{"id":4310,"date":"2009-10-01T00:00:00","date_gmt":"2009-09-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/nicolas-sarkozy-pourquoi-ca-marche4310\/"},"modified":"2009-10-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-09-30T22:00:00","slug":"nicolas-sarkozy-pourquoi-ca-marche4310","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4310","title":{"rendered":"Nicolas Sarkozy. Pourquoi \u00e7a marche encore?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La confiance r\u00e8gne encore et toujours, malgr\u00e9 un bilan face \u00e0 la crise jug\u00e9 peu positif&#8230; Nicolas Sarkozy a beau \u00e9radiquer les acquis sociaux et respirer le m\u00e9pris, il continue de faire plut\u00f4t belle figure. Est-ce son art d&#8217;user les mouvements sociaux, de raconter des fables, de faire taire les dissonances au sein de son propre parti? Quelques raisons d&#8217;un succ\u00e8s. <\/p>\n<p> Depuis son arriv\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, Nicolas Sarkozy impose son rythme, sa marque, ses contre-r\u00e9formes. Il allie des mesures clairement lib\u00e9rales sur le plan \u00e9conomique, avec son lot de remises en cause des acquis sociaux, et une bonne dose de contr\u00f4le social. Tr\u00e8s t\u00f4t, le paquet fiscal fut l&#8217;embl\u00e8me d&#8217;une politique au service des vainqueurs du syst\u00e8me. Et pourtant&#8230; Nicolas Sarkozy est toujours l\u00e0 et bien l\u00e0. M\u00eame si ses courbes de popularit\u00e9 ont connu de vrais moments de faiblesse et si les Fran\u00e7ais jugeaient dans un r\u00e9cent sondage son bilan face \u00e0 la crise peu positif (58 % d&#8217;opinions n\u00e9gatives), pr\u00e8s d&#8217;une moiti\u00e9 de Fran\u00e7ais continuerait \u00e0 lui faire confiance et son image reste peu \u00e9corn\u00e9e. Pire, face \u00e0 la crise du capitalisme qui aurait d\u00fb invalider tous ses pr\u00e9suppos\u00e9s id\u00e9ologiques, l&#8217;animal politique arrive \u00e0 adapter son discours, \u00e0 tourner \u00e0 son avantage ce moment difficile. Voici le champion de la d\u00e9r\u00e9gulation qui se mobilise pour une \u00ab moralisation du capitalisme \u00bb ! Fini le Fouquet&#8217;s et les montres en or, l&#8217;heure est \u00e0 la chasse au bonus et \u00e0 la valorisation du rapport Stiglitz. Au total, non seulement il donne le sentiment qu&#8217;il y a un pilote dans l&#8217;avion quand la gauche est atone, mais il r\u00e9ussit \u00e0 reprendre l&#8217;avantage, quitte \u00e0 puiser quelques recettes, quelques formules \u00e0 gauche pour donner le change. Les  Verts cartonnent aux europ\u00e9ennes ? Sarkozy d\u00e9gaine la taxe carbone.  Il y a \u00e0 la fois une coh\u00e9rence dans son projet politique, qui ne change pas de cap, et de la souplesse pour convaincre, s\u00e9duire, s&#8217;adapter. \u00ab Changer pour que rien ne change \u00bb, on conna\u00eet la formule. Pourquoi \u00e7a marche (encore) ?