{"id":4204,"date":"2009-07-01T00:00:00","date_gmt":"2009-06-30T22:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/wp.muchomaas.com\/a-nouveau-sur-la-part-des-salaires4204\/"},"modified":"2009-07-01T00:00:00","modified_gmt":"2009-06-30T22:00:00","slug":"a-nouveau-sur-la-part-des-salaires4204","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archives.regards.fr\/?p=4204","title":{"rendered":"A nouveau sur la part des salaires"},"content":{"rendered":"<p class=\"post_excerpt\"> QUITTE \u00c0 LASSER, IL FAUT REVENIR SUR LE FAMEUX D\u00c9BAT SUR LA PART DES SALAIRES. <\/p>\n<p> On assiste en effet \u00e0 la formation d&#8217;un discours dominant qui, de Laurence Parisot \u00e0 l&#8217;Insee, en passant par Alternatives \u00e9conomiques,<em> Le Monde <\/em> ou<em> Lib\u00e9ration <\/em> (1) insiste sur le fait que<em> \u00abdepuis vingt ans, le partage de la valeur ajout\u00e9e appara\u00eet plut\u00f4t stable\u00bb <\/em>. A ce compte-l\u00e0, le taux de ch\u00f4mage en France s&#8217;est \u00abstabilis\u00e9\u00bb autour de 9% depuis pr\u00e8s de trente ans: faut-il pour autant s&#8217;en satisfaire ? Oui, la part des salaires est stable, mais \u00e0 un niveau historiquement bas, et ce n&#8217;est pas parce que les salari\u00e9s sont spoli\u00e9s depuis vingt ans que cette situation est socialement et \u00e9conomiquement acceptable. Avant la r\u00e9cession de 1974-1975 la part salariale \u00e9tait sup\u00e9rieure de 5 points \u00e0 ce qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui, et par rapport au pic de 1982, la diff\u00e9rence est de 10 points. On retrouve les m\u00eames ordres de grandeur si l&#8217;on raisonne sur l&#8217;ensemble de l&#8217;\u00e9conomie et non plus sur les seules soci\u00e9t\u00e9s non financi\u00e8res. C&#8217;est ce que montrent les statistiques de la Commission europ\u00e9enne, sur lesquelles travaillent des institutions aussi subversives que l&#8217;OCDE ou le FMI. Enfin il faut rappeler que cette stabilit\u00e9 s&#8217;explique aussi par la \u00abchance\u00bb qu&#8217;ont eue les salari\u00e9s fran\u00e7ais d&#8217;avoir un gouvernement de gauche qui a fait baisser violemment la part salariale entre 1982 et 1986 alors que les autres pays europ\u00e9ens ont eu besoin de plus de temps.<\/p>\n<p>Pour masquer cette r\u00e9alit\u00e9, on multiplie les arguties techniques en utilisant par exemple une autre d\u00e9finition de la valeur ajout\u00e9e, avec ce r\u00e9sultat absurde qu&#8217;une baisse des imp\u00f4ts pay\u00e9s par les entreprises ferait m\u00e9caniquement augmenter la part revenant aux salari\u00e9s. On insiste sur les diff\u00e9rences entre secteurs et l&#8217;on feint de d\u00e9couvrir que la part salariale est par exemple plus \u00e9lev\u00e9e dans la restauration que dans la chimie: grandiose d\u00e9couverte! On se cache derri\u00e8re les PME aux taux de marge r\u00e9duits en oubliant que leur profit est capt\u00e9 par les donneurs d&#8217;ordre dont elles d\u00e9pendent.<\/p>\n<p>Tout est bon pour occulter la hausse des profits distribu\u00e9s sous forme de dividendes qui repr\u00e9sentent 12,9% de la masse salariale en 2008, contre 4,3% en 1982. On vous explique aussit\u00f4t que 1982 est une ann\u00e9e exceptionnelle, et l&#8217;on fait assaut d&#8217;arguments pour d\u00e9montrer que l&#8217;on ne saurait toucher \u00e0 ce fragile \u00e9quilibre. La palme revient au Centre d&#8217;analyse strat\u00e9gique (sic) qui insiste sur<em> \u00abla forte mod\u00e9ration du dividend yield entre 1990 et 2007\u00bb <\/em> ce qui revient \u00e0 dire qu&#8217;il est normal que les dividendes \u00e9voluent en fonction de l&#8217;extravagante explosion des cours boursiers. Guillaume Duval \u00e9voque la<em> \u00abfaiblesse exceptionnelle des profits\u00bb <\/em> en France et se demande beno\u00eetement si c&#8217;est \u00abvraiment le moment d&#8217;en rajouter\u00bb, ouvrant ainsi de vastes horizons aux alternatives \u00e9conomiques. Mais si le taux de marge des entreprises n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9, elles investissent moins qu&#8217;avant: 19% de leur valeur ajout\u00e9e en moyenne depuis vingt ans, contre 24% dans les ann\u00e9es 1960. Ce n&#8217;est donc pas le niveau des salaires qui les emp\u00eache de rattraper leur retard en mati\u00e8re d&#8217;innovation et de recherche-d\u00e9veloppement. S&#8217;il existe un \u00abprobl\u00e8me d&#8217;offre\u00bb en France, il ne provient pas de contraintes de financement dont les entreprises auraient \u00e0 souffrir.<\/p>\n<p>Il s&#8217;agit d&#8217;une entreprise de d\u00e9consid\u00e9ration de toute politique alternative dont la viabilit\u00e9 \u00e9conomique reposerait sur un d\u00e9gonflement des dividendes au profit de la masse salariale. Ce transfert pourrait ob\u00e9ir \u00e0 une \u00abr\u00e8gle des trois tiers\u00bb: un tiers pour la revalorisation des salaires, un tiers pour la cr\u00e9ation d&#8217;emplois par baisse du temps de travail, un tiers pour la protection sociale. La disqualification d&#8217;un tel sch\u00e9ma \u00e9quivaut \u00e0 la d\u00e9fense du statu quo pour les actionnaires. Mais pourquoi un tel acharnement ? Plusieurs types de motivation y concourent sans doute chez les \u00e9conomistes qui d\u00e9pensent une \u00e9nergie peu commune pour d\u00e9montrer que tout va bien dans le meilleur des mondes: servilit\u00e9 salari\u00e9e, carri\u00e9risme, recherche perverse d&#8217;argumentations iconoclastes, fascination pour le compromis social, recyclage appliqu\u00e9 de le\u00e7ons apprises par c\u0153ur, etc. Mais le fond politique de l&#8217;affaire est ailleurs: il existe des marges de man\u0153uvre, que l&#8217;on ne peut mobiliser qu&#8217;en bousculant les rapports de force sociaux.  <strong> M.H. <\/strong><\/p>\n<p>[[1. Les pi\u00e8ces de ce dossier sont en ligne \u00e0 cette adresse : http:\/\/tinyurl.com\/parsal<br \/>\n]]Paru dans<em> Regards <\/em> n\u00b063 \u00e9t\u00e9 2009<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> QUITTE \u00c0 LASSER, IL FAUT REVENIR SUR LE FAMEUX D\u00c9BAT SUR LA PART DES SALAIRES. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[16],"tags":[],"class_list":["post-4204","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-michel-husson"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4204","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4204"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4204\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4204"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4204"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/archives.regards.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4204"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}