{"id":4276,"date":"2009-09-01T00:00:00","date_gmt":"2009-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/avignon-off-une-critique-en4276\/"},"modified":"2009-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-08-31T22:00:00","slug":"avignon-off-une-critique-en4276","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4276","title":{"rendered":"Avignon off. Une critique en r\u00e9sidence"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Des espaces critiques sont mis en place depuis deux dans ans le cadre du festival Off d&#8217;Avignon, et, pour la premi\u00e8re fois, deux critiques ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s en r\u00e9sidence. Charge \u00e0 eux d&#8217;animer des rencontres et d&#8217;\u00e9crire, \u00e0 la fois sur le Off et sur le In. Bruno Tackels, journaliste \u00e0 Mouvement et \u00e0 France Culture, et Diane Scott, critique dramatique \u00e0<em> Regards <\/em>, ont inaugur\u00e9 ce dispositif. Extraits de l&#8217;essai critique de Diane dont la publication est \u00e0 venir. <\/p>\n<p><strong> 0. QU&#8217;EST-CE \u00c0 DIRE ? <\/strong> <\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est donc plus de 500 journalistes de la presse \u00e9crite et audiovisuelle (locale, r\u00e9gionale, nationale et internationale) qui s\u00e9journent \u00e0 Avignon pour couvrir l&#8217;\u00e9v\u00e9nement \u00bb, dit le site du festival d&#8217;Avignon. Etre \u00ab critique en r\u00e9sidence \u00bb, alors, ne serait-ce pas une mani\u00e8re de formaliser ce qui existe d\u00e9j\u00e0 depuis longtemps ? Certes, mais \u00e0 trois diff\u00e9rences pr\u00e8s, qui donnent en partie \u00e0 cette formalisation tout son poids.<\/p>\n<p>D&#8217;abord, ce n&#8217;est pas un support de presse qui m&#8217;invite mais un organe du festival. Ensuite, cet organe est l&#8217;association principale qui chapeaute le Off depuis 2005. Enfin, le cahier des charges des critiques diff\u00e8re des articles de presse habituels. Autant dire donc que \u00e7a n&#8217;a rien \u00e0 voir.<\/p>\n<p>Caract\u00e8re \u00ab public \u00bb, en somme, de cette charge, qui invente un dispositif relativement insolent au regard de la hi\u00e9rarchie implicite In\/Off du festival et qui demande \u00e0 ses h\u00f4tes un travail de rencontres et d&#8217;\u00e9criture, \u00e9criture libre sur l&#8217;\u00e9dition 2009 elle-m\u00eame. Si l&#8217;instauration de critiques en r\u00e9sidence a un sens dans l&#8217;histoire du Off, elle en a donc, m\u00eame souterrainement, pour le festival lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong> 1. DES EFFETS HI\u00c9RARCHIQUES <\/strong><\/p>\n<p>Comment qualifier le type tr\u00e8s singulier de violence des rapports sociaux \u00e0 l&#8217;\u0153uvre dans ce festival ? Difficile de faire plus haute que la pyramide du th\u00e9\u00e2tre, elle traverse toute la soci\u00e9t\u00e9 : plus encore que le cin\u00e9ma, bien s\u00fbr ; le th\u00e9\u00e2tre a ses pauvres. Que toute une profession, avec ses invit\u00e9s internationaux, se retrouve dans le mouchoir de poche d&#8217;un centre-ville m\u00e9di\u00e9val d\u00e9cuple les effets de notabilit\u00e9 de la \u00ab grande famille du th\u00e9\u00e2tre \u00bb, effets d&#8217;autant plus secs qu&#8217;ils sont implicites, le tout n\u00e9anmoins dans la chaleur, l&#8217;excitation et les charmilles.