{"id":4311,"date":"2009-10-01T00:00:00","date_gmt":"2009-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-carbone-dans-le-brouillard4311\/"},"modified":"2009-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-09-30T22:00:00","slug":"le-carbone-dans-le-brouillard4311","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4311","title":{"rendered":"Le carbone dans le brouillard"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> LE RAPPORT ROCARD (1) S&#8217;ETAIT CALE SUR LES OBJECTIFS EUROPEENS <\/p>\n<p> (-14 % d&#8217;\u00e9missions en 2020 par rapport \u00e0 2005) et avait fix\u00e9 le prix du carbone \u00e0 32 euros la tonne. Sarkozy a tranch\u00e9 en choisissant un prix de 17 euros la tonne (la moiti\u00e9 + 1). C&#8217;est moins que le prix, d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s bas, et stagnant, du prix du carbone sur le march\u00e9 des permis d&#8217;\u00e9mission. Calcul de coin de table : \u00e0 17 euros, les objectifs ne seront donc r\u00e9alis\u00e9s qu&#8217;\u00e0 53 % (17\/32). Telle est la vraie question, celle de l&#8217;ad\u00e9quation des politiques men\u00e9es et des outils utilis\u00e9s \u00e0 l&#8217;objectif fix\u00e9 par le GIEC (2) d&#8217;une division par 4 des \u00e9missions \u00e0 l&#8217;horizon 2050.<\/p>\n<p>En 2006, les \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre ont \u00e9t\u00e9 en France de 541,3 mTec (millions de tonnes \u00e9quivalent carbone) soit un peu moins (4 %) que la moyenne des ann\u00e9es 1990. Pour les diviser par 4, il faudrait les faire baisser \u00e0 135 mTec en 2050. Mais d&#8217;ici l\u00e0, le Pib aura augment\u00e9 de 50 %, m\u00eame avec une croissance faible de 1 % par an, et de 125 % si cette croissance revenait \u00e0 2 %. L&#8217;intensit\u00e9 d&#8217;\u00e9mission de gaz \u00e0 effet de serre devrait baisser de 0,343 Tec pour 1 000 euros de Pib en 2006 \u00e0 0,056 en 2050, soit une division par 6 (et par presque 9 pour une croissance de 2 %). Cela \u00e9quivaut \u00e0 une baisse de 5 % chaque ann\u00e9e \u00e0 partir de 2020, alors qu&#8217;on est aujourd&#8217;hui sur un rythme de 2 %. Or, il est logique de penser que les r\u00e9ductions d&#8217;\u00e9mission seront plus difficiles \u00e0 mesure que l&#8217;on s&#8217;\u00e9loignera de leur niveau actuel.<\/p>\n<p>Peut-on y arriver en jouant sur le prix du carbone ? C&#8217;est ce que postulent les mod\u00e8les utilis\u00e9s par les rapports Quinet et Rocard : ils calculent le prix du carbone permettant d&#8217;atteindre un objectif donn\u00e9 de volume d&#8217;\u00e9mission. L&#8217;id\u00e9e de base est la suivante : l&#8217;augmentation du prix du carbone conduit les agents \u00e9conomiques \u00e0 modifier leurs comportements de mani\u00e8re \u00e0 r\u00e9duire le poids de cette taxe. Par exemple, une entreprise soumise \u00e0 la taxe carbone (ou \u00e0 des quotas d&#8217;\u00e9mission) va \u00eatre incit\u00e9e \u00e0 adopter des processus de production moins polluants qui vont lui permettre d&#8217;all\u00e9ger sa facture fiscale en en r\u00e9duisant l&#8217;assiette. Les m\u00e9nages utiliseront moins leur voiture, proc\u00e9deront \u00e0 des travaux d&#8217;isolation des logements, choisiront des \u00e9quipements m\u00e9nagers moins voraces, etc. Tout repose ici sur un postulat de \u00ab substituabilit\u00e9 \u00bb \u00e0 peu pr\u00e8s illimit\u00e9e : pour tout objectif de r\u00e9duction des \u00e9missions, il existe toujours un proc\u00e9d\u00e9 alternatif permettant de l&#8217;atteindre. Il suffit d&#8217;\u00e9mettre le bon \u00ab signal prix \u00bb.<\/p>\n<p>Certes, la substitution fonctionne : ainsi, la France a \u00e9mis en 2006 un peu moins qu&#8217;en 1990, pour un Pib sup\u00e9rieur d&#8217;un tiers. Mais au-del\u00e0 d&#8217;un certain seuil, on passe du domaine de la \u00ab substituabilit\u00e9 \u00bb \u00e0 celui de la \u00ab compl\u00e9mentarit\u00e9 \u00bb. Concr\u00e8tement, cela veut dire que les \u00e9conomies d&#8217;\u00e9nergie atteignent une limite : on ne sait pas produire une tonne d&#8217;aluminium ou une automobile avec quatre fois moins d&#8217;\u00e9nergie qu&#8217;aujourd&#8217;hui, et il est probable qu&#8217;on ne saura jamais le faire. A moins de supposer que de nouvelles sources d&#8217;\u00e9nergie encore inconnues seront d\u00e9couvertes, on ne peut donc compter sur un effet prix illimit\u00e9. Il arrive un moment o\u00f9 le prix du carbone peut \u00eatre aussi \u00e9lev\u00e9 qu&#8217;on veut, sans que les agents disposent r\u00e9ellement d&#8217;alternatives. La taxe ne peut plus alors jouer son r\u00f4le d&#8217;incitation et va seulement faire monter les prix des activit\u00e9s les plus co\u00fbteuses en \u00e9nergie. Cela peut avoir \u00e0 son tour un effet sur la demande, mais l\u00e0 aussi on se heurte \u00e0 des limites.<\/p>\n<p>Bref, les objectifs fix\u00e9s par le GIEC sont hors d&#8217;atteinte, sans un v\u00e9ritable bouleversement des modes de production et de consommation qui ne peut \u00eatre obtenu seulement par un guidage fiscal. Il suppose une planification \u00e9cologique et une r\u00e9orientation de l&#8217;activit\u00e9 vers une soci\u00e9t\u00e9 du temps libre donnant la priorit\u00e9 \u00e0 une satisfaction non marchande des besoins sociaux. Mais c&#8217;est une logique que le capitalisme ne peut faire sienne. Pour ne prendre qu&#8217;un exemple, des biens d&#8217;\u00e9quipement \u00e0 longue dur\u00e9e de vie, modulaires et r\u00e9parables, conduiraient \u00e0 un ralentissement drastique de la rotation du capital et donc \u00e0 une r\u00e9duction du taux de profit. Conclusion : les programmes \u00e9cologiques fond\u00e9s sur des m\u00e9canismes marchands sont sous-dimensionn\u00e9s par rapport \u00e0 l&#8217;ampleur du d\u00e9fi climatique. Leur v\u00e9ritable objectif est au fond de faire garantir par l&#8217;Etat la rentabilit\u00e9 de secteurs capitalistes sur lesquels on compte pour relancer la machine, quitte \u00e0 introduire de nouvelles sources d&#8217;in\u00e9galit\u00e9s. <strong> M.H. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Bibliographie : http:\/\/hussonet.free.fr\/enereco.htm.<br \/>\n]][[2. Groupe d&#8217;experts intergouvernemental sur l&#8217;\u00e9volution du climat.<br \/>\n]]Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b065, octobre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> LE RAPPORT ROCARD (1) S&#8217;ETAIT CALE SUR LES OBJECTIFS EUROPEENS <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-4311","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4311","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4311"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4311\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4311"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4311"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4311"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}