e9veloppement des transports collectifs (tram, autobus, trains), lutter contre l&#8217;\u00e9talement urbain et faciliter en ville le recours \u00e0 la bicyclette et \u00e0 la marche \u00e0 pied. De m\u00eame, face \u00e0 l&#8217;h\u00e9g\u00e9monie du camion dans le transport de marchandises au sein de l&#8217;Europe, il convient de favoriser les modes alternatifs, et en particulier le fret ferroviaire aujourd&#8217;hui menac\u00e9 de marginalisation. Il s&#8217;agit dans le m\u00eame temps de r\u00e9introduire la notion de limites et de la porter \u00e0 l&#8217;\u00e9chelle mondiale. Les p\u00e9nuries en eau ou en \u00e9nergies fossiles indiquent que l&#8217;on ne peut pas continuer \u00e0 pomper sans fin les ressources naturelles. Dans un autre registre, la commercialisation d&#8217;organes ou l&#8217;enjeu de la brevetabilit\u00e9 du vivant montre qu&#8217;il est important de fixer des limites \u00e0 la marchandisation. La question des \u00ab m\u00e8res porteuses \u00bb entre de mon point de vue dans cette probl\u00e9matique. Je suis profond\u00e9ment oppos\u00e9e \u00e0 la l\u00e9galisation de la gestation pour autrui. Je ne crois pas que l&#8217;on puisse pr\u00eater ainsi son corps sans incidences potentiellement n\u00e9fastes et surtout, je doute que cette pratique puisse \u00e9chapper \u00e0 la logique marchande, et ce quelles que soient les belles promesses ou les dispositions l\u00e9gales sur ce point. Si la loi favorise cette pratique d&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre, et donc lui donne une l\u00e9gitimit\u00e9, elle ouvre la porte \u00e0 une marchandisation croissante du corps. Favorisons d\u00e9j\u00e0 les proc\u00e9dures d&#8217;adoption, ouvrons ce droit aux couples de m\u00eame sexe, progressons dans toutes les formes de procr\u00e9ation m\u00e9dicalement assist\u00e9e mais n&#8217;ouvrons pas cette dangereuse bo\u00eete de Pandore. \u00bb<\/p>\n<p><strong> \u00abD\u00e9passer l&#8217;alternative entre r\u00e9formes ou r\u00e9volution suppose de prendre en compte la temporalit\u00e9 de la transformation. (&#8230;) Nous avons donc \u00e0 nous inscrire \u00e0 la fois dans le court, le moyen et le long terme : <\/strong> seule m\u00e9thode r\u00e9aliste pour modifier le r\u00e9el. Si l&#8217;on a le nez riv\u00e9 sur les trois petites r\u00e9formes qui permettront de gagner la prochaine \u00e9lection ou, \u00e0 l&#8217;inverse, si l&#8217;on ne fantasme que sur le moment r\u00e9volutionnaire en conceptualisant de mani\u00e8re abstraite un autre monde, celles et ceux qui souffrent ne sont pas pr\u00eats de sortir de leur condition. Il est n\u00e9cessaire de planifier le changement, c&#8217;est-\u00e0-dire de penser dans le temps les ruptures sociales et \u00e9cologiques. On ne mettra pas du jour au lendemain le capitalisme \u00e0 la poubelle. On ne fera pas du logement social et des cr\u00e8ches pour tous en six mois. On ne changera pas l&#8217;\u00e9cole par deux ou trois circulaires \u00e9tatiques. On ne combattra pas le sexisme, le racisme et l&#8217;homophobie uniquement par des lois. Tous ceux qui pr\u00e9tendent le contraire mentent ou se racontent des histoires. En revanche, nous pouvons saper les ressorts de la logique capitaliste, imposer les crit\u00e8res d&#8217;utilit\u00e9 sociale et de protection des g\u00e9n\u00e9rations futures dans les choix de production, nous donner les moyens d&#8217;une appropriation populaire des d\u00e9bats et des d\u00e9cisions, d\u00e9velopper le secteur public, taxer les flux de capitaux, modifier les politiques de l&#8217;emploi, agir contre les discriminations ou encore nous donner les moyens d&#8217;une r\u00e9invention des territoires. Nous pouvons tout simplement changer de cap, en mettant en \u0153uvre un programme d&#8217;urgence et en lan\u00e7ant