{"id":4265,"date":"2009-09-01T00:00:00","date_gmt":"2009-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/trouble-dans-la-democratie-44265\/"},"modified":"2009-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-08-31T22:00:00","slug":"trouble-dans-la-democratie-44265","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4265","title":{"rendered":"Trouble dans  la d\u00e9mocratie (4). Philosophe et d\u00e9mocrate ?"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> D\u00e9mocratie. Ce vocable fourre-tout n&#8217;arr\u00eate pas d&#8217;obs\u00e9der le si\u00e8cle. Quelques philosophes contemporains partent \u00e0 l&#8217;assaut de ce vieux mythe. Ce leurre ? Lectures. <\/p>\n<p>En r\u00e9ponse \u00e0 l&#8217;arrestation des jeunes de Tarnac, h\u00e2tivement qualifi\u00e9s de terroristes, des philosophes avaient lanc\u00e9 un appel baptis\u00e9 \u00ab Non \u00e0 l&#8217;ordre nouveau \u00bb. Ils y invoquaient un universel d\u00e9mocratique bafou\u00e9 par les lois d&#8217;exception. Dans ce texte, un<em> \u00ab nous philosophes d\u00e9mocrates \u00bb <\/em> se faisait jour.<em> \u00ab \u00abLa d\u00e9mocratie\u00bb, sans autre d\u00e9termination ni qualification, \u00e9tait le r\u00e9f\u00e9rent autour duquel s&#8217;agr\u00e9geait la protestation collective de ces philosophes en vue \u00bb <\/em>, observe Alain Brossat dans Tous Coupat, tous coupables, paru en septembre aux Nouvelles \u00e9ditions Lignes. Comme si l&#8217;\u00e9v\u00e9nement exigeait d&#8217;eux un ralliement \u00e0 la doxa d\u00e9mocratique, une participation au grand consensus et, du m\u00eame coup, un renoncement \u00e0 la radicalit\u00e9 de leur position&#8230;<em> \u00ab Jamais on ne vit un \u00abnous\u00bb d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l&#8217;emporter se mettre en ordre de bataille rev\u00eatu des m\u00eames couleurs et porteur des m\u00eames embl\u00e8mes que l&#8217;ennemi \u00bb <\/em>, commente Alain Brossat.<\/p>\n<p>Pourtant, tous ces penseurs t\u00e9moignent, dans leurs travaux personnels, d&#8217;une m\u00e9fiance envers la d\u00e9mocratie r\u00e9elle qu&#8217;ils consid\u00e8rent comme un rouage de l&#8217;ordre \u00e9tabli.<em> \u00ab Y a-t-il un sens \u00e0 se dire d\u00e9mocrate ? \u00bb <\/em> C&#8217;est la question qu&#8217;Eric Hazan, responsable des \u00e9ditions La Fabrique, a pos\u00e9e \u00e0 huit d&#8217;entre eux. Ils y r\u00e9pondent dans un ouvrage intitul\u00e9<em> D\u00e9mocratie, dans quel \u00e9tat ? <\/em>.  Sans tendresse particuli\u00e8re, chacun s&#8217;attache \u00e0 gratter le vernis qui recouvre ce vocable fourre-tout. Sur fond d&#8217;id\u00e9ologie lib\u00e9rale, Daniel Bensa\u00efd y voit<em> \u00ab le faux nez du despotisme marchand \u00bb <\/em>, Kristin Ross<em> \u00ab un indispensable compl\u00e9ment spirituel pour l&#8217;Occident civilis\u00e9 et civilisateur, la feuille de vigne id\u00e9ale \u00bb <\/em>, Wendy Brown<em> \u00ab le masque l\u00e9gitimant son inversion \u00bb <\/em>. Quelle est donc, en effet, cette d\u00e9mocratie qui se joue de ses propres principes, en produisant des in\u00e9galit\u00e9s \u00e9conomiques et sociales, en r\u00e9duisant les