{"id":4231,"date":"2008-07-01T00:00:00","date_gmt":"2008-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/le-gout-du-vaudeville4231\/"},"modified":"2008-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2008-06-30T22:00:00","slug":"le-gout-du-vaudeville4231","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4231","title":{"rendered":"Le go\u00fbt du vaudeville"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> La saison th\u00e9\u00e2trale 2007-2008 s&#8217;ach\u00e8ve. Un constat: le vaudeville en tant que genre dramatique commence \u00e0 s&#8217;installer dans le service public. Contamination du priv\u00e9? Est-ce l\u00e0 l&#8217;avenir de nos sc\u00e8nes? Avant le Festival d&#8217;Avignon, quelques pistes propos\u00e9es \u00e0 la discussion.  <\/p>\n<p>Fin de saison, annonces de saison. La culture a horreur du vide: les programmations de 2007-2008 ne sont pas encore finies que les th\u00e9\u00e2tres organisent, comme rituellement, leurs pr\u00e9sentations de saison, \u00e0 l&#8217;adresse de leurs abonn\u00e9s. Abonnement: reconduction moderne du fauteuil attribu\u00e9 aux notables dans les th\u00e9\u00e2tres bourgeois du XIXe si\u00e8cle. A cette diff\u00e9rence pr\u00e8s que l&#8217;abonnement permet de minimiser les risques de la programmation par l&#8217;instauration des dispositifs d&#8217;achat contraint. Ainsi de nombreux th\u00e9\u00e2tres pratiquent des formules d&#8217;abonnement d\u00e9clinant plusieurs cat\u00e9gories, une cat\u00e9gorie de spectacles dont on suppose qu&#8217;ils<em> \u00abr\u00e9pondent aux attentes du public\u00bb <\/em> (1), une autre que le th\u00e9\u00e2tre imagine moins all\u00e9chante, mais qui est la variable d&#8217;ajustement de ses prises de risques, cat\u00e9gorie au sein de laquelle les abonn\u00e9s sont tenus de choisir un ou plusieurs spectacles. L&#8217;arme de guerre de l&#8217;abonnement \u00e9tant la plaquette de saison, outil co\u00fbteux autrement nomm\u00e9 \u00abbible\u00bb. <\/p>\n<p><strong> UNE BOULEVARDISATION CONTEMPORAINE <\/strong><\/p>\n<p>Il est frappant de voir que s&#8217;\u00e9tend le go\u00fbt des sc\u00e8nes publiques pour le th\u00e9\u00e2tre de vaudeville. En 2006, le Centre dramatique national de Montreuil avait produit Un chapeau de paille d&#8217;Italie, d&#8217;Eug\u00e8ne Labiche (mise en sc\u00e8ne d&#8217;Olivier Balazuc). On se rappelle cette saison du retour d&#8217;Alain Fran\u00e7on, directeur du Th\u00e9\u00e2tre national de la Colline, \u00e0 Georges Feydeau (2), avec<em> L&#8217;H\u00f4tel du libre \u00e9change <\/em> (2007), grand succ\u00e8s. La saison prochaine institutionnalise la chose:<em> Les Fianc\u00e9s de Loches <\/em>, de Feydeau, par Jean-Louis Martinelli au Th\u00e9\u00e2tre des Amandiers de Nanterre;<em> Le Nouveau Testament <\/em>, de Sacha Guitry, par Daniel Benoin, m\u00eame lieu;<em> La Dame de chez Maxim <\/em>, par Jean-Fran\u00e7ois Sivadier au Th\u00e9\u00e2tre de l&#8217;Od\u00e9on. Arriv\u00e9e en tache d&#8217;huile du vaudeville dans les th\u00e9\u00e2tres publics depuis quelques ann\u00e9es, donc. (Le vaudeville est un genre dramatique, le boulevard est par extension le type de m\u00e9lodrames que l&#8217;on donnait dans les th\u00e9\u00e2tres des boulevards \u00e0 Paris. Peut-\u00eatre faudrait-il inventer un terme pour le ph\u00e9nom\u00e8ne actuel que nous tentons de d\u00e9crire.) En v\u00e9rit\u00e9, si le vaudeville en tant que genre dramatique s&#8217;installe avec \u00e9vidence dans le service public, il en est, en tant qu&#8217;esth\u00e9tique, l&#8217;invit\u00e9 de longue date. Labiche et Feydeau sur des sc\u00e8nes publiques, ce n&#8217;est pas le signe d&#8217;un changement, c&#8217;est le signe que le changement touche \u00e0 une certaine pl\u00e9nitude. \u00abPl\u00e9nitude des cendres<em> , pour reprendre le titre d&#8217;un texte contemporain (3). Car, en fait de vaudevilisation, que se passe-t-il, par exemple, en termes de direction d&#8217;acteur dans  <\/em>Par-dessus bor<em>  (Michel Vinaver, Christian Schiaretti, Th\u00e9\u00e2tre de la Colline), dans  <\/em>La Petite Catherine de Heilbronn\/\/ (Kleist, Andr\u00e9 Engel, Od\u00e9on), sinon