<em> Regards <\/em> vous soumet quatre cl\u00e9s d&#8217;explication. <\/p>\n<p><strong> L&#8217;ART DE RACONTER DES HISTOIRES <\/strong><\/p>\n<p>Pour \u00eatre pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, sans doute faut-il savoir raconter des histoires&#8230; Nicolas Sarkozy l&#8217;a compris tr\u00e8s t\u00f4t. Occuper l&#8217;espace, donner \u00e0 voir des sentiments, des succ\u00e8s et des \u00e9checs, des romances : le Pr\u00e9sident excelle dans cet \u00ab art \u00bb. Christian Salmon a parfaitement d\u00e9crit, dans Storytelling, ce ph\u00e9nom\u00e8ne qui consiste pour les politiques \u00e0 endormir l&#8217;esprit critique public en mettant en sc\u00e8ne leurs propres histoires. Cette m\u00e9thode, qui se pratique dans la publicit\u00e9 ou le management et fut progressivement import\u00e9e en politique par la Maison Blanche depuis Reagan, tente d&#8217;instrumentaliser l&#8217;art du r\u00e9cit. Le conseiller sp\u00e9cial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a parfaitement retenu la le\u00e7on am\u00e9ricaine :<em> \u00ab La politique, <\/em> a-t-il d\u00e9clar\u00e9 au<em> Monde, c&#8217;est \u00e9crire une histoire partag\u00e9e par ceux qui la font et ceux \u00e0 qui elle est destin\u00e9e. On ne transforme pas un pays sans \u00eatre capable d&#8217;\u00e9crire et de raconter une histoire. \u00bb <\/em> Car il doit toujours se passer quelque chose, le Pr\u00e9sident doit contr\u00f4ler l&#8217;agenda pour capter l&#8217;attention des m\u00e9dias et de l&#8217;opinion. Il s&#8217;agit non pas de faire appel aux convictions ou \u00e0 la raison mais de capter et de synchroniser les \u00e9motions. C&#8217;est ainsi que nous passons doucement mais s\u00fbrement de l&#8217;opinion publique \u00e0 l&#8217;\u00e9motion publique. Ce climat est gravissime pour la d\u00e9mocratie et contribue \u00e0 dissoudre la politique. Mais en attendant, il profite au pouvoir en place.<\/p>\n<p>Sarkozy a mis en sc\u00e8ne son destin : c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;un pauvre enfant de Neuilly, brim\u00e9, qui r\u00eavait d&#8217;\u00eatre pr\u00e9sident. Il a mis en sc\u00e8ne son couple avec C\u00e9cilia, son divorce, sa rencontre sous forme de conte de No\u00ebl avec une nouvelle mannequin. Une vie priv\u00e9e faite de joies et de souffrances, pleine de rebondissements : une vraie s\u00e9rie \u00e0 l&#8217;am\u00e9ricaine. Des personnages comme Rachida Dati, Fadela Amara ou Rama Yade font le miel du storytelling. Dans un autre registre, Bernard Kouchner fait partie des profils bien utiles. Sarkozy en use et en abuse. Il s&#8217;est aussi pay\u00e9 le luxe de se r\u00e9approprier des pans de l&#8217;histoire de France d\u00e9laiss\u00e9s par la gauche, de lui piquer en quelque sorte ses embl\u00e8mes, ses r\u00e9f\u00e9rents tels que Guy M\u00f4quet, L\u00e9on Blum ou Jaur\u00e8s. L\u00e0 o\u00f9 l&#8217;imaginaire de gauche s&#8217;est essouffl\u00e9, ass\u00e9ch\u00e9, la droite sait occuper l&#8217;espace. M\u00eame face \u00e0 la crise du capitalisme, Sarkozy se donne des airs de justicier : fa\u00e7on Disney ! : au combat contre les m\u00e9chants du G20, en guerre contre les bonus et les paradis fiscaux. La fable !<\/p>\n<p>La parole de Sarkozy se veut performative et l&#8217;homme ne manque jamais une occasion d&#8217;aller lui-m\u00eame au \u00ab front \u00bb : soutenir telle entreprise en faillite, rencontrer une association de victimes, serrer la main aux services de police. Comme l&#8217;actualit\u00e9 bouge sans cesse, nous suivons le zapping orchestr\u00e9 par le Pr\u00e9sident. Que ses paroles soient sans effet, que les actions ne suivent pas, que les promesses d&#8217;un jour soient oubli\u00e9es le lendemain, importe moins que la capacit\u00e9 du Pr\u00e9sident \u00e0 \u00eatre r\u00e9actif et \u00e0 sembler toujours \u00e0 l&#8217;endroit o\u00f9 il faut, au moment o\u00f9 il faut. Et il n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 dire tout et son contraire. Or, comme l&#8217;explique fort bien Bertrand M\u00e9heust dans<em> La politique de l&#8217;oxymore. Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la r\u00e9alit\u00e9 du monde <\/em>, cette utilisation des oxymores, cynique et \u00e0 grande \u00e9chelle, peut conduire \u00e0 la destruction des esprits et devenir un outil de mensonges. Des termes tels que \u00ab flexis\u00e9curit\u00e9 \u00bb, \u00ab moralisation du capitalisme \u00bb ou \u00ab vid\u00e9o protection \u00bb visent \u00e0 brouiller nos rep\u00e8res. Nicolas Sarkozy recourt \u00e9galement aux oxymores dans les faits : souvenez-vous de sa visite au Vatican avec&#8230; Jean-Marie Bigard ! La promotion de la libre circulation des capitaux mais pas des \u00eatres humains, la lutte contre le ch\u00f4mage comme priorit\u00e9 dans un syst\u00e8me qui a besoin d&#8217;un taux de ch\u00f4mage pour fonctionner, etc., sont autant de fa\u00e7ons de masquer les actes politiques, dans un contexte o\u00f9 la contestation sociale grandit.<\/p>\n<p>Sa force est d&#8217;avoir su \u00ab moderniser \u00bb la droite et le style pr\u00e9sidentiel. Le<em> footing <\/em> comme l&#8217;omnipr\u00e9sence du Pr\u00e9sident impriment sa marque, l&#8217;installent comme un homme de son temps. Il se veut l&#8217;homme de l&#8217;action, du mouvement. Et Sarkozy sait s&#8217;adapter au contexte, \u00e9voluer en fonction des rapports de force d\u00e8s lors qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas de remettre en cause les fondements de son projet lib\u00e9ral et autoritaire. R\u00e9cemment, la taxe carbone ou le renoncement \u00e0 recourir aux tests ADN pour les immigr\u00e9s montrent qu&#8217;il ne veut c\u00e9der aucun espace \u00e0 ses adversaires, qu&#8217;il est capable de petits arrangements politiques pour s\u00e9duire au-del\u00e0 de son \u00e9lectorat acquis. <\/p>\n<p><strong> LE ROULEAU COMPRESSEUR COMME M\u00c9THODE <\/strong><\/p>\n<p> La droite cultive son triste adage selon lequel \u00ab la rue ne gouverne pas \u00bb. Il est arriv\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es qu&#8217;elle le fasse \u00e0 ses d\u00e9pens. En 1995, le plan Jupp\u00e9 a d\u00fb \u00eatre enterr\u00e9 devant l&#8217;ampleur de la mobilisation. En 2006, les jeunes ont oblig\u00e9 Dominique de Villepin \u00e0 retirer son CPE. Pour le reste, et singuli\u00e8rement depuis que Nicolas Sarkozy est pr\u00e9sident, force est de constater que les luttes sociales peinent \u00e0 engranger les victoires. Au-del\u00e0 des interrogations sur la strat\u00e9gie des conf\u00e9d\u00e9rations syndicales et sur le manque de perspective politique qui p\u00e8se n\u00e9gativement sur la combativit\u00e9 sociale et l&#8217;issue des conflits, il y a bien cette mani\u00e8re de la droite d&#8217;avancer frontalement, brutalement, en d\u00e9signant des ennemis, en opposant les uns aux autres, qui poss\u00e8de une part d&#8217;efficacit\u00e9. Le passage en force est devenu une m\u00e9thode, comme une habitude. La ligne de conduite, c&#8217;est un gouvernement qui ne c\u00e8de