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong> 13. DE LA CRITIQUE ET DU MARCH\u00c9 <\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;invention d&#8217;espaces critiques dans le Off, contre toute tradition existante, vient r\u00e9v\u00e9ler une chose qui n&#8217;\u00e9tonnera peut-\u00eatre pas tout le monde, mais qui est remarquable quand elle s&#8217;incarne aussi concr\u00e8tement : le capitalisme et la pens\u00e9e sont antinomiques. J&#8217;en veux pour preuve la relative difficult\u00e9 \u00e0 penser et \u00e0 instaurer des espaces de discussion critique entre acteurs du Off, discussions qui ne soient pas rong\u00e9es par des questions de production, de diffusion et de communication, rong\u00e9es comme a \u00e9t\u00e9 gangren\u00e9 le Off dans son principe historique anarchiste pour devenir le plus grand march\u00e9 de th\u00e9\u00e2tre du monde, sinon \u00ab le plus grand th\u00e9\u00e2tre du monde \u00bb dont se vantent les affiches. Moyennant quoi, comme le disait en substance une des compagnies venues \u00e0 l&#8217;ouverture des rencontres du Off cette ann\u00e9e, nous ferions mieux d&#8217;acc\u00e9der aux informations utiles pour les compagnies avant de faire de la critique. Autrement dit, le nerf de la guerre avant les fioritures. <\/p>\n<p>Du reste, les rencontres critiques de l&#8217;an dernier s&#8217;\u00e9taient toujours termin\u00e9es immanquablement par un petit afflux de dossiers de presse et de cartes com&#8217;, la rencontre critique \u00e9tant pens\u00e9e la plupart du temps comme le moyen d&#8217;entrer en contact avec la presse, c&#8217;est-\u00e0-dire avec une arme \u00e9ventuelle. Il ne s&#8217;agit pas ici de bl\u00e2mer des d\u00e9marches individuelles, mais de voir combien la pens\u00e9e, qui est peut-\u00eatre quelque chose d&#8217;essentiellement collectif, en l&#8217;esp\u00e8ce du moins son exercice, est conditionn\u00e9e structurellement. En v\u00e9rit\u00e9, il s&#8217;agit bien de voir que l&#8217;issue de cette forme d&#8217;ali\u00e9nation qu&#8217;est l&#8217;\u00e9tat de d\u00e9pendance absolue des compagnies \u00e0 leur survie mat\u00e9rielle et donc \u00e0 tout ce qui serait susceptible de les aider \u00e0 respirer, n&#8217;est certainement pas dans le mouvement aveugle consistant \u00e0 s&#8217;enfoncer encore davantage dans la jungle de la concurrence, mais \u00e0 suspendre et \u00e0 chercher d&#8217;autres modes de fonctionnement. Et si la structuration du Off qui s&#8217;amorce \u00e9tait la possibilit\u00e9 que celui-ci retrouve sa valeur libertaire originelle, sa fonction salutaire de hors-champ\u00a0de l&#8217;institution ?<\/p>\n<p>Remarquable d&#8217;ailleurs d&#8217;observer que c&#8217;est cette m\u00eame logique de forclusion de la pens\u00e9e qui fonde les politiques de la droite conservatrice : pas le temps de r\u00e9fl\u00e9chir, instaurons le couvre-feu. Ou comme le dit \u00e9l\u00e9gamment une ministre de l&#8217;Economie (je ne r\u00e9siste pas \u00e0 la citation enti\u00e8re) :<em> \u00ab [L] a France est un pays qui pense. Il n&#8217;y a gu\u00e8re une id\u00e9ologie dont nous n&#8217;avons fait la th\u00e9orie. Nous poss\u00e9dons dans nos biblioth\u00e8ques de quoi discuter pour les si\u00e8cles \u00e0 venir. C&#8217;est pourquoi j&#8217;aimerais vous dire : assez pens\u00e9 maintenant. Retroussons nos manches. \u00bb <\/em> (1) Du moins Madame Lagarde peut-elle se f\u00e9liciter, l\u00e0 o\u00f9 le march\u00e9 triomphe, il est un pur chiendent.