libert\u00e9s au nom de la s\u00e9curit\u00e9, en torturant parfois comme \u00e0 Guantanamo : un acte que Pierre Vidal-Naquet assimilait<em> \u00ab au cancer de la d\u00e9mocratie \u00bb <\/em> ? Quel est cet universalisme qui se nourrit d&#8217;un anti-universalisme avou\u00e9, en fustigeant dans l&#8217;islamisme la figure du barbare ? Quel est, encore, ce pouvoir du peuple qui m\u00e9prise la volont\u00e9 populaire des \u00e9lecteurs fran\u00e7ais, hollandais et irlandais majoritairement oppos\u00e9s au Trait\u00e9 de constitution europ\u00e9enne ?<\/p>\n<p><strong> MAI-68, EXP\u00c9RIENCE RADICALE <\/strong><\/p>\n<p>Pour Jacques Ranci\u00e8re, la critique envers<em> \u00ab ces individus irresponsables, ces petits consommateurs qui consid\u00e8rent les grands choix nationaux comme s&#8217;il s&#8217;agissait de choisir une marque de parfum \u00bb <\/em>, t\u00e9moigne d<em> \u00ab une grande d\u00e9fiance m\u00eame vis-\u00e0-vis de ce vote, qui fait pourtant partie de la d\u00e9finition officielle de la d\u00e9mocratie \u00bb <\/em>. La cause, selon lui, en est la th\u00e8se du<em> \u00ab r\u00e8gne de l&#8217;individu consommateur format\u00e9 \u00bb <\/em> r\u00e9pandue<em> \u00ab depuis la droite \u00e0 l&#8217;extr\u00eame gauche, disons depuis Finkielkraut jusqu&#8217;\u00e0 Tiqqun \u00bb <\/em>. Si l&#8217;auteur de<em> La Haine de la d\u00e9mocratie <\/em> se dit \u00ab d\u00e9mocrate \u00bb, ce n&#8217;est pas qu&#8217;il d\u00e9fende un r\u00e9gime politique sp\u00e9cifique, mais plut\u00f4t le pouvoir de ceux qui n&#8217;ont aucun titre particulier \u00e0 exercer le pouvoir, le d\u00e9bord d&#8217;un peuple qui ne tient pas en place. Concr\u00e8tement ? Le philosophe cite Mai-68, dans la revue<em> Vacarme <\/em>, comme exemple d&#8217;une exp\u00e9rience d\u00e9mocratique radicale :<em> \u00ab La propagation de Mai-68 rappelle les insurrections r\u00e9publicaines du XIXe si\u00e8cle : une d\u00e9-l\u00e9gitimation massive du pouvoir \u00e9tatique qui se transmet \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9, fait partout appara\u00eetre l&#8217;arbitraire et l&#8217;inutilit\u00e9 des hi\u00e9rarchies d&#8217;un c\u00f4t\u00e9, les capacit\u00e9s d&#8217;invention des individus ordinaires de l&#8217;autre \u00bb <\/em>. Dans le m\u00eame registre, il \u00e9voque les tentatives actuelles de faire vivre des associations, organes d&#8217;information, forum de cr\u00e9ation ou ateliers de discussion hors des mod\u00e8les hi\u00e9rarchiques et marchands.<\/p>\n<p>Ce dont se r\u00e9clame Jacques Ranci\u00e8re n&#8217;a donc rien \u00e0 voir avec une forme de gouvernement qui n&#8217;est pour lui que pure et simple oligarchie. Restent les questions strat\u00e9giques d&#8217;organisation, de parti, d&#8217;institution, d&#8217;Etat.