pas, en tout cas pas de mani\u00e8re significative, devant les manifestations unitaires ou les durs conflits sociaux. Il poursuit sa feuille de route, s\u00fbr de ses choix comme de sa capacit\u00e9 \u00e0 vaincre le mouvement. Et Sarkozy a m\u00eame os\u00e9 l&#8217;arrogance supr\u00eame, en juillet 2008 :<em> \u00ab D\u00e9sormais, quand il y a une gr\u00e8ve en France, personne ne s&#8217;en aper\u00e7oit \u00bb <\/em>. Le refus de la discussion, la provocation, l&#8217;humiliation et la d\u00e9termination \u00e0 imposer nombre de contre-r\u00e9formes sont d\u00e9stabilisants et permettent de contenir une r\u00e9volte plus grande encore. Finalement, le gouvernement nous aurait-il \u00e0 l&#8217;usure ? Embl\u00e9matique, l&#8217;universit\u00e9 s&#8217;est mobilis\u00e9e comme jamais, la ronde s&#8217;est obstin\u00e9e la nuit et le jour, mais n&#8217;a pas r\u00e9ussi \u00e0 avoir la peau de la loi P\u00e9cresse. Au diable le mouvement de r\u00e9sistance des soignants, les h\u00f4pitaux doivent s&#8217;avaler le projet Bachelot qui importe les logiques du march\u00e9. Le monde de la justice fut vent debout ? Qu&#8217;importe, les juges d&#8217;instruction risquent bel et bien d&#8217;\u00eatre supprim\u00e9s, la mainmise du parquet d&#8217;augmenter. Quant au \u00ab pouvoir d&#8217;achat \u00bb, il restera en l&#8217;\u00e9tat (pas d&#8217;augmentation des salaires et minima sociaux), malgr\u00e9 les grands rendez-vous de l&#8217;hiver et du printemps derniers qui, dans l&#8217;unit\u00e9 syndicale, avaient port\u00e9 cette revendication. De La Poste aux Molex, les foyers de contestation ne manquent pas mais la capacit\u00e9 \u00e0 gagner reste faible. Assommant. Accablant aussi. Car, \u00e0 force de ne rien arracher, de prendre des jours et des jours de gr\u00e8ve : qui signifient du salaire en moins : sans obtenir d&#8217;avanc\u00e9es, le peuple se d\u00e9sesp\u00e8re et se demande \u00e0 quoi bon. Par la convergence des luttes : unit\u00e9 syndicale, \u00ab Appel des appels \u00bb :, d&#8217;aucuns pensaient que les mouvements gagneraient en efficacit\u00e9. Ce ne fut pas suffisant. Pour l&#8217;heure, seul le LKP en Guadeloupe a r\u00e9ussi \u00e0 atteindre une alchimie et un niveau de contestation porteurs d&#8217;espoir et de victoire. A m\u00e9diter. <\/p>\n<p><strong> LA MACHINE UMP UNIFICATRICE DES DROITES <\/strong><\/p>\n<p>Le pari n&#8217;\u00e9tait pas gagn\u00e9 d&#8217;avance mais le r\u00e9sultat est l\u00e0 : la cr\u00e9ation de l&#8217;UMP a permis d&#8217;unifier solidement les diff\u00e9rents courants de la droite. Cr\u00e9\u00e9e en 2002 pour les besoins de Jacques Chirac, candidat \u00e0 l&#8217;\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, le sigle signifiait au d\u00e9part : Union pour la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle. Il regroupait alors le RPR, D\u00e9mocratie lib\u00e9rale et une bonne partie des d\u00e9put\u00e9s de l&#8217;UDF. Rebaptis\u00e9 Union pour un mouvement populaire, ce grand parti r\u00e9ussit \u00e0 rassembler diff\u00e9rentes familles de la droite, des conservateurs lib\u00e9raux aux gaullistes en passant par les chr\u00e9tiens d\u00e9mocrates. En novembre 2004, Nicolas Sarkozy prend la t\u00eate de l&#8217;organisation, \u00e0 l&#8217;occasion d&#8217;un vote interne o\u00f9 il