l&#8217;actualisation efficace de modes de jeu directement import\u00e9s du th\u00e9\u00e2tre priv\u00e9? <\/p>\n<p>Comment les caract\u00e9riser? On ne s&#8217;imagine m\u00eame plus qu&#8217;il puisse en \u00eatre autrement, et lorsque des metteurs en sc\u00e8ne proposent d&#8217;autres modes de jeu : par exemple Bruno Meyssat, par exemple le beau travail du com\u00e9dien Didier Galas sur les textes de Samuel Daiber (4), c&#8217;est l&#8217;h\u00e9b\u00e9tude g\u00e9n\u00e9rale, comme si l&#8217;invention avait \u00e9t\u00e9 bannie de nos<em> \u00abattentes\u00bb <\/em> de spectateurs. Or, c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment sur la reconnaissance que joue ce qu&#8217;on appelle ici \u00abboulevard\u00bb mais dont il faudrait inventer le nom: le jeu des com\u00e9diens est soumis aux repr\u00e9sentations communes, aux clich\u00e9s psychologiques les plus \u00e9pais. On est donc dans un rapport de connivence continue, d&#8217;identification sans reste. Cette privatisation de l&#8217;esth\u00e9tique th\u00e9\u00e2trale est d&#8217;autant plus probl\u00e9matique qu&#8217;elle est h\u00e9g\u00e9monique. Or cette complicit\u00e9, cette adoption d&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0 desdites<em> \u00abattentes du public\u00bb <\/em> est la mort du rapport \u00e0 l&#8217;objet d&#8217;art, car il n&#8217;y a pas d&#8217;art complice, il n&#8217;y a d&#8217;art qu&#8217;\u00e9tranger, et s&#8217;il arrive aux objets de l&#8217;art de poss\u00e9der une \u00e9vidence, c&#8217;est dans les termes de la r\u00e9v\u00e9lation, non du truisme (5). <\/p>\n<p><strong> HI\u00c9RARCHIE DE CARRI\u00c8RES <\/strong><\/p>\n<p>Deuxi\u00e8me aspect frappant des programmations<em> \u00abde l&#8217;excellence\u00bb <\/em>, pour reprendre les cat\u00e9gories d\u00e9l\u00e9t\u00e8res du pouvoir, la pr\u00e9sence de spectacles qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s il y a quelque temps. Deux exemples:<em> Le Cas Blanche-Neige <\/em>, de Howard Barker, mis en sc\u00e8ne par Fr\u00e9d\u00e9ric Maragnani, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Suresnes en 2005, repris en 2009 \u00e0 l&#8217;Od\u00e9on. Pourquoi l&#8217;Od\u00e9on ne coproduit-il pas plut\u00f4t une prochaine cr\u00e9ation de ce jeune metteur en sc\u00e8ne?<em> La D\u00e9cennie rouge <\/em>, de Michel Deutsch, sur la Fraction Arm\u00e9e Rouge et le terrorisme allemand des ann\u00e9es 1970, est programm\u00e9 au Th\u00e9\u00e2tre de la Colline alors que le spectacle a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9 \u00e0 la MC93 de Bobigny la saison pr\u00e9c\u00e9dente. Ne sont-ce pas l\u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes de doublons \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d&#8217;une m\u00eame r\u00e9gion et au sein d&#8217;un r\u00e9seau de salles sensiblement identiques, en termes d&#8217;importance et de public?<\/p>\n<p>La cause est entendue: la diffusion (accueil d&#8217;un spectacle d\u00e9j\u00e0 cr\u00e9\u00e9) est moins co\u00fbteuse que la production (participation aux frais de cr\u00e9ation). Mais les modalit\u00e9s de cette fonction de diffusion valident une hi\u00e9rarchisation des th\u00e9\u00e2tres qui conduit \u00e0 penser que les lieux n&#8217;ont pas d&#8217;identit\u00e9 artistique mais une identit\u00e9 en termes d&#8217;\u00e9chelon de carri\u00e8re. Les sc\u00e8nes publiques importantes ne sont pas celles qui sont en mesure de prendre le plus de risques, d&#8217;avoir une politique artistique audacieuse, avec des propositions exigeantes, des objets radicaux et neufs, des choses fortes, non, elles sont les lieux terminaux de la r\u00e9compense, o\u00f9 \u00e9chouent comme des baleines les noms des cr\u00e9ateurs \u00abgage d&#8217;excellence\u00bb\/\/ apr\u00e8s \u00e9cr\u00e9mage par les tamis de la s\u00e9lection.<\/p>\n<p>On verra l\u00e0 un indice du fourvoiement du discours ambiant qui identifie les probl\u00e8mes du spectacle vivant \u00e0 des questions de diffusion alors que ce sont en v\u00e9rit\u00e9 des probl\u00e8mes de production. Les temps de montage de production allant en s&#8217;allongeant, la survie des \u00e9quipes artistiques d\u00e9pend en effet de la diffusion. Mais c&#8217;est parce que l&#8217;on pense la d\u00e9mocratie culturelle en termes publicitaires de contact avec l&#8217;objet, au lieu de voir que c&#8217;est une question de qualit\u00e9 de rapport \u00e0 l&#8217;objet.