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong> 17. DESCRIPTION D&#8217;UN COMBAT <\/strong> (Maguy Marin, gymnase Albanel, 12 juillet 2009)<\/p>\n<p>Cette derni\u00e8re cr\u00e9ation de Maguy Marin est un exemple de ce que dit Deleuze sur les id\u00e9es. Que l&#8217;on n&#8217;a pas d&#8217;id\u00e9es ex nihilo, in abstracto, mais que l&#8217;on a des id\u00e9es en cin\u00e9ma, en philosophie, pas d&#8217;id\u00e9e hors d&#8217;un langage donn\u00e9. Description d&#8217;un combat est une id\u00e9e en th\u00e9\u00e2tre, en \u00ab sc\u00e8ne \u00bb. Ce spectacle devient d\u00e9sormais, dans l&#8217;histoire, un objet op\u00e9ratoire pour l&#8217;esprit, une \u0153uvre de l&#8217;art.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong> 20. 13 JUILLET <\/strong><\/p>\n<p>Mort d&#8217;Andr\u00e9 Benedetto, fondateur du Off et directeur du Th\u00e9\u00e2tre des Carmes.<\/p>\n<p>(&#8230;)<\/p>\n<p><strong> 41. DU\/ D&#8217;UN BILAN <\/strong><\/p>\n<p>Avant la fin du festival, on me demande ce que je pense de cette \u00e9dition, quel bilan en tirer. Je ne m&#8217;\u00e9tais pas encore pos\u00e9 la question. Cela modifie sensiblement la perception que j&#8217;ai des spectacles, je les pense d\u00e9sormais dans un tout. Le festival devient l&#8217;objet important dont les spectacles sont les ingr\u00e9dients. Si quelque chose me frappe, c&#8217;est la faiblesse dans l&#8217;ensemble des propositions des gens de ma g\u00e9n\u00e9ration, les metteurs en sc\u00e8ne n\u00e9s dans les ann\u00e9es 1970 : j&#8217;y inclus Wajdi Mouawad, l&#8217;artiste associ\u00e9, n\u00e9 en 1968. Etonnante complaisance du public \u00e0 des formes directement import\u00e9es des pires one-man-shows. Et quant aux propositions les plus fortes, elles tournent autour de la recherche de re-p\u00e8res, pardon pour la b\u00eatise du jeu de mot. Federico L\u00e9on traite de la g\u00e9n\u00e9ration, Ouramdane, Hadjithomas, Joreige parlent presque \u00e0 voix basse, dans des propositions qui s&#8217;effacent derri\u00e8re leurs sujets, comme s&#8217;ils ne prenaient pas encore la parole ou comme si, prendre la parole, c&#8217;\u00e9tait d&#8217;abord la passer aux a\u00een\u00e9s, \u00e0 des figures mod\u00e8les. Forte pr\u00e9sence de ces s\u00e9ries de t\u00e9moignages film\u00e9s sur le camp de Khiam, auxquelles s&#8217;ajoutent les paroles retranscrites des derniers r\u00e9volt\u00e9s malgaches de 1947.<\/p>\n<p>\u00c7a me parle d&#8217;un moment o\u00f9 l&#8217;histoire se trouverait dans un pli. Ou dans un coude. Profonde crise d&#8217;imagination historique que les artistes tentent de tirer de son apathie par la convocation, la d\u00e9couverte : le documentaire a une valeur d&#8217;invention : des autres de l&#8217;histoire. <strong> D.S. <\/strong><\/p>\n<p>1. Discours disponible sur http:\/\/www.finances.gouv.fr<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b064, septembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Des espaces critiques sont mis en place depuis deux dans ans le cadre du festival Off d&#8217;Avignon, et, pour la premi\u00e8re fois, deux critiques ont \u00e9t\u00e9 install\u00e9s en r\u00e9sidence. 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