{"id":4273,"date":"2009-09-01T00:00:00","date_gmt":"2009-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/robert-guediguian-je-veux-faire4273\/"},"modified":"2009-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-08-31T22:00:00","slug":"robert-guediguian-je-veux-faire4273","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4273","title":{"rendered":"Robert Gu\u00e9diguian : \u00ab Je veux faire des films populaires \u00bb"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> Robert Gu\u00e9diguian revisite, dans son film<em> L&#8217;Arm\u00e9e du crime <\/em>, \u00e0 l&#8217;affiche ce mois-ci, l&#8217;histoire du groupe Manouchian. Ces partisans \u00e9trangers, Robin des bois frondeurs et libertaires, appartiennent \u00e0 la l\u00e9gende du mouvement ouvrier, \u00e0 la m\u00e9moire de la gauche et de la R\u00e9sistance. Entretien. <\/p>\n<p>Une charge existentielle, vitale, collective, traverse toute sa filmographie :<em> \u00ab Tu sais ce que c&#8217;est un partisan ? C&#8217;est un partisan de la vie. On est du parti de la vie. On tue des hommes, mais on est du c\u00f4t\u00e9 de la vie \u00bb <\/em>, peut-on entendre dans<em> L&#8217;Arm\u00e9e du crime <\/em>, le dernier film de Robert Gu\u00e9diguian, consacr\u00e9 aux membres du groupe Manouchian affili\u00e9 aux FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans de la main-d&#8217;\u0153uvre immigr\u00e9e). Juifs, Hongrois, Polonais, Arm\u00e9niens, Italiens, Roumains, Espagnols, les visages de ces partisans \u00e9trangers ont \u00e9t\u00e9 salis par cette sinistre et propagandiste Affiche rouge :<em> \u00ab Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes\/Noirs de barbe et de nuit hirsutes mena\u00e7ants\/L&#8217;affiche qui semblait une tache de sang\/Parce qu&#8217;\u00e0 prononcer vos noms sont difficiles\/Y cherchait un effet de peur sur les passants \u00bb <\/em>, chantait Louis Aragon dans un po\u00e8me qui leur rendait hommage onze ans apr\u00e8s leur condamnation \u00e0 mort en f\u00e9vrier 1944. Avec<em> L&#8217;Arm\u00e9e du crime <\/em>, le cin\u00e9aste marseillais signe son \u0153uvre la plus ample, un film historique au budget substantiel, o\u00f9 r\u00e9sonne sa double origine : arm\u00e9nienne et allemande. Pour camper ses jeunes h\u00e9ros r\u00e9sistants et saisir la complexit\u00e9 et la beaut\u00e9 de tous les liens qui les unissent : amoureux, filiaux, fraternels, amicaux :, le r\u00e9alisateur, en plus de sa bande habituelle (Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin et G\u00e9rard Meylan), a fait appel \u00e0 une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d&#8217;acteurs, nouveaux venus dans son cin\u00e9ma : Simon Abkarian et Virginie Ledoyen dans les r\u00f4les de Missak et M\u00e9lin\u00e9e Manouchian, couple dont les familles furent d\u00e9cim\u00e9es par le g\u00e9nocide arm\u00e9nien, qui s&#8217;appelaient l&#8217;un et l&#8217;autre<em> \u00ab Mon petit orphelin \u00bb <\/em>,<em> \u00ab Ma petite orpheline \u00bb <\/em> ; Robinson St\u00e9venin dans le r\u00f4le de Marcel Rayman ; Adrien Jolivet dans le r\u00f4le d&#8217;Henri Krasucki ; Gr\u00e9goire Leprince-Ringuet dans le r\u00f4le de Thomas Elek. Hasard objectif des sorties, tressages de la fiction : ce m\u00eame Thomas Elek, Juif hongrois, est au c\u0153ur de l&#8217;un des romans de la rentr\u00e9e, Le Tombeau de Tommy, d&#8217;Alain Blotti\u00e8re, dans lequel le narrateur cin\u00e9aste cherche \u00e0 filmer la vie de Thomas, dont il souhaite confier le r\u00f4le \u00e0 un certain Gabriel&#8230; En attendant ce film de papier, rencontre avec un cin\u00e9aste en chair et en os, Robert Gu\u00e9diguian&#8230; <\/p>\n<p><strong> L&#8217;histoire du groupe Manouchian vous accompagne depuis longtemps ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> Robert Gu\u00e9diguian. <\/strong> Oui, j&#8217;ai grandi avec cette histoire. Ces personnages, qui s&#8217;organisent progressivement comme une arm\u00e9e mais qui restent frondeurs et libertaires, font partie de mes h\u00e9ros favoris. Je les classe aupr\u00e8s de Che Guevara, de Robin des bois, de tous ces h\u00e9ros populaires qui appartiennent \u00e0 la l\u00e9gende du mouvement ouvrier, \u00e0 la m\u00e9moire de la gauche et de la R\u00e9sistance. Pendant longtemps, ces hommes, victimes de la propagande, du mensonge de l&#8217;Affiche rouge, n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 assez honor\u00e9s. Depuis que les archives de la pr\u00e9fecture de police ont \u00e9t\u00e9 ouvertes, l&#8217;Histoire a \u00e9t\u00e9 faite. Le r\u00f4le des \u00e9trangers dans la R\u00e9sistance et celui de la police fran\u00e7aise ont \u00e9t\u00e9 clairement \u00e9tablis. Pechanski, Courtois et Rayski ont \u00e9crit ce livre important paru en 1989, Le Sang de l&#8217;\u00e9tranger. Les immigr\u00e9s de la MOI (organisation des \u00e9trangers au sein du PCF, ndlr) dans la R\u00e9sistance. Avant, il y avait des confusions, et notamment, une campagne contre le Parti communiste dans les ann\u00e9es 1980 ; on a dit que le PC avait donn\u00e9 ces gens-l\u00e0 qui \u00e9taient plut\u00f4t trotskistes.<\/p>\n<p><strong> Vous employez pourtant le mot \u00ab l\u00e9gende \u00bb dans le carton final. Quel sens lui donnez-vous ? N&#8217;y a-t-il pas un risque de confusion ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.G. <\/strong> Le mot l\u00e9gende, je tenais \u00e0 l&#8217;employer par probit\u00e9 intellectuelle, car s&#8217;il n&#8217;y a pas de contresens historique, j&#8217;ai tordu quelques faits : je fais ainsi se constituer le groupe comme si Manouchian \u00e9tait le chef de bande et avait choisi ses hommes&#8230; Or, il avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 en remplacement d&#8217;un type qu&#8217;on avait mis au vert. Le groupe \u00e9tait donc d\u00e9j\u00e0 form\u00e9. Autre exemple : l&#8217;arrestation de Krasucki a eu lieu longtemps avant celle des autres. Mais je n&#8217;allais pas montrer une arrestation tous les quarts d&#8217;heure. Pour moi, la l\u00e9gende, c&#8217;est avant tout celle des cartes de g\u00e9ographie : la l\u00e9gende explique l&#8217;histoire. Je crois qu&#8217;il faut l\u00e9gender le r\u00e9el. Avant chaque film, on sait qu&#8217;on va \u00eatre confront\u00e9 \u00e0 une difficult\u00e9. L\u00e0, elle consistait dans le fait qu&#8217;il s&#8217;agisse de personnages parfaits ; ils ont tout, ils sont beaux, jeunes et bons. Qu&#8217;est-ce que je fais avec ces \u00eatres-l\u00e0 ? J&#8217;ai d\u00e9cid\u00e9 de l&#8217;assumer, d&#8217;y aller \u00e0 fond la caisse. Ce ne sont pas des h\u00e9ros de l&#8217;Olympe, mais des h\u00e9ros r\u00e9els, ceux qu&#8217;on croise tous les jours dans la rue. Nous pouvons tous \u00eatre h\u00e9ro\u00efques. Gr\u00e2ce \u00e0 la d\u00e9sob\u00e9issance civile, notamment. C&#8217;est ce que j&#8217;ai voulu montrer \u00e0 travers la chronique de la vie quotidienne de ces h\u00e9ros. Y aller \u00e0 fond la caisse, c&#8217;est rester dans la l\u00e9gende, pour la faire durer. Cette l\u00e9gende, qui fait partie de l&#8217;histoire du mouvement ouvrier, est \u00e0 la fois un peu oubli\u00e9e et un peu r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e en ce moment en France. Voire usurp\u00e9e&#8230; Je suis tr\u00e8s content qu&#8217;on honore Guy M\u00f4quet mais je continue \u00e0 penser qu&#8217;il appartient \u00e0 la R\u00e9sistance de gauche. Il m&#8217;appartient \u00e0 moi et il n&#8217;appartient pas \u00e0 Sarkozy. Je trouvais \u00e7a bien de r\u00e9tablir un peu les choses, de perp\u00e9tuer la l\u00e9gende et de bien signifier qu&#8217;elle se situe du c\u00f4t\u00e9 du mouvement ouvrier. Ces h\u00e9ros \u00e9taient tous communistes. Et cela est vrai par rapport \u00e0 des appropriations communautaires ; Missak Manouchian a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 par les Arm\u00e9niens, les Juifs ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par les Juifs. Manouchian, pour moi, est communiste avant d&#8217;\u00eatre arm\u00e9nien.