{"id":4275,"date":"2009-09-01T00:00:00","date_gmt":"2009-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/exposition-palestine-entre4275\/"},"modified":"2009-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-08-31T22:00:00","slug":"exposition-palestine-entre4275","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4275","title":{"rendered":"Exposition. Palestine, entre t\u00e9moignage et fiction"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> L&#8217;Institut du monde arabe pr\u00e9sente \u00e0 Paris une exposition sur l&#8217;art contemporain palestinien. Entre m\u00e9taphore po\u00e9tique et d\u00e9rision cruelle domine un r\u00e9el marqu\u00e9 par les camps de r\u00e9fugi\u00e9s, l&#8217;occupation, les brimades, l&#8217;exil. <\/p>\n<p>Est-ce vraiment demander la lune que de vouloir qu&#8217;un Etat palestinien voie enfin le jour ? Un peu&#8230; A moins que la population n&#8217;accepte de s&#8217;exiler sur la Lune justement, semble sugg\u00e9rer Larissa Sansour, non sans ironie. Sa vid\u00e9o,<em> A Space Exodus <\/em>, revisite en une vision loufoque, tel un r\u00eave absurde et cauchemardesque, le film de Stanley Kubrick, 2001 : l&#8217;Odyss\u00e9e de l&#8217;espace. Une astronaute pose ses babouches immacul\u00e9es sur un sol cendr\u00e9, \u00e0 300 000 kilom\u00e8tres de la Terre. Et dans ce paysage en noir et blanc, elle plante un drapeau aux couleurs de la Palestine. Projet\u00e9e \u00e0 l&#8217;Institut du monde arabe (IMA), \u00e0 Paris, cette \u0153uvre r\u00e9alis\u00e9e par une artiste dont la vie se partage entre Bethl\u00e9em et Copenhague cl\u00f4ture l&#8217;exposition \u00ab Palestine, la cr\u00e9ation dans tous ses \u00e9tats \u00bb sur une note de fiction. Mais ce qui domine l&#8217;ensemble, c&#8217;est un r\u00e9el marqu\u00e9 par des pr\u00e9occupations politiques constantes autour des camps de r\u00e9fugi\u00e9s, de l&#8217;occupation, des brimades quotidiennes, de l&#8217;exil&#8230;<\/p>\n<p><strong> PARCOURS PI\u00c9G\u00c9S <\/strong><\/p>\n<p>Nombre de films, installations et photographies sont h\u00e9riss\u00e9s de murs, miradors, check points et barbel\u00e9s dans le parcours imagin\u00e9 par la commissaire Mona Khazindar. Elle a invit\u00e9 toute une jeune g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;artistes venus de Nazareth, Gaza, Ramallah, J\u00e9rusalem ou membre de la diaspora, plus pr\u00e9sente cette fois que lors de la premi\u00e8re r\u00e9trospective sur l&#8217;art palestinien organis\u00e9e \u00e0 l&#8217;IMA douze ans auparavant.<em> \u00ab L&#8217;actuelle exposition pr\u00e9sente (&#8230;) plus d&#8217;installations aussi <\/em>, observe-t-elle.<em> Et puis : ce qui n&#8217;\u00e9tait pas le cas en 1997 : on peut voir des vid\u00e9os. \u00bb <\/em> Avec<em> Chic Point <\/em>, Sharif Waked imagine un d\u00e9fil\u00e9 de mode adapt\u00e9 au check points : coup\u00e9 au-dessus de l&#8217;abdomen, orn\u00e9 d&#8217;une fermeture \u00e9clair, trou\u00e9 au niveau du ventre, ajour\u00e9 sur le torse, l&#8217;habit doit \u00eatre \u00e9l\u00e9gant et pratique&#8230; Il tourne en d\u00e9rision les fouilles au corps pratiqu\u00e9es par les soldats isra\u00e9liens aux points de contr\u00f4le pour v\u00e9rifier que les hommes palestiniens ne sont pas ceintur\u00e9s d&#8217;explosifs. On retiendra aussi la s\u00e9rie de photographies r\u00e9alis\u00e9es par Taysir Batniji intitul\u00e9e<em> Miradors <\/em>, version palestinienne des b\u00e2timents industriels r\u00e9pertori\u00e9s par le couple allemand Bernd et Hilla