obtient plus de 85 % des voix. Face \u00e0 lui, les candidats d\u00e9chus Nicolas Dupont-Aignan et Christine Boutin font p\u00e2le figure&#8230; Avec cette assise militante confortable travaill\u00e9e de longue date par l&#8217;entretien de r\u00e9seaux internes et la construction d&#8217;une identit\u00e9 politique m\u00e9diatique, le leader a les mains libres. Objectif : la pr\u00e9sidentielle de 2007. L&#8217;\u00e9ch\u00e9ance est pour Nicolas Sarkozy une vraie r\u00e9ussite : il remporte l&#8217;\u00e9lection, toutes les autres composantes de la droite s&#8217;affaissent et la disparition de l&#8217;UDF rebat une partie des cartes \u00e0 droite. Ce n&#8217;est pas le tout de devenir pr\u00e9sident, encore faut-il le rester, convaincre durablement l&#8217;opinion et gagner les diff\u00e9rentes \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales qui \u00e9maillent le mandat. Autrement dit, la \u00ab machine UMP \u00bb doit \u00eatre confort\u00e9e et l&#8217;unit\u00e9 des droites renforc\u00e9e.<\/p>\n<p>En juin 2009, un Comit\u00e9 de liaison de la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle est lanc\u00e9 par Sarkozy pour coordonner les partis qui soutiennent son action. La feuille de route est claire :<em> \u00ab Intensifier le travail en commun et pr\u00e9parer les futures \u00e9ch\u00e9ances \u00e9lectorales \u00bb <\/em>. Ce Comit\u00e9 est compos\u00e9 de repr\u00e9sentants de l&#8217;UMP et de pr\u00e9sidents des diff\u00e9rentes organisations et clubs politiques de droite. On y trouve la gaulliste Mich\u00e8le Alliot-Marie qui pr\u00e9side \u00ab Le Ch\u00eane \u00bb, Jean-Louis Borloo pour le Parti radical, Christine Boutin avec son jeune Parti chr\u00e9tien-d\u00e9mocrate ou encore les amis de Charles Pasqua (RPF-IE). S&#8217;y ajoutent les nouvelles recrues issues des rangs de la gauche : Jean-Marie Bockel pour La gauche moderne (LGM) et Les Progressistes autour d&#8217;Eric Besson. Le Nouveau Centre, cette fraction de centristes qui avaient fait la campagne de Fran\u00e7ois Bayrou mais ont rejoint la majorit\u00e9 gouvernementale, si\u00e8ge \u00e9galement. Les chasseurs du CPNT sont aussi de la partie. Et, derni\u00e8re recrue de poids (symboliquement en tout cas) en vue des r\u00e9gionales, le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers a rejoint la dynamique de rassemblement.<\/p>\n<p>Cette large unit\u00e9, la droite en a r\u00eav\u00e9 au XXe si\u00e8cle, elle y est parvenue en ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle. Certains pensaient la structure UMP \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, b\u00e2tie pour les circonstances. Elle se r\u00e9v\u00e8le une vraie usine \u00e0 unit\u00e9, une machine \u00e0 gagner. Elle est le fruit d&#8217;un effacement relatif des divergences fondamentales entre les courants de la droite : les clivages h\u00e9rit\u00e9s du gaullisme se sont estomp\u00e9s : et d&#8217;une adh\u00e9sion large : plus ou moins forc\u00e9e mais globalement accept\u00e9e : \u00e0 un chef, Nicolas Sarkozy. L&#8217;efficacit\u00e9 est l\u00e0 : un parti en ordre, o\u00f9 les dissonances apparaissent moins fortes que les capacit\u00e9s de rassemblement. Reste, bien s\u00fbr, Dominique de Villepin, qui se pose en homme de l&#8217;alternative \u00e0 Sarkozy : sait-on jamais ! Mais ses r\u00e9seaux et sa popularit\u00e9, entach\u00e9e par l&#8217;affaire Clearstream, ne lui permettent pas de jouer r\u00e9ellement dans la \u00ab cour des grands \u00bb. Il semble ne faire aucun doute que Nicolas Sarkozy sera le candidat unique de la droite en 2012. Jean-Fran\u00e7ois Cop\u00e9 tente bien \u00e9galement de faire entendre sa voix, une petite musique qui se veut diff\u00e9rente du sarkozysme. Mais chacun sait que la \u00ab jeune garde \u00bb se pr\u00e9pare surtout pour 2017. Tous ont un int\u00e9r\u00eat commun : r\u00e9ussir aux r\u00e9gionales de mars prochain. L&#8217;UMP entend devancer significativement la gauche au premier tour pour enclencher une dynamique suffisante au second. La force des scores de l&#8217;UMP aux premiers tours peut d&#8217;ailleurs cr\u00e9er une interpr\u00e9tation un peu erron\u00e9e des r\u00e9sultats, comme nous l&#8217;avons vu aux \u00e9lections europ\u00e9ennes : la gauche \u00e9tait majoritaire en voix, le seul parti soutenant la majorit\u00e9 pr\u00e9sidentielle ne recueillait \u00ab que \u00bb 28 % des voix mais le camp du Pr\u00e9sident est sorti vainqueur de l&#8217;\u00e9ch\u00e9ance, devant un PS en peine avec ses 16,8 %. <\/p>\n<p><strong> UNE OPPOSITION EN BERNE <\/strong><\/p>\n<p>Le dira-t-on assez ? L&#8217;une des cl\u00e9s de la r\u00e9ussite de Nicolas Sarkozy, c&#8217;est la faiblesse de la gauche. Une opposition qui n&#8217;arrive pas \u00e0 s&#8217;opposer efficacement, c&#8217;est vraiment du pain b\u00e9ni&#8230; La critique efficace est celle qui r\u00e9ussit \u00e0 donner \u00e0 voir une autre mani\u00e8re d&#8217;appr\u00e9hender les probl\u00e8mes, une logique alternative pour l&#8217;action publique. Or, pour l&#8217;essentiel, la gauche et le Modem concentrent les attaques sur le style, la m\u00e9thode, le manque de moyens et plus rarement sur le sens et les finalit\u00e9s de la politique de la droite : et sur le terrain du style, c&#8217;est finalement Fran\u00e7ois Bayrou qui appara\u00eet le plus radical, toujours prompt \u00e0 d\u00e9noncer la connivence avec les m\u00e9dias ou la pr\u00e9sidence \u00ab bling-bling \u00bb ! La droitisation d&#8217;une bonne partie de la \u00ab gauche \u00bb et la baisse de la conflictualit\u00e9 politique sont pass\u00e9es par l\u00e0. En cette rentr\u00e9e politique encore, le Parti socialiste reste embourb\u00e9 dans ses querelles internes et peine \u00e0 d\u00e9gager une ligne alternative audible. Quant \u00e0 l&#8217;autre gauche, si elle parlait d&#8217;une seule voix : de mani\u00e8re polyphonique mais coh\u00e9rente :, si elle faisait durablement cause commune, si elle n&#8217;avait plus peur de gagner, Nicolas Sarkozy aurait enfin un adversaire digne de ce nom. <\/p>\n<p><strong> C.A. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b0 65, octobre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La confiance r\u00e8gne encore et toujours, malgr\u00e9 un bilan face \u00e0 la crise jug\u00e9 peu positif&#8230; Nicolas Sarkozy a beau \u00e9radiquer les acquis sociaux et respirer le m\u00e9pris, il continue de faire plut\u00f4t belle figure. Est-ce son art d&#8217;user les mouvements sociaux, de raconter des fables, de faire taire les dissonances au sein de son propre parti? 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