<\/p>\n<p><strong> C&#8217;est ce qu&#8217;on voit bien dans la sc\u00e8ne entre Thomas Elek et le proviseur. Quand ce dernier lui demande<em> \u00ab Vous \u00eates de famille juive ? \u00bb <\/em>, il r\u00e9pond :<em> \u00ab Je suis communiste \u00bb <\/em>. <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.G. <\/strong> Oui, c&#8217;est cela sa religion, son appartenance. Le communisme de tous ces h\u00e9ros se situait au-dessus de leur identit\u00e9 particuli\u00e8re, devenue seconde. Moi aussi, j&#8217;ai grandi dans cette affaire-l\u00e0. L&#8217;internationalisme de ces h\u00e9ros est central ; c&#8217;est la tr\u00e8s belle phrase de Manouchian :<em> \u00ab Au moment de mourir, je proclame que je n&#8217;ai aucune haine contre le peuple allemand \u00bb <\/em> ; c&#8217;est Jean-Pierre Timbaud qui meurt en disant<em> \u00ab Vive le parti communiste allemand \u00bb <\/em>. C&#8217;\u00e9tait quand m\u00eame une constante : aujourd&#8217;hui quand je discute avec Henri Karayan, l&#8217;un des deux survivants du groupe, et que je lui dis :<em> \u00ab Quand tu as tu\u00e9 l&#8217;Allemand dans le bois&#8230; \u00bb <\/em>, il me r\u00e9pond aussit\u00f4t,<em> \u00ab Tu sais, je n&#8217;ai jamais tu\u00e9 d&#8217;Allemand, j&#8217;ai tu\u00e9 des nazis \u00bb <\/em>&#8230;<\/p>\n<p><strong> Lorsque Ariane Ascaride dit :<em> \u00ab la France, c&#8217;est le pays des droits de l&#8217;Homme, il ne peut rien nous arriver \u00bb <\/em>, le film prend une r\u00e9sonance tr\u00e8s contemporaine. Cette l\u00e9gende, selon vous, peut nous aider \u00e0 vivre ici et maintenant ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.G. <\/strong> Oui, l&#8217;id\u00e9e de mettre une morale au-dessus de tout, au-dessus des int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s, au-dessus des int\u00e9r\u00eats communautaires, et m\u00eame au-dessus des lois : car ils \u00e9taient dans l&#8217;ill\u00e9galit\u00e9 :, est une le\u00e7on qui peut nous servir en tout temps, \u00e0 toute \u00e9poque. Reconstruire cette id\u00e9e, proposer cette histoire comme mod\u00e8le d&#8217;identification \u00e0 des jeunes gens, cela me semble tr\u00e8s important. Il s&#8217;agit d&#8217;une exigence morale humaniste. L&#8217;interdiction qui emp\u00eache aujourd&#8217;hui d&#8217;aider les sans-papiers, de les faire entrer chez soi, est une id\u00e9e atroce. Moralement, c&#8217;est impensable. Si quelqu&#8217;un frappe \u00e0 ma porte pour me demander un quignon de pain, je ne vais pas lui demander ses papiers.<\/p>\n<p><strong> La sc\u00e8ne d&#8217;ouverture qui \u00e9gr\u00e8ne leurs noms et la litanie des \u00ab Morts pour la France \u00bb s&#8217;est-elle impos\u00e9e tout de suite ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.G. <\/strong> Non, et il n&#8217;y a d&#8217;ailleurs pas un seul film dont je n&#8217;aie pas restructur\u00e9 le sc\u00e9nario au montage. Avec mon monteur, Bernard Sasia, quand on a vu le film se pr\u00e9senter d&#8217;un bloc, quand la statue a commenc\u00e9 \u00e0 appara\u00eetre, toute la premi\u00e8re partie, la chronique descriptive de la vie quotidienne des personnages principaux, on s&#8217;est dit qu&#8217;il fallait la mettre sous