Becher. L&#8217;architecte Sandi Hilal, quant \u00e0 elle, a choisi de montrer le quotidien des femmes r\u00e9fugi\u00e9es. Elle donne la parole \u00e0 deux d&#8217;entre elles qui habitent le camp de Fawwar, en Cisjordanie. Euph\u00e9misme de l&#8217;une :<em> \u00ab La libert\u00e9 ne marche pas tr\u00e8s bien ici. \u00bb <\/em> Frustration de l&#8217;autre :<em> \u00ab Il n&#8217;y a pas d&#8217;\u00e9chappatoire pour nos passions. \u00bb <\/em><\/p>\n<p><strong> PO\u00c9SIE ET TRAG\u00c9DIE <\/strong><\/p>\n<p>Parfois, l&#8217;exp\u00e9rience de la dislocation, un certain \u00e9tat de latence, la projection mentale d&#8217;un pays \u00e0 na\u00eetre ou bien l&#8217;enfance perdue se dessinent de mani\u00e8re plus symbolique et sibylline. C&#8217;est le cas dans les peintures de Hani Zurob <em> Standby 60 <\/em>), les photomontages de Steve Sabella <em> In exile <\/em>), ainsi que dans l&#8217;installation de Rana Bishara <em> Hommage to childhood <\/em>). Cette derni\u00e8re a m\u00e9tamorphos\u00e9 une salle de l&#8217;exposition en un espace po\u00e9tique et tragique surcharg\u00e9 de ballons gonflables renfermant des photographies d&#8217;enfants et de m\u00e8res d\u00e9plac\u00e9s dans des camps. Au plafond, des nuages de tulle cercl\u00e9s de barbel\u00e9s emp\u00eachent ces vies fragiles de prendre leur essor. <strong> M.R. <\/strong><\/p>\n<p><strong> ENTRETIEN : \u00ab Nous n&#8217;avons aucun endroit o\u00f9 aller sur la Terre \u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong> Hiba Salehidris, \u00e9tudiante palestinienne, est de passage en France. Elle accompagne un groupe d&#8217;enfants venus du camp de r\u00e9fugi\u00e9s de Burj el-Shemali, au Sud-Liban, dans le cadre d&#8217;un jumelage avec la ville de La Courneuve. Au sortir de l&#8217;exposition, elle livre ses impressions. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Est-il possible de voir dans le camp des artistes palestiniens comme ceux qui exposent \u00e0 Paris ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Hiba Salehidris. <\/strong> On peut voir des \u0153uvres qui s&#8217;en rapprochent, mais elles sont r\u00e9alis\u00e9es par des artistes qui travaillent sur des mat\u00e9riaux moins co\u00fbteux. Les t\u00e9l\u00e9visions \u00e0 \u00e9cran plat, par exemple, valent tr\u00e8s cher. Dans le camp, il est possible d&#8217;exposer des photographies, parfois m\u00eame une t\u00e9l\u00e9, mais petite et de moins bonne qualit\u00e9. En tant qu&#8217;association, nous pouvons faire venir des \u0153uvres d&#8217;art d&#8217;ailleurs, de Palestine, voire de France.<\/p>\n<p><strong> Quelle trace gardez-vous de cette exposition ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> H.S. <\/strong> En premier lieu, je suis heureuse qu&#8217;un tel \u00e9v\u00e9nement ait pu se d\u00e9rouler dans une grande capitale comme Paris. C&#8217;est important que des pays europ\u00e9ens, et en particulier la France,  aient conscience que nous avons une culture, une histoire, donc, en quelque sorte, une nationalit\u00e9 palestinienne. C&#8217;est une bonne chose \u00e9galement qu&#8217;on puisse voir dans l&#8217;exposition des photos de massacres, car il me semble que la t\u00e9l\u00e9vision fran\u00e7aise ne montre pas ces images. J&#8217;ai aussi \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l&#8217;installation d&#8217;une tente de r\u00e9fugi\u00e9s sur laquelle sont brod\u00e9s les noms des villes et villages palestiniens d\u00e9truits par les chars isra\u00e9liens en 1948. C&#8217;est la preuve aujourd&#8217;hui que des Palestiniens ont v\u00e9cu dans un pays nomm\u00e9 Palestine. Les noms des lieux ont chang\u00e9 depuis. Parfois tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement, comme c&#8217;est le cas de mon village, par exemple, qui s&#8217;appelait Dayshoum et a maintenant pour nom Dayshoun.