{"id":4316,"date":"2009-10-01T00:00:00","date_gmt":"2009-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/tva-des-miettes-pour-les-salaries4316\/"},"modified":"2009-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-09-30T22:00:00","slug":"tva-des-miettes-pour-les-salaries4316","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4316","title":{"rendered":"TVA. Des miettes pour les salari\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La baisse de la TVA dans la restauration profite-t-elle au client ? La question est si pr\u00e9sente qu&#8217;elle fait dispara\u00eetre un tout petit d\u00e9tail : 800000 salari\u00e9s sont les dindons de la farce. Rencontre avec Gilberte Jason, 26 ans, cuisini\u00e8re. <\/p>\n<p>Ce fut la grande question de l&#8217;\u00e9t\u00e9. La baisse de la TVA profite-t-elle pour de bon aux consommateurs? Et des journalistes impitoyables de d\u00e9cerner bons et mauvais points, distinguant les courageux qui baissent le prix du steak, montrant du doigt les filous qui ne r\u00e9duisent que celui des tripes \u00e0 la mode de Caen, tan\u00e7ant ceux qui diminuent le contenu des assiettes&#8230; Voil\u00e0 qui a permis de r\u00e9duire l&#8217;enjeu comme fond le gla\u00e7on sur un comptoir : qui du client ou du restaurateur fait son miel du joli cadeau fiscal ? Le salari\u00e9 ? Disparu, comme les engagements verbaux du patronat de la restauration \u00e0 revaloriser la grille des salaires en contrepartie de la diminution de la TVA. M\u00e9diatiquement, la question semble aussi dispara\u00eetre. Deux universitaires s&#8217;expriment (<strong> 1 <\/strong>) :<em> \u00ab La baisse de la TVA \u00e0 5,5 % est un cadeau d&#8217;un montant quinze fois sup\u00e9rieur, \u00e0 la seule destination des restaurateurs et de leurs clients : qui sont d&#8217;une fa\u00e7on disproportionn\u00e9e les personnes les plus ais\u00e9es. Si la baisse \u00e9tait int\u00e9gralement r\u00e9percut\u00e9e, les 10 % des m\u00e9nages les plus riches b\u00e9n\u00e9ficieraient d&#8217;une r\u00e9duction d&#8217;imp\u00f4t de 500 millions d&#8217;euros, soit 200 euros par m\u00e9nage. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>Chez Culture bi\u00e8re, brasserie vitrine d&#8217;Heineken sur les Champs-Elys\u00e9es, le visiteur est accueilli par l&#8217;incontournable panneau rappelant la baisse. Le demi n&#8217;en fr\u00f4le pas moins les six euros. Gilberte Jason, 26 ans, salari\u00e9e de la brasserie depuis quatre ans\u00a0se souvient :<em> \u00ab On a eu un espoir au d\u00e9but mais il est vite retomb\u00e9. La direction a invoqu\u00e9 une baisse de l&#8217;activit\u00e9 pour ne pas nous augmenter. \u00bb <\/em><\/p>\n<p>En effet, la brasserie ne rapporte plus assez aux yeux du g\u00e9ant hollandais et la fermeture se profile \u00e0 l&#8217;horizon, laissant 60 salari\u00e9s sur le carreau. Cette baisse de la TVA qui leur passe sous le nez et la fermeture pour un trop peu de b\u00e9n\u00e9fice raconte une m\u00eame histoire : la presque inexistence de ces 800 000 salari\u00e9s souvent invisibles de la restauration dont plus de la moiti\u00e9 gagnent moins que le Smic.<em> \u00ab Pour Heineken, on est une ligne dans le budget marketing, comme une page de pub dans un magazine, rien d&#8217;autre qu&#8217;une vitrine. Sauf que nous sommes 60 salari\u00e9s \u00e0 en d\u00e9pendre \u00bb <\/em>, commente Gilberte.<em> \u00ab Hyperactive et volontaire \u00bb <\/em>, comme elle se d\u00e9crit, cette jeune cuisini\u00e8re s&#8217;est pourtant beaucoup battue pour que la brasserie ne ferme pas.<em> \u00ab Je consid\u00e8re Culture bi\u00e8re comme l&#8217;un de mes enfants, <\/em> explique-t-ell<em> . C&#8217;est la bo\u00eete qui m&#8217;a permis de r\u00e9ellement commencer \u00e0 faire mon m\u00e9tier en cuisine et qui m&#8217;a offert de la promotion. \u00bb <\/em> Gilberte a grandi en Guadeloupe, o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 \u00e0 14 ans, elle aidait en salle dans le restaurant de sa grand-m\u00e8re. Il fallait bien aider sa m\u00e8re, seule et sans emploi, avec quatre enfants \u00e0 charge. Tr\u00e8s vite CAP de cuisine en poche, elle rejoint la m\u00e9tropole, et<em> \u00ab ne fait pas la difficile \u00bb <\/em>, sert dans des pizzerias, en maison de retraite, au Parc des expositions&#8230; Avant de d\u00e9crocher LE job, \u00e0 Culture bi\u00e8re, celui qui lui permettra d&#8217;enfin entrer en cuisine. En quatre ans, \u00e0 force d&#8217;ent\u00eatement et de<em> \u00ab travail appliqu\u00e9 \u00bb <\/em>, elle passe de commis de cuisine \u00e0 un poste d&#8217;encadrement de quatre commis qui lui permet de hisser son salaire de 300 euros au-dessus du Smic.<em> \u00ab Au moment du coup de feu, je suis \u00e0 un poste cl\u00e9. Je suis charg\u00e9e d&#8217;envoyer les plats en salle, d&#8217;achever la finition des assiettes et de m&#8217;assurer qu&#8217;ils arrivent en m\u00eame temps sur la table. Mais avant et apr\u00e8s, il s&#8217;agit de s&#8217;organiser, de diriger, de faire le m\u00e9nage, de ranger&#8230; \u00bb <\/em> Bref, un engagement total qu&#8217;elle revendique.<em> \u00ab Mais pour l&#8217;investissement physique et moral du personnel de restauration, le stress et les pressions psychologiques qui sont la r\u00e8gle dans ce m\u00e9tier, non, nous ne sommes pas assez r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s. \u00bb <\/em> Aujourd&#8217;hui, elle regarde la belle brasserie des Champs-Elys\u00e9es en soupirant.<em> \u00ab Je me suis tellement investie ici que je ne crois pas que je puisse aller bosser ailleurs, explique-t-elle. Alors, je pense \u00e0 ouvrir ma propre affaire, une boutique de restauration ambulante o\u00f9 je pourrai faire partager ma passion de la cuisine cr\u00e9ole, par exemple. \u00bb <\/em>   <strong> R.D. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Nicolas Ruiz est \u00e9conomiste \u00e0 l&#8217;Institut d&#8217;\u00e9conomie publique (IDEP). Alain Trannoy est directeur d&#8217;\u00e9tudes \u00e0 l&#8217;Ecole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales (EHESS).<br \/>\n]]Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 65, octobre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La baisse de la TVA dans la restauration profite-t-elle au client ? La question est si pr\u00e9sente qu&#8217;elle fait dispara\u00eetre un tout petit d\u00e9tail : 800000 salari\u00e9s sont les dindons de la farce. 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