tension, au sens \u00e9lectrique du terme. La s\u00e9quence d&#8217;ouverture \u00e9tait pr\u00e9vue pour la fin. Mais, tous les gens qui iront voir le film savent bien que ces h\u00e9ros meurent \u00e0 la fin. On a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 d\u00e9marrer sur leurs visages film\u00e9s en gros plan, sur cette grille m\u00e9tallique du car de police, sur la vie qui continue dehors, dans la ville. Quant \u00e0 ces fameux noms, mal prononc\u00e9s par une vieille personne qu&#8217;on n&#8217;entend pas tr\u00e8s bien, c&#8217;est une archive : il s&#8217;agit d&#8217;un homme qui disait leurs noms lors du soixanti\u00e8me anniversaire de leur mort. Il a un accent, la voix chevrotante ; il faisait tr\u00e8s froid, c&#8217;\u00e9tait au mois de f\u00e9vrier.<\/p>\n<p><strong> Vous parlez de cin\u00e9ma national populaire \u00e0 propos de ce film, sur le mod\u00e8le du TNP. Voulez-vous dire qu&#8217;\u00e0 travers cette fresque, \u00e0 travers le nombre de personnages, l&#8217;aspect populaire est plus magnifi\u00e9 que dans vos autres films ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.G. <\/strong> Effectivement, ce r\u00e9cit-l\u00e0, cette fresque historique, se pr\u00eate peut-\u00eatre \u00e0 \u00eatre plus \u00ab public \u00bb que d&#8217;autres films que j&#8217;ai r\u00e9alis\u00e9s. On verra, le public le dira. Ce qui est s\u00fbr, c&#8217;est que je me pose la question de qui va voir mes films. Cette question, je me la pose m\u00eame sans arr\u00eat. Je veux faire des films populaires. Je travaille, je cherche des id\u00e9es pour que les films puissent \u00eatre vus, saisis par tous. J&#8217;ai toujours voulu que mon p\u00e8re comprenne mes films. Je tiens \u00e0 une lecture au premier degr\u00e9, \u00e0 un fil narratif, \u00e0 une \u00e9vidence narrative. Un film populaire, c&#8217;est aussi un film qui aime les acteurs. C&#8217;est un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel du cin\u00e9ma populaire ; si la narration est devant, ce sont les personnages qui sont devant, et si les personnages sont devant, ce sont les acteurs qui comptent le plus. Les acteurs ne s&#8217;y trompent pas ; ils savent distinguer les films qui les aiment de ceux qui ne les aiment pas. J&#8217;ai toujours eu des demandes d&#8217;acteurs, j&#8217;ai bonne r\u00e9putation aupr\u00e8s d&#8217;eux ; Michel Piccoli m&#8217;avait m\u00eame appel\u00e9 en 1999 pour me dire qu&#8217;il voulait travailler avec moi, apr\u00e8s avoir vu Dieu vomit les ti\u00e8des, que deux-trois personnes seulement avaient vu&#8230; Qu&#8217;il m&#8217;appelle \u00e0 ce moment-l\u00e0, cela m&#8217;avait \u00e9norm\u00e9ment encourag\u00e9. Les jeunes acteurs de L&#8217;Arm\u00e9e du crime \u00e9taient tous tr\u00e8s contents de faire du cin\u00e9ma national populaire, un cin\u00e9ma plus politis\u00e9, o\u00f9 le sujet a une importance. Virginie Ledoyen a, \u00e0 mes yeux, l&#8217;\u00e9toffe d&#8217;une grande actrice populaire. Sa beaut\u00e9 me fait penser aux personnages d&#8217;ouvri\u00e8res de Roger Vailland, aux femmes sortant de l&#8217;usine dans les ann\u00e9es 1950, et marchant vite. Elle est une fille du Sud, d&#8217;origine espagnole, parfaite pour incarner M\u00e9lin\u00e9e. Dans la l\u00e9gende Manouchian, l&#8217;histoire d&#8217;amour est tr\u00e8s importante. Ce c\u00f4t\u00e9 amoureux de la vie, partisan de la vie, comme le dit le mari d&#8217;Olga.