<\/p>\n<p><strong> Comment interpr\u00e9tez-vous la parodie du film  2001 : l&#8217;Odyss\u00e9e de l&#8217;espace, montrant une astronaute qui plante un drapeau palestinien sur la Lune ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> H.S. <\/strong> Pour moi, cela signifie que nous n&#8217;avons aucun endroit o\u00f9 aller sur la Terre. Donc nous cherchons un autre lieu d&#8217;accueil, peut-\u00eatre la Lune. Mais comme on ne trouve l\u00e0-bas aucune trace de vie, aucune humanit\u00e9, on en mourrait&#8230; Ce film symbolise le non-\u00eatre des Palestiniens.<\/p>\n<p><strong> Que disent de votre propre r\u00e9alit\u00e9 les entretiens film\u00e9s par l&#8217;artiste Sandi Hilal de deux femmes r\u00e9fugi\u00e9es ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> H.S. <\/strong> Nous vivons une situation similaire, que nous habitions un camp \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur ou \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur de la Palestine. Nous rencontrons toutes des probl\u00e8mes d&#8217;\u00e9ducation, nous connaissons les coupures d&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et nous avons ce m\u00eame sentiment d&#8217;enfermement&#8230; Notre lieu de vie s&#8217;apparente \u00e0 une prison. Il nous faut pr\u00e9senter une carte d&#8217;identit\u00e9 pour y entrer et parfois pour en sortir. Les voitures sont ouvertes par l&#8217;arm\u00e9e libanaise. Il faut une raison pour p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur du camp  : une visite, le travail&#8230; <\/p>\n<p><strong> L&#8217;une de ces femmes dit aimer la vie au camp malgr\u00e9 toutes les difficult\u00e9s, l&#8217;autre r\u00eave d&#8217;en partir. De qui vous sentez-vous le plus proche ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> H.S. <\/strong> Des deux \u00e0 la fois. Je suis tr\u00e8s heureuse en France, la vie est diff\u00e9rente ici, je suis libre d&#8217;aller o\u00f9 je veux, quand je veux, de faire ce que je veux. Mais en m\u00eame temps, la vie au camp me manque. Les difficult\u00e9s sont devenues quelque chose de normal pour moi. Et puis l\u00e0-bas, je suis avec ma famille, mes voisins et avec les Palestiniens. <\/p>\n<p><strong> Quelle impression vous a laiss\u00e9e l&#8217;installation de Rana Bishara qui pr\u00e9sente des ballons renfermant des photographies d&#8217;enfants d\u00e9plac\u00e9s ? <\/strong><\/p>\n<p>H.S. Je ne suis pas rentr\u00e9e dans cette pi\u00e8ce, je ne voulais pas. Ces images sont d\u00e9j\u00e0 dans mon esprit et parfois j&#8217;essaie d&#8217;oublier. En revanche, j&#8217;ai aim\u00e9 la vid\u00e9o qui montre deux jeunes Palestiniens r\u00eavant de changer de nationalit\u00e9, de devenir des juifs orthodoxes juste pour pouvoir rentrer en Palestine, acheter une terre et y planter l&#8217;arbre que des Isra\u00e9liens ont d\u00e9racin\u00e9 autrefois. <\/p>\n<p><strong> Recueilli par Marion Rousset, avec G\u00fclay Erdogan <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b064, septembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> L&#8217;Institut du monde arabe pr\u00e9sente \u00e0 Paris une exposition sur l&#8217;art contemporain palestinien. 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