<\/p>\n<p><strong> TH\u00c9\u00c2TRE PUBLIC, UN PROJET ANACHRONIQUE? <\/strong><\/p>\n<p>La question que tout cela pose in fine est celle de la survivance du projet de th\u00e9\u00e2tre public en temps de n\u00e9olib\u00e9ralisme. Quelle id\u00e9e de peuple accompagne les nouvelles formes du capitalisme contemporain? Il ne s&#8217;agit pas d&#8217;\u00eatre dans une posture d\u00e9cadentiste, mais d&#8217;identifier des ruptures, de poser des \u00e9tats des lieux d&#8217;une mani\u00e8re efficiente, qui nous aide dans nos pratiques. <\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre public que nous connaissons, ses structures, son id\u00e9ologie, son monde, ses usages, est la forme actuelle d&#8217;un projet venu, non de la d\u00e9mocratie ath\u00e9nienne, notion en surchauffe depuis un petit moment, mais de la foi des Lumi\u00e8res en la conjonction de la Raison et du Peuple, en l&#8217;esp\u00e8ce de la foi de la R\u00e9volution fran\u00e7aise en la capacit\u00e9 instituante pour le peuple de la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale. Projet de<em> \u00abTh\u00e9\u00e2tre du Peuple\u00bb <\/em> (termes des r\u00e9volutionnaires) intimement corr\u00e9l\u00e9, donc, aux grands r\u00e9cits d&#8217;\u00e9mancipation de l&#8217;\u00e9poque moderne. Pourrait-on s&#8217;entendre, pour dater la modernit\u00e9 politique, de la fin du XVIIIe si\u00e8cle (des Lumi\u00e8res) \u00e0 la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, o\u00f9 la fin du socialisme sovi\u00e9tique et le triomphe du capitalisme comme id\u00e9ologie de la non-id\u00e9ologie peuvent servir de point de but\u00e9e? Le projet d&#8217;un rapport \u00e0 la culture comme espace d&#8217;\u00e9mancipation des hommes a ainsi partie li\u00e9e \u00e0 un projet de peuple. Notions connexes donc: 1) peuple, 2) espace public, 3) th\u00e9\u00e2tre public\/ th\u00e9\u00e2tre du peuple. <\/p>\n<p>Les mutations esth\u00e9tiques et logistiques du th\u00e9\u00e2tre en France aujourd&#8217;hui, dont les diagnostics de crise se multiplient \u00e0 l&#8217;envi, ne seraient-elles pas li\u00e9es \u00e0 cette disjonction historique entre la modernit\u00e9 politique du projet de th\u00e9\u00e2tre public et la forme id\u00e9ologique dominante aujourd&#8217;hui, qui s&#8217;inscrit dans un autre type de r\u00e9cit, non pas celui de l&#8217;\u00e9mancipation de l&#8217;homme, mais celui de la l\u00e9gitimit\u00e9 du calcul rationnel? Y a-t-il un sens commun \u00e0 cette id\u00e9ologie? Jean-Fran\u00e7ois Lyotard:<em> \u00abIl n&#8217;est pas enthousiasmant de se consacrer \u00e0 \u00abrattraper l&#8217;Allemagne\u00bb, comme le pr\u00e9sident fran\u00e7ais para\u00eet l&#8217;offrir en but de vie \u00e0 ses compatriotes.\u00bb <\/em> (La Condition postmoderne, 1979). <strong> D.S.  <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Lettre de mission du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 Christine Albanel, ministre de la Culture:\/\/ \u00abLa d\u00e9mocratisation culturelle, c&#8217;est enfin veiller \u00e0 ce que les aides publiques \u00e0 la cr\u00e9ation favorisent une offre r\u00e9pondant aux attentes du public<em> .<br \/>\n]][[2. Il avait mont\u00e9 en 1990  <\/em>La Dame de chez Maxi<em> .<br \/>\n]][[3. De Yann Allegret.<br \/>\n]][[4.  <\/em>sx.rx.Rx au lieu de garder silence, j&#8217;ai voix\u00e9,<em>  de Patricia Allio.<br \/>\n]][[5. Voir mon article dans  <\/em>Cassandr<em> , n\u00b062, \u00e9t\u00e9 2005.<br \/>\n]]Paru dans  <\/em>Regards\/\/ n\u00b053, \u00e9t\u00e9 2008<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> La saison th\u00e9\u00e2trale 2007-2008 s&#8217;ach\u00e8ve. Un constat: le vaudeville en tant que genre dramatique commence \u00e0 s&#8217;installer dans le service public. Contamination du priv\u00e9? Est-ce l\u00e0 l&#8217;avenir de nos sc\u00e8nes? 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