des mesures au long cours. Cela suppose d&#8217;\u00eatre arrim\u00e9s \u00e0 une vis\u00e9e r\u00e9volutionnaire, c&#8217;est-\u00e0-dire de suivre la logique d&#8217;une certaine id\u00e9e d&#8217;un autre monde, en sachant la d\u00e9cliner dans la dur\u00e9e en autant de mesures et d&#8217;efforts qu&#8217;il faudra pour parvenir \u00e0 l&#8217;\u00e9mancipation humaine. La r\u00e9forme n&#8217;avance que si elle est accompagn\u00e9e et soutenue par une pens\u00e9e de la r\u00e9volution. \u00bb<\/p>\n<p><strong> \u00ab Ce que je souhaite affirmer ici, c&#8217;est un parti pris : sans effort collectif de modernisation, l&#8217;autre gauche est durablement vou\u00e9e aux marges de la vie politique. <\/strong> Or, pour innover, le pr\u00e9alable est d&#8217;en avoir le d\u00e9sir et l&#8217;objectif. Sans doute est-ce l\u00e0 une \u00e9vidence mais je crois utile de la rappeler tant la r\u00e9novation ne semble pas une pr\u00e9occupation majeure dans la gauche radicale : sans doute est-ce l\u00e0 m\u00eame un euph\u00e9misme si j&#8217;en juge par le nombre de fois o\u00f9 l&#8217;on m&#8217;a ri au nez quand je formulais cette exigence. Au fond, l&#8217;id\u00e9e plus r\u00e9pandue est qu&#8217;il suffirait, pour gagner, que la gauche soit plus \u00e0 gauche, qu&#8217;elle redevienne ce qu&#8217;elle n&#8217;est plus. Si nous ne r\u00e9ussissons pas \u00e0 convaincre largement au sein de la soci\u00e9t\u00e9, ce serait d&#8217;abord et avant tout en raison du fameux \u00ab complot m\u00e9diatique \u00bb, des moyens dont dispose la pens\u00e9e dominante et de nos sempiternelles divisions. Autant d&#8217;explications qui m&#8217;apparaissent insuffisantes. Pour ma part, je pense que si la gauche radicale ne convainc pas autant qu&#8217;elle le devrait et le pourrait, c&#8217;est aussi que son discours n&#8217;est plus suffisamment en phase avec le monde contemporain. Et ceux qui pensent que les cat\u00e9gories populaires se moquent bien de cette ambition font fausse route. Pour m\u00e9moire, quand le PCF a commenc\u00e9 \u00e0 devenir un parti national influent et repr\u00e9sentant le monde ouvrier, il incarnait une modernit\u00e9 : le parti communiste comptait alors dans ses rangs les ouvriers les plus qualifi\u00e9s, des artistes d&#8217;avant-garde tels qu&#8217;Aragon et Picasso, il parlait le langage de son temps, ses affiches \u00e9taient graphiquement d&#8217;avant-garde, les villes qu&#8217;il d\u00e9tenait \u00e9taient \u00e0 la pointe de la novation architecturale, etc. Par ailleurs, c&#8217;est dans ses moments d&#8217;expansion que la gauche critique clamait partout \u00ab du pass\u00e9, faisons table rase \u00bb ou \u00ab MLF ? : ann\u00e9e z\u00e9ro \u00bb. Quand elle avait cette audace, m\u00eame si celle-ci reposait en partie sur une sorte de mauvaise foi (on s&#8217;appuie toujours sur une histoire et des traditions), la radicalit\u00e9 \u00e0 gauche influen\u00e7ait davantage. Dans une p\u00e9riode de d\u00e9pression politique et de fortes mutations, la facilit\u00e9 est sans doute de se raccrocher aux opinions \u00e9tablies, de se conforter dans les r\u00e9f\u00e9rences anciennes. C&#8217;est pourtant pr\u00e9cis\u00e9ment le moment o\u00f9 il faut innover !\u00bb<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 65, octobre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Politiser, rompre, innover, f\u00e9d\u00e9rer. C&#8217;est la proposition que fait Cl\u00e9mentine Autain dans<em> Transformer, \u00e0 gauche <\/em>, paru le 8 octobre. Loin du discours incantatoire, ce manifeste pose les conditions, exigeantes, de l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;autre gauche. Et des d\u00e9fis programmatiques qu&#8217;elle doit relever. 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