{"id":4262,"date":"2009-09-01T00:00:00","date_gmt":"2009-08-31T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/parquet-a-la-francaise4262\/"},"modified":"2009-09-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-08-31T22:00:00","slug":"parquet-a-la-francaise4262","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4262","title":{"rendered":"Parquet \u00e0 la fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<p>Samuel Corto est le pseudonyme d&#8217;un ancien magistrat du parquet qui, dans ce premier roman, raconte son exp\u00e9rience \u00e0 la fonction de substitut du procureur dans une ville de province. Si la part strictement romanesque du r\u00e9cit est un peu faible, en revanche le t\u00e9moignage sur l&#8217;institution judiciaire est saisissant. Et proprement accablant. Voici la description d&#8217;une machinerie kafka\u00efenne obs\u00e9d\u00e9e par le chiffre, le rendement, o\u00f9 la victime est survaloris\u00e9e \u00e0 la fois dans le champ judiciaire et le champ m\u00e9diatique <em> \u00ab L&#8217;id\u00e9e aberrante de cr\u00e9er un juge d\u00e9di\u00e9 aux victimes a m\u00eame surgi (&#8230;) la victime est le totem du sentiment d&#8217;ins\u00e9curit\u00e9 \u00bb <\/em>, \u00e9crit Corto), un monde ferm\u00e9 o\u00f9 les le\u00e7ons d&#8217;Outreau sur la pr\u00e9somption d&#8217;innocence n&#8217;ont pas port\u00e9, o\u00f9 la collusion entre le si\u00e8ge et le parquet est permanente afin d&#8217;obtenir<em> \u00ab des audiences qui se succ\u00e9daient avec cent pour cent de condamnations, malgr\u00e9 les approximations des enqu\u00eates, les jugements moraux \u00e0 l&#8217;emporte-pi\u00e8ce, les contestations des pr\u00e9venus, voire les preuves contraires \u00bb <\/em>&#8230; L&#8217;auteur nous fait assister \u00e0 des proc\u00e8s surr\u00e9alistes, comme celui de ce p\u00e8re dont l&#8217;enfant s&#8217;est noy\u00e9 dans la piscine familiale, et qui est accus\u00e9 de n&#8217;avoir pas install\u00e9 de syst\u00e8me de s\u00e9curit\u00e9. Dans trois pages tr\u00e8s fortes, il d\u00e9nonce \u00e9galement les nouvelles proc\u00e9dures rapides dites de \u00ab plaider-coupable \u00bb avant de d\u00e9lester les salles d&#8217;audience d&#8217;affaires mineures.<em> \u00ab Dans ces nouveaux outils de poursuite confidentielle, hors audience, le parquet est en zone franche, avec la complicit\u00e9 incompr\u00e9hensible des avocats et du si\u00e8ge. Les avocats ne plaident plus : ils deviennent des conseils en strat\u00e9gie de risque p\u00e9nal ; les juges ne jugent plus : ils homologuent. Eux aussi ont renonc\u00e9 \u00e0 ce qui constituait le fondement m\u00eame de leur m\u00e9tier : l&#8217;individualisation de la peine. \u00bb <\/em> Un roman effrayant et salutaire \u00e0 l&#8217;heure o\u00f9 l&#8217;on nous promet la disparition du juge d&#8217;instruction au profit du seul<em> \u00ab parquet flottant \u00bb <\/em>.  <\/p>\n<p><strong> Samuel Corto <\/strong>,<em> Parquet flottant <\/em>, \u00e9d. Deno\u00ebl, 16 euros<\/p>\n<p><strong> MADAME BOVARY 2009 <\/strong><\/p>\n<p>Un premier roman original, sorti au mois d&#8217;avril, mais dont on aimerait quand m\u00eame pouvoir dire un mot. Un<em> \u00ab romanqu\u00eate \u00bb <\/em>, proclame l&#8217;auteur, journaliste, expression qui avait \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e, me semble-t-il, par B-HL, \u00e0 propos de son livre, contest\u00e9 et contestable, sur l&#8217;assassinat de Daniel Pearl. Peu importe, car rien \u00e0 voir. H\u00e9l\u00e8ne Risser produit ici un document fictif, le journal intime d&#8217;une cadre sup\u00e9rieure qui, lors d&#8217;une soir\u00e9e arros\u00e9e, \u00e9change un baiser avec un de ses subalternes. C&#8217;est Madame Bovary 2009 qui conte cette histoire