<\/p>\n<p><strong> Vous apparaissez \u00e0 l&#8217;\u00e9cran dans une prison aux c\u00f4t\u00e9s de Manouchian. Est-ce une fa\u00e7on de signer votre proximit\u00e9 avec cette histoire : l&#8217;Arm\u00e9nie, l&#8217;Allemagne, le communisme ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.G. <\/strong> Oui, j&#8217;ai toujours r\u00eav\u00e9 d&#8217;\u00eatre un communiste emprisonn\u00e9&#8230; Je r\u00eavais d&#8217;\u00eatre un h\u00e9ros. Je suis contemporain de Che Guevara et \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de 14 ans, je r\u00eavais de rejoindre la gu\u00e9rilla en Am\u00e9rique du Sud. Quand on a tourn\u00e9 dans la prison, j&#8217;ai dit aux acteurs :<em> \u00ab Vous mesurez que je r\u00e9alise un r\u00eave ? Je ne pensais pas que cela m&#8217;arriverait un jour d&#8217;\u00eatre un communiste emprisonn\u00e9. \u00bb <\/em> Ma famille \u00e9tait d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 arm\u00e9nienne et de l&#8217;autre allemande. D\u00e8s la maternelle, je me souviens que je me foutais sur la gueule quand on me traitait de \u00ab sale boche \u00bb, des conneries de gamins entendues \u00e0 la t\u00e9l\u00e9. Que Manouchian dise avant de mourir qu&#8217;il n&#8217;a aucune haine contre le peuple allemand, cela m&#8217;a r\u00e9confort\u00e9 sur mes deux origines et sur l&#8217;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><strong> Avez-vous l&#8217;impression qu&#8217;on est dans une p\u00e9riode de r\u00e9appropriation du communisme ? <\/strong><\/p>\n<p><strong> R.G. <\/strong> Oui. Mais je pense qu&#8217;un temps long sera n\u00e9cessaire : il faut que des formes se r\u00e9inventent par rapport au monde dans lequel on vit aujourd&#8217;hui. Se r\u00e9inventent, c&#8217;est-\u00e0-dire se th\u00e9orisent. Il faut ensuite que ces th\u00e9ories soient reprises par du monde, par le peuple, par les masses. Le bloc sovi\u00e9tique, c&#8217;est termin\u00e9 ; il a fallu dix-quinze ans pour dig\u00e9rer cette affaire-l\u00e0. L&#8217;humanit\u00e9 a ray\u00e9 le communisme pendant plus d&#8217;une d\u00e9cennie. Ce que le mouvement ouvrier proposait comme contre-soci\u00e9t\u00e9 est en train de r\u00e9appara\u00eetre. Ce n&#8217;\u00e9tait pas qu&#8217;une histoire d&#8217;alternative possible et de th\u00e9orie du pouvoir. C&#8217;\u00e9tait une contre-proposition, un autre monde situ\u00e9 dans ce monde-l\u00e0, un monde de vie, d&#8217;amiti\u00e9s, d&#8217;amours, de mariages, de familles, de f\u00eates. Ce monde-l\u00e0 \u00e9tait \u00e0 vivre dans le monde plus global. \u00c7a nous tenait debout, \u00e7a nous rendait fiers. Pour moi, la chose la plus grave ces derni\u00e8res ann\u00e9es, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;y ait plus de micro-alternative dans la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle on est. Aujourd&#8217;hui, il faut r\u00e9apprendre, se r\u00e9approprier les bons moments de cette histoire-l\u00e0, analyser les mauvais. Mais, pour que cela redevienne une puissance, une force, je pense qu&#8217;il va falloir beaucoup de temps. Bien que tous les personnages meurent \u00e0 la fin, ce film est optimiste&#8230; <\/p>\n<p><strong> Propos recueillis par J.C. <\/strong><\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;Affiche rouge \u00bb, pr\u00e9sentait les portraits de dix r\u00e9sistants parmi les vingt-trois qui allaient \u00eatre condamn\u00e9s \u00e0 mort et fusill\u00e9s, au mont Val\u00e9rien, le 21 f\u00e9vrier 1944. Ces hommes, qui appartenaient au \u00ab groupe Manouchian \u00bb &#8211; du nom de leur chef du moment, Missak Manouchian -, \u00e9taient des membres des Francs-Tireurs et partisans de la MOI, l&#8217;organisation des \u00e9trangers au sein du PCF.<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b064, septembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Robert Gu\u00e9diguian revisite, dans son film<em> L&#8217;Arm\u00e9e du crime <\/em>, \u00e0 l&#8217;affiche ce mois-ci, l&#8217;histoire du groupe Manouchian. 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