<em> \u00ab A moins d&#8217;imaginer les conditions spatiales et temporelles d&#8217;une d\u00e9mocratie imm\u00e9diate au sens strict : sans m\u00e9diations : permettant que le peuple soit en permanence assembl\u00e9, ou encore une proc\u00e9dure de tirage au sort par laquelle l&#8217;\u00e9lu serait cens\u00e9 remplir une fonction sans \u00eatre investi d&#8217;un mandat ni repr\u00e9senter personne, la d\u00e9l\u00e9gation et la repr\u00e9sentation sont in\u00e9vitables \u00bb <\/em>, affirme Daniel Bensa\u00efd. Certes. Mais pour Slavoj Zizek, cette d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative suppose un minimum d&#8217;ali\u00e9nation entre les repr\u00e9sent\u00e9s et les repr\u00e9sentants, le peuple et ceux qui exercent le pouvoir. C&#8217;est que tout pouvoir souverain porte en son sein un<em> \u00ab exc\u00e8s totalitaire \u00bb <\/em>. Il estime donc qu&#8217;il peut exister une forme d\u00e9mocratique de<em> \u00ab dictature du prol\u00e9tariat \u00bb <\/em>, o\u00f9 l&#8217;exc\u00e8s totalitaire serait en faveur des sans-parts, incarn\u00e9e aujourd&#8217;hui par Morales et Chavez.<\/p>\n<p><strong> D\u00c9MOCRATIE ET CAPITALISME <\/strong><\/p>\n<p>Plusieurs auteurs tissent, par ailleurs, des liens entre d\u00e9mocratie et capitalisme. Jusqu&#8217;\u00e0 les confondre, comme Alain Badiou.<em> \u00ab Telle est sa corruption de principe \u00bb <\/em>, affirme-t-il dans<em> De quoi Sarkozy est-il le nom <\/em>. Face \u00e0<em> \u00ab l&#8217;intouchable d&#8217;un syst\u00e8me symbolique \u00bb <\/em>, il manie la provocation comme un exercice a priori en choisissant de destituer l&#8217;embl\u00e8me, c&#8217;est-\u00e0-dire de<em> \u00ab (prendre) le risque de n&#8217;\u00eatre pas un d\u00e9mocrate \u00bb <\/em>. Pour finalement restituer le mot dans son sens originaire : un vrai d\u00e9mocrate serait un communiste&#8230;<em> \u00ab dans des formes qui aujourd&#8217;hui s&#8217;inventent lentement \u00bb <\/em>. L&#8217;argumentaire laisse un peu sur sa faim. Wendy Brown, elle, pr\u00e9f\u00e8re voir dans le capitalisme non pas l&#8217;\u00e9quivalent, mais le<em> \u00ab jumeau h\u00e9t\u00e9rozygote de la d\u00e9mocratie moderne \u00bb <\/em>. Vid\u00e9e de son contenu, annihil\u00e9e dans la fusion du pouvoir des groupes et du pouvoir d&#8217;Etat, elle serait devenue une<em> \u00ab marque \u00bb <\/em>.<\/p>\n<p>Alors, quoi ? Faut-il renoncer \u00e0 employer un vocable d\u00e9voy\u00e9 ? N&#8217;y voir au mieux qu&#8217;une fable s\u00e9duisante sans consistance ? Un mot<em> \u00ab en caoutchouc \u00bb <\/em>, ainsi d\u00e9peint par Auguste Blanqui, apte \u00e0 neutraliser toute conflictualit\u00e9 politique ? Chacun \u00e0 sa mani\u00e8re, les auteurs du livre en appellent plut\u00f4t \u00e0<em> \u00ab r\u00e9inventer \u00bb <\/em> la d\u00e9mocratie pour lui rendre son scandale et qu&#8217;elle renoue avec sa puissance insurrectionnelle. Miguel Abensour, dans la revue<em> Vacarme <\/em>, le formule ainsi :<em> \u00ab La d\u00e9mocratie doit retrouver son caract\u00e8re de rupture, d&#8217;interruption de la domination \u00bb <\/em>. <strong> M.R. <\/strong><\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em>, n\u00b064, septembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> D\u00e9mocratie. Ce vocable fourre-tout n&#8217;arr\u00eate pas d&#8217;obs\u00e9der le si\u00e8cle. Quelques philosophes contemporains partent \u00e0 l&#8217;assaut de ce vieux mythe. Ce leurre ? 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