d&#8217;amour platonique au sein de l&#8217;entreprise : elle est mari\u00e9e, deux enfants, lui itou ; elle ne cesse de le harceler, il ne cesse de se d\u00e9rober en pr\u00e9tendant qu&#8217;ils ne sont pas<em> \u00ab du m\u00eame monde \u00bb <\/em>. L&#8217;air de rien, de fa\u00e7on glissante et l\u00e9g\u00e8re, le journal intime de cette bourgeoise on ne peut plus normale est plein de petits d\u00e9tails houellebecquiens cyniques, o\u00f9 se croisent l&#8217;amour et le travail, la maternit\u00e9 et l&#8217;infid\u00e9lit\u00e9, la progression sociale et la stagnation passionnelle. Le plus de ce premier roman, son originalit\u00e9, est que l&#8217;auteur a ensuite confi\u00e9 ce faux document \u00e0 de vrais experts qui rendent leur verdict \u00e0 son sujet : une historienne, quatre psychanalystes (dont Jean-Pierre Winter, sp\u00e9cialiste de l&#8217;hyst\u00e9rie masculine), et une anthropologue. Soit l&#8217;analyse d&#8217;un bref baiser par six voix professionnelles, et pour le lecteur amateur que nous sommes, le plaisir d&#8217;ins\u00e9rer, et de confronter notre lecture \u00e0 la leur. En somme, le roman policier d&#8217;un roman purement sentimental. <\/p>\n<p><strong> H\u00e9l\u00e8ne Risser <\/strong>,<em> Une enqu\u00eate amoureuse <\/em>, \u00e9d. Jean-Claude Latt\u00e8s, 18 euros<\/p>\n<p><strong> UN BEIGBEDER FAMILIAL <\/strong><\/p>\n<p>Selon une r\u00e9cente statistique, 1 % des Fran\u00e7ais ont fait l&#8217;exp\u00e9rience de la garde \u00e0 vue, et parmi eux Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder, pris en flagrant d\u00e9lit de consommation de coca\u00efne avec un ami, sur le capot d&#8217;une berline, devant une bo\u00eete de nuit des quartiers chics de Paris. Certes, 36 heures de garde \u00e0 vue ne vous transforment pas en Jean Genet, en Oscar Wilde, en Sade ou m\u00eame en Julien Coupat. Mais dans le cas de l&#8217;auteur de 99 francs, cela le transforme en mini-Proust :<em> \u00ab Tapez sur la t\u00eate d&#8217;un \u00e9crivain, il n&#8217;en sort rien. Enfermez-le, il retrouve la m\u00e9moire \u00bb <\/em>, \u00e9crit-il. La brique de jus d&#8217;orange ti\u00e8de qu&#8217;on lui sert en cellule lui tient lieu de madeleine, et voil\u00e0 Beigbeder qui nous raconte sa vie, celle de sa famille, t\u00e2chant de la tricoter en un r\u00e9cit<em> \u00ab fran\u00e7ais \u00bb <\/em> o\u00f9 la grande Histoire du pays croiserait la petite histoire de sa g\u00e9n\u00e9alogie. C&#8217;est mignon, parfois mignard, classique dans la forme et dans la phrase, doucettement provincial et presque d\u00e9mod\u00e9 (pagnolesque ?). Les phrases les plus virulentes du livre (contre le procureur de la R\u00e9publique de Paris, Jean-Claude Marin) ont \u00e9t\u00e9 censur\u00e9es par l&#8217;\u00e9diteur. En somme, le premier livre de Beigbeder que vous pouvez offrir \u00e0 votre grand-m\u00e8re sans craindre de la choquer. Gr\u00e2ce \u00e0 son arrestation, le voil\u00e0 ramen\u00e9 de \u00ab Famille, je vous hais \u00bb \u00e0 \u00ab Famille, je vous ai \u00bb ; ou comment revenir dans le droit chemin en sortant des rails de coke. <\/p>\n<p><strong> Fr\u00e9d\u00e9ric Beigbeder <\/strong>,<em> Un roman fran\u00e7ais <\/em>, \u00e9d. Grasset, 18 euros<\/p>\n<p>Paru dans<em> Regards <\/em>, n\u00b064, septembre 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Samuel Corto est le pseudonyme d&#8217;un ancien magistrat du parquet qui, dans ce premier roman, raconte son exp\u00e9rience \u00e0 la fonction de substitut du procureur dans une ville de province. Si la part strictement romanesque du r\u00e9cit est un peu faible, en revanche le t\u00e9moignage sur l&#8217;institution judiciaire est saisissant. Et proprement accablant. 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