{"id":4206,"date":"2009-07-01T00:00:00","date_gmt":"2009-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/la-vie-ce-grand-fleuve4206\/"},"modified":"2009-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-06-30T22:00:00","slug":"la-vie-ce-grand-fleuve4206","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4206","title":{"rendered":"La vie, ce grand fleuve&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Le r\u00e9alisateur de<em> Shoah <\/em> nous livre \u00e0 80 ans ses<em> M\u00e9moires <\/em>. D&#8217;embl\u00e9e, il nous indique que ce livre a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9 \u00e0 ses secr\u00e9taires, notamment dans<em> \u00ab les palais et chaumi\u00e8res \u00bb <\/em> que son ami Bernard-Henri L\u00e9vy a mis \u00e0 sa disposition. Or, c&#8217;est la premi\u00e8re bonne surprise de ce livre que cette \u00e9criture orale ou cette oralit\u00e9 \u00e9crite, comme on voudra, qui lui donne la limpidit\u00e9, la calme fluidit\u00e9 d&#8217;un grand fleuve, donnant au lecteur le sentiment de descendre le cours d&#8217;une vie. Et contrairement \u00e0 ce qu&#8217;on pouvait craindre, celle de Claude Lanzmann telle qu&#8217;il nous raconte est beaucoup plus une croisi\u00e8re qu&#8217;une croisade. La descente n&#8217;est pas tout \u00e0 fait chronologique, elle se donne le loisir de longues escales, d&#8217;inspecter des m\u00e9andres et des \u00eeles secr\u00e8tes de la destin\u00e9e, comme cette belle histoire d&#8217;amour nord-cor\u00e9enne, \u00e0 la fois fugace et persistante, qui est, dans tous les sens du terme, le c\u0153ur du livre. Cette vie, disons-le franchement, sent \u00e0 plein nez la testost\u00e9rone, hant\u00e9e qu&#8217;elle est par la notion de \u00ab courage \u00bb. Comme l&#8217;\u00e9crit l&#8217;auteur,<em> \u00ab cette vie si d\u00e9raisonnablement aim\u00e9e aura \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9e par une crainte de m\u00eame hauteur, celle de me conduire l\u00e2chement si je devais la perdre \u00bb <\/em>. Mais il n&#8217;y a pas de courage, que des preuves de courage, et Lanzmann \u00e9gr\u00e8ne les siennes tout au long de sa vie, \u00e0 commencer par avoir pilot\u00e9, sexag\u00e9naire, un F16 de l&#8217;arm\u00e9e isra\u00e9lienne, et en avouant tout de m\u00eame une l\u00e2chet\u00e9 : jeune maquisard, en 1944, il a abandonn\u00e9 derri\u00e8re lui un camarade bless\u00e9, car il \u00e9tait s\u00fbr d&#8217;\u00eatre tu\u00e9 par les Allemands s&#8217;il cherchait \u00e0 le sauver.<\/p>\n<p>L&#8217;autre grande le\u00e7on du livre, c&#8217;est qu&#8217;on n&#8217;est pas sartrien &#8211; et sartrien jusqu&#8217;au point d&#8217;\u00eatre pendant sept ans le mari de Simone de Beauvoir &#8211; sans que cela d\u00e9termine toute une conduite, toute une philosophie, toute une existence. On trouve dans les M\u00e9moires de Lanzmann la m\u00eame instance de v\u00e9rit\u00e9 que dans les<em> M\u00e9moires <\/em> de Beauvoir ou la correspondance de Sartre, cet existentialisme qui se r\u00e9sume peut-\u00eatre \u00e0 un simple amour de la vie dans son actualit\u00e9. N&#8217;oublions pas que Sartre, Beauvoir et Lanzmann sont aussi, sinon avant tout, des journalistes avec la revue<em> Les Temps modernes <\/em>. Les cent derni\u00e8res pages du livre sont consacr\u00e9es au film Shoah. Ce qu&#8217;on peut sans doute dire de mieux \u00e0 leur propos, c&#8217;est qu&#8217;elles donnent envie de faire et pourquoi pas de refaire le long voyage de neuf heures au bout de la nuit et du brouillard. On se souvient peut-\u00eatre de ce passage de Annie Hall o\u00f9 Woody Allen avoue \u00e0 Diane Keaton qu&#8217;il a vu huit fois Shoah. Lanzmann explique clairement que Shoah n&#8217;est pas un film sur la d\u00e9portation, mais sur les chambres \u00e0 gaz. Avec une obsession : faire t\u00e9moigner ceux qui ont travaill\u00e9 dans les chambres \u00e0 gaz et qui en sont revenus, qui ne sont donc pas des survivants, mais des revenants. C&#8217;est un film sur la mort. Sur l&#8217;impossible tentative de raconter la mort, d&#8217;o\u00f9 son titre, que son intraduisible m\u00eame a \u00e9lev\u00e9 au rang de nom commun. <\/p>\n<p><strong> Claude Lanzmann <\/strong>,<em> Le li\u00e8vre de Patagonie <\/em>, \u00e9d. Gallimard, 25 euros<\/p>\n<p><strong> JOURNALISME GONZO  <\/strong><\/p>\n<p>Beau livre m\u00e9lancolique sur la fin du journalisme culturel tel qu&#8217;a pu le pratiquer le journaliste texan Grover Lewis pour le magazine am\u00e9ricain<em> Rolling Stones <\/em> et le journaliste havrais Philippe Garnier, correspondant \u00e0 Los Angeles pour<em> Rock &#038; Folk <\/em> ou<em> Lib\u00e9ration <\/em>. Garnier ne cache ni sa dette ni son admiration pour Lewis, \u00e0 la Montaigne\/La Bo\u00ebtie, Freelance est aussi un beau livre d&#8217;amiti\u00e9. Ce que Garnier a fait en fran\u00e7ais, c&#8217;est des papiers \u00ab \u00e0 la Grover Lewis \u00bb. En un peu moins \u00ab gonzo \u00bb peut-\u00eatre. Car c&#8217;est aussi un livre sur le journalisme \u00ab gonzo \u00bb dont le ma\u00eetre \u00e9tait Hunter Thompson, ce fou furieux qui, \u00e0 sa mort, a fait disperser ses cendres au canon un 4 juillet (le canon \u00e9tant offert par son ami, Johnny Depp). On aurait aim\u00e9 que Garnier se coltine un peu plus cette id\u00e9e de journalisme gonzo, ce journalisme subjectif, invent\u00e9 (?), rock&#8217;n&#8217;roll, litt\u00e9raire. Il s&#8217;y emploie pendant cent pages, avant de diss\u00e9quer, parfois de fa\u00e7on un peu longuette, certains articles de Grover Lewis. Car ce qui int\u00e9resse furieusement Garnier, ce sont moins les marottes sur lesquelles \u00e9crit Lewis (acteurs de s\u00e9rie B, sc\u00e9naristes d&#8217;Hollywood, starlettes oubli\u00e9es ou r\u00e9alisateurs de westerns, qui vont devenir aussi la sp\u00e9cialit\u00e9 de Garnier) que le style de Lewis. N&#8217;oublions pas que Garnier est \u00e9galement traducteur, et que c&#8217;est dans sa langue qu&#8217;il appr\u00e9cie un \u00e9crivain, Garnier ayant qui plus est un p\u00e9ch\u00e9 mignon (trop mignon, parfois) pour les idiosyncrasies. Autrement dit, on y revient, et c&#8217;est fou comme c&#8217;est la notion du moment, se dit-on : l&#8217;intraduisible. <\/p>\n<p><strong> Philippe Garnier <\/strong>,<em> Freelance : Grover Lewis \u00e0 <\/em> Rolling Ston<em> , une vie dans les marges du journalisme <\/em>, \u00e9d. Grasset &#038; Fasquell, 20,99 euros<\/p>\n<p><strong> PO\u00c8MES ET POUVOIR <\/strong><\/p>\n<p>Ossip Mandelstam contre Staline. R\u00e9volution po\u00e9tique contre r\u00e9volution politique. Po\u00e8mes et Pouvoir. Un roman en technicolor, et qui plus est pas anticommuniste pour un sou, du p\u00e8re de Jonathan Littell. Mon conseil pour vos vacances. <\/p>\n<p><strong> Robert Littell <\/strong>,<em> L&#8217;hirondelle avant l&#8217;orage <\/em>, \u00e9d. Baker Street, 22 euros<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le r\u00e9alisateur de Shoah nous livre \u00e0 80 ans ses M\u00e9moires . D&#8217;embl\u00e9e, il nous indique que ce livre a \u00e9t\u00e9 dict\u00e9 \u00e0 ses secr\u00e9taires, notamment dans \u00ab les palais et chaumi\u00e8res \u00bb que son ami Bernard-Henri L\u00e9vy a